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L’Ia Met À L’Épreuve Les Promesses Climat Des Géants Numériques

Les géants du numérique multiplient les promesses climat. Pourtant leurs émissions ne reculent pas assez vite. L'IA fait exploser la demande d'énergie. Le rapport 2026 révèle un écart troublant entre discours et résultats.

Et si la promesse d’un numérique plus vert se heurtait, aujourd’hui, à la réalité brute de l’intelligence artificielle ? Les entreprises du secteur multiplient les engagements climatiques. Elles publient davantage de données. Elles achètent plus d’électricité renouvelable. Pourtant, leurs émissions ne reculent pas assez vite pour coller aux objectifs mondiaux. Un rapport publié mercredi dresse un constat net : l’essor de l’IA fait bondir les besoins en énergie, et le rythme de réduction des gaz à effet de serre reste insuffisant.

Le Numérique Face À Ses Engagements Climat

Le document s’intitule Greening Digital Companies 2026. Il est publié par l’Union internationale des télécommunications de l’ONU et l’ONG World Benchmarking Alliance. Son objet est clair : évaluer les résultats climatiques de 200 entreprises numériques dans le monde, à partir des données de l’année 2024. Le regard porte sur les émissions de gaz à effet de serre, la consommation d’énergie, les objectifs climatiques, l’usage des énergies renouvelables et la planification de la transition.

Le message central n’est pas une condamnation globale du secteur. Il est plus inconfortable que cela. Malgré des progrès réels dans la communication des données climatiques et dans l’utilisation d’électricité d’origine renouvelable, les entreprises numériques ne parviennent pas à réduire leurs émissions au rythme nécessaire pour atteindre les objectifs climatiques à l’échelle mondiale. Autrement dit : le discours s’améliore plus vite que le bilan.

Cette tension n’est pas abstraite. Elle se lit dans les chiffres d’exploitation, dans la course aux infrastructures, dans la montée en puissance des services d’intelligence artificielle et d’informatique à distance. L’IA apparaît à la fois comme un levier d’efficacité et comme un défi croissant. C’est cette double face qui donne au rapport sa portée.

Une photographie mondiale de 200 acteurs

Deux cents entreprises. Une année de référence : 2024. Un cadre d’analyse qui mélange performance opérationnelle et gouvernance climatique. Le rapport ne se contente pas de compter des tonnes de CO2. Il interroge aussi la qualité des cibles, la solidité des plans, la part d’énergie renouvelable réellement mobilisée, et la capacité à transformer un engagement public en trajectoire mesurable.

Cette méthode a un mérite simple. Elle évite de juger le secteur uniquement à l’aune de ses communiqués. Elle compare ce qui est déclaré, ce qui est validé par des cadres scientifiques, et ce qui est effectivement en bonne voie. L’écart entre ces trois niveaux devient alors le vrai sujet.

Dans un univers où la réputation verte pèse lourd auprès des investisseurs, des régulateurs et du public, cet écart n’est plus un détail de reporting. Il devient un test de crédibilité. Les acteurs numériques ont longtemps insisté sur leur capacité à décarboner plus vite que d’autres industries. Le rapport 2026 invite à regarder si cette avance tient encore, alors que l’IA accélère la demande d’énergie.

Le paradoxe de l’intelligence artificielle

L’intelligence artificielle n’est pas présentée comme un ennemi du climat. Le texte insiste au contraire sur ses usages utiles : optimisation énergétique, prévisions d’énergies renouvelables, gains d’efficacité. Ces fonctions peuvent soutenir l’action climatique. Elles peuvent aider à mieux piloter des réseaux, à anticiper la production verte, à réduire certains gaspillages.

Mais l’IA a aussi ses propres coûts environnementaux. Entraîner, héberger, interroger des modèles demande de l’électricité, des serveurs, des data centers, des chaînes d’approvisionnement. La montée en flèche de la demande d’énergie et l’expansion des infrastructures pèsent déjà sur les bilans des principaux fournisseurs d’IA et de services cloud.

