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TempleWriting the blog article Hindou Majeur Inauguré Près De Paris Devant Une Foule

Des milliers de fidèles se pressent près de Paris pour un temple inédit. Derrière les dômes de pierre, une cérémonie secrète, des dons, et un débat qui ne s'arrête pas à la porte du sanctuaire.

Des milliers de fidèles se sont rassemblés dimanche près de Paris, mains jointes devant les statues de leurs divinités, pour célébrer la consécration d’un édifice présenté comme le premier temple majeur bâti en France par l’organisation BAPS. L’événement s’est tenu à Bussy-Saint-Georges, à trente kilomètres de la capitale, dans une ville nouvelle où s’élèvent désormais des dômes et des flèches de pierres ciselées. Le mouvement le promeut comme un emblème de la culture indienne et de l’hindouisme, et le décrit comme le plus grand temple hindou construit en Europe continentale dans un style traditionnel.

Une consécration au petit matin près de Paris

La cérémonie de consécration s’est déroulée au petit matin. Elle est restée inaccessible à la presse. Le maître spirituel du mouvement, Mahan Swami Maharaj, âgé de quatre-vingt-treize ans, n’était alors entouré que de moines et d’hommes. La retransmission en direct a pourtant permis à une foule bien plus large de suivre le rite. Un immense chapiteau monté non loin abritait sept mille hommes, femmes et enfants. Dans cette tente, le public a vu ce que les portes du sanctuaire ne montraient pas aux journalistes.

Une fidèle choisie par BAPS pour expliquer le sens de la cérémonie, Karuna Patel, trente et un ans, mère de famille londonienne, a résumé la croyance au cœur du rite. « Notre gourou a effectué la cérémonie de consécration : nous croyons que quand la vie entre dans les statues, elles deviennent des murtis, des représentations de Dieu. » Cette phrase, prononcée pour éclairer le geste du matin, donne le ton de la journée : une présence considérée comme désormais installée dans la pierre.

Nous croyons que quand la vie entre dans les statues, elles deviennent des murtis, des représentations de Dieu.

Karuna Patel, 31 ans

Le souvenir d’une attente de plusieurs décennies

Un autre fidèle, Ketan Vaghani, venu de Chicago, coach en leadership de quarante-six ans, a rappelé un autre temps. Il étudiait à Paris il y a vingt-cinq ans. Il était alors, selon ses mots, « très difficile » de « trouver un espace pour vivre sa foi hindoue ». Il ajoute : « nous avons attendu des décennies et nous avons enfin un temple ici ». Le contraste entre cette mémoire et le chapiteau rempli de sept mille personnes dessine le fil de la journée : un lieu longtemps cherché, désormais dressé en pierre.

En fin de matinée, la foule a cheminé en longue file indienne vers le temple. Hommes et femmes mêlés ont ensuite prié ensemble, à l’étage, devant les divinités en majesté, entourées d’offrandes sucrées. Certains se sont prosternés, allongés, poitrine contre le sol. D’autres se sont inclinés, mains jointes, devant le portrait de « sa sainteté » Mahan Swami Maharaj. D’autres encore ont pensé à faire aussitôt un don financier à BAPS, grâce aux terminaux bancaires placés là.

Scène du matin. Consécration à l’aube, hors de portée de la presse. Retransmission sous un chapiteau de 7 000 personnes. Puis file vers le temple, prière mixte à l’étage, prosternations, portrait du maître, terminaux de don.

Un chantier de pierre indienne et d’ingénierie française

BAPS a assuré la maîtrise d’ouvrage du chantier, évalué à « plusieurs dizaines de millions d’euros ». L’organisation y a impliqué des sociétés françaises. Un bénévole chargé des relations avec la presse, Jenish Parekh, l’a souligné avant l’inauguration : « 10.000 blocs de pierre ont été amenés d’Inde, sculptés par des tailleurs de pierre indiens et assemblés par des ingénieurs français ». Au sommet de l’édifice flottent les drapeaux du mouvement spirituel Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha, fondé en 1907 dans l’État indien du Gujarat.

Ces dix mille blocs, taillés ailleurs puis assemblés ici, donnent au site son aspect de temple traditionnel. Les dômes et les flèches de pierres ciselées s’élèvent désormais dans la ville nouvelle. Le discours officiel insiste sur ce croisement : pierre venue d’Inde, assemblage confié à des ingénieurs français, maîtrise d’ouvrage restée entre les mains de BAPS. Le coût, décrit seulement comme « plusieurs dizaines de millions d’euros », reste une fourchette, sans chiffre plus précis dans les propos rapportés.

Un réseau mondial de mandirs

L’organisation revendique un réseau mondial de plus de mille trois cents mandirs, temples en hindi. Certains de ces lieux sont parfois inaugurés par le Premier ministre indien Narendra Modi lui-même. Le temple de Bussy-Saint-Georges s’inscrit dans cette carte. Il est présenté localement comme le premier temple majeur bâti en France par BAPS, et comme le plus grand temple hindou construit en Europe continentale dans un style traditionnel.

