Qui décide, au fond, de la manière dont un homme condamné pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité quitte la scène publique? La question n’est pas abstraite. Elle s’est posée vendredi à Belgrade, lorsque le fils de Ratko Mladic a annoncé que l’inhumation de son père aurait lieu lundi 7 septembre, à partir de 07h00 du matin, soit 05h00 GMT. L’annonce a été faite en conférence de presse, aux côtés du ministre serbe de la Justice. Le corps, déjà arrivé la veille par avion gouvernemental, avait été reçu avec les honneurs militaires. Bruxelles a qualifié cette séquence de glorification. Le président serbe a répondu que les accusations étaient stupides. Entre ces deux lectures, le même cercueil, la même capitale, la même mémoire fracturée.
Une inhumation fixée à Belgrade après un accueil officiel
Darko Mladic a été clair. Les funérailles de son père auront lieu lundi dans la capitale serbe. L’horaire est précis. L’endroit l’est aussi. Belgrade n’est pas un lieu choisi au hasard: c’est là que la dépouille a été accueillie, là que le convoi a circulé, là que des policiers en uniforme ont été vus en train de saluer le fourgon mortuaire. L’État n’a pas organisé un silence. Il a organisé un passage.
Le fils a ajouté, devant le monde entier, qu’il était fier du rôle joué par son père. Cette phrase n’est pas un détail familial. Elle s’inscrit dans un climat où certains Serbes considèrent encore Ratko Mladic comme un héros, notamment dans l’entité serbe de Bosnie, où la mort a déjà été marquée par des veillées et des rassemblements. Le président Aleksandar Vucic a estimé que des dizaines de milliers de personnes pourraient venir assister à ces obsèques. Le chiffre n’est pas une prévision météorologique. C’est une indication politique sur l’ampleur possible de la cérémonie.
Ce qui est établi à ce stade
Décès à La Haye la semaine dernière. Transfert par avion gouvernemental. Accueil avec honneurs militaires à Belgrade. Inhumation annoncée lundi 7 septembre dès 07h00. Famille organisatrice des obsèques. Visite européenne annulée.
Le parcours du cercueil et les honneurs militaires
La dépouille de Ratko Mladic a été transportée en Serbie par un avion gouvernemental. Ce choix n’est pas anodin. Un avion d’État n’est pas un vol commercial. Il dit qu’une institution a pris en charge le retour. À l’arrivée, jeudi, Belgrade a déployé les honneurs militaires. L’Union européenne a dénoncé cette scène comme une glorification du criminel de guerre. Les mots de Bruxelles et les gestes de Belgrade ne racontent pas la même histoire, mais ils portent sur le même événement.
Lors du transport du cercueil de l’aéroport vers la capitale, le convoi a été salué par des dizaines de jeunes hommes rassemblés sur des passerelles surplombant l’autoroute. Ils arboraient des banderoles rendant hommage à Ratko Mladic et allumaient des fumigènes, selon des images diffusées par des médias proches du gouvernement. Ce n’est pas une foule immense décrite comme telle. Ce sont des dizaines de personnes, visibles, filmées, placées au-dessus de la route. Le détail des passerelles compte: il transforme un trajet logistique en spectacle public.
Des policiers en uniforme ont été vus en train de saluer le fourgon mortuaire. Un salut n’est pas une phrase. C’est un geste officiel, reconnaissable, difficile à présenter ensuite comme un accident de circulation. Le président serbe a plus tard demandé, sur un ton irrité, si l’on était supposé interdire les funérailles, interdire aux gens d’y assister, ou ne pas réguler la circulation. La régulation de la circulation et le salut militaire ne relèvent pourtant pas du même registre. L’un organise le flux. L’autre qualifie le mort.
La famille parle de meurtre, La Haye parle de soins adéquats
Darko Mladic a réitéré les accusations selon lesquelles la décision de ne pas libérer son père, et le rejet de la demande du gouvernement serbe de le transférer dans un hôpital de Belgrade pour y être soigné, s’apparentaient à un meurtre. Le point de vue de la famille, a-t-il déclaré, est que le meurtre du général Mladic a été commis au Tribunal de La Haye. Il a dénoncé des soins médicaux selon lui négligents.