Si les technologies numériques offrent d’immenses possibilités pour lutter contre les changements climatiques, la hausse de leur demande en énergie et de leurs émissions ne peut être négligée.

Doreen Bogdan-Martin, secrétaire générale de l’UIT

La suite de son propos va plus loin que l’alerte. La durabilité environnementale, dit-elle, doit être intégrée dans la façon dont on conçoit, dont on alimente et dont on développe les technologies qui façonnent l’avenir numérique commun. Ce n’est plus seulement une question de compensation ou de communication. C’est une question de conception.

Des émissions qui explosent chez certains géants

Le rapport isole un contraste saisissant. En 2024, les émissions liées aux activités de quatre grands fournisseurs d’IA et de services cloud ont explosé. Elles ont atteint jusqu’à 239 % de leurs niveaux de 2020. Sur la même période, 14 grands opérateurs de télécommunication ont pu réduire leurs émissions de 11 %.

Ce n’est pas un détail statistique. Cela montre que le numérique n’est pas un bloc unique. Les trajectoires divergent selon les métiers. Les télécoms, ici, affichent une baisse. Les grands acteurs de l’IA et du cloud, eux, voient leurs émissions opérationnelles s’envoler sous l’effet de la demande et de l’expansion des infrastructures.

Le contraste 2020-2024

Quatre grands fournisseurs d’IA et de cloud : émissions pouvant atteindre 239 % du niveau de 2020.
Quatorze grands opérateurs télécoms : baisse de 11 % sur la même période.

Cette divergence aide à comprendre pourquoi le débat public se polarise. D’un côté, le numérique est présenté comme un outil de décarbonation. De l’autre, les data centers et les modèles d’IA deviennent des symboles d’une consommation électrique qui s’emballe. Le rapport refuse de choisir un seul récit. Il dit les deux à la fois : levier d’efficacité, et défi croissant.

Un secteur qui pèse déjà dans le bilan mondial

En 2024, les entreprises numériques ont globalement déclaré 301 millions de tonnes d’émissions issues des activités, en équivalent dioxyde de carbone. Cela représente 0,8 % des émissions mondiales liées à l’énergie. Par rapport à 2023, la hausse est de 1,2 %.

Le chiffre de 0,8 % peut sembler modeste. Il ne l’est pas si l’on considère la vitesse à laquelle la demande d’IA et de cloud croît, ni le fait que ces 301 millions de tonnes concernent les émissions d’activités déclarées par les entreprises évaluées. Le rapport insiste sur une idée simple : même un secteur innovant, même un secteur acheteur d’électricité verte, peut voir son empreinte progresser si la croissance des usages dépasse les gains d’efficacité.

Une hausse de 1,2 % d’une année sur l’autre n’a rien d’un effondrement climatique soudain. Elle a en revanche la gravité d’une tendance. Si l’objectif mondial suppose une baisse rapide, une légère augmentation suffit à éloigner la trajectoire. C’est précisément ce que le rapport souligne : les émissions ne diminuent pas assez rapidement.

L’électricité renouvelable, progrès réel, couverture inégale

Les entreprises numériques figurent toujours parmi les plus gros acheteurs d’électricité d’origine renouvelable au monde. Ce point est important. Il rappelle que le secteur n’est pas inerte. Il mobilise des contrats, des achats, des capacités. Il pèse sur les marchés de l’électricité verte par le volume de sa demande.

Pourtant, seules 25 des 200 entreprises évaluées ont déclaré s’approvisionner à 100 % dans ces énergies. Le contraste est net. Être parmi les plus gros acheteurs n’équivaut pas à avoir bouclé la transition électrique de l’ensemble du secteur évalué. Une poignée d’acteurs peut acheter beaucoup. La majorité n’est pas encore à 100 %.

Cette donnée éclaire aussi le débat sur l’IA dite « propre ». Sans alignement entre la croissance des calculs et l’investissement dans les énergies propres, le mot « propre » reste un horizon plus qu’un état. Le rapport le dit sans détour : le développement de l’IA doit être aligné sur les investissements dans les énergies propres et sur la gestion des émissions.

