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Grayscale Évalue La Part Américaine Du Crypto Entre 15 Et 20%

Grayscale vient de chiffrer la réelle influence américaine sur le crypto mondial à seulement 15-20 %. Les données sur le minage, les paiements et les portefeuilles révèlent une réalité bien plus nuancée que ce que beaucoup imaginaient juste avant les midterms.

Et si les États-Unis ne pesaient finalement que 15 à 20 % de l’activité crypto mondiale ? C’est le chiffre que vient d’avancer Grayscale, quelques jours seulement avant les élections de mi-mandat. Une estimation qui surprend, car elle remet en perspective l’idée d’une domination américaine absolue sur le secteur. Derrière ce pourcentage se cache une réalité bien plus complexe, faite de contrasts entre infrastructure, usage quotidien et propriété réelle des actifs numériques.

Une estimation construite sur quatorze indicateurs différents

Grayscale a publié le 28 octobre un rapport signé par Zach Pandl, son responsable de la recherche. L’objectif était clair : mesurer la place réelle des États-Unis dans l’écosystème crypto mondial. Pour y parvenir, l’équipe a croisé quatorze indicateurs distincts, allant du hashrate Bitcoin aux utilisateurs de portefeuilles mobiles, en passant par les volumes de trading et les paiements en stablecoins.

Le résultat est un éventail assez large. La part américaine varie de 12 % à 36 % selon la catégorie observée. La médiane se situe à 16 %, la moyenne à 19 %. C’est de là que découle la fourchette finale de 15 à 20 % avancée par Grayscale. Une approche prudente, qui reconnaît d’emblée que tous les indicateurs ne mesurent pas exactement la même chose ni sur la même période.

Les données s’étalent de 2023 à 2026 et ont été consolidées en octobre 2026. Certaines portent sur l’Amérique du Nord entière, d’autres uniquement sur les États-Unis, d’autres encore sur un seul fournisseur de services. Cette hétérogénéité explique pourquoi Grayscale préfère parler d’approximation plutôt que de chiffre exact.

L’infrastructure reste le point fort américain

C’est sur le plan de l’infrastructure que les États-Unis affichent leurs scores les plus élevés. Le hashrate Bitcoin atteint 36 %, ce qui en fait le premier indicateur du classement. Les nœuds complets Ethereum suivent de près avec 31 %. La valeur des transactions on-chain attribuée au pays s’établit à 26 %.

Ces chiffres confirment ce que l’on observe depuis plusieurs années : après le grand exode chinois de 2021, une part importante de la puissance de calcul s’est installée aux États-Unis. Les conditions réglementaires plus claires dans certains États, l’accès à l’énergie et la présence de sociétés minières professionnelles ont joué un rôle déterminant.

Pourtant, même sur ce terrain, la domination n’est pas totale. Une étude de Cambridge publiée en 2025 montrait que 75,4 % de l’activité minière recensée dans son échantillon se situait aux États-Unis. Mais cette enquête ne portait que sur 49 entreprises représentant environ 48 % du hashrate mondial. Les chercheurs avaient d’ailleurs pris soin de souligner que la forte participation des firmes américaines biaisait probablement le résultat à la hausse.

À retenir : le hashrate américain à 36 % reste le score le plus élevé de toutes les catégories analysées par Grayscale, mais il ne reflète pas une domination absolue sur le réseau Bitcoin mondial.

Paiements et usage quotidien montrent une image plus modérée

Dès que l’on quitte l’infrastructure pour s’intéresser à l’usage réel, les pourcentages baissent nettement. Les paiements en stablecoins attribués aux États-Unis représentent 24 % de la valeur mondiale. Les transactions de paiement chez les commerçants se situent à 22 %. Les développeurs, selon les données d’Electric Capital, pèsent environ 21 %.

Ces chiffres montrent que les États-Unis restent un marché important pour les paiements, mais pas hégémonique. Les stablecoins circulent massivement en Asie, en Amérique latine et en Afrique, où ils servent souvent de réserve de valeur ou de moyen de transfert international. Le dollar américain reste la référence, mais les utilisateurs ne se trouvent pas uniquement sur le sol américain.

La part de Solana stake attribuée aux États-Unis s’établit à 17 %. Les flux transfrontaliers représentent 16 %. Le volume de trading spot se situe à 15 %. Les visiteurs des sites de protocoles atteignent 14 %. On voit clairement que plus l’on s’approche de l’utilisateur final, plus la part américaine diminue.

Propriété et accès : les scores les plus bas

Les indicateurs de propriété et d’accès confirment cette tendance. Les détenteurs de crypto, les détenteurs de stablecoins et les visiteurs de sites d’échange se situent tous à 13 %. Les utilisateurs de portefeuilles mobiles ne dépassent pas 12 %. Ces pourcentages sont les plus faibles de l’ensemble des mesures présentées par Grayscale.