Le point de vue de la famille est que le meurtre du général Mladic a été commis au Tribunal de La Haye.
Darko Mladic
Le Tribunal de La Haye a rejeté au cours des derniers mois plusieurs demandes de libération pour raisons de santé, assurant que les soins palliatifs dispensés en détention étaient adéquats. Deux récits se font face. D’un côté, une famille qui parle de meurtre et de négligence. De l’autre, une juridiction qui affirme avoir maintenu une prise en charge palliative suffisante et avoir refusé les élargissements demandés. Aucun de ces deux récits n’efface la condamnation initiale. Ratko Mladic purgeait une peine de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis pendant la guerre de Bosnie.
Le mot général, employé par le fils, n’est pas neutre. Il replace l’homme dans une hiérarchie militaire. Le mot meurtre non plus. Il inverse la responsabilité: ce n’est plus le condamné qui doit répondre de Srebrenica et de la guerre de Bosnie, c’est le tribunal qui devrait répondre de sa mort. Cette inversion est au cœur du désaccord avec Bruxelles. L’Union européenne insiste sur la condamnation. La famille insiste sur la fin de vie. Belgrade organise l’espace entre les deux.
Le rôle militaire dans la guerre de Bosnie
Ancien général de l’armée des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic était le bras militaire du trio qu’il formait avec l’ancien président yougoslave Slobodan Milosevic et le dirigeant politique des Serbes de Bosnie Radovan Karadzic. Cette formule, déjà connue, revient parce qu’elle situe l’homme: pas un combattant isolé, un pivot militaire d’un dispositif politique et militaire.
La guerre de Bosnie a fait près de 100.000 morts entre 1992 et 1995, et 2,2 millions de personnes ont été déplacées. Ces deux chiffres restent le cadre. Ils ne sont pas une parenthèse. Ils expliquent pourquoi le retour d’un cercueil à Belgrade n’est jamais seulement une affaire privée. Un homme condamné pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité ne traverse pas une capitale européenne candidate à l’intégration communautaire comme on ramène un parent oublié.
Mladic a été surnommé par les médias internationaux le boucher des Balkans pour son rôle dans le massacre de Srebrenica en 1995, décrit comme la pire tuerie en Europe depuis la Seconde Guerre mondiale. Le surnom n’est pas une invention de cette semaine. Il résume une lecture internationale durable. En face, une autre lecture persiste: celle d’un héros pour certains Serbes. Les deux images coexistent. Elles ne se réconcilient pas. Elles s’affrontent autour d’un même nom.
Condamnation
Génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité
Guerre de Bosnie
Près de 100.000 morts, 2,2 millions de déplacés
Un héros pour certains Serbes, un silence calculé pour d’autres
Il est considéré par certains Serbes comme un héros, notamment dans l’entité serbe de Bosnie, où sa mort a été marquée par des veillées et des rassemblements. Le mot certains compte. Il évite de transformer tout un peuple en chœur unique. Il désigne pourtant une réalité politique: des hommages publics ont eu lieu, des veillées, des rassemblements. La mort n’est pas restée derrière les murs d’une prison.
Bien que les dirigeants serbes se soient largement abstenus de commenter le décès de Ratko Mladic, des personnalités progouvernementales ont fait son éloge, la presse à sensation y accordant une large couverture. Le contraste est net. D’un côté, une retenue officielle relative. De l’autre, une amplification par des figures proches du pouvoir et par une presse à sensation. L’abstention des dirigeants n’a pas produit le vide. Elle a laissé le champ à l’éloge.
Le président Aleksandar Vucic a fait savoir qu’il n’assisterait pas aux funérailles en raison d’un engagement précédent. Il a aussi souligné qu’il avait discuté avec la famille de Ratko Mladic et que c’est elle qui avait entièrement organisé les obsèques. La phrase sert de ligne de défense. Si la famille organise tout, l’État peut dire qu’il n’orchestre pas un culte. Reste l’avion gouvernemental. Restent les honneurs militaires. Reste le salut de policiers en uniforme. Restent les dizaines de milliers de personnes évoquées comme possibles. L’organisation familiale n’efface pas le décor officiel.