Des objectifs nombreux, des validations plus rares

Sur le papier, le secteur bouge. Un total de 151 entreprises, soit 76 % des 200 évaluées, ont soumis des objectifs de réduction à court terme pour les émissions issues de leurs activités. Le rapport y voit à la fois une initiative volontaire et l’effet d’attentes extérieures : investisseurs, campagnes scientifiques et de sensibilisation, nouvelles exigences réglementaires.

Le tableau se durcit ensuite. Seulement 114 cibles ont été validées par des cadres scientifiques. Et 85 ont été évaluées comme étant en bonne voie, sur la base des progrès réalisés à ce jour. Avoir un objectif n’est donc pas la même chose que d’avoir un objectif scientifiquement cadré. Avoir un objectif cadré n’est pas la même chose que d’être réellement sur la trajectoire.

Indicateur 2024 Résultat parmi 200 entreprises
Objectifs de réduction à court terme 151 entreprises, soit 76 %
Cibles validées par des cadres scientifiques 114
Cibles jugées en bonne voie 85
Plans de transition complets 81 entreprises, soit 41 %
Approvisionnement 100 % renouvelable déclaré 25 entreprises

Ces paliers successifs racontent une histoire de filtre. À chaque étape, le nombre baisse. L’engagement initial est fréquent. La validation scientifique l’est moins. La preuve de progression l’est encore moins. Le plan complet, lui, concerne moins de la moitié des entreprises évaluées.

Des plans encore trop incomplets

Seules 81 entreprises, soit 41 %, ont présenté des plans complets. Le rapport précise ce que « complet » veut dire ici : des stratégies de mise en œuvre et d’engagement, des indicateurs clairs, des objectifs précis, un dispositif de gouvernance. Sans ces éléments, un engagement climatique reste une déclaration plus qu’une feuille de route.

Le texte souligne le besoin urgent d’une planification plus robuste pour gérer les transitions économiques, sociales et énergétiques nécessaires. Ce n’est pas seulement une affaire de tonnes évitées. C’est aussi une affaire d’organisation interne, de pilotage, de responsabilité, de capacité à faire bouger des chaînes entières.

Un plan incomplet laisse des zones d’ombre. Qui décide ? Quels indicateurs suivent réellement les progrès ? Comment l’entreprise entraîne-t-elle ses fournisseurs ? Que se passe-t-il si la demande d’IA continue de croître plus vite que l’offre d’électricité propre ? Le rapport n’invente pas ces questions. Il les rend visibles en montrant que 59 % des entreprises évaluées n’ont pas présenté de plans à ce niveau d’exigence.

De l’engagement à l’action, le chaînon manquant

Le rapport consacre une part importante de son propos à ce passage délicat : quitter le registre de la promesse pour entrer dans celui de l’exécution. Les entreprises numériques savent communiquer. Elles savent aussi acheter de l’électricité renouvelable à grande échelle. Ce n’est plus suffisant si les émissions d’activités stagnent ou augmentent, et si une part seulement des cibles est à la fois validée et en bonne voie.

Le secteur des technologies de l’information et de la communication dispose de l’innovation, des ressources et de l’influence nécessaires pour contribuer à façonner un avenir numérique plus durable.

Cosmas Luckyson Zavazava, directeur du Bureau de développement des télécommunications de l’UIT

Pour concrétiser ce potentiel, ajoute-t-il, il faut traduire les engagements climatiques en actions concrètes, réduire les émissions, renforcer la collaboration entre les différents acteurs du secteur et veiller à ce que le développement du numérique, y compris l’IA, aille de pair avec celui des énergies propres. La phrase est longue. Elle est aussi un programme.

On y retrouve les trois exigences qui traversent tout le rapport. Réduire vraiment. Coopérer au-delà de l’entreprise isolée. Coupler la croissance numérique à la croissance des énergies propres. Sans ce couplage, l’IA peut améliorer certains usages énergétiques tout en alourdissant le bilan de ceux qui la produisent et l’hébergent.

