Et si le pétrole encore sous terre valait plus, aujourd’hui, que la transparence d’un contrat ou que le sort de détenus dont les familles crient encore dans la rue ? La question n’est pas théorique. Mardi, à Caracas, l’Assemblée nationale du Venezuela, où le pouvoir détient la majorité absolue, a approuvé un accord qualifié d’historique avec les États-Unis. L’enjeu est immense : dix-sept gisements, un potentiel de production évoqué à 65 milliards de barils, des gains présentés à 209 milliards de dollars sur vingt-cinq ans. Pourtant, au moment du vote à main levée, le texte intégral n’était toujours pas entre toutes les mains. Une poignée de députés d’opposition se sont abstenus. Des proches de prisonniers politiques ont manifesté. Et le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, devait arriver dans la soirée, probablement pour signer mercredi. Voilà le décor, tel qu’il s’est dessiné ce mardi, sans rien ajouter à ce qui a été dit, voté, contesté ou réclamé dans l’hémicycle et dans la rue.
Ce Que L’Assemblée A Vraiment Approuvé Mardi
Le président de l’Assemblée, Jorge Rodriguez, frère de la cheffe de l’État par intérim Delcy Rodriguez, a annoncé le résultat après un vote à main levée. La formule retenue est claire : le soutien au traité énergétique binational entre la République bolivarienne du Venezuela et les États-Unis d’Amérique est approuvé. Pas de suspense arithmétique. La majorité absolue du pouvoir rendait l’issue prévisible. Ce qui l’était moins, c’est le décalage entre la solennité du mot « historique » et le flou encore attaché au contrat lui-même.
L’accord pétrolier avait été présenté comme historique par le président Donald Trump vendredi. Delcy Rodriguez l’avait confirmé le lendemain. Mardi, l’Assemblée a donc donné son feu vert politique. Les États-Unis contrôleront, selon les termes présentés, 17 champs pétrolifères vénézuéliens. Le potentiel de production associé à ces gisements est évalué à 65 milliards de barils. Côté vénézuélien, le gain attendu est chiffré à 209 milliards de dollars sur 25 ans. Ces chiffres ont circulé comme des piliers de la décision. Ils n’effacent pas, pour autant, la demande répétée de lire les petites lettres.
Repères du vote
Mardi : approbation à main levée. Vendredi précédent : présentation comme historique. Samedi : confirmation. Soirée de mardi : arrivée attendue de Chris Wright. Mercredi : signature probable du contrat.
Un Traité Énergétique Binational Aux Contours Encore Flous
Jorge Rodriguez l’a dit lui-même : il fallait attendre la signature du contrat pour en avoir le contenu exact. Cette phrase pèse lourd. Elle signifie que l’Assemblée a voté un soutien politique avant que le détail juridique ne soit pleinement étalé. Une grande partie de la société civile a qualifié l’accord d’opaque. Ce mot n’est pas un accessoire. Il désigne précisément l’écart entre l’ampleur des volumes, la durée de 25 ans, et l’absence de texte intégral remis à tous au moment du vote.
Le député d’opposition Luis Emilio Rondon a formulé la demande la plus nette. Il a réclamé de connaître ce qui est écrit en petites lettres, les clauses, et, au nom de la transparence, la remise du texte intégral et complet de ce qui a été convenu. Il a souligné que ce n’était pas n’importe quoi : une longue durée, un volume important. Puis il a annoncé que, malgré un accord avec la convention, son camp ne pouvait pas voter le texte. L’abstention d’une poignée de députés d’opposition s’inscrit dans cette logique : attendre de voir le contrat, plutôt que lever la main dans le vide documentaire.
Nous avons besoin de connaître ce qui est écrit en petites lettres, les clauses. Et, au nom de la transparence, nous exigons qu’on nous remette le texte intégral et complet de ce qui a été convenu.
Luis Emilio Rondon
Cette exigence ne change pas les chiffres déjà avancés. Elle change la manière dont on peut les lire. Dix-sept gisements, 65 milliards de barils potentiels, 209 milliards de dollars sur 25 ans : ce sont des magnitudes. Sans le contrat signé et publié dans son entier, elles restent des magnitudes politiques autant que techniques. L’Assemblée a pourtant tranché. Le pouvoir a la majorité absolue. Le vote à main levée a clos le débat parlementaire du jour, pas le débat public.
