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Ratko Mladic Inhumé À Belgrade Sous Tension Internationale

Ratko Mladic sera inhumé lundi à Belgrade devant une foule attendue. Honneurs, condamnations et mémoire de Srebrenica s’entrechoquent. Ce que révèle vraiment cette cérémonie…

Que reste-t-il d’un nom lorsque la justice a déjà parlé, lorsque les peines ont été prononcées, et que le corps revient néanmoins au centre d’une capitale? Lundi, à Belgrade, l’inhumation de Ratko Mladic doit rassembler des milliers de personnes, alors même que des condamnations internationales se multiplient autour de cette cérémonie. L’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, condamné pour génocide et crimes de guerre, est décédé fin août à l’âge de 84 ans à La Haye, aux Pays-Bas, où il purgeait une peine de prison. Le cercueil a déjà franchi les frontières. Les hommages ont déjà commencé. Et la région, encore une fois, se retrouve face à une mémoire qui ne passe pas.

Une Inhumation À Belgrade Qui Réveille Toute Une Région

Le scénario est désormais fixé. La dépouille de Ratko Mladic sera exposée dans une église pendant cinq heures, avant une cérémonie puis un cortège jusqu’à un cimetière voisin. Son cercueil, recouvert de drapeaux nationaux, a été transporté jeudi en Serbie par un avion gouvernemental et accueilli à Belgrade avec les honneurs militaires. Ce détail, à lui seul, résume la tension du moment: un homme définitivement condamné à La Haye reçoit, dans la capitale serbe, un traitement officiel que beaucoup, hors des frontières, considèrent comme une glorification.

Lors du transport du cercueil de l’aéroport vers la capitale, le convoi a été salué par des dizaines de jeunes hommes qui arboraient des banderoles rendant hommage à Ratko Mladic et allumaient des fumigènes. Des policiers en uniforme ont été vus en train de saluer le fourgon mortuaire. Ces images, décrites telles quelles, pèsent lourd. Elles ne disent pas seulement un deuil familial. Elles disent une reconnaissance publique, visible, presque chorégraphiée, dans l’espace urbain.

Ce qu’il faut retenir d’emblée
Décès à 84 ans à La Haye. Retour du cercueil par avion gouvernemental. Honneurs militaires à Belgrade. Exposition de cinq heures dans une église. Funérailles lundi. Foule attendue. Condamnations internationales déjà formulées.

Le Retour D’un Cercueil Et Le Poids Des Honneurs

Le transport par avion gouvernemental n’est pas un détail logistique anodin. Il inscrit le retour de la dépouille dans un cadre d’État. L’accueil avec les honneurs militaires à Belgrade renforce cette inscription. Le cercueil recouvert de drapeaux nationaux transforme un transfert funéraire en scène symbolique. Chaque geste compte, parce que chaque geste est lu, commenté, interprété, de Sarajevo à Bruxelles.

Les cinq heures d’exposition dans une église donnent à la journée un rythme lent, presque liturgique. Puis vient la cérémonie. Puis le cortège. Puis le cimetière voisin. Le fils, Darko Mladic, organise les obsèques. Il a déclaré qu’il était fier du rôle joué par son père. Cette phrase, courte, ferme, éclaire le ton choisi par la famille. Elle ne cherche pas l’atténuation. Elle affirme une filiation politique autant qu’affective.

Le président serbe Aleksandar Vucic a indiqué que des dizaines de milliers de personnes étaient attendues aux funérailles et que l’État veillerait à ce que l’événement se déroule en toute sécurité. Il n’y assistera lui-même pas, en raison d’un engagement pris antérieurement, a-t-il expliqué. Absence personnelle, présence institutionnelle: l’État organise la sécurité d’une foule massive, sans que le chef de l’État n’apparaisse dans le cortège.

Une Condamnation Européenne Immédiate

La commissaire européenne Marta Kos, en charge de l’élargissement, a annulé vendredi une visite prévue le 9 septembre en Serbie. Elle a expliqué que la glorification autour de son décès était incompatible avec les valeurs sur lesquelles l’UE s’est construite. L’annulation n’est pas un simple report protocolaire. Elle relie directement le traitement funéraire de Ratko Mladic à la question européenne, c’est-à-dire à la manière dont Belgrade est regardée depuis les institutions de l’Union.

La glorification autour de son décès est incompatible avec les valeurs sur lesquelles l’UE s’est construite.