Le mot mandir revient dans le vocabulaire du mouvement. Il désigne le temple. Ici, le mandir voisinera d’autres lieux de culte sur une esplanade conçue pour faire cohabiter plusieurs communautés. Cette proximité géographique est mise en avant par BAPS au moment où l’édifice devient visible depuis la ville nouvelle.

Le choix de l’Esplanade des religions et des cultures

À Bussy-Saint-Georges, BAPS fait valoir qu’elle a choisi un lieu très particulier : l’Esplanade des religions et des cultures. Depuis 2012, cet espace fait cohabiter et dialoguer différentes communautés religieuses. Le nouveau mandir y voisine avec la mosquée. L’argument avancé par l’organisation est celui du voisinage et du dialogue, dans un site déjà pensé pour plusieurs cultes.

Ce choix de terrain n’efface pas les lectures divergentes de l’inauguration. Il les situe toutefois dans un décor précis : une esplanade créée pour le voisinage religieux, une mosquée à proximité, un temple de pierre traditionnelle dressé à trente kilomètres de Paris. Les drapeaux du mouvement flottent au sommet, tandis que la file des fidèles avance vers l’entrée.

Un contexte indien rappelé au moment de l’inauguration

Depuis son arrivée au pouvoir en 2014, le parti nationaliste de Narendra Modi est accusé par ses adversaires de vouloir « hindouiser » le pays le plus peuplé du monde, 1,46 milliard d’habitants, au détriment notamment de la minorité musulmane. L’Inde a été récemment critiquée par l’organe de l’ONU chargé de lutter contre les discriminations, qui lui demande de s’attaquer aux crimes de haine envers les musulmans de langue bengalie. Ces éléments figurent dans le décor politique qui entoure, à distance, l’ouverture du temple français.

Ils ne décrivent pas le rite du petit matin. Ils encadrent pourtant la manière dont une partie des observateurs lit l’arrivée d’un grand mandir BAPS en Île-de-France. L’organisation, de son côté, insiste sur l’esplanade partagée et sur le voisinage avec la mosquée. Deux lectures se croisent donc autour du même bâtiment de pierre.

Des critiques au sein de la diaspora

Les visées de BAPS sont contestées par une partie de la diaspora indienne. L’association Indian Alliance Paris voit dans cette inauguration une nouvelle offensive du « suprémacisme hindou », avec « une vision du monde conservatrice et hindou-nationaliste ». Le reproche ne porte pas sur la pierre ni sur la file des fidèles. Il porte sur le sens politique que certains attachent au mouvement et à ce temple.

Cette contestation coexiste avec la joie exprimée sous le chapiteau et dans la file. Karuna Patel parle de statues devenues murtis. Ketan Vaghani parle d’une attente de décennies. Indian Alliance Paris parle d’une offensive. Les trois discours se tiennent le même dimanche, autour du même lieu.

Le regard d’un chercheur sur les valeurs en jeu

Auteur de L’Inde de Modi, le chercheur Christophe Jaffrelot juge aussi l’inauguration « pas anodine parce que BAPS contrevient aux valeurs de la République française ». Il assure : « Leur marque de fabrique, c’est leur conservatisme social et culturel, porté à la perpétuation du système des castes et exclusif vis-à-vis des femmes que les prêtres n’ont pas le droit de côtoyer. » Cette lecture porte sur le mouvement, son organisation interne et sa place dans l’espace public français.

Leur marque de fabrique, c’est leur conservatisme social et culturel, porté à la perpétuation du système des castes et exclusif vis-à-vis des femmes que les prêtres n’ont pas le droit de côtoyer.

Christophe Jaffrelot

Le rite du matin illustre une séparation déjà visible : le maître spirituel n’était entouré que de moines et d’hommes. La retransmission, elle, rassemblait hommes, femmes et enfants sous le chapiteau. Plus tard, hommes et femmes mêlés ont prié ensemble à l’étage. Ces détails, tous présents dans le récit de la journée, nourrissent ensuite le débat sur la place des femmes et sur les règles internes du mouvement.

Ce que la foule a fait une fois le temple ouvert

Après la retransmission, la foule a quitté le chapiteau pour avancer vers l’édifice. La file a été longue. Le cheminement a été décrit comme une file indienne. Arrivés à l’étage, les fidèles se sont trouvés devant des divinités en majesté. Des offrandes sucrées les entouraient. Les gestes ont varié : prosternation complète, poitrine contre le sol ; inclination, mains jointes ; arrêt devant le portrait du maître spirituel ; passage près des terminaux bancaires pour un don immédiat à BAPS.