Pourquoi Le Mot Historique A Été Brandi
Le mot « historique » n’est pas venu de nulle part. Il a d’abord été porté vendredi, puis confirmé samedi, puis repris mardi dans l’hémicycle. Il sert à classer l’événement au-dessus d’un simple ajustement commercial. Les États-Unis exploiteront 17 champs. Le Venezuela présente un retour financier de 209 milliards de dollars sur un quart de siècle. Dans le récit officiel, ce pétrole sous terre doit cesser d’être un trésor immobile.
Jorge Rodriguez a donné à cette idée une forme presque pédagogique, et très politique. À qui sert ce pétrole sous terre, a-t-il demandé, sinon à ceux qui voudraient que le réseau électrique continue de tomber en panne, que les hôpitaux ne soient pas construits, que davantage d’écoles ne le soient pas davantage, que des salaires dignes ne soient pas payés ? Le raisonnement est frontal. L’or noir inexploité serait, dans cette grille, une forme de sabotage social. L’accord, à l’inverse, serait l’outil pour inverser cette immobilité.
À qui sert ce pétrole sous terre ? À ceux qui veulent que le réseau électrique continue de tomber en panne, à ceux qui veulent que nous ne puissions pas construire les hôpitaux que nous voulons et que nous avons besoin de construire, à ceux qui veulent que nous ne construisions pas davantage d’écoles et à ceux qui veulent que nous ne payions pas de salaires dignes.
Jorge Rodriguez
Il a ajouté un contraste que le pays connaît par cœur, mais qu’il a voulu marteler : le Venezuela possède les premières réserves de pétrole du monde, et il est le 20e pays à l’exporter. Le numéro 20. Et il y a ceux, a-t-il dit, qui veulent que cet état de choses se poursuive. La phrase résume la doctrine du jour. Les réserves ne suffisent pas. Le rang d’exportateur, lui, serait la preuve d’un gâchis. L’accord avec Washington est présenté comme la clé pour sortir de cette contradiction.
Premières Réserves, Vingtième Exportateur
Cette formule — premières réserves, 20e producteur-exportateur selon les termes employés — est le cœur argumentatif du pouvoir. Elle ne décrit pas un détail technique. Elle décrit un écart. Un pays qui siège en tête des réserves mondiales et qui, dans la hiérarchie de ceux qui exportent, n’occupe que la vingtième place. Jorge Rodriguez a précisé qu’il fallait attendre la signature du contrat pour en connaître le contenu exact. Mais il n’a pas attendu cette signature pour poser le diagnostic : l’état de choses actuel ne doit pas se poursuivre.
Dans ce cadre, les 17 gisements ne sont pas une liste abstraite. Ils sont le levier annoncé pour faire bouger le rang. Le potentiel de 65 milliards de barils donne une échelle. Les 209 milliards de dollars sur 25 ans donnent une promesse de recettes. L’Assemblée, en votant le soutien au traité énergétique binational, a validé cette lecture. Elle n’a pas, mardi, publié clause après clause le mode de contrôle américain sur ces champs. Elle a validé le principe politique de l’ouverture décrite.
Gisements concernés
17
Potentiel évoqué
65 milliards de barils
Gains présentés
209 milliards $ / 25 ans
Rang d’exportateur cité
20e
Ces quatre chiffres tiennent dans une poche. Ils ne disent pas comment sera partagé le risque. Ils ne disent pas quelle clause prévaudra en cas de désaccord. Ils ne disent pas le calendrier précis de chaque champ. Ils disent seulement ce que l’Assemblée a accepté de soutenir : un cadre binational, un contrôle américain sur dix-sept gisements, une durée longue, un volume considérable. Le reste, selon le président de l’Assemblée, viendra avec la signature.
Le Calendrier Serré Avant La Signature
Le rythme de ces quelques jours est resserré. Vendredi, présentation comme historique. Samedi, confirmation par Delcy Rodriguez. Mardi, vote de l’Assemblée. Dans la soirée de ce même mardi, arrivée attendue de Chris Wright, ministre américain de l’Énergie, probablement pour signer mercredi. La séquence politique précède donc la séquence documentaire. D’abord le récit, ensuite le soutien parlementaire, enfin la signature envisagée.