Marta Kos, commissaire européenne en charge de l’élargissement

Cette phrase pose un conflit de cadres. D’un côté, une capitale qui accueille un cercueil avec honneurs militaires. De l’autre, une Union qui voit dans ces honneurs une incompatibilité de valeurs. L’élargissement, dossier déjà sensible, se trouve ainsi rattaché à une cérémonie mortuaire. Le deuil d’un homme condamné devient un test politique, presque malgré ceux qui voudraient le réduire à une affaire privée.

La Réaction Bosniaque Et La Peur Des Conséquences

Denis Becirovic, le membre bosniaque de la présidence tripartite du pays, a dénoncé un acte d’identification des dirigeants de la Serbie avec l’un des pires tueurs de l’histoire de l’Europe. Il a écrit vendredi sur Facebook que cela allait avoir des conséquences imprévisibles pour le futur de la région entière. Le mot imprévisibles n’est pas anodin. Il dit l’inquiétude d’un enchaînement, plus encore que celle d’un seul jour de cérémonie.

Cela va avoir des conséquences imprévisibles pour le futur de la région entière.

Denis Becirovic

Cette alerte s’ancre dans une histoire déjà saturée de deuils. La guerre de 1992-1995 en Bosnie a fait environ 100.000 morts, et 2,2 millions de personnes ont été déplacées. Derrière les chiffres, des familles, des villes assiégées, des routes de l’exode, des fosses, des listes de disparus. Le retour d’un cercueil à Belgrade n’efface aucun de ces comptes. Il les réactive.

GUERRE DE BOSNIE

100.000

morts approximatifs

DÉPLACÉS

2,2 millions

personnes déracinées

Le Surnom Qui A Traversé Les Années

Les atrocités commises pendant la guerre sous le commandement de Ratko Mladic lui ont valu le surnom de boucher des Balkans dans les médias internationaux. Cet homme incarnait le visage militaire d’un sinistre trio, aux côtés de l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic et de l’ex-dirigeant des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic, au moment où l’ex-Yougoslavie sombrait dans le carnage après la chute du communisme. Trois noms. Une même séquence historique. Une même bascule vers la destruction.

Le surnom n’est pas une légende tardive. Il s’est formé pendant que les villes brûlaient et que les colonnes de civils fuyaient. Il a survécu à la cavale. Il a survécu au procès. Il survit aujourd’hui au cercueil. À Belgrade, pourtant, d’autres mots circulent: héros pour certains, figure marquante, soldat. Deux lexiques se disputent le même homme, et cette dispute n’est pas terminée parce qu’un enterrement a été annoncé.

Srebrenica, Le Cœur Juridique De La Condamnation

Mladic a été arrêté en 2011, après seize ans de cavale, et définitivement condamné à la prison à perpétuité en 2021, au terme de neuf ans de procès à La Haye. Il avait été reconnu coupable de génocide pour son rôle dans le massacre de Srebrenica, en juillet 1995, la pire tuerie en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale, qui a coûté la vie à environ 8.000 hommes et adolescents musulmans. Cette reconnaissance judiciaire n’est pas une opinion. Elle est un jugement définitif.

Fadila Efendic, dont le fils et le mari ont été tués à Srebrenica, avait indiqué il y a quelques jours qu’elle souffrait de savoir que les idées de Mladic n’étaient toujours pas mortes. Cette phrase déplace le débat. Elle ne parle plus seulement d’un corps à inhumer. Elle parle d’une idéologie qui circule encore, de veillées, de banderoles, de saluts en uniforme, de fierté affichée.

Savoir que les idées de Mladic n’étaient toujours pas mortes.

Fadila Efendic, dont le fils et le mari ont été tués à Srebrenica

Il avait aussi été condamné pour avoir persécuté et expulsé des Musulmans bosniaques et des Croates, terrorisé des civils pendant le siège de Sarajevo et pris en otage des Casques bleus de l’Onu pendant les bombardements aériens de l’Otan en 1995. Le dossier n’est donc pas réduit à un seul lieu, même si Srebrenica en est le sommet le plus cité. Sarajevo, les expulsions, les otages: autant de chefs qui composent le portrait judiciaire.