Bruxelles annule une visite et parle de valeurs non négociables
La commissaire européenne Marta Kos, en charge de l’élargissement, a annulé vendredi une visite prévue le 9 septembre en Serbie en raison de la glorification du criminel de guerre, au lendemain du rapatriement de sa dépouille. Une visite d’élargissement n’est pas un voyage touristique. Elle touche au processus d’intégration. L’annuler le lendemain de l’accueil du cercueil envoie un message institutionnel: le calendrier diplomatique peut céder devant un symbole.
Ratko Mladic a été condamné pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. La glorification autour de son décès est incompatible avec les valeurs sur lesquelles l’UE s’est construite, et celles-ci ne sont pas négociables.
Marta Kos
Elle a rappelé ces éléments sur le réseau social X. Le rappel n’est pas juridique seulement. Il est politique. Les valeurs, dit-elle, ne sont pas négociables. Le mot incompatible ferme une porte. Il ne dit pas que Belgrade doit interdire une inhumation. Il dit que l’accueil, les honneurs, les hommages publics autour d’un condamné pour génocide ne peuvent pas être traités comme un détail intérieur sans conséquence européenne.
Le président serbe a déclaré que les accusations de Mme Kos étaient stupides. Il a lancé: étions-nous supposés interdire les funérailles? Interdire aux gens d’y assister? Ne pas réguler la circulation? Puis il a ajouté que Marta Kos ne lui ferait pas la leçon sur qui est criminel et qui ne l’est pas. La réplique déplace le débat. Bruxelles parle de glorification. Belgrade parle d’interdiction imaginaire. Entre les deux, il y a précisément ce que l’article décrit: honneurs militaires, salut policier, banderoles, fumigènes, éloges de personnalités progouvernementales, couverture large de la presse à sensation.
Ce que change lundi 7 septembre
Lundi, à partir de 07h00 du matin, la cérémonie commencera. L’heure matinale peut limiter ou au contraire ritualiser. Elle ne supprime pas la charge politique. Si des dizaines de milliers de personnes viennent, comme le président l’a évoqué, l’inhumation deviendra un rassemblement de masse. Si la foule reste plus étroite, les images déjà produites — passerelles, fumigènes, salut — continueront de circuler. Dans les deux cas, Bruxelles a déjà tranché sur le mot glorification.
Le fils a dit sa fierté. La famille a parlé de meurtre. Le tribunal a parlé de soins palliatifs adéquats. La commissaire a parlé de valeurs. Le président a parlé de bêtise et de leçon refusée. Tous ces énoncés tiennent dans la même semaine. Ils ne s’annulent pas. Ils s’empilent. Un article d’actualité ne peut pas les réconcilier. Il peut seulement les tenir ensemble, sans en inventer d’autres.
Le rapatriement par avion gouvernemental, l’accueil avec honneurs militaires, l’annonce des funérailles en présence du ministre de la Justice, l’annulation d’une visite européenne: ces quatre faits suffisent à expliquer pourquoi l’inhumation n’est pas un fait divers. Ils suffisent aussi à comprendre pourquoi le mot glorification a été prononcé. Ils ne disent pas ce que ressentira chaque personne présente lundi. Ils disent ce que les institutions ont déjà choisi de montrer.
Mémoire publique et ligne diplomatique
Dans l’entité serbe de Bosnie, veillées et rassemblements ont déjà eu lieu. À Belgrade, des jeunes hommes se sont placés au-dessus de l’autoroute. Des banderoles ont rendu hommage. Des fumigènes ont été allumés. Des policiers ont salué. La presse à sensation a couvert largement. Des personnalités progouvernementales ont fait l’éloge. Les dirigeants, eux, se sont largement abstenus de commenter le décès, tout en laissant se déployer un dispositif d’accueil. Cette combinaison — retenue verbale au sommet, gestes visibles en bas — produit une ambiguïté utile. Elle permet de dire que l’État n’a pas prononcé d’oraison. Elle n’empêche pas que l’État ait ouvert la piste, l’aéroport, la route, le protocole.