Ce calendrier explique une part de la tension. Ceux qui demandaient le texte complet avant de lever la main se sont heurtés à l’horloge. Ceux qui votaient le soutien estimaient que le pays ne pouvait plus attendre que le pétrole reste sous terre. Entre les deux, il n’y a pas, dans ce qui a été rendu public mardi, de compromis textuel : il y a un vote, une abstention limitée, et une signature encore à venir.
Chris Wright n’était pas encore dans l’hémicycle au moment de l’approbation. Son arrivée prévue le soir même donnait pourtant au vote un caractère de préparation diplomatique. L’Assemblée a ouvert la voie. Le ministre américain de l’Énergie devait, selon ce qui a été indiqué, se trouver au Venezuela pour l’étape suivante. Mercredi, si le scénario annoncé se confirme, le contrat passerait du stade politique au stade signé. Jusque-là, Jorge Rodriguez le reconnaît : le contenu exact reste à voir.
L’Opposition Divisée Entre Boycott, Abstention Et Demande De Texte
La scène parlementaire de mardi ne se comprend pas sans le scrutin de 2025. Une grande partie de l’opposition avait boycotté les législatives de 2025, estimant que le scrutin ne serait pas juste, quelques mois après la victoire contestée de Nicolas Maduro à la présidentielle, une élection entachée de fraudes selon elle. Le résultat est une Assemblée où le pouvoir a la majorité absolue. Dans cet hémicycle-là, une poignée de députés d’opposition présents se sont abstenus, disant vouloir attendre de voir le contrat.
Luis Emilio Rondon a cristallisé cette position. Accord avec la convention, a-t-il dit, mais impossibilité de voter sans le texte intégral. La nuance importe. Elle n’est pas un rejet frontal de tout rapprochement énergétique. Elle est un refus de donner un blanc-seing à un document dont les petites lettres restent hors de portée. Sur un accord de longue durée et de volume important, l’argument de la transparence devient, pour ces élus, une condition et non un luxe.
Le boycott antérieur et l’abstention du jour ne relèvent pas du même geste. Le boycott de 2025 contestait la légitimité du scrutin législatif après une présidentielle déjà contestée. L’abstention de mardi porte sur un objet précis : un traité énergétique dont le contrat n’est pas encore entièrement connu. Les deux gestes se succèdent toutefois dans le même paysage politique, celui d’une opposition réduite dans l’hémicycle et d’un pouvoir qui vote seul, ou presque, les textes structurants.
La Rue Autour Des Prisonniers Politiques
Un peu plus tôt, des proches de prisonniers politiques ont manifesté à Caracas. Ils reprochaient aux États-Unis de négocier des accords pétroliers avec le Venezuela en oubliant les détenus politiques. Le thème de la manifestation tenait en une phrase : Combien de pétrole vaut un prisonnier politique ? Une cinquantaine de personnes se sont réunies. Peu nombreuses, donc. Assez visibles, cependant, pour poser une question que le vote de l’Assemblée n’a pas tranchée.
Sur un cylindre en carton peint en noir, symbolisant un baril de pétrole, on pouvait lire : « Donald Trump : vous négociez notre pétrole avec les délinquants qui ont détruit le Venezuela. » Le baril factice condensait le grief. Le pétrole circule dans les discussions officielles. Les détenus, selon ces familles, n’ont pas la même place dans la négociation. Lexi Sandoval, mère de Miguel Andrés Irigoyen, accusé d’avoir participé à un réseau de corruption, a lancé : « Et les accords sur les prisonniers politiques, c’est pour quand ? Il y a une réponse pour tout, pour le pétrole, pour tout sauf pour les prisonniers politiques. »
Et les accords sur les prisonniers politiques, c’est pour quand ? Il y a une réponse pour tout, pour le pétrole, pour tout sauf pour les prisonniers politiques.
Lexi Sandoval
La manifestation n’a pas empêché le vote. Elle n’a pas non plus été absorbée par le discours sur les hôpitaux, les écoles et les salaires. Elle a coexisté avec lui, le même jour, dans la même capitale. D’un côté, l’Assemblée parle d’un pétrole sous terre qui devrait financer l’électricité, la santé, l’éducation et la dignité salariale. De l’autre, des familles demandent si un détenu a un prix en barils. Les deux scènes appartiennent au même mardi. Elles ne se répondent pas dans les comptes rendus officiels du vote.