Le rôle des fournisseurs et des services

Gerbrand Haverkamp, directeur exécutif de la World Benchmarking Alliance, insiste sur un autre angle. Les entreprises numériques doivent susciter la mobilisation des fournisseurs et traiter les émissions liées aux produits et aux services dont elles dépendent. Autrement dit, le périmètre ne s’arrête pas aux salles de serveurs que l’on possède. Il inclut ce que l’on achète, ce que l’on revend, ce que l’on fait fonctionner via d’autres acteurs.

Cette exigence change la nature du problème. Une entreprise peut afficher des progrès sur ses propres activités et rester exposée à une empreinte massive dans sa chaîne. Dans un secteur où le cloud, les puces, les réseaux, les logiciels et les services s’emboîtent, ignorer les émissions « dont on dépend » revient à ne mesurer qu’une partie du système.

Le rapport ne transforme pas cette remarque en inventaire technique. Il en fait une priorité de gouvernance. Mobiliser les fournisseurs, c’est admettre que la transition climatique du numérique ne se joue pas seulement dans les rapports extra-financiers des maisons mères. Elle se joue aussi dans les contrats, les cahiers des charges, les choix d’infrastructure, les exigences posées aux partenaires.

Pourquoi le rythme actuel ne suffit pas

Réduire « un peu » n’est pas le critère retenu. Le critère est le rythme nécessaire pour les objectifs climatiques mondiaux. C’est ce décalage de vitesse qui donne sa gravité au constat. Des progrès existent. Ils sont même documentés : meilleure communication des données, recours accru à l’électricité renouvelable, multiplication des cibles de court terme. Mais le résultat agrégé de 2024 reste une hausse de 1,2 % des émissions d’activités déclarées, à 301 millions de tonnes.

Dans le même temps, certains fournisseurs d’IA et de cloud voient leurs émissions d’activités s’envoler jusqu’à 239 % de leur niveau de 2020. Cette pointe suffit à rappeler que la moyenne du secteur cache des dynamiques très différentes. Une baisse chez une partie des télécoms n’annule pas une explosion ailleurs. Le climat, lui, additionne.

Le rapport n’oppose pas les opérateurs de télécommunication aux acteurs de l’IA pour le plaisir du contraste. Il s’en sert pour montrer qu’une réduction est possible dans une partie du numérique, tandis qu’une autre partie, portée par l’expansion des infrastructures et la demande d’énergie, part dans la direction inverse.

Vers une intelligence artificielle alignée sur l’énergie propre

La question n’est donc plus seulement de savoir si l’IA peut aider le climat. Elle le peut, dit le rapport, via l’optimisation, les prévisions renouvelables et les gains d’efficacité. La question devient : cette aide pèse-t-elle plus lourd que le coût environnemental de l’IA elle-même ? Et surtout : le développement de ces technologies est-il calé sur des investissements propres et une gestion réelle des émissions ?

Le mot « aligné » revient comme une boussole. Aligner l’IA sur les énergies propres, ce n’est pas ajouter un chapitre vert à la fin d’une stratégie de croissance. C’est concevoir, alimenter et développer ces outils en intégrant la contrainte climatique dès l’architecture. C’est aussi accepter que la vitesse du déploiement numérique ne peut plus être pensée indépendamment de la vitesse de décarbonation de l’électricité.

Dans cette logique, une IA « propre » n’est pas un slogan isolé. C’est le résultat d’une série de conditions déjà nommées dans le rapport : électricité renouvelable à grande échelle, plans de transition complets, cibles validées, progrès effectivement en bonne voie, mobilisation des fournisseurs, collaboration entre acteurs.

Ce que le rapport met réellement en lumière

Au fil des pages, une grille de lecture se dessine. Premier étage : la transparence s’améliore. Deuxième étage : l’achat d’électricité renouvelable reste un point fort du secteur, sans être généralisé à 100 %. Troisième étage : les objectifs de court terme se multiplient. Quatrième étage : la validation scientifique et la preuve de trajectoire décrochent. Cinquième étage : les plans complets restent minoritaires. Sixième étage : certaines activités liées à l’IA et au cloud voient leurs émissions d’activités exploser.