  • 2011 — arrestation après seize ans de cavale
  • Procès — neuf années à La Haye
  • 2021 — condamnation définitive à perpétuité
  • Fin août — décès à 84 ans au lieu de détention

Un Héros Pour Certains, Un Bourreau Pour D’Autres

En dépit de ces sentences, il reste considéré comme un héros par certains Serbes, en particulier en Republika Srpska, où sa mort a été marquée par des veillées et des rassemblements. De nombreux habitants de cette entité ont déposé une demande pour se rendre à Belgrade pour les funérailles. Le déplacement n’est pas seulement géographique. Il est mémoriel. Il relie une entité bosniaque à une capitale serbe autour d’un même nom.

Samedi, environ 300 personnes ont assisté à une cérémonie d’hommage sur un site militaire de la capitale serbe, organisée par une association de généraux de l’armée serbe encore actifs ou retraités. Darko Mladic, d’autres membres de sa famille, ainsi que le ministre serbe de la Justice Nenad Vujic et des dirigeants de l’entité serbe de Bosnie, la Republika Srpska, dont le président Sinisa Karan, étaient présents. Pendant la cérémonie, il a été décrit comme une figure marquante, aussi bien en tant qu’homme que soldat.

La présence d’un ministre de la Justice à cet hommage donne à la scène une densité particulière. La justice, à La Haye, a dit génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité. À Belgrade, un responsable de la Justice assiste à un hommage où l’homme est salué comme soldat et comme figure. Deux institutions, deux langages, un même dossier historique.

Ce Que La Foule Attendue Dit De La Mémoire

Des dizaines de milliers de personnes sont attendues. Le chiffre, avancé par le président serbe, transforme l’inhumation en événement de masse. Une messe funèbre peut rester intime. Une foule de cette ampleur devient un message. Les banderoles déjà vues sur le trajet depuis l’aéroport, les fumigènes, les saluts de policiers en uniforme, les demandes de déplacement depuis la Republika Srpska: tout cela prépare une journée où le privé et le public se confondent.

L’État, dit-on, veillera à la sécurité. C’est le minimum d’une capitale confrontée à un rassemblement aussi large. Mais la sécurité des rues n’épuise pas la question. La question porte aussi sur la sécurité mémorielle de la région, sur ce que les survivants entendent lorsque des honneurs militaires entourent un cercueil recouvert de drapeaux.

Les jeunes hommes qui ont salué le convoi ne sont pas nés, pour beaucoup, au moment du siège de Sarajevo. Pourtant, ils portent des banderoles. La transmission a donc eu lieu. Fadila Efendic le dit autrement: les idées ne sont pas mortes. Les veillées en Republika Srpska le confirment. L’hommage des généraux le confirme aussi.

Le Trio Historique Et L’Effondrement Yougoslave

Slobodan Milosevic, Radovan Karadzic, Ratko Mladic: le texte d’origine les rassemble en un trio. L’un incarnait le sommet politique yougoslave. L’autre, la direction des Serbes de Bosnie. Le troisième, la face militaire. Après la chute du communisme, l’ex-Yougoslavie a basculé dans le carnage. Ce basculement n’est pas une abstraction. Il a un calendrier, 1992-1995 pour la Bosnie, et un bilan, environ 100.000 morts, 2,2 millions de déplacés.

Dans cette séquence, Ratko Mladic n’est pas un figurant. Il est le commandement. Le siège de Sarajevo, les persécutions, les expulsions, Srebrenica, la prise d’otages de Casques bleus pendant les frappes aériennes de l’Otan en 1995: autant de scènes qui, dans le jugement, lui sont rattachées. Le surnom de boucher des Balkans a circulé parce que ces scènes ont circulé.

Aujourd’hui, le même homme est dit figure marquante et soldat par ceux qui se sont réunis samedi sur un site militaire. Le contraste n’a pas besoin d’être forcé. Il est déjà dans les mots. Il est déjà dans les présences. Il est déjà dans l’annulation d’une visite européenne et dans le message de Denis Becirovic.

La Haye, Seize Ans De Cavale, Neuf Ans De Procès

Seize années séparent la fin de la guerre de l’arrestation de 2011. Neuf autres années séparent l’ouverture du procès de la condamnation définitive de 2021. Puis viennent les années de détention, jusqu’au décès de fin août, à 84 ans, à La Haye. Le temps judiciaire a été long. Le temps de la cavale l’a été aussi. Le temps du deuil public, lui, tient en quelques jours: arrivée du cercueil jeudi, hommage samedi, inhumation lundi.

Ce tassement du calendrier funéraire accélère tout. Les condamnations internationales n’ont pas eu le loisir d’attendre. Marta Kos a annulé une visite prévue le 9 septembre. Denis Becirovic a écrit dès vendredi. Les banderoles sont déjà apparues sur le trajet. Les généraux ont déjà parlé. La région n’a pas pris le temps d’un silence commun. Elle a pris le temps d’une polarisation immédiate.

