Comment une famille confie-t-elle ce qu’elle a de plus fragile à une personne qui, quelques semaines plus tard, se filme en train de frapper un enfant de huit mois ? À Cognac, dans le département de la Charente, cette question n’est plus théorique. Elle s’est imposée dans une salle d’audience, puis dans une décision de renvoi. Une baby-sitter de 23 ans, Selma Babbar, comparaissait en comparution immédiate le 3 septembre pour des violences commises sur un nourrisson. Le tribunal n’a pas tranché tout de suite. Il a demandé une expertise psychiatrique. Pour les magistrats, cette « forme de sadisme » était « extrêmement questionnant ». Le jugement est désormais fixé au 5 novembre devant le tribunal correctionnel d’Angoulême.
Une Affaire Qui Commence Par Des Hématomes Et Se Ferme Sur Un Téléphone
Les faits reprochés se situeraient entre le 31 juillet et le 28 août. Un nourrisson de huit mois, confié à une jeune femme pour des gardes, aurait subi des coups, des pressions et des humiliations. Ce n’est pas seulement la parole d’un adulte contre celle d’un autre. Ce sont des images. La mise en cause elle-même apparaît sur des vidéos retrouvées dans son téléphone portable. Elle s’y filme, selon les enquêteurs, en train de violent le bébé.
Le récit des actes est glacial par sa précision. Tantôt elle « fouette au visage » l’enfant avec son doudou prolongé de l’accroche de la tétine. Tantôt elle « serre fortement la mâchoire pour le faire arrêter de pleurer ». Puis elle lui donne « des coups avec son téléphone portable sur la tête ». Autour de ces gestes, des propos humiliants auraient été prononcés. Des hématomes ont été constatés. La nourrice a été placée en détention provisoire.
Ce que retient la procédure à ce stade
Période visée : fin juillet à fin août. Victime : un nourrisson de 8 mois. Lieu : Cognac (16). Suite judiciaire : comparution immédiate le 3 septembre, renvoi au 5 novembre à Angoulême, expertise psychiatrique ordonnée, détention provisoire maintenue selon les informations disponibles.
Il faut le dire sans détour : un enfant de cet âge ne peut ni fuir, ni raconter, ni se défendre. Son seul langage, ce sont les pleurs, les tensions du corps, les traces sur la peau. Quand ces traces existent et que des images les accompagnent, la justice n’a plus seulement un soupçon. Elle a un matériau. Mais un matériau ne dit pas encore tout de la personnalité de l’auteure présumée, ni de ce que le droit doit en faire.
Pourquoi L’Audience Du 3 Septembre A Été Renvoyée
La comparution immédiate est conçue pour aller vite. Elle s’applique souvent quand les faits paraissent établis, que l’enquête a déjà beaucoup avancé, et que la personne déférée peut être jugée sans délai. Ici, le tribunal a choisi une autre voie. Pas par indifférence. Par prudence. Une expertise psychiatrique a été demandée. Le calendrier s’est déplacé vers le 5 novembre.
Cette décision n’efface rien. Elle change le rythme. Elle signifie que les juges estiment insuffisant de regarder seulement les images et les blessures. Ils veulent comprendre s’il existe un trouble, une structure de personnalité, une impulsion pathologique, une indifférence particulière à la souffrance d’autrui. Le mot « sadisme » n’est pas un mot anodin dans une salle d’audience. Il désigne une jouissance, ou du moins une satisfaction, liée à la douleur infligée. Quand un tribunal le prononce pour qualifier une « forme » de comportement, il avoue qu’il se trouve face à quelque chose qui déborde le simple emportement.
Pour le tribunal, cette « forme de sadisme » est « extrêmement questionnant ».
Un expert n’est pas là pour absoudre. Il est là pour éclairer. Il devra dire si la jeune femme présente des éléments susceptibles d’influer sur son discernement, sa dangerosité, sa capacité à comprendre la portée de ses actes, le risque de récidive. Ces conclusions pèseront le 5 novembre. Elles ne remplaceront pas le dossier. Elles s’ajouteront à lui.
Le Nourrisson, Les Images Et La Preuve
Il y a encore quelques années, beaucoup d’affaires de maltraitance intrafamiliale ou de garde d’enfants restaient prisonnières du huis clos. Un adulte niait. Un autre doutait. Le corps de l’enfant portait parfois des marques, parfois non. Ici, le téléphone portable devient un témoin. Non pas un témoin impartial : un objet personnel, manipulé par celle qui se filme. Mais un objet qui fixe le geste au moment où il est commis.
