Et si le vrai vertige du pouvoir n’était pas le discours public, mais la seconde où un seul être humain doit décider d’activer ou non une force capable d’anéantir des villes entières ? C’est précisément cette question, presque insoutenable, que le thriller géopolitique Jupiter dépose vendredi sur le Lido, hors compétition, à la Mostra de Venise. Le film suit un président français nouvellement élu, pris dans une crise internationale majeure, et le place face à un dilemme vertigineux : faire usage ou non du feu nucléaire.
Jupiter À La Mostra, Un Vent D’Anxiété Sur Le Lido
Le long-métrage d’Alexandre Smia, son premier en tant que réalisateur, n’arrive pas comme un divertissement de festival parmi d’autres. Il arrive comme une pression. Une salle, un homme, une doctrine, une horloge invisible. Denis Ménochet incarne Paul Archambault, chef de l’État confronté à un risque de conflit nucléaire après une tentative d’assassinat du président russe. Autour de lui, une Ukraine acculée, un désir de revanche du dirigeant visé, des dirigeants occidentaux divisés sur la réponse à apporter.
Le cœur du récit, quasiment uniquement tourné en huis clos, ne cherche pas le spectacle des explosions. Il cherche autre chose, plus étroit et plus cruel : la pièce où se décide l’irréversible. Le réalisateur l’a résumé lors d’une rencontre comme un paradoxe. D’un côté, l’extraordinaire puissance de destruction d’une arme nucléaire. De l’autre, la fragilité d’un homme ou d’une femme qui va devoir prendre la décision.
Ce paradoxe n’est pas un ornement de scénario. Il est le moteur. Il explique pourquoi le film se refuse aux grandes fresques de champ de bataille pour s’enfermer dans une pièce de commandement. Il explique aussi pourquoi le public du Lido, habitué aux récits de prestige, se trouve ici face à une anxiété plus politique que décorative. Le titre lui-même renvoie au poste de commandement Jupiter, salle de crise bunkerisée de l’Élysée.
Ce que le film installe dès l’entrée
Un président fraîchement élu. Une tentative d’assassinat contre le président russe. Une Ukraine acculée. Des alliés occidentaux divisés. Une doctrine de dissuasion à interpréter en temps réel. Une seule pièce. Une seule décision.
Un huis clos où le monde entier tient dans une pièce
Tourner presque uniquement en huis clos n’est pas un choix d’économie. C’est un choix de tension. Dans Jupiter, l’espace se contracte à mesure que la crise s’élargit. Plus la planète semble proche de basculer, plus le cadre se réduit à une table, des regards, des dossiers, des voix qui s’affrontent. Le président Archambault n’est pas filmé comme un héros de cinéma d’action. Il est filmé comme un homme isolé par la fonction.
Cette isolation a une fonction dramatique évidente. Elle rappelle que la dissuasion nucléaire française n’est pas seulement une affaire d’appareils, de codes et de chaînes de commandement. Elle est aussi une affaire de corps. Un souffle trop court. Une phrase mal pesée. Un silence trop long. Le film insiste sur cette contradiction : une capacité de destruction immense, et une personne dont la voix peut basculer l’histoire.
Le huis clos permet aussi de montrer le conseil de défense restreint comme un théâtre d’influences. Les sensibilités plus ou moins belliqueuses ne s’expriment pas dans les discours officiels. Elles s’expriment dans la pièce. Entre politiques. Entre militaires. Entre loyautés personnelles et doctrines d’État. Reda Kateb y joue le ministre de la Défense, présenté comme un proche du président Archambault. Cette proximité n’apaise rien. Elle rend au contraire chaque désaccord plus intime, donc plus tranchant.
On comprend alors pourquoi le réalisateur parle d’une menace tellement abstraite que l’on a du mal à l’appréhender. L’arme existe. La doctrine existe. Les procédures existent. Mais l’acte de décider reste presque impensable. Le cinéma, ici, ne cherche pas à rendre l’arme visible. Il cherche à rendre visible l’être humain qui se tient devant elle.