Cette grille évite le manichéisme. Elle n’efface ni les efforts, ni les retards. Elle montre un secteur capable d’agir, déjà influent sur les marchés d’électricité verte, déjà sous pression des investisseurs et des règles, mais pas encore aligné sur la vitesse climatique requise. L’essor de l’IA rend cet alignement plus urgent, parce qu’il accélère la demande d’énergie au moment même où les émissions devraient baisser plus vite.

Le rapport évalue des résultats, pas des intentions. C’est ce qui le rend utile. Une intention peut être ambitieuse. Un résultat de 2024, lui, tient en quelques marqueurs : 301 millions de tonnes, +1,2 %, 25 entreprises à 100 % renouvelable, 76 % d’objectifs de court terme, 114 cibles validées, 85 en bonne voie, 41 % de plans complets, jusqu’à 239 % des émissions de 2020 chez quatre grands fournisseurs d’IA et de cloud, -11 % chez 14 grands opérateurs télécoms.

Une responsabilité qui dépasse le reporting

Publier plus de données climatiques est un progrès. Ce progrès ne clôt pas le sujet. Le rapport le dit dès ses premières conclusions : malgré ces avancées de communication et d’électricité renouvelable, la réduction n’est pas au rythme nécessaire. Le reporting devient alors un moyen, pas une fin. Il sert s’il conduit à des baisses mesurables. Il recule s’il cohabite avec une hausse des émissions d’activités.

La gouvernance occupe ici une place décisive. Un dispositif de gouvernance, des indicateurs clairs, des stratégies d’engagement : ces éléments figurent dans la définition même des plans complets. Sans eux, l’entreprise peut afficher une cible sans savoir qui la porte, comment elle se décline, ni comment elle survit à une explosion de la demande de calcul.

D’où l’insistance sur la collaboration entre acteurs. Le numérique n’est pas une collection d’îles. Cloud, réseaux, logiciels, équipements, électricité : chaque maillon déplace une part des émissions. Réduire seulement chez soi, sans entraîner les autres, laisse le système presque intact. Le rapport fait de cette coopération une condition, pas un vœu pieux.

Ce que change l’année 2024 dans le récit du secteur

L’année 2024 n’est pas traitée comme une parenthèse. Elle sert de révélateur. C’est l’année des données utilisées pour juger 200 entreprises. C’est aussi une année où la poussée de l’IA n’est plus une hypothèse de long terme, mais un facteur déjà visible dans les émissions de certains grands fournisseurs. Le récit d’un numérique naturellement plus sobre que le reste de l’économie en sort compliqué.

Compliqué ne veut pas dire perdu. Les 14 opérateurs qui réduisent de 11 % leurs émissions depuis 2020 montrent qu’une baisse est possible dans le secteur. Les 85 cibles jugées en bonne voie montrent que certaines trajectoires tiennent. Les 25 entreprises à 100 % renouvelable montrent qu’un approvisionnement entièrement vert est déjà déclaré par une minorité. Le problème n’est donc pas l’absence totale d’exemples. Le problème est l’insuffisance d’ensemble.

Une minorité peut précéder. Elle ne remplace pas la moyenne. Or c’est la moyenne du secteur évalué, et surtout le rythme global, que le rapport confronte aux objectifs climatiques mondiaux. Sur ce point, le verdict reste inchangé : trop lent.

Une lecture utile au-delà des spécialistes

On pourrait croire que ce débat n’intéresse que les directions développement durable et les analystes extra-financiers. Le rapport le tire vers un public plus large, parce qu’il parle de technologies qui façonnent un avenir numérique commun. L’IA n’est plus un sujet de laboratoire. Le cloud n’est plus un sujet d’arrière-cour. Leur consommation d’énergie entre dans le débat climatique ordinaire.