Se filmer en train de frapper un bébé n’est pas seulement une preuve matérielle. C’est aussi un indice psychologique. Pourquoi enregistrer ? Pour se moquer ? Pour relater une « technique » destinée à faire taire les pleurs ? Pour une forme de mise en scène destinée à soi-même ? Les enquêteurs et, plus tard, les experts, devront interpréter cette dimension. Le public, lui, retient surtout l’essentiel : un enfant de huit mois a été exposé à des coups sur la tête, à une pression sur la mâchoire, à un fouet improvisé avec un objet censé le rassurer, le doudou.
Le détournement du doudou frappe particulièrement. Cet accessoire appartient à l’univers de l’apaisement. Le transformer en instrument de frappe au visage inverse le sens même du soin. C’est précisément ce type de renversement qui nourrit le trouble des magistrats. On n’est plus seulement dans la négligence. On n’est plus seulement dans la perte de contrôle d’un instant. On entre dans une séquence où l’objet du réconfort devient l’outil de l’atteinte.
Doudou, tétine, téléphone
Détournés selon l’enquête en instruments de contrainte ou de coup.
Faire cesser les pleurs
La méthode alléguée n’apaise pas : elle impose le silence par la force.
Cognac, Angoulême Et Le Cadre Judiciaire Local
Les faits sont situés à Cognac. Le jugement aura lieu à Angoulême. Cette géographie judiciaire n’est pas un détail administratif. Elle rappelle que les violences sur mineurs, même lorsqu’elles naissent dans un appartement, un salon, une chambre d’enfant, finissent par quitter l’espace privé. Elles deviennent une affaire publique, portée par un parquet, examinée par un tribunal correctionnel, commentée par une ville entière.
Dans une agglomération de taille humaine, ce type de dossier circule vite. Les parents se parlent. Les assistantes maternelles s’interrogent. Les familles qui ont déjà confié un enfant à une personne peu connue revivent leurs propres doutes. Il ne s’agit pas de transformer une procédure en procès collectif contre toutes les baby-sitters. Il s’agit de reconnaître qu’un métier de confiance, souvent peu encadré quand il s’exerce en privé, peut devenir un angle mort.
La détention provisoire, si elle est confirmée dans la durée jusqu’à l’audience de novembre, dit aussi quelque chose du risque estimé. On ne place pas quelqu’un derrière les murs uniquement pour symboliser l’indignation. On le fait, en droit, pour des motifs précis : risque de pression, de renouvellement des faits, de trouble à l’ordre public, de fuite. Dans une affaire impliquant un nourrisson et des vidéos, le trouble à l’ordre public n’est pas une formule creuse. Il est immédiat.
Ce Que Change Une Expertise Psychiatrique
Beaucoup de lecteurs imaginent l’expertise comme une porte de sortie. Ce n’est pas son rôle. Une expertise peut conclure à une personnalité banale, à une immaturité, à un trouble de l’empathie, à une pathologie, à une absence de pathologie. Elle peut aussi rester prudente. Les psychiatres ne lisent pas dans les têtes comme dans un livre ouvert. Ils observent, questionnent, recoupent le dossier, évaluent le discours, les antécédents éventuels, la manière dont la personne parle de l’enfant, du plaisir ou de l’ennui, de la colère, de la honte.
Le tribunal a parlé de sadisme. L’expert devra donc se situer par rapport à cette intuition judiciaire. Y a-t-il recherche de souffrance ? Y a-t-il simplement une intolérance extrême aux pleurs, traitée par la brutalité ? Y a-t-il mise en scène pour soi, pour un destinataire invisible, pour une forme de défi ? Ces questions ne sont pas du voyeurisme. Elles conditionnent la peine, le suivi, l’interdiction éventuelle d’exercer auprès de mineurs, les soins obligatoires.
On oublie trop souvent que juger des violences sur un bébé, ce n’est pas seulement comptabiliser des coups. C’est décider ce que la société fait ensuite de la personne qui les a portés. Un emprisonnement sans lecture clinique peut rassurer un temps. Il ne dit rien de la dangerosité future. À l’inverse, une lecture clinique sans sanction claire peut donner le sentiment que la souffrance de l’enfant pèse moins que le dossier médical de l’adulte. Le droit français tente, souvent maladroitement, de tenir les deux bouts.