Le paradoxe au centre du récit
Alexandre Smia formule le nœud du film avec une clarté presque clinique. D’un côté, l’extraordinaire puissance de destruction d’une arme nucléaire. De l’autre, la fragilité d’un homme ou d’une femme qui va devoir prendre la décision. Tout le long-métrage gravite autour de cette phrase. Elle n’est pas un commentaire extérieur. Elle est la structure même de l’histoire.
D’un côté, l’extraordinaire puissance de destruction d’une arme nucléaire et de l’autre, la fragilité d’un homme ou d’une femme qui va devoir prendre la décision.
Alexandre Smia
Ce paradoxe explique le ton du film. Pas de lyrisme facile. Pas de leçon brandie comme un slogan. Une pression continue. Comment faire usage de la capacité de dissuasion nucléaire française et de la doctrine qui l’accompagne ? La question n’est pas seulement militaire. Elle est morale, institutionnelle, personnelle. Elle touche à ce que le suffrage universel direct confie réellement à une personne élue.
Le réalisateur insiste sur le caractère abstrait de la menace. On la nomme. On la commente. On la range dans des formules savantes. Mais on a du mal à l’appréhender. Jupiter tente précisément cela : faire sentir une abstraction. Transformer une doctrine en sueur, en silence, en conflit de sensibilités autour d’une table. Le feu nucléaire n’y est pas un effet. Il est une possibilité qui pèse sur chaque réplique.
Paul Archambault n’arrive pas au pouvoir comme un vieux routier de la crise. Il est nouvellement élu. Ce détail compte. Il signifie que le film ne montre pas seulement un président aguerri. Il montre quelqu’un à qui l’on vient de confier une puissance de feu incommensurable, dans une période d’instabilité internationale. L’apprentissage et l’abîme cohabitent.
Un réalisme poussé jusqu’à la pièce Jupiter
Pour atteindre un degré de réalisme extrêmement poussé, Alexandre Smia s’est beaucoup documenté. Il a été conseillé par l’un des principaux experts français du nucléaire, Bruno Tertrais, directeur adjoint de la Fondation pour la recherche stratégique. Ce recours à l’expertise n’est pas un habillage de dossier de presse. Il sert la texture du film : les mots employés, la manière dont une décision circule, la façon dont une doctrine cesse d’être un texte pour devenir une option.
Le cinéaste dit aussi avoir eu la chance de s’entretenir avec François Hollande, avec le chef d’état-major des armées, avec des hommes et des femmes qui ont été directement dans cette pièce. Cette pièce, c’est le poste de commandement Jupiter, salle de crise bunkerisée de l’Élysée. Le titre du film n’est donc pas une métaphore lointaine. C’est un lieu. Un espace réel du pouvoir exécutif français.
Parler avec des personnes qui ont occupé cette salle change le rapport au récit. Le huis clos n’est plus un dispositif de théâtre. Il devient une reconstitution d’atmosphère. On n’y filme pas seulement des personnages. On y filme une architecture de décision. Qui parle. Qui se tait. Qui pèse. Qui accélère. Qui retient. Les luttes d’influence entre sensibilités plus ou moins belliqueuses y deviennent le véritable spectacle.
Repères du film
Présentation : vendredi, hors compétition, Mostra de Venise.
Sortie en salle : 18 novembre.
Réalisateur : Alexandre Smia, premier film.
Rôle principal : Denis Ménochet en Paul Archambault.
Ministre de la Défense : Reda Kateb.
Lieu central : poste de commandement Jupiter.
Le réalisme revendiqué n’empêche pas la fiction. Il la charge. Le film reste un thriller. Il dramatise. Il resserre. Il choisit un angle. Mais l’angle s’appuie sur des conversations avec celles et ceux qui connaissent la pièce, la doctrine, le poids d’une décision de cette nature. C’est ce croisement qui donne au projet son caractère inhabituel dans le cinéma français contemporain.
