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Verdict De Dix Ans Contre Richard Ravalomanana À Madagascar

L'ancien président du Sénat malgache vient d'être condamné à dix ans de travaux forcés. Une seule journée d'audience, un appel annoncé, et une île encore tiraillée entre mémoire des rues et pouvoir nouveau.

Une condamnation est tombée mardi à Antananarivo, et elle a immédiatement fait le tour de la Grande Île. Richard Ravalomanana, ancien président du Sénat et figure associée à l’ère du président déchu Andry Rajoelina, a été condamné à dix ans de travaux forcés pour son rôle dans la répression des manifestations de septembre et octobre 2025. Le verdict a été rendu au palais de justice d’Anosy, après une unique journée d’audience, dans une capitale encore marquée par le souvenir des rues vallonnées, des pick-up et des gaz.

Le poids d’un verdict rendu en une seule journée

Le nom de Richard Ravalomanana n’est pas un nom parmi d’autres dans la chronologie récente de Madagascar. Ancien général de gendarmerie, longtemps présenté comme un homme d’appareil, il avait occupé une place centrale sous Andry Rajoelina. Mardi, cette place a basculé du côté de la responsabilité pénale. La peine retenue est lourde: dix années de travaux forcés. Le dossier, tel qu’il a été présenté à l’extérieur du tribunal, porte sur la répression des rassemblements de la fin d’été et du début de l’automne 2025.

Son avocat, Lazatiana Razafimamonjy, s’est exprimé devant les caméras, juste après l’audience. Il n’a pas cherché à noyer le propos. Les faits reconnus contre son client, a-t-il dit, sont la complicité de meurtre et la complicité de coups et blessures volontaires. La formule est juridique. Elle est aussi politique, parce qu’elle relie un homme d’institution à des scènes de rue dont le pays entier a vu les images.

Les faits reconnus contre mon client sont complicité de meurtre et complicité de coups et blessures volontaires.

Lazatiana Razafimamonjy, avocat de Richard Ravalomanana

Le même avocat a annoncé vouloir user des voies de recours. La loi les prévoit, a-t-il rappelé, et son camp entend les utiliser. L’appel devient ainsi le prochain chapitre d’une affaire qui, en une journée, a déjà fixé une peine de dix ans. Cette brièveté de l’audience frappe autant que le quantum de la sanction. Une journée pour juger un homme présenté comme un personnage clef du pouvoir précédent, puis une condamnation publique, puis la promesse d’un recours.

Ce que le 25 septembre 2025 a enclenché

Pour comprendre le verdict, il faut revenir à une date que les récits malgaches ont désormais gravée: le 25 septembre 2025. Ce jour-là, un mouvement porté par le collectif Gen Z a manifesté contre les coupures incessantes d’eau et d’électricité. Le motif paraissait concret, presque quotidien. L’eau. Le courant. La vie ordinaire interrompue. Mais la journée a basculé. L’ONU a recensé au moins 22 personnes tuées et plus d’une centaine d’autres blessées après cette manifestation.

Ces chiffres ne sont pas un détail de chronique. Ils forment le socle humain du dossier. Vingt-deux morts au minimum. Plus de cent blessés. Une manifestation née de coupures de services essentiels, devenue le point de départ d’une séquence qui a emporté un président. Les récits officiels et les témoignages de rue se rejoignent sur un point: le 25 septembre n’a pas été une journée comme les autres. Il a enclenché le compte à rebours de la fin de l’ère Rajoelina.

Repères de la séquence

25 septembre 2025: manifestation du collectif Gen Z contre les coupures d’eau et d’électricité. Bilan recensé par l’ONU: au moins 22 morts, plus d’une centaine de blessés. Seize jours plus tard: ralliement de militaires, fuite d’Andry Rajoelina, prise de pouvoir du colonel Michaël Randrianirina.