Rien dans ces gestes n’est présenté comme anecdotique par ceux qui les accomplissent. La mère de famille londonienne insiste sur l’entrée de la vie dans les statues. Le coach venu de Chicago insiste sur l’espace de foi longtemps manquant à Paris. Les terminaux de paiement, placés sur place, montrent qu’un don peut suivre tout de suite la prière. Le bénévolat de presse, incarné par Jenish Parekh, montre qu’une parole officielle accompagne le chantier et l’ouverture.

Ce que l’édifice donne à voir

Le temple se reconnaît d’abord à ses dômes et à ses flèches de pierres ciselées. Il se reconnaît ensuite à ses drapeaux. Il se reconnaît enfin à sa situation : Bussy-Saint-Georges, ville nouvelle, trente kilomètres de la capitale, Esplanade des religions et des cultures, mosquée voisine. Le style est dit traditionnel. La taille est dite la plus grande en Europe continentale pour un temple hindou de cette facture.

Dix mille blocs venus d’Inde. Tailleurs de pierre indiens. Ingénieurs français. Maîtrise d’ouvrage BAPS. Coût de plusieurs dizaines de millions d’euros. Ces éléments techniques reviennent comme le mode d’emploi du bâtiment. Ils expliquent comment un style traditionnel a pu être dressé dans une ville nouvelle d’Île-de-France, avec des sociétés françaises associées au montage.

Lieu
Bussy-Saint-Georges, 30 km de Paris, Esplanade des religions et des cultures.
Mouvement
BAPS, fondé en 1907 au Gujarat, plus de 1 300 mandirs dans le monde.
Chantier
10 000 blocs de pierre d’Inde, assemblage par des ingénieurs français.
Cérémonie
Aube réservée aux moines et aux hommes, 7 000 personnes sous le chapiteau.

Paroles de fidèles, paroles de critiques

Karuna Patel, trente et un ans, Londres, mère de famille, parle au nom d’une foi qui voit des murtis là où d’autres voient des statues. Ketan Vaghani, quarante-six ans, Chicago, ancien étudiant à Paris, parle d’un manque ancien et d’un temple enfin là. Jenish Parekh, bénévole, parle de blocs, de tailleurs et d’ingénieurs. Indian Alliance Paris parle de suprémacisme hindou et de vision conservatrice hindou-nationaliste. Christophe Jaffrelot parle de conservatisme social et culturel, de castes et d’exclusion des femmes du côtoiement des prêtres.

Le texte de la journée tient dans ces voix. Aucune n’efface l’autre. La foule reste une foule de milliers de personnes. Le chapiteau reste un chapiteau de sept mille places occupées. Le temple reste un temple de pierre ciselée. Le débat reste un débat sur le sens d’un mouvement mondial qui pose maintenant un mandir majeur en France.

Un dimanche entre rite fermé et prière ouverte

Le matin a séparé les espaces. Dedans, pour la consécration : le maître de quatre-vingt-treize ans, des moines, des hommes, pas la presse. Dehors, sous la toile : sept mille hommes, femmes et enfants devant un écran. Plus tard, à l’étage du temple : hommes et femmes mêlés devant les divinités et les offrandes sucrées. Le même dimanche contient donc une clôture et un mélange, une invisibilité pour les journalistes et une visibilité pour les caméras internes de la retransmission.

Cette organisation du temps et de l’espace aide à comprendre pourquoi l’inauguration est lue de plusieurs façons. Pour les uns, c’est l’arrivée d’un espace de foi attendu depuis des décennies. Pour d’autres, c’est l’arrivée d’un mouvement dont les règles internes heurtent des principes républicains. Le bâtiment, lui, ne change pas de forme selon la lecture : dômes, flèches, drapeaux, pierre d’Inde assemblée en France.

Ce qui reste après la file et les offrandes

Il reste un temple présenté comme emblème de la culture indienne et de l’hindouisme. Il reste une organisation fondée en 1907 au Gujarat, présente selon elle dans plus de mille trois cents mandirs. Il reste un voisinage avec une mosquée sur une esplanade ouverte en 2012 au dialogue des communautés. Il reste des dons possibles dès la sortie de prière. Il reste une critique venue d’une partie de la diaspora et d’un chercheur spécialiste de l’Inde contemporaine.

Dimanche près de Paris, la journée a commencé avant que la ville soit pleinement réveillée, par un rite sans journalistes. Elle s’est poursuivie par une marche lente vers la pierre. Elle s’est achevée, pour beaucoup, dans un mélange de prosternation, d’inclinaison et de geste financier. Entre ces heures, un édifice inédit à cette échelle en France a reçu ce que les fidèles appellent la vie dans les statues, et ce que d’autres appellent une inauguration rien moins qu’anodine.

Le plus grand temple hindou de style traditionnel en Europe continentale, selon la présentation qui en est faite, se dresse désormais à Bussy-Saint-Georges. Les mains jointes, les offrandes sucrées, le portrait du maître, les drapeaux au sommet et les terminaux de paiement composent l’image laissée par ce dimanche. Autour d’eux circulent encore les mots de l’attente, les mots de la consécration, et les mots du désaccord.

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