La Confiance Parentale Et Ses Angles Morts
Derrière chaque affaire de ce type, il y a une famille qui a cherché une solution. Un emploi du temps. Une rentrée. Un besoin de relais. La garde d’un nourrisson n’est pas un luxe. C’est une organisation de survie quotidienne pour des parents qui travaillent, qui n’ont pas de place en crèche, qui n’ont pas de grands-parents disponibles, qui improvisent.
Dans ce marché informel, la confiance précède souvent le contrôle. On recommande une jeune femme. On la trouve disponible. On la voit souriante. On lui laisse un doudou, un biberon, un numéro d’urgence. On part. On revient. L’enfant pleure un peu plus. On se dit qu’il fait ses dents. On remarque une marque. On se convainc qu’il s’est cogné. Jusqu’au jour où l’explication ne tient plus.
Il serait facile, et cruel, de faire le procès des parents. La maltraitance par un tiers se nourrit précisément de cette zone grise : l’adulte de confiance n’est pas toujours diplômé, agréé, supervisé. Beaucoup de baby-sitters sont irréprochables. Certaines sauvent des journées entières. Le drame naît quand le filtre social est trop mince, quand aucun regard extérieur ne passe, quand l’enfant ne peut rien dire.
Les signes d’alerte existent pourtant. Changement brutal de comportement. Pleurs inexpliqués au moment de la séparation. Hématomes dont la localisation étonne. Récits incohérents. Réticence de la personne qui garde à laisser un parent revenir plus tôt. Aucun de ces signes n’est à lui seul une preuve. Ensemble, ils doivent faire basculer le doute du côté de la protection, pas du côté de la politesse.
Les Pleurs D’Un Bébé Ne Sont Pas Une Provocation
Une phrase revient souvent, dans les dossiers comme dans les conversations : « il n’arrêtait pas de pleurer ». Comme si le cri d’un nourrisson expliquait le coup. Or le cri d’un nourrisson n’est pas une agression. C’est un signal. Faim, fatigue, douleur, inconfort, besoin d’être porté. Un adulte en charge d’un enfant de huit mois sait, ou doit savoir, que le silence obtenu par la force n’est pas un succès éducatif. C’est une capitulation brutale.
Serrer la mâchoire pour faire cesser les pleurs dit beaucoup. Le geste vise la source du bruit. Il traite la bouche comme un interrupteur. Il ignore le corps entier de l’enfant, sa terreur, son souffle, sa vulnérabilité osseuse. Frapper la tête avec un téléphone ajoute une autre dimension : l’objet même par lequel on filme, on appelle, on se distrait, devient projectile. La vie numérique entre dans la pièce et participe à la violence.
Les propos humiliants, s’ils sont établis, parachèvent le tableau. Un bébé ne comprend pas le vocabulaire comme un adulte. Il comprend le ton. Il comprend la colère. Il comprend qu’il est l’objet d’un rejet. Les spécialistes du développement répètent que les premiers mois construisent le sentiment de sécurité. Une séquence de terreur répétée, même courte à l’échelle d’un calendrier, peut être longue à l’échelle d’un système nerveux en formation.
Ce Que La Société Fait Des Enfants Qu’Elle Ne Voit Pas
Les nourrissons sont les invisibles du débat public. Ils n’ont pas de cortège. Ils n’écrivent pas de tribune. Ils n’alertent pas un syndicat. Leur protection dépend d’adultes, de voisins, de médecins, de puéricultrices, de juges, parfois d’un hasard numérique. Ici, le hasard a un nom : des fichiers dans un téléphone.
On peut s’indigner après coup. C’est légitime. L’indignation ne répare pas un hématome. Elle peut, en revanche, servir à une question plus large : comment vérifie-t-on les personnes à qui l’on confie un enfant hors des circuits agréés ? Quelles informations minimales un parent peut-il demander ? Quelles structures existent vraiment, en Charente comme ailleurs, quand une place d’accueil manque ? La violence individuelle n’excuse pas les failles collectives. Elle les révèle.