Le Haut-Commissaire aux droits de l’homme, Volker Türk, s’était dit choqué par la réponse violente des forces de sécurité. Il avait relevé que certains officiers avaient également utilisé des balles réelles. Le mot importe. Balles réelles. Pas seulement des gaz. Pas seulement des charges. Une riposte qui, selon cette alerte internationale, a franchi un seuil. Dans un pays où la mémoire des crises n’est jamais loin, cette phrase a pesé.

Les images de la capitale vallonnée ont circulé largement. Photos. Vidéos. Une étudiante alors âgée de 19 ans, Mirana, a été rencontrée à Antananarivo. Le bas de son dos a été arraché par une grenade lacrymogène tirée par des gendarmes. Ceux-ci l’avaient visée depuis l’arrière d’un pick-up dévalant une rue. Le détail du véhicule, de la pente, de l’arrière du pick-up, ancre le récit dans une géographie précise: Antananarivo n’est pas une ville plate. Les rues descendent. Les engins roulent. Les tirs partent parfois dans le mouvement.

« Bomba », la gendarmerie et le soupçon d’une main encore présente

Richard Ravalomanana n’est pas seulement un ancien sénateur. C’est un ancien général de gendarmerie, surnommé Bomba pour son recours aux gaz lacrymogènes lors de la crise de 2009. Le surnom a survécu aux années. Il dit une méthode, une réputation, une manière d’apparaître dans les récits de rue. En 2025, ce passé est revenu dans le présent. Non comme une simple anecdote biographique, mais comme une grille de lecture du rôle qu’on lui prête au moment des manifestations.

Un chercheur en sciences politiques malgache, s’exprimant sous couvert d’anonymat, estimait qu’à propos du rôle de Bomba au moment des manifestations, Richard Ravalomanana continuait finalement à gérer la gendarmerie même s’il était à la retraite. La phrase est prudente par sa source. Elle est nette par son contenu. Elle dessine un homme qui, hors de l’uniforme actif, aurait conservé une prise sur l’appareil. C’est précisément ce type de lien que le procès a mis en lumière à travers les qualifications de complicité.

Il était resté sur la Grande Île. Ce choix le distingue d’Andry Rajoelina, parti dans un vol affrété par la France après le ralliement de militaires au mouvement de mécontentement, seize jours après le 25 septembre. Ravalomanana, lui, n’a pas quitté le territoire. Il a été démis de ses fonctions de sénateur en décembre. Puis il a été placé en détention préventive à partir du 18 janvier 2026. Mardi, cette détention a débouché sur une peine de dix ans de travaux forcés.

Le parcours est donc linéaire, presque implacable dans sa succession: fonctions, destitution, détention, audience unique, condamnation, annonce d’appel. Chaque étape resserre le récit autour d’un seul homme, alors que le pays, lui, a déjà basculé vers un autre pouvoir. L’île n’attendait pas seulement un verdict. Elle regardait comment l’ancien appareil serait traité par le nouveau.

La fuite du président déchu et l’arrivée du colonel

Le basculement politique n’a pas été qu’un débat de palais. Il a eu lieu dans le rapport de force entre corps armés. Le ralliement de militaires au mouvement de mécontentement, seize jours après la manifestation du 25 septembre, a entraîné la fuite d’Andry Rajoelina. Le départ s’est fait dans un vol affrété par la France. Sur l’île, le colonel Michaël Randrianirina est devenu le nouvel homme fort. La formule est sèche. Elle correspond à la réalité d’une prise de pouvoir née d’une crise de rue et d’une rupture dans les rangs.

Le jour de la mutinerie, un échange de tirs bref a opposé militaires et gendarmes. Un soldat est mort dans ces affrontements. Ce mort s’ajoute au bilan déjà lourd des journées de septembre. Il rappelle que la transition n’a pas été un simple transfert de fauteuil. Elle a aussi été un heurt entre forces. Gendarmerie d’un côté. Armée de l’autre. Un homme tué. Une journée courte et violente, dans une séquence déjà saturée de violence.