Ils rappellent une réalité souvent oubliée : la majorité des détenteurs de crypto dans le monde se trouvent hors des États-Unis. L’Asie, l’Afrique et l’Amérique latine ont connu une croissance très rapide du nombre d’utilisateurs ces dernières années. Même si les montants moyens y sont parfois plus faibles, le volume d’utilisateurs compense largement.

Il faut aussi noter que certaines données de propriété ne portent que sur l’Amérique du Nord, tandis que d’autres, comme les détenteurs de stablecoins via Phantom Wallet, ne concernent qu’un seul acteur. Ces limitations méthodologiques renforcent le caractère approximatif de la fourchette 15-20 %.

Des sources multiples pour une image plus fiable

Grayscale a puisée dans un large éventail de sources pour construire son analyse. On y retrouve a16z, Forbes, Triple-A, Phantom, Kaiko, la Banque des règlements internationaux, Solana, Electric Capital, CoinGate, McKinsey/Artemis, Chainalysis, TRM Labs, l’université de Cambridge et Hashrate Index. Cette diversité renforce la crédibilité de l’exercice, même si elle complique la comparaison stricte entre indicateurs.

Chaque source apporte sa propre méthodologie et sa propre couverture géographique. Certaines données datent de 2023, d’autres de 2025 ou 2026. Certaines mesurent la valeur, d’autres le nombre de transactions ou le nombre d’utilisateurs. Grayscale a choisi de présenter cette diversité plutôt que de forcer une homogénéisation artificielle.

Cette approche transparente permet au lecteur de comprendre que le chiffre de 15 à 20 % n’est pas une vérité absolue, mais une synthèse raisonnable d’observations hétérogènes. C’est précisément ce qui donne de la valeur au rapport : il évite les simplifications excessives.

L’adoption progresse indépendamment des élections

Zach Pandl insiste sur un point central : l’adoption du crypto aux États-Unis et dans le monde continue de progresser, quelle que soit l’issue des élections de mi-mandat. Il s’appuie sur plusieurs éléments. D’abord, la propriété de crypto se retrouve dans les deux camps politiques. Ensuite, le soutien bipartisan à certaines législations s’est consolidé. Enfin, les institutions financières traditionnelles multiplient les initiatives autour des stablecoins, des fonds tokenisés et des produits cotés en bourse.

Ces tendances structurelles dépassent largement le calendrier électoral. Les grandes banques, les gestionnaires d’actifs et les entreprises de paiement ont déjà engagé des ressources importantes. Un changement de majorité au Congrès peut ralentir ou accélérer certaines mesures, mais il ne semble pas en mesure d’inverser le mouvement de fond.

Le rapport de Grayscale arrive d’ailleurs à un moment où l’activité réglementaire reste soutenue. L’OCC a finalisé le 21 octobre des règles dans le cadre du GENIUS Act concernant les réserves, les rachats, la gestion des risques et la supervision. Ces règles entreront en vigueur le 18 janvier 2027. La Réserve fédérale a de son côté publié fin septembre des propositions sur le backing des réserves et les demandes d’émission de stablecoins par des filiales de banques membres d’État assurées.

La législation sur la structure de marché avance plus lentement

Sur le front législatif, le tableau est plus nuancé. Le 15 septembre, le Sénat a rejeté par 49 voix contre 50 une motion visant à ouvrir le débat sur le CLARITY Act. Il ne s’agissait pas d’un vote sur le fond du texte, mais simplement sur la possibilité de commencer à l’examiner. Ce résultat montre que le chemin vers une législation claire sur la structure de marché reste semé d’obstacles politiques.

Malgré ce contretemps, le travail technique et les discussions entre acteurs du secteur et régulateurs se poursuivent. Les entreprises crypto et les institutions traditionnelles continuent d’anticiper un cadre plus clair, même si le calendrier exact reste incertain. Cette dynamique contribue à expliquer pourquoi Grayscale estime que l’adoption ne dépend pas uniquement du résultat des midterms.

Le rapport souligne également que les entreprises financières travaillent déjà concrètement sur les stablecoins, les fonds tokenisés et les produits cotés. Ces initiatives ne s’arrêtent pas en fonction du climat politique du moment. Elles obéissent à une logique de long terme liée à la demande des clients et à la concurrence internationale.

Pourquoi le chiffre de 15 à 20 % change la perception

Pendant longtemps, beaucoup d’observateurs ont eu tendance à surestimer le poids des États-Unis dans l’écosystème crypto. La concentration des grands fonds, des sociétés minières professionnelles et des régulateurs les plus actifs a nourri cette impression. Le rapport de Grayscale vient tempérer cette vision.

En plaçant la part américaine entre 15 et 20 %, l’analyse rappelle que le reste du monde représente entre 80 et 85 % de l’activité. Cette répartition a des conséquences importantes. Elle signifie que les décisions prises à Washington, aussi structurantes soient-elles, n’orientent pas seules l’avenir du secteur. Les dynamiques asiatiques, européennes, africaines et latino-américaines pèsent lourdement dans la balance.