La perpétuité prononcée en 2021 devait, dans l’esprit du jugement, clore une partie du récit. Le retour du cercueil rouvre le récit par un autre bout: non plus celui de la salle d’audience, mais celui de la rue, de l’église, du cimetière, des drapeaux, des fumigènes.

L’Église, Le Cortège, Le Cimetière

Cinq heures d’exposition. Une église. Puis une cérémonie. Puis un cortège. Puis un cimetière voisin. La géographie est courte. La charge symbolique est longue. L’église donne un cadre religieux. Le cortège donne un cadre urbain. Le cimetière donne un cadre définitif. Entre les trois, la foule attendue doit circuler sous surveillance de l’État, selon les propos d’Aleksandar Vucic.

Le fils organise. La famille est là. Des responsables de la Republika Srpska ont déjà assisté à l’hommage de samedi. Le président de cette entité, Sinisa Karan, y était. Le ministre serbe de la Justice aussi. La cérémonie de lundi n’arrive donc pas sur une page blanche. Elle arrive après une première scène militaire, après un premier vocabulaire d’éloge, après un premier affichage d’unité entre famille, généraux et responsables politiques.

Les drapeaux sur le cercueil feront le reste. Un drapeau n’est jamais neutre lorsqu’il recouvre un homme condamné pour génocide. Il nationalise le deuil. Il dit que la dépouille n’appartient pas seulement à une famille, mais à une communauté qui accepte de s’y reconnaître, au moins en partie.

Bruxelles, Belgrade, Sarajevo: Trois Lectures D’Un Même Jour

À Bruxelles, le mot choisi est glorification, et le geste choisi est l’annulation d’une visite. À Belgrade, le mot choisi par certains est hommage, et le geste choisi est l’honneur militaire. Du côté bosniaque de la présidence tripartite, le mot choisi est identification avec l’un des pires tueurs de l’histoire de l’Europe. Trois capitales, trois grammaires, un seul cercueil.

Cette triangulation n’est pas nouvelle. Elle traverse la région depuis les années 1990. Elle traverse aussi le dossier européen de la Serbie. Lorsque la commissaire en charge de l’élargissement relie une inhumation à des valeurs fondatrices de l’Union, elle inscrit le deuil dans la diplomatie. Lorsque Denis Becirovic parle de conséquences imprévisibles pour toute la région, il inscrit le deuil dans la sécurité politique des Balkans.

Rien, dans ces lectures, n’efface le fait central: Ratko Mladic a été condamné à La Haye pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Rien n’efface non plus le fait que, malgré cela, des veillées ont eu lieu, des demandes de déplacement ont été déposées, des généraux ont parlé d’une figure marquante, un fils a dit sa fierté.

Ce Que Les Survivants Entendent Encore

Fadila Efendic n’a pas parlé en stratège. Elle a parlé en mère et en épouse. Son fils et son mari ont été tués à Srebrenica. Sa souffrance récente ne vient pas seulement de la mort d’un accusé octogénaire. Elle vient de la persistance d’idées. Cette persistance a un visage concret: rassemblements, banderoles, saluts, hommages, fierté déclarée.

Environ 8.000 hommes et adolescents musulmans ont été tués à Srebrenica en juillet 1995. Derrière ce nombre, des prénoms, des absences, des commémorations chaque année. L’inhumation de lundi se tiendra loin de ces tombes-là, dans un autre pays, sous d’autres drapeaux. La distance géographique n’atténue pas la proximité mémorielle. Au contraire, elle l’exacerbe.

Le siège de Sarajevo, les persécutions, les expulsions de Musulmans bosniaques et de Croates, la prise d’otages de Casques bleus: autant de chapitres que les familles concernées n’ont pas rangés. Un cercueil peut fermer une biographie individuelle. Il ne ferme pas un dossier collectif aussi vaste.

Pourquoi Cette Cérémonie Déborde Du Cadre Funéraire

Une inhumation devrait, en principe, appartenir aux proches. Ici, le principe cède. Parce que l’avion était gouvernemental. Parce que l’accueil a été militaire. Parce que des policiers ont salué le fourgon. Parce qu’un ministre de la Justice a assisté à un hommage. Parce que des dirigeants de la Republika Srpska se sont déplacés. Parce qu’une commissaire européenne a annulé une visite. Parce qu’un membre de la présidence bosniaque a parlé de conséquences imprévisibles.