Le 17 octobre 2025, Michaël Randrianirina a été investi comme président de la Refondation. Il s’est engagé à tenir des élections dans les deux ans suivant cette investiture. L’horizon est donc daté, au moins dans le discours. Deux années. Une promesse de calendrier. Autour de cette promesse, cependant, le climat politique n’est pas resté celui de l’élan initial. La galaxie de la Gen Z est passée d’un optimisme contenu à l’inquiétude depuis la transition politique.

Du pavé de septembre à l’inquiétude d’avril

Le collectif qui avait mis la rue en mouvement contre les coupures d’eau et d’électricité n’a pas disparu après le départ d’Andry Rajoelina. Il a changé de température. L’optimisme contenu des premiers jours de transition a cédé à une méfiance. Les réformes institutionnelles ont paru lentes. La lutte contre la corruption a paru insuffisante. Le 10 avril, un appel à manifester a été lancé pour le dire. Six membres du mouvement ont alors été arrêtés.

Plusieurs d’entre eux sont demeurés en garde à vue plus de dix jours. Le motif retenu, atteinte à la sûreté de l’État, permet de les maintenir en détention jusqu’à quinze jours. Le droit, ici, n’est pas un décor. Il devient un instrument de durée. Dix jours. Quinze jours possibles. Des jeunes déjà associés à la chute d’un régime se retrouvent face à un autre appareil, avec un autre vocabulaire d’accusation.

L’ONG Amnesty International a dénoncé des arrestations arbitraires et un climat de peur. Le colonel Michaël Randrianirina, de son côté, a accusé ces manifestants de recevoir de l’argent de certains politiciens ainsi que des financements de l’étranger. Deux lectures s’affrontent. D’un côté, la dénonciation d’une restriction des libertés. De l’autre, le soupçon d’une contestation instrumentalisée. Entre les deux, les mêmes rues, le même mot de manifestation, et une jeunesse qui n’a pas quitté le devant de la scène.

Des arrestations arbitraires et un climat de peur.

Amnesty International, à propos des interpellations d’avril

Le verdict rendu contre Richard Ravalomanana s’inscrit donc dans un présent encore instable. Juger l’ancien appareil ne referme pas, à lui seul, le dossier de la rue. Les morts de septembre restent. Les blessés restent. Mirana, le pick-up, la grenade, le bas du dos arraché restent dans la mémoire visuelle du pays. En même temps, les arrestations d’avril montrent que la question de la contestation n’appartient plus seulement au régime déchu.

Complicité, meurtre, coups et blessures: le cœur juridique

Le droit a choisi des mots précis. Complicité de meurtre. Complicité de coups et blessures volontaires. Ces qualifications, rapportées par l’avocat lui-même, évitent de présenter l’ancien président du Sénat comme un tireur isolé dans une rue. Elles le placent dans une chaîne. La complicité suppose un lien. Un concours. Une participation à un ensemble de faits. C’est ce lien que l’audience d’une journée a retenu, au moins en première instance.

Dix ans de travaux forcés ne sont pas une peine symbolique. La sanction est corporelle, concrète, de longue haleine. Elle dit que le tribunal n’a pas voulu d’un simple blâme politique. Elle dit aussi que le dossier des manifestations de septembre et octobre 2025 n’a pas été traité comme un incident de maintien de l’ordre parmi d’autres. Les balles réelles évoquées par Volker Türk, les vingt-deux morts recensés au minimum, les plus de cent blessés, donnent à la peine un arrière-plan tragique.

L’avocat a insisté sur les voies de recours. C’est son rôle. C’est aussi un rappel institutionnel: le jugement de mardi n’est pas, dans l’architecture judiciaire, le dernier mot possible. Une seule journée d’audience, puis une condamnation, puis un appel annoncé. Le rythme est rapide. Trop rapide, diront sans doute ceux qui entourent le condamné. Trop tard, diront ceux qui ont perdu un proche en septembre. Le droit avance entre ces deux impatiences.