Réforme Pétrolière, Pression De Washington Et Loi D’Amnistie
Delcy Rodriguez a impulsé, sous la pression de Washington, une réforme pétrolière qui ouvre l’industrie au secteur privé, ainsi qu’une loi d’amnistie qui promettait la liberté à des centaines de personnes détenues sous les gouvernements d’Hugo Chavez (1999-2013) et de Maduro. Ces deux chantiers sont liés dans le temps politique récent, même s’ils ne sont pas de même nature. L’un touche l’industrie. L’autre touche les prisons. Mardi, c’est surtout le premier qui a occupé l’Assemblée. Le second a occupé le trottoir.
Bien que Delcy Rodriguez assure avoir libéré plus de 1.000 personnes, l’ONG Foro Penal estime qu’au moins 328 prisonniers politiques sont toujours derrière les barreaux. Cet écart de chiffres n’est pas un détail de communication. Il est le cœur du désaccord entre le récit de l’exécutif par intérim et le décompte associatif. Plus de mille libérations d’un côté. Au moins 328 personnes encore détenues de l’autre, selon Foro Penal. Les manifestants de Caracas se tiennent dans cet intervalle. Ils parlent de ceux qui restent.
Deux décomptes, un même sujet
- Parole officielle : plus de 1.000 personnes libérées, selon Delcy Rodriguez.
- Décompte associatif : au moins 328 prisonniers politiques encore détenus, selon Foro Penal.
- Promesse associée : une loi d’amnistie visant des centaines de personnes détenues sous Chavez et Maduro.
La réforme pétrolière, elle, ouvre l’industrie au secteur privé. L’accord avec les États-Unis s’inscrit dans cette ouverture. Contrôler 17 gisements, c’est déjà une forme très concrète d’entrée d’un acteur extérieur dans le sous-sol vénézuélien. L’Assemblée a approuvé le soutien à ce traité. Elle n’a pas, mardi, tranché le sort des 328 personnes encore citées par Foro Penal. Les deux dossiers avancent à des vitesses différentes. C’est précisément ce que les manifestants ont voulu rendre visible.
Ce Que Dit, Et Ne Dit Pas, Le Vote À Main Levée
Un vote à main levée a quelque chose de brut. Il montre une salle, des bras, une majorité. Il ne montre pas un contrat. Jorge Rodriguez a déclaré le soutien approuvé. Une poignée d’élus d’opposition n’ont pas suivi. Le reste de l’opposition, pour une grande part, n’était déjà plus dans le jeu parlementaire depuis le boycott de 2025. Le geste de mardi est donc à la fois massif et étroit : massif par le résultat, étroit par le cercle de ceux qui pouvaient encore voter autrement.
Approuver un soutien n’est pas, mot pour mot, publier un traité. La distinction compte. L’Assemblée a donné un appui politique au traité énergétique binational. Le président de l’Assemblée a renvoyé au moment de la signature pour le contenu exact. Les députés abstentionnistes ont demandé les clauses. La société civile a parlé d’opacité. Ces trois phrases peuvent coexister sans se détruire. Elles décrivent des niveaux différents du même objet : le principe, le texte, la lecture publique.
Dans les heures qui suivaient, l’attention devait basculer vers l’arrivée de Chris Wright. Si la signature a lieu mercredi, le débat changera de nature. On ne discutera plus seulement d’un soutien. On discutera d’un document signé. Jusqu’à cette signature, le Venezuela en est resté, mardi, à un oui parlementaire sur un accord déjà présenté comme historique, déjà chiffré, déjà contesté pour son manque de publicité intégrale.
Le Pétrole Comme Promesse Sociale
Le discours de Jorge Rodriguez a voulu relier immédiatement le sous-sol à la vie quotidienne. Réseau électrique. Hôpitaux. Écoles. Salaires dignes. Quatre items, quatre manques possibles, quatre usages imaginés de la rente à venir. Le pétrole sous terre, dans cette rhétorique, n’est pas une richesse neutre. Il devient coupable s’il reste enfoui, utile s’il est mis en production via l’accord. L’Assemblée a adopté cette grammaire en votant le soutien.