Elle souligne aussi que le crypto est devenu un phénomène véritablement mondial. Les infrastructures peuvent être concentrées dans certains pays, mais l’usage et la propriété se sont largement diffusés. Cette diffusion rend le marché plus résilient face aux chocs réglementaires ou politiques d’un seul pays, même aussi important que les États-Unis.

Les limites méthodologiques à garder en tête

Grayscale a eu l’honnêteté de présenter clairement les limites de son exercice. Les périodes de référence ne sont pas identiques pour tous les indicateurs. La couverture géographique varie. Certaines données reposent sur un seul fournisseur. D’autres concernent l’Amérique du Nord plutôt que les seuls États-Unis.

Ces réserves n’invalident pas le travail. Elles invitent simplement à interpréter la fourchette 15-20 % comme une estimation raisonnable plutôt que comme une mesure précise. Dans un domaine où les données restent souvent fragmentaires et difficiles à géolocaliser, cette prudence méthodologique est un atout.

Elle contraste d’ailleurs avec certaines affirmations plus péremptoires que l’on peut parfois lire sur le poids américain. En reconnaissant la diversité des sources et des méthodes, Grayscale produit une image plus fidèle de la réalité, même si elle est moins spectaculaire.

Ce que cela signifie pour les prochains mois

À l’approche des élections, le rapport de Grayscale apporte un éclairage utile. Il montre que le marché crypto américain reste important, notamment sur le plan de l’infrastructure et des paiements, mais qu’il n’est plus le centre unique du monde. Cette réalité devrait encourager les acteurs du secteur à regarder au-delà des frontières américaines.

Elle devrait aussi rassurer ceux qui craignent qu’un résultat électoral défavorable puisse freiner durablement l’adoption. Les tendances structurelles – participation institutionnelle, intérêt bipartisan, innovation technologique – semblent suffisamment solides pour résister aux aléas politiques de court terme.

Enfin, ce chiffre de 15 à 20 % invite à une lecture plus nuancée de l’influence américaine. Les États-Unis restent un acteur majeur, capable d’orienter la régulation et d’attirer des capitaux. Mais ils ne dictent plus seuls le rythme de l’adoption mondiale. Cette redistribution des cartes est peut-être l’un des enseignements les plus importants du rapport.

Au moment où le secteur entre dans une nouvelle phase de maturité, avec des régulations plus précises et une participation institutionnelle croissante, comprendre la véritable répartition géographique de l’activité devient essentiel. Le travail de Grayscale y contribue utilement, en rappelant que le crypto s’est déjà mondialisé bien plus que ce que certains croyaient encore.

Les prochains mois diront si les élections de mi-mandat modifient le rythme des avancées réglementaires aux États-Unis. Mais d’après les données présentées, elles ne devraient pas remettre en cause la dynamique globale d’adoption. Et c’est peut-être là le message le plus clair de cette analyse : le crypto a déjà dépassé les frontières d’un seul pays.

En croisant infrastructure, paiements, trading et propriété, Grayscale dresse un portrait plus réaliste et plus complet de la place américaine dans l’écosystème. Un portrait qui devrait nourrir les réflexions des investisseurs, des régulateurs et des entrepreneurs dans les mois qui viennent.

La fourchette de 15 à 20 % n’est pas un chiffre anodin. Elle force à reconsidérer certaines idées reçues et à reconnaître que le centre de gravité du crypto s’est déjà déplacé. Cette prise de conscience arrive à un moment opportun, juste avant un scrutin qui, quoi qu’il en soit, ne changera probablement pas la trajectoire de fond d’une industrie désormais mondiale.

Les indicateurs les plus élevés concernent l’infrastructure. Les plus faibles touchent à la propriété et à l’accès. Entre les deux, les paiements et le trading dessinent une image intermédiaire. Cette répartition n’est pas anodine : elle montre que les États-Unis excellent dans la construction et l’exploitation des réseaux, mais que l’usage massif s’est diffusé ailleurs.

Cette distinction entre infrastructure et usage quotidien constitue l’un des apports les plus intéressants du rapport. Elle permet de mieux comprendre pourquoi certains acteurs continuent de voir les États-Unis comme le cœur du crypto, tandis que d’autres insistent sur la diversité géographique croissante du marché.

En définitive, le travail de Grayscale invite à une lecture plus équilibrée. Les États-Unis restent un acteur incontournable, notamment grâce à leur poids dans le minage et les nœuds de validation. Mais ils ne représentent plus qu’une part minoritaire de l’activité globale. Cette réalité devrait guider les stratégies des entreprises comme les analyses des observateurs dans les années à venir.

Alors que le calendrier politique américain approche d’une échéance importante, le message de Grayscale est clair : l’adoption progresse sur des bases plus larges que les seuls résultats électoraux. Et c’est peut-être la meilleure nouvelle que l’écosystème pouvait recevoir à ce moment précis.

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