Antananarivo, les pentes et les images qui ne s’effacent pas

On ne raconte pas cette affaire sans la ville. Antananarivo est une capitale de pentes. Les rues descendent. Les pick-up y prennent de la vitesse. Les récits des 25 septembre et des jours suivants reviennent sans cesse à cette géographie. Gendarmes à l’arrière d’un véhicule. Grenade lacrymogène. Une étudiante de 19 ans atteinte au bas du dos. Des photos et des vidéos largement diffusées. Le pays a vu. Il a revu. Il continue de voir.

Ces images expliquent pourquoi un verdict rendu au palais de justice d’Anosy dépasse le cercle des juristes. Elles expliquent pourquoi le surnom de Bomba, né d’une autre crise, celle de 2009, a ressurgi avec une telle force. Le gaz n’est pas seulement une technique. Dans la mémoire malgache récente, il est devenu un signe. Un signe de la manière dont le pouvoir, à certains moments, a parlé à la foule.

La Grande Île a déjà connu des bascules. Celle de 2025 a ceci de particulier qu’elle part d’un motif de vie quotidienne, l’eau et l’électricité, pour aboutir à une fuite présidentielle, à une investiture d’un colonel, à des arrestations ultérieures, puis à la condamnation d’un ancien président du Sénat. Le fil est continu. Il relie le robinet coupé à la peine de dix ans. Relier ces deux bouts n’est pas un effet de style. C’est la chronologie même des faits rapportés.

Un homme resté sur l’île, un président parti par les airs

Le contraste entre Andry Rajoelina et Richard Ravalomanana habite toute la séquence. L’un quitte le territoire dans un vol affrété par la France. L’autre demeure. L’un disparaît du quotidien visible de la capitale. L’autre entre en détention préventive le 18 janvier 2026, après avoir perdu son siège de sénateur en décembre. Mardi, l’homme resté est celui qui comparaît, celui qui est condamné, celui dont l’avocat parle déjà d’appel.

Ce contraste n’efface pas les responsabilités collectives évoquées par les observateurs internationaux. Volker Türk n’a pas parlé d’un seul individu. Il a parlé d’une réponse violente des forces de sécurité. Il a parlé d’officiers et de balles réelles. Le procès de Ravalomanana, tel qu’il apparaît au sortir de l’audience, concentre pourtant le récit sur une figure. C’est le propre des prétoires: ils ont besoin d’un dossier, d’un accusé, d’une peine. La rue, elle, avait plusieurs visages.

Le chercheur resté anonyme a formulé l’hypothèse la plus délicate: une gestion de fait de la gendarmerie par un homme à la retraite. Si l’on suit cette lecture, le surnom de 2009 et les faits de 2025 cessent d’être deux époques séparées. Ils deviennent les deux rives d’une même manière d’occuper l’appareil. Le tribunal, en retenant la complicité, a donné une traduction pénale à cette idée de continuité.

La Refondation et le calendrier de deux ans

Michaël Randrianirina s’est présenté comme président de la Refondation. Le mot est programmatique. Il promet une reconstruction. Il promet surtout un horizon électoral: des élections dans les deux ans suivant l’investiture du 17 octobre 2025. Dans l’immédiat, cependant, le pays juge encore les hommes de la période précédente tout en surveillant ceux qui contestent la lenteur des réformes.

Cette double tâche crée une tension visible. D’un côté, la condamnation de Richard Ravalomanana peut être lue comme un acte de rupture avec l’ère Rajoelina. De l’autre, les arrestations de six membres de la galaxie Gen Z, le motif d’atteinte à la sûreté de l’État, les gardes à vue de plus de dix jours, les mises en cause de financements étrangers et d’argent venu de politiciens, montrent qu’une autre contestation est déjà née.

Amnesty International parle d’un climat de peur. Le pouvoir parle d’influences occultes. Entre les deux phrases, les familles des vingt-deux morts recensés au minimum attendent autre chose que des communiqués. Elles attendent que les faits de septembre et d’octobre 2025 ne soient pas seulement un chapitre refermé par une peine, fussent-elle de dix ans.