Rien, dans les éléments publics de mardi, ne détaille comment les 209 milliards de dollars sur 25 ans se transformeront en lignes électriques stables, en bâtiments hospitaliers, en salles de classe ou en feuilles de paie. Le lien est politique, pas budgétaire dans le détail. Il n’en est pas moins central. Sans ce lien, l’accord resterait une affaire entre États et compagnies. Avec ce lien, il devient un récit national : extraire pour réparer.
Les familles rassemblées autour du baril de carton noir proposent un autre récit. Extraire, oui, mais à quel prix humain, et avec qui. Elles ne nient pas l’existence du pétrole. Elles demandent pourquoi la négociation trouve des réponses pour l’énergie et pas, selon elles, pour les détenus. Le pays se retrouve ainsi avec deux promesses simultanées : celle de la réforme pétrolière ouverte au privé, celle de l’amnistie. Mardi, seule la première a franchi le cap d’un vote solennel à l’Assemblée.
Washington Dans Le Tableau, Caracas Dans L’Hémicycle
Les États-Unis ne sont pas un invité de dernière minute dans cette séquence. L’accord a été présenté comme historique par Donald Trump dès vendredi. Delcy Rodriguez a confirmé le lendemain. La réforme pétrolière a été impulsée sous la pression de Washington. Chris Wright devait arriver mardi soir. La chaîne est continue. Caracas vote. Washington s’apprête à signer, si le calendrier annoncé tient.
Contrôler 17 gisements vénézuéliens n’est pas un geste symbolique. C’est une prise sur une part du sous-sol du pays aux premières réserves mondiales. Le Venezuela y voit 209 milliards de dollars sur 25 ans. Les manifestants y voient une négociation qui, selon le message inscrit sur le baril de carton, se ferait avec « les délinquants qui ont détruit le Venezuela ». L’Assemblée, elle, a choisi le verbe approuver.
Il n’est pas nécessaire d’inventer d’autres acteurs pour comprendre la journée. Il y a l’exécutif par intérim, l’Assemblée majoritaire, une opposition réduite et en partie abstentionniste, un ministre américain en route, des familles dans la rue, une ONG qui compte encore 328 prisonniers politiques, et un contrat dont le texte exact est renvoyé à la signature. Tout le reste serait de la spéculation. Mardi n’en a pas besoin. La matière est déjà dense.
Ce Qui Resta À Lire Après Le Oui
Après le oui, il reste le papier. Luis Emilio Rondon l’a dit sans détour : les petites lettres, les clauses, le texte intégral et complet. Jorge Rodriguez l’a dit autrement : attendre la signature pour le contenu exact. Les deux phrases se regardent. L’une exige le document avant le geste. L’autre situe le document après le geste. Mardi, la seconde l’a emporté, parce que la majorité absolue l’a emporté.
Il reste aussi le compte des prisons. Plus de mille libérations annoncées. Au moins 328 personnes encore détenues selon Foro Penal. Une loi d’amnistie qui promettait la liberté à des centaines de personnes arrêtées sous Chavez et sous Maduro. Une mère qui demande quand viendront les accords sur les prisonniers politiques. Une cinquantaine de personnes autour d’un baril peint. Peu de monde, une question lourde.
Il reste enfin la contradiction nationale brandie à la tribune : premières réserves, 20e exportateur. Tant que cette phrase circulera, l’accord de mardi aura un argument tout prêt. Tant que le contrat ne sera pas public dans son entier, l’accusation d’opacité aura, elle aussi, un argument tout prêt. Entre les deux, le ministre américain de l’Énergie devait atterrir. La suite dépendait de la signature probable du mercredi. Pas d’un mot de plus que ce qui a déjà été avancé.
Une Journée, Plusieurs Vitesses
On peut relire mardi comme une journée à plusieurs vitesses. Vitesse parlementaire : vote rapide, mains levées, majorité assurée. Vitesse diplomatique : un ministre annoncé pour le soir, une signature envisagée dès le lendemain. Vitesse sociale : une manifestation courte, cinquante personnes, un slogan qui reste. Vitesse juridique : un texte encore incomplet aux yeux de ceux qui demandaient de le lire avant de se prononcer.
Ces vitesses ne s’annulent pas. Elles s’empilent. Le lecteur se retrouve avec un accord déjà baptisé historique, déjà chiffré, déjà voté, pas encore entièrement montré. Avec un pays qui rappelle qu’il a les premières réserves et qu’il exporte comme le vingtième. Avec des familles qui demandent la valeur d’un prisonnier en pétrole. Avec une cheffe de l’État par intérim qui parle de plus de mille libérations. Avec une ONG qui maintient le chiffre de 328.