Marta Kos a lié explicitement cette séquence aux valeurs sur lesquelles l’UE s’est construite. Le portefeuille de l’élargissement rend le lien plus tranchant. Une commissaire chargée d’évaluer le rapprochement d’un pays candidat n’annule pas une visite par caprice de calendrier. Elle signale qu’un seuil symbolique a été franchi. Le président serbe refuse la leçon. Il refuse surtout que Bruxelles définisse, à sa place, qui est criminel et qui ne l’est pas. Or la condamnation existe déjà. Elle a été prononcée à La Haye. Le débat n’est donc plus sur le verdict. Il est sur le cérémonial.
Un cérémonial peut être sobre. Il peut aussi devenir une scène de réhabilitation. Les honneurs militaires appartiennent à la seconde catégorie aux yeux de Bruxelles. Aux yeux de la famille, le vrai scandale n’est pas le salut. C’est le refus de libération et le refus de transfert hospitalier vers Belgrade. Ces deux grilles de lecture ne partagent presque aucun mot, sauf le nom de l’homme.
Les mots qui ne se recouvrent pas
Glorification. Meurtre. Soins adéquats. Héros. Boucher des Balkans. Engagement précédent. Valeurs non négociables. Accusations stupides. Chacun de ces termes appartient à un camp. Les aligner dans le même texte n’est pas les valider tous. C’est constater qu’ils circulent en même temps. L’actualité internationale, ici, n’est pas seulement la mort d’un condamné. C’est la collision de ces vocabulaires.
Le surnom de boucher des Balkans renvoie au massacre de Srebrenica en 1995. Le titre de héros renvoie aux veillées et aux rassemblements dans l’entité serbe de Bosnie. Le mot génocide renvoie au jugement. Le mot général, dans la bouche du fils, renvoie à une fidélité militaire. Le mot famille, dans la bouche du président, renvoie à une décharge de responsabilité protocolaire. Le mot circulation, dans la même bouche, réduit l’enjeu à une question de voirie. Le mot valeurs, du côté européen, l’élève au rang de critère d’appartenance.
- La Haye: peine pour génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité; refus répétés de libération pour raison de santé; soins palliatifs présentés comme adéquats.
- Belgrade: avion gouvernemental, honneurs militaires, salut policier, conférence avec le ministre de la Justice, funérailles lundi 7 septembre dès 07h00.
- Famille: fierté du rôle du père, accusation de meurtre, reproche de soins négligents, organisation entière des obsèques selon le président.
- Bruxelles: annulation de la visite du 9 septembre, incompatibilité avec les valeurs de l’UE, caractère non négociable de ces valeurs.
Pourquoi cette séquence dépasse une cérémonie privée
Une inhumation peut rester privée. Celle-ci ne l’est déjà plus. Elle a un horaire public, un lieu public, un accueil public, une estimation de foule donnée par le chef de l’État, une riposte diplomatique, une visite européenne annulée. Elle s’appuie sur un passé chiffré: près de 100.000 morts, 2,2 millions de déplacés, Srebrenica 1995. Elle s’appuie aussi sur un présent immédiat: banderoles, fumigènes, passerelles, éloges, couverture sensationnelle.
Le président a demandé s’il fallait interdire les funérailles. La question, telle qu’il la pose, vise à rendre absurde la critique européenne. Personne, dans les propos rapportés de Marta Kos, n’exige l’interdiction d’une inhumation. Ce qui est visé, c’est la glorification autour du décès. Autrement dit le surplus de solennité officielle et d’hommage collectif accordé à un homme condamné pour génocide. Distinguer le droit d’enterrer et le choix d’honorer, voilà la ligne que Belgrade refuse de tracer comme Bruxelles la trace.
Le fils, lui, ne parle pas d’élargissement européen. Il parle de son père, de fierté, de meurtre, de tribunal. Cette parole familiale, prononcée à côté du ministre de la Justice, n’est plus seulement familiale. Le voisinage ministériel lui donne une caisse de résonance institutionnelle. On peut organiser des obsèques en famille. On n’annonce pas toujours cette organisation aux côtés d’un ministre.