Ce que change, et ce que ne change pas, une peine de dix ans

Une condamnation à dix ans de travaux forcés change le statut d’un homme. Richard Ravalomanana n’est plus seulement l’ex-président du Sénat, l’ancien général, le surnom Bomba. Il est un condamné de première instance, sous le coup d’une peine afflictive, avec un avocat qui prépare l’appel. Pour le reste du pays, le changement est plus ambigu. L’eau et l’électricité, motifs premiers du 25 septembre, ne redeviennent pas automatiquement fluides parce qu’un verdict a été lu à Anosy.

Les faits reconnus, tels que les résume la défense elle-même, restent graves. Complicité de meurtre. Complicité de coups et blessures volontaires. On ne peut pas alléger ces mots. On ne peut pas non plus les détacher du contexte décrit par l’ONU, par Volker Türk, par le témoignage de Mirana, par les images du pick-up. Le dossier est à la fois individuel et collectif. Individuel parce qu’un nom est désormais attaché à une peine. Collectif parce que les rues d’Antananarivo ont été le théâtre d’une répression dont le bilan se compte en morts et en blessés.

Le palais de justice d’Anosy a donc fermé, pour un jour, une parenthèse judiciaire. Il n’a pas fermé l’histoire politique de l’île. L’appel annoncé rouvre déjà le dossier sur le terrain du droit. Sur le terrain social, les inquiétudes de la Gen Z, les arrestations d’avril, les accusations de financements, le calendrier électoral de deux ans, maintiennent le récit ouvert. Madagascar n’est pas sorti de la séquence commencée le 25 septembre 2025. Il en juge une partie. Il en vit encore une autre.

Mémoire des gaz, mémoire des balles, mémoire des noms

Il y a les gaz de 2009, ceux qui ont donné à Ravalomanana son surnom. Il y a les gaz de 2025, ceux qui ont blessé gravement une étudiante de 19 ans. Il y a les balles réelles mentionnées par le Haut-Commissaire aux droits de l’homme. Il y a le soldat mort lors de l’échange de tirs entre militaires et gendarmes, le jour de la mutinerie. Ces strates ne s’annulent pas. Elles s’empilent. Le verdict de mardi ajoute une strate judiciaire à une mémoire déjà saturée.

Les noms, eux aussi, s’empilent. Andry Rajoelina. Richard Ravalomanana. Michaël Randrianirina. Lazatiana Razafimamonjy. Volker Türk. Mirana. Le collectif Gen Z. Amnesty International. Chaque nom ouvre une porte du récit. Le président déchu. L’ancien président du Sénat. Le colonel devenu homme fort. L’avocat. Le haut-commissaire. L’étudiante. Le mouvement. L’organisation de défense des droits. Sans ces noms, la chronologie deviendrait abstraite. Avec eux, elle redevient humaine, donc plus lourde.

Mardi n’a pas tout tranché. Une journée d’audience ne le peut pas. Elle a toutefois fixé un point: dix ans de travaux forcés pour un homme que beaucoup considéraient encore, il y a peu, comme un pilier de l’ordre ancien. Le reste appartiendra à la cour d’appel, aux élections promises, aux rues d’Antananarivo, et à ceux qui, depuis septembre 2025, mesurent le prix d’une manifestation contre des coupures d’eau et d’électricité.

Dans les heures qui ont suivi le verdict, le pays n’avait pas besoin d’une formule définitive. Il avait besoin de clarté sur ce qui avait été jugé, sur ce qui était contesté, sur ce qui restait ouvert. La clarté, pour l’instant, tient en quelques lignes. Une peine. Deux chefs de complicité. Un appel annoncé. Un bilan humain déjà connu. Un pouvoir nouveau. Une jeunesse devenue méfiante. Et une île qui, de pente en pente, continue de regarder ses propres images.

Richard Ravalomanana saura, comme son avocat l’a dit hors du tribunal, que la loi prévoit des voies de recours. Les familles des victimes de septembre savent, elles, le chiffre avancé par l