Le débordement naît de cette accumulation. Chaque élément, pris isolément, pourrait passer pour secondaire. Ensemble, ils composent une scène politique. Le président serbe peut ne pas assister à la cérémonie pour un engagement antérieur. L’État, lui, reste dans le tableau par la sécurité promise et par les honneurs déjà rendus.

Darko Mladic, en disant sa fierté du rôle joué par son père, a fixé le ton familial. L’association de généraux a fixé le ton militaire. Les jeunes hommes aux fumigènes ont fixé le ton de rue. Les responsables de la Republika Srpska ont fixé le ton inter-entités. Il reste à la journée de lundi le soin de réunir le tout dans un cortège.

Une Région Qui N’A Pas Fini De Compter Ses Morts

Cent mille morts. Deux millions deux cent mille déplacés. Huit mille hommes et adolescents à Srebrenica. Ces chiffres reviennent parce qu’ils sont le seul langage commun encore tenable. Autour d’eux, les récits divergent. Héros ici. Boucher des Balkans ailleurs. Figure marquante sur un site militaire. Tueur parmi les pires de l’histoire européenne dans le message de Denis Becirovic.

La chute du communisme a ouvert une période où l’ex-Yougoslavie s’est défaite dans la violence. Le trio Milosevic-Karadzic-Mladic a incarné, pour une partie du monde, cette défaite morale autant que militaire. Pour une autre partie, surtout parmi certains Serbes et particulièrement en Republika Srpska, le commandant reste un nom que l’on veille, que l’on accompagne, que l’on veut suivre jusqu’à Belgrade.

Lundi ne réconciliera pas ces lectures. Une inhumation n’a pas cette fonction. Elle peut seulement les rendre visibles, côte à côte, dans la même actualité: l’église, la foule, les condamnations, les absences, les présences, les drapeaux.

Le Fil Des Jours Jusqu’À Lundi

Fin août, le décès à La Haye. Jeudi, l’avion gouvernemental, l’arrivée à Belgrade, les honneurs militaires, le convoi, les banderoles, les fumigènes, les saluts de policiers. Vendredi, l’annulation de la visite de Marta Kos et le message de Denis Becirovic. Samedi, l’hommage d’environ 300 personnes sur un site militaire, avec famille, ministre de la Justice, dirigeants de la Republika Srpska. Lundi, l’exposition de cinq heures, la cérémonie, le cortège, le cimetière.

Ce fil est serré. Il ne laisse presque aucun jour sans image. C’est aussi pour cela que la cérémonie dépasse le cadre privé. Elle s’est déjà écrite en public, étape après étape, avant même que le cercueil n’entre dans l’église.

Aleksandar Vucic a parlé de dizaines de milliers de personnes et de sécurité. Darko Mladic a parlé de fierté. Les généraux ont parlé d’une figure marquante, homme et soldat. Marta Kos a parlé d’incompatibilité avec les valeurs européennes. Denis Becirovic a parlé d’identification avec l’un des pires tueurs de l’histoire de l’Europe. Fadila Efendic a parlé d’idées qui ne sont pas mortes. Tous ces discours seront encore dans l’air lundi, au-dessus du cortège.

Ce Que L’Actualité Laisse Ouvert

Le cercueil sera mis en terre. Le nom, non. Les condamnations de La Haye demeurent. Les honneurs déjà rendus demeurent aussi. L’annulation de la visite européenne demeure. L’alerte sur les conséquences régionales demeure. Entre ces lignes, la région continue de vivre avec une mémoire fêlée, où le même homme peut être veillé comme un héros et dénoncé comme un bourreau.

Il n’est pas nécessaire d’ajouter d’autre récit que celui-ci. Les faits suffisent: un chef militaire condamné pour génocide et crimes de guerre revient à Belgrade sous les drapeaux, devant une foule annoncée comme immense, pendant que Bruxelles recule une visite et que des voix bosniaques parlent d’un avenir rendu plus incertain.

Lundi, l’église ouvrira ses cinq heures. Le cortège suivra. Le cimetière voisin recevra le cercueil. Ensuite commencera autre chose, que Denis Becirovic a déjà nommé sans le décrire: des conséquences imprévisibles. C’est précisément ce point, au-delà de la tombe, que toute la région regardera, chacun depuis sa rive de la mémoire.

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