Le calendrier serré de la semaine
La mort a eu lieu la semaine dernière à La Haye. Le transfert a suivi. L’accueil avec honneurs a eu lieu jeudi. L’annulation de la visite européenne a été connue vendredi. L’inhumation est fixée lundi. Quatre temps, presque sans respiration. Cette densité empêche de traiter l’affaire comme une chronique lointaine. Elle force les capitales à réagir à chaud. Bruxelles a réagi par un geste concret: plus de visite le 9 septembre. Belgrade a réagi par une contre-attaque verbale: accusations stupides, refus de leçon.
Entre jeudi et lundi, les images du convoi continueront de travailler. Les dizaines de jeunes hommes sur les passerelles, les fumigènes, les banderoles, le salut des policiers: autant de photogrammes déjà disponibles. Ils précèdent la cérémonie. Ils peuvent aussi la dépasser, si lundi reste plus calme que le trajet depuis l’aéroport. L’accueil a déjà produit sa propre scène. Les obsèques en produiront une autre. Les deux resteront associées.
Aleksandar Vucic a dit qu’il n’assisterait pas aux funérailles en raison d’un engagement précédent. L’absence physique du président n’annule pas sa parole sur l’affluence possible. Des dizaines de milliers de personnes, a-t-il estimé, pourraient venir. Cette estimation crée une attente. Elle peut aussi servir d’avertissement: la foule sera là, qu’on le veuille ou non. Réguler la circulation, dans ce cadre, n’est plus seulement technique. C’est accompagner un flux politique.
Ce que l’on peut tenir pour sûr, rien de plus
On peut tenir pour sûr que Ratko Mladic est mort à La Haye où il purgeait sa peine. On peut tenir pour sûr qu’il avait été condamné pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis pendant la guerre de Bosnie. On peut tenir pour sûr que son corps a été ramené par avion gouvernemental et reçu avec les honneurs militaires. On peut tenir pour sûr que son fils a annoncé l’inhumation lundi à Belgrade dès 07h00, qu’il s’est dit fier, qu’il a parlé de meurtre. On peut tenir pour sûr que La Haye a rejeté plusieurs demandes de libération et présenté les soins palliatifs comme adéquats. On peut tenir pour sûr que Marta Kos a annulé sa visite et parlé de valeurs incompatibles avec la glorification. On peut tenir pour sûr qu’Aleksandar Vucic a jugé ces accusations stupides et refusé la leçon.
On peut aussi tenir pour sûr le cadre historique rappelé: trio avec Slobodan Milosevic et Radovan Karadzic, près de 100.000 morts, 2,2 millions de déplacés, Srebrenica 1995, surnom de boucher des Balkans, statut de héros pour certains Serbes, veillées dans l’entité serbe de Bosnie. Au-delà, tout commentaire supplémentaire sur des intentions secrètes, des ordres non cités ou des scènes non décrites sortirait du récit disponible. Mieux vaut s’arrêter où les faits s’arrêtent.
Lundi matin, Belgrade enterre un condamné que certains viennent honorer et que Bruxelles refuse de voir glorifié. Entre le cercueil, la route, les passerelles et le communiqué européen, il n’y a pas de synthèse heureuse. Il y a une capitale, une heure, une famille, un ministre, un président absent, une commissaire qui ne viendra pas le 9 septembre, et une mémoire qui n’a jamais cessé d’être un champ de bataille.
La journée de lundi ne réécrira pas le jugement de La Haye. Elle n’effacera pas non plus les veillées déjà tenues, ni les banderoles déjà déployées, ni le salut déjà rendu. Elle ajoutera seulement une sépulture à une controverse déjà ouverte. C’est précisément pour cela que l’inhumation, annoncée comme une affaire de famille entièrement organisée par les proches, est entrée dans le langage diplomatique de l’élargissement. Les valeurs, a dit Marta Kos, ne sont pas négociables. Les funérailles, a répondu le président serbe, ne sauraient être interdites. Entre ces deux phrases, Belgrade s’apprête à enterrer Ratko Mladic.
À l’heure dite, 07h00, 05h00 GMT, le récit basculera de l’annonce à la cérémonie. Jusque-là, tout a déjà été dit: la fierté du fils, la colère de Bruxelles, le refus de leçon de Belgrade, les honneurs, les fumigènes, le mot génocide, le mot héros, le mot glorification. Lundi n’inventera pas ces mots. Il leur donnera un décor de cimetière.