Politiques et militaires, une dissection des influences
Le film dissèque les luttes d’influence entre les différentes sensibilités plus ou moins belliqueuses s’exprimant au sein du conseil de défense, mais aussi entre politiques et militaires. Cette phrase décrit presque un second scénario, parallèle au premier. Le premier est géopolitique : tentative d’assassinat, risque de conflit nucléaire, Ukraine acculée, Occident divisé. Le second est intérieur : qui, dans la pièce, pousse, freine, interprète, traduit la doctrine en acte.
Reda Kateb dit avoir ressenti autant d’anxiété que de désir de faire le film en lisant le scénario. Ce mélange n’est pas anodin. Il dit que le texte ne se comporte pas comme une partition confortable. Il place l’interprète dans le même inconfort que le personnage. Lire, c’est déjà sentir la pièce se fermer. Jouer, c’est accepter de rester dedans.
Autant d’anxiété que de désir de faire le film en lisant le scénario.
Reda Kateb
Après le tournage, se souvient-il, on ne décrochait pas. Si l’on allume la télévision, la radio, si l’on ouvre un journal, on était sans cesse renvoyés à cette même histoire du conflit entre la Russie et l’Ukraine. Le plateau ne s’arrêtait donc pas à la fin de la journée. L’actualité le prolongeait. Le huis clos de la fiction rencontrait le huis clos de l’époque.
Cette porosité entre le film et le présent explique une partie de la charge du projet. Jupiter n’invente pas un ennemi lointain pour le plaisir d’un genre. Il s’installe dans une crise que le public reconnaît. Ukraine acculée. Dirigeants occidentaux divisés. Désir de revanche. Risque nucléaire. Les mots du synopsis sont aussi les mots du temps. D’où l’anxiété. D’où aussi le désir de raconter.
Pourquoi ce récit arrive maintenant
Il est rare que le cinéma français s’empare de sujets d’actualité pour en faire des fictions, contrairement au cinéma américain. Cette rareté est au centre du discours autour de Jupiter. Le film ne se présente pas seulement comme une œuvre. Il se présente comme une exception. Un récit d’État. Un récit de crise. Un récit de doctrine. Des matières que le cinéma français aborde peu sous cette forme.
Reda Kateb insiste sur un désir, et même un besoin du public pour cela. On a besoin de récits, on a besoin d’histoires pour comprendre le monde, et pas seulement d’articles de journaux ou de visions théoriques. La phrase est nette. Elle oppose deux régimes de compréhension. L’information d’un côté. La narration de l’autre. Le film se range du second côté, sans prétendre remplacer le premier.
On a besoin de récits, on a besoin d’histoires pour comprendre le monde et pas seulement d’articles de journaux ou de visions théoriques.
Reda Kateb
L’acteur s’attend à voir le film très commenté, surtout en pleine période de campagne électorale. Ce n’est pas un à-côté. C’est une lecture politique du calendrier. Un film qui montre un président face au feu nucléaire, diffusé dans un temps où l’on discute de qui occupera cette fonction, ne peut pas circuler comme une simple curiosité de festival. Il entre dans le débat. Qu’on le veuille ou non.
Alexandre Smia espère d’ailleurs que son film contribuera au débat, dans un contexte où l’élection d’un ou d’une présidente implique de lui confier une puissance de feu incommensurable dans une période d’instabilité internationale. Le vœu est explicite. Le cinéaste ne se réfugie pas derrière la seule autonomie de l’œuvre. Il assume une fonction : ouvrir une conversation sur ce que l’on remet, en votant, entre les mains d’une personne.
Le bulletin de vote et la puissance de feu
Jusqu’à présent, dit Alexandre Smia, il ne s’était jamais dit qu’il donnait son bulletin pour quelqu’un qui aurait ce pouvoir-là. La formulation est personnelle, presque dépouillée. Elle déplace le sujet. On ne parle plus seulement d’un thriller. On parle d’un geste civique. Donner son bulletin, c’est aussi confier la dissuasion.
Jusqu’à présent, je ne m’étais jamais dit : je donne mon bulletin pour quelqu’un qui aura ce pouvoir-là.