Rien de tout cela n’a besoin d’être enflé. L’Assemblée a approuvé. Les États-Unis s’apprêtent, selon le calendrier indiqué, à passer à l’acte par la voie de Chris Wright. Delcy Rodriguez a confirmé l’accord dès samedi. Donald Trump l’avait présenté vendredi. Jorge Rodriguez a parlé d’électricité, d’hôpitaux, d’écoles et de salaires. Luis Emilio Rondon a parlé de petites lettres. Lexi Sandoval a parlé de son fils et de l’absence de réponse sur les détenus. Voilà la matière. Elle suffit.
Le Sens D’Un Oui Sans Le Détail Des Clauses
Un oui politique n’épuise pas un contrat de vingt-cinq ans. C’est peut-être la leçon la plus simple de cette séance. On peut soutenir un traité énergétique binational et, le même jour, ignorer encore le détail des clauses. On peut brandir 65 milliards de barils potentiels et 209 milliards de dollars attendus, et renvoyer le lecteur à plus tard pour savoir comment ces masses seront gouvernées. On peut parler d’ouverture au secteur privé et laisser le public hors de la page écrite.
Ceux qui ont qualifié l’accord d’opaque ne discutaient pas seulement d’un adjectif. Ils discutaient d’une méthode. Une méthode où l’annonce précède la lecture, où le vote précède la pièce jointe, où la signature est censée tout éclairer ensuite. Dans un pays aux premières réserves mondiales, cette méthode n’est pas un détail de procédure. Elle touche la manière dont une ressource stratégique change de mains, ou du moins de contrôle, sur 17 champs.
Le pouvoir répond, lui, par l’urgence sociale. Tant que le pétrole reste sous terre, dit Jorge Rodriguez, il sert ceux qui acceptent les pannes, l’absence d’hôpitaux, le manque d’écoles, l’indignité des salaires. Dans cette logique, attendre le texte serait encore une façon d’attendre. L’Assemblée a choisi de ne plus attendre, du moins pour le soutien formel. Le contrat, lui, pouvait encore attendre mercredi.
Ce Qu’Il Faudra Suivre Sans Broder
Sans sortir de ce qui a déjà été établi, trois fils restent tendus. Premier fil : la signature probable et le contenu exact du contrat, que le président de l’Assemblée a lui-même renvoyé à plus tard. Deuxième fil : la publication intégrale réclamée par l’opposition présente, petites lettres comprises. Troisième fil : l’écart entre les libérations annoncées et le décompte de Foro Penal, écart que la manifestation de Caracas a voulu placer à côté des négociations pétrolières.
Sur le premier fil, le nom de Chris Wright sert de marqueur. Arrivée prévue mardi soir. Signature probable mercredi. Sur le deuxième, le nom de Luis Emilio Rondon sert de marqueur. Texte intégral, ou abstention. Sur le troisième, le nom de Lexi Sandoval sert de marqueur. Son fils, Miguel Andrés Irigoyen, accusé d’avoir participé à un réseau de corruption, et cette phrase lancée face aux caméras de fortune de la rue : une réponse pour le pétrole, pas pour les prisonniers politiques.
Le reste appartient déjà au vote. Le soutien est approuvé. Les 17 gisements sont dans l’accord tel qu’il a été présenté. Les 65 milliards de barils et les 209 milliards de dollars sur 25 ans sont les magnitudes officielles du jour. Les premières réserves et la 20e place à l’exportation sont le contraste officiel du jour. L’opacité dénoncée est le contrepoint officiel du jour. On peut tourner ces éléments dans tous les sens. On ne peut pas, fidèlement, en ajouter d’autres.
Mardi soir, pendant que l’Assemblée refermait la séance, le pays se retrouvait donc avec un oui, un avion annoncé, un baril de carton, un frère à la présidence de l’Assemblée, une sœur à la tête de l’État par intérim, une opposition en partie hors jeu depuis 2025, et un sous-sol qui, pour la première fois de cette séquence, avait un calendrier diplomatique aussi précis qu’un horaire d’arrivée. Le pétrole, lui, était toujours à sa place. Sous terre. En attendant la signature.