Pour un lecteur non spécialiste, l’essentiel tient en quelques phrases. Les entreprises numériques s’engagent plus. Elles achètent beaucoup d’électricité verte. Elles réduisent trop peu, ou trop inégalement. L’IA aide parfois à économiser l’énergie. Elle en demande aussi beaucoup plus. Quatre grands acteurs de l’IA et du cloud voient leurs émissions d’activités s’envoler. Quatorze grands télécoms les font baisser. Le secteur pèse 301 millions de tonnes en 2024, en légère hausse sur un an.

Cette synthèse n’épuise pas le rapport. Elle en donne la colonne vertébrale. Le reste est une invitation à regarder la qualité des plans, le statut scientifique des cibles, le rôle des fournisseurs et la nécessité de faire grandir les énergies propres au même rythme que les usages numériques.

Le test politique et économique du secteur TIC

Le secteur des technologies de l’information et de la communication, dit le rapport, a l’innovation, les ressources et l’influence. Cette phrase n’est pas un compliment gratuit. Elle crée une responsabilité. Qui a l’influence est attendu au-delà du minimum. Qui a les ressources est attendu sur l’investissement propre. Qui a l’innovation est attendu sur la conception même des services, pas seulement sur leur compensation.

Les attentes des investisseurs, les campagnes scientifiques, la sensibilisation et les nouvelles exigences réglementaires ont déjà poussé 76 % des entreprises évaluées à poser des objectifs de court terme. La pression externe fonctionne donc en partie. Elle ne garantit pas, à elle seule, que les cibles soient validées, suivies, ni intégrées dans des plans complets. L’initiative volontaire existe. Elle reste à convertir.

Convertir, ici, veut dire baisser les émissions, pas seulement les mesurer. Vouloir une IA au service du climat tout en acceptant une explosion des émissions de ceux qui la fournissent crée une contradiction. Le rapport ne la résout pas par un slogan. Il pose les conditions d’une résolution : action concrète, collaboration, énergies propres, gestion des émissions, mobilisation de la chaîne.

Ce qu’il faut retenir sans détour

Le numérique n’est pas hors climat. En 2024, les entreprises évaluées déclarent 301 millions de tonnes d’émissions d’activités, soit 0,8 % des émissions mondiales liées à l’énergie, en hausse de 1,2 % sur un an. Elles restent de très gros acheteurs d’électricité renouvelable, mais seulement 25 sur 200 déclarent un approvisionnement à 100 %. Les objectifs se répandent plus vite que les preuves de trajectoire. Les plans complets restent minoritaires. L’IA est à la fois utile et coûteuse. Chez quatre grands fournisseurs d’IA et de cloud, les émissions d’activités de 2024 peuvent atteindre 239 % du niveau de 2020. Chez 14 grands opérateurs télécoms, elles baissent de 11 % depuis 2020.

Voilà le cœur factuel. Tout le reste est une question de rythme et de méthode. Le rythme actuel ne correspond pas à celui qu’exigent les objectifs mondiaux. La méthode, pour s’en rapprocher, suppose d’intégrer la durabilité dans la conception, l’alimentation et le développement des technologies, et de traiter aussi les émissions des produits, services et fournisseurs.

Le rapport 2026 ne ferme pas l’avenir numérique. Il refuse seulement qu’on le raconte comme s’il était déjà sobre. Entre l’engagement et l’action, l’écart reste assez large pour inquiéter. Assez documenté, aussi, pour ne plus pouvoir dire qu’on ne savait pas.

Les entreprises du secteur ont encore les leviers : innovation, ressources, influence, capacité d’achat d’électricité verte, pression des investisseurs et des règles. Le rapport leur demande d’en faire autre chose qu’une vitrine. Il leur demande une baisse réelle, une planification plus robuste, une IA développée avec les énergies propres et non à côté d’elles. C’est à cette aune, et non à celle des seules promesses, que le prochain cycle de données dira si le numérique a réellement verdî, ou s’il a seulement mieux raconté sa course en avant.

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