Il existe des agréments, des relais petite enfance, des formations aux premiers secours, des chartes de bien-traitance. Tout cela fonctionne mieux dans le cadre institutionnel que dans l’arrangement privé conclu à la hâte. Le dire n’est pas mépriser les arrangements privés. C’est admettre qu’ils reposent presque entièrement sur l’intuition.
| Point de vigilance | Pourquoi il compte |
|---|---|
| Cadre de garde | Plus le cadre est informel, plus le contrôle externe s’amenuise. |
| Traces corporelles | Un hématome inexpliqué chez un nourrisson n’est jamais anodin. |
| Discours sur les pleurs | Présenter les pleurs comme une faute de l’enfant prépare la brutalité. |
| Isolement de l’enfant | Aucune tierce personne ne voit la scène, sauf parfois une caméra. |
Le Temps Du Droit N’Est Pas Le Temps De L’Enfant
Du 28 août aux premiers jours de septembre, puis jusqu’au 5 novembre, le calendrier judiciaire s’étire. Pour un adulte, deux mois, c’est court. Pour un enfant de huit mois, c’est une portion immense de sa vie consciente. Les soins, le suivi médical, l’environnement affectif, la reconstruction du sentiment de sécurité n’attendent pas une date d’audience.
Le renvoi se justifie par l’expertise. Il crée aussi une attente. Les proches de l’enfant veulent des réponses. L’opinion locale veut une issue. La mise en cause, elle, reste dans un entre-deux : déjà privée de liberté selon les éléments connus, pas encore jugée au fond. C’est la condition ordinaire de beaucoup de dossiers sensibles. Elle n’en est pas moins pesante.
Le 5 novembre, le tribunal correctionnel d’Angoulême devra tenir ensemble plusieurs exigences. Qualifier les faits. Mesurer leur gravité. Écouter l’expertise. Entendre la défense. Ne pas transformer l’audience en spectacle. Ne pas non plus édulcorer ce qu’un bébé a subi. Trouver une peine qui parle à la société sans faire croire qu’une décision efface une scène filmée.
Peine, Interdiction Et Suivi : Ce Qui Pourrait Se Jouer En Novembre
Sans préjuger d’une décision qui n’a pas été rendue, on peut rappeler le registre habituel de ce type de poursuites correctionnelles. Les violences sur mineur de quinze ans, a fortiori sur un nourrisson, sont aggravées par l’âge de la victime et parfois par la qualité de la personne qui en avait la charge. Le tribunal peut prononcer de l’emprisonnement, un sursis, un suivi socio-judiciaire, une obligation de soins, une interdiction d’entrer en contact avec la victime, une interdiction d’exercer une activité auprès de mineurs.
Cette dernière mesure intéresse particulièrement le public. Une personne reconnue coupable de tels actes ne devrait plus se retrouver seule avec un enfant. Le droit le permet. Encore faut-il que la mesure soit demandée, prononcée, contrôlée. Les interdictions professionnelles ou d’activité ne valent que si elles circulent, si elles sont opposables, si elles ne restent pas un paragraphe oublié au bas d’un jugement.
La détention provisoire actuelle n’est pas la peine. Elle est une mesure avant jugement. Confondre les deux, c’est déjà condamner. Refuser de voir la gravité des images, c’est déjà disculper. Entre ces deux écueils, l’audience de novembre devra avancer au scalpel.
Le Mot Sadisme Et La Responsabilité Morale
Le tribunal a employé un mot fort. Il ne l’a pas employé à la légère, à en croire le motif du renvoi. Le sadisme, dans le langage courant, évoque une cruauté recherchée. Dans le langage clinique, le terme est plus cadré, plus discuté, plus prudent. C’est précisément pourquoi une expertise a du sens. Un juge n’est pas tenu d’attendre un diagnostic pour qualifier des actes. Il est tenu de ne pas se tromper de registre quand il parle d’une personne.
Responsabilité pénale et lecture psychologique ne s’excluent pas. On peut être responsable et trouble. On peut être trouble et dangereux. On peut n’avoir aucun diagnostic spectaculaire et avoir commis l’irréparable à l’échelle d’un nourrisson. Le public aime les explications uniques. La vie psychique n’en offre presque jamais.
Ce qui reste, quoi qu’il arrive, c’est la dissymétrie. D’un côté, une adulte de 23 ans, capable de filmer, de parler, de se défendre. De l’autre, un enfant de huit mois, capable seulement de subir. Toute la morale publique tient dans cet écart. Toute la raison d’être du droit pénal des mineurs victimes aussi.