Alexandre Smia
Désormais, poursuit-il, il pense sincèrement que, pour lui, ce sera un élément central de son choix, et il souhaite que ce soit un élément central pour tout le monde. Le film devient alors plus qu’une projection sur le Lido. Il devient une invitation à regarder autrement une élection. Non plus seulement à travers des programmes, des styles, des camps. Aussi à travers cette question : à qui confie-t-on l’arme ?
Le cinéaste rappelle même que c’est l’origine du suffrage universel direct en France : il a été conçu pour ça. La phrase relie le thriller à une architecture institutionnelle. Le président n’est pas un personnage parmi d’autres. Il est le détenteur d’une responsabilité singulière. Jupiter prend cette singularité au sérieux, jusqu’à en faire le sujet même du récit.
Dans cette lumière, Paul Archambault n’est pas seulement un rôle pour Denis Ménochet. C’est une figure de bascule. Un homme nouvellement élu. Un conseil restreint. Une tentative d’assassinat. Un désir de revanche. Une Ukraine acculée. Des Occidentaux divisés. Et, au bout de la chaîne, la question du feu nucléaire. Le film demande au spectateur de rester dans la pièce jusqu’au bout.
Denis Ménochet face à la fonction
Denis Ménochet incarne Paul Archambault. Le choix d’un interprète capable de porter à la fois la masse et la faille n’est pas secondaire. Le paradoxe du film exige un visage qui puisse contenir l’autorité et la fragilité. Le président du film n’est pas une statue. Il est un homme pris dans une doctrine plus vaste que lui, et pourtant dépendante de lui.
Autour de ce visage, le conseil de défense restreint forme une constellation de pressions. Reda Kateb, proche du président à l’écran, apporte une autre température. L’anxiété qu’il dit avoir ressentie à la lecture du scénario se retrouve dans la nature du rôle : un ministre de la Défense n’est pas un figurant de protocole. Il est l’un des relais entre le politique et le militaire, entre l’amitié et la responsabilité.
Le film, en restant dans la pièce, oblige ces interprètes à jouer la durée. Pas l’exploit d’une séquence. La persistance d’une crise. Les regards qui se fatiguent. Les arguments qui se répètent. Les camps qui se dessinent. Les silences qui deviennent des prises de position. Le huis clos n’offre aucune échappatoire géographique. Il n’offre qu’une échappatoire morale, et encore, incertaine.
La bande-annonce et le conflit d’interprétations
La bande-annonce, sortie jeudi en France, a déjà provoqué de nombreuses réactions, notamment de comptes et médias pro-russes dénonçant un film de propagande anti-russe. Le film n’était pas encore montré au public du Lido que le récit autour du récit avait commencé. Une campagne de dénigrement à laquelle Alexandre Smia se dit préparé.
Cette préparation dit quelque chose du projet. Un thriller géopolitique qui met en scène une tentative d’assassinat du président russe, une Ukraine acculée et un président français face à la dissuasion ne circule pas dans un vide neutre. Il entre dans un champ déjà saturé d’accusations, de lectures adverses, de soupçons de propagande. Le cinéaste le sait. Il l’assume comme un coût possible du sujet choisi.
Le film, pourtant, se présente d’abord comme l’étude d’une décision française. Le centre n’est pas un champ de bataille extérieur. Le centre est Jupiter. La pièce. L’homme. La doctrine. Les sensibilités du conseil. Les rapports entre politiques et militaires. Que des lectures adverses réduisent cela à de la propagande appartient déjà à la vie publique du film. Cela n’efface pas le propos déclaré du réalisateur : contribuer au débat sur le pouvoir confié par l’élection.
Ce que les réactions anticipent
- Un thriller lu comme un geste politique, dès la bande-annonce.
- Des accusations de propagande portées par des comptes et médias pro-russes.
- Un réalisateur qui dit s’y attendre.
- Un film promis à de nombreux commentaires en période de campagne.
Comprendre le monde par le récit
Reda Kateb le dit sans détour : le public a besoin d’histoires pour comprendre le monde. Jupiter s’inscrit dans cette conviction. Non pas pour remplacer l’analyse. Pour lui donner un corps. Une voix. Une durée. Une pièce. Une table. Un président qui doit choisir. Le cinéma devient alors un instrument d’appréhension face à une menace jugée trop abstraite.