Médias, Émotions Et Devoir De Exactitude
Les affaires d’enfants battus déclenchent une colère immédiate. Cette colère est saine. Elle peut aussi dévorer les faits. On ajoute des détails. On imagine des mobiles. On confond une mise en examen, une comparution, une condamnation. Ici, l’état du dossier est clair : des faits graves sont reprochés, des vidéos sont évoquées par l’enquête, une détention provisoire a été décidée, un jugement au fond n’a pas encore eu lieu.
Rester exact n’est pas une tiédeur. C’est une forme de respect envers l’enfant, dont l’histoire ne doit pas devenir un feuilleton déformé, et envers la procédure, qui seule peut aboutir à une décision opposable. Le sensationnalisme se nourrit des mêmes images que l’instruction. Il n’a pas la même fonction. L’un cherche le clic. L’autre cherche la vérité judiciaire, qui est plus lente, plus sèche, plus incomplète parfois, mais seule capable de produire des effets de droit.
Nommer la jeune femme, comme le fait désormais l’actualité locale, n’autorise pas à la réduire à un monstre de papier. Cela n’autorise pas non plus à diluer ce qui a été décrit. L’humanité d’une procédure consiste à tenir les deux : la personne et les actes. Les actes d’abord, parce que c’est un bébé qui les a reçus.
Ce Que Cette Affaire Dit Du Soin Ordinaire
Garder un nourrisson est un travail. Pas un passe-temps. Pas une faveur vague. Un travail de vigilance, de patience, de connaissances minimales sur le développement, le sommeil, l’alimentation, les signaux de douleur. Quand ce travail bascule dans la violence, c’est le soin lui-même qui est nié. L’enfant n’est plus un sujet à apaiser. Il devient un obstacle à faire taire.
On parle beaucoup, dans d’autres débats, de parentalité positive, de bien-traitance, de prévention des violences éducatives. Ces mots paraissent parfois abstraits. Ils cessent de l’être quand un doudou devient un fouet. La prévention n’est pas un luxe moral. C’est une infrastructure. Elle commence par la formation, le partage d’expérience, la possibilité de poser un enfant et d’appeler à l’aide quand on n’en peut plus, plutôt que de frapper.
Une personne débordée peut crier. Une personne qui se filme en train de frapper un visage de huit mois n’est plus seulement débordée. Elle a franchi une ligne où le regard sur l’enfant a changé de nature. C’est cette ligne que le tribunal a dite « extrêmement questionnante ». C’est cette ligne que l’expertise devra éclairer. C’est cette ligne que le public, lui, a déjà reconnue.
Vers Le 5 Novembre, Sans Fermer Les Yeux
Entre aujourd’hui et l’audience d’Angoulême, rien n’effacera les semaines de fin juillet et d’août. Les hématomes auront évolué. Les fichiers numériques, eux, resteront. Les propos humiliants, s’ils sont retenus, resteront aussi. Le nourrisson grandira d’un peu plus de deux mois. Ses parents, ou les adultes qui le protègent, devront inventer une suite. La justice, elle, devra dire le droit.
On voudrait une leçon simple. Il n’y en a pas. Il y a des précautions concrètes : ne jamais normaliser une marque inexpliquée, ne jamais laisser un discours de mépris s’installer autour des pleurs, ne jamais croire qu’un enfant trop petit pour parler est un enfant hors d’atteinte. Il y a aussi une exigence politique au sens large : donner aux familles des solutions de garde dignes, visibles, contrôlables, pour que la confiance ne soit pas le seul filet.
Selma Babbar sera jugée le 5 novembre pour des violences commises sur un nourrisson de huit mois à Cognac. Jusque-là, le dossier avance au rythme de l’expertise. Après, il avancera au rythme d’un verdict. Ni l’un ni l’autre ne doivent faire oublier l’essentiel, qui tient en une phrase trop claire : un bébé a été frappé, filmé, contraint, et la société n’a découvert la scène qu’une fois les images déjà enregistrées.
C’est précisément pour cela que cette affaire ne se referme pas sur un fait divers local. Elle ouvre une interrogation durable sur la solitude des tout-petits, sur la qualité de ceux à qui on les remet, et sur la capacité du droit à regarder en face une cruauté qui, pour un tribunal, ne ressemblait déjà plus à un simple écart de conduite.