Cette ambition explique le travail de documentation. Parler avec Bruno Tertrais. S’entretenir avec François Hollande. Échanger avec le chef d’état-major des armées. Écouter des hommes et des femmes qui ont été dans la pièce. Tout cela vise le même point : empêcher que le nucléaire reste un mot. Le faire redescendre à hauteur d’homme, sans en diminuer la terreur.
Le premier film d’Alexandre Smia se charge donc d’une responsabilité inhabituelle pour un premier long-métrage. Il n’entre pas par un sujet intime périphérique. Il entre par le centre de l’État. Par la doctrine. Par la dissuasion. Par le suffrage. Par la guerre à proximité. Le Lido reçoit vendredi, hors compétition, un objet plus politique que festif, plus claustrophobe que spectaculaire.
Ce que le Lido reçoit vendredi
Une présentation hors compétition n’efface pas la portée. Elle place le film dans un autre régime : celui de l’événement plus que celui de la course. Jupiter arrive ainsi sur le Lido comme un vent d’anxiété. Pas une anxiété décorative. Une anxiété de sujet. Un président. Une tentative d’assassinat. Un risque de conflit nucléaire. Une doctrine à interpréter. Une décision à prendre.
Le public de festival verra d’abord une mise en scène du pouvoir. Le public de novembre, à partir du 18, verra un film de salle dans un calendrier électoral. Les deux réceptions ne seront pas identiques. Mais elles tourneront autour de la même question. Que fait-on, concrètement, de la capacité de dissuasion ? Et que fait-on, civiquement, du fait de la confier ?
Le réalisateur souhaite que cet élément devienne central pour tout le monde. Le film, en ce sens, n’attend pas seulement d’être regardé. Il attend d’être discuté. Commenté. Contesté. Relu. La bande-annonce l’a déjà montré. Les comptes et médias pro-russes l’ont déjà dénoncé. Alexandre Smia dit s’y être préparé. Le débat précède la séance. Il la suivra.
Une anxiété qui ne s’arrête pas à l’écran
Le souvenir de Reda Kateb après le tournage reste l’un des aveux les plus parlants du projet. On ne décrochait pas. La radio, la télévision, le journal renvoyaient à la même histoire. Russie. Ukraine. La fiction n’offrait aucun abri. Elle empruntait le présent et le présent lui rendait sa tension. C’est peut-être la définition la plus juste de ce thriller : un récit dont le dehors ne cesse de frapper à la porte de la pièce.
Face au désir de revanche du dirigeant, face à une Ukraine acculée et des dirigeants occidentaux divisés, Paul Archambault doit prendre une décision. La phrase du récit est simple. Son contenu ne l’est pas. Faire usage ou non du feu nucléaire. Employer la capacité de dissuasion. Interpréter une doctrine. Tenir dans la fragilité tout en commandant une puissance extraordinaire.
Voilà ce que Venise reçoit. Un premier film. Un huis clos. Un président. Un ministre proche. Des militaires. Des politiques. Une pièce bunkerisée. Une anxiété contemporaine. Et, derrière tout cela, une question que le cinéaste dit ne plus pouvoir écarter lorsqu’il glisse un bulletin dans l’urne. À qui remet-on ce pouvoir-là ?
Le 18 novembre, lorsque Jupiter arrivera en salle, cette question quittera le Lido pour d’autres salles, d’autres conversations, d’autres lectures adverses. Le film n’y pourra rien. Il aura déjà fait son geste : prendre une menace abstraite et la faire tenir dans le corps d’un homme élu, le temps d’une crise, le temps d’une pièce, le temps d’une décision.
Reste le paradoxe, intact. L’arme d’un côté. La fragilité de l’autre. Entre les deux, un président français. Autour de lui, un conseil. Au-dessus de lui, une doctrine. Devant lui, le monde. Derrière lui, ceux qui ont voté. Jupiter ne promet pas d’apaiser cette architecture. Il promet de la rendre visible. Et c’est déjà, pour un premier film présenté à Venise, une manière rude d’entrer dans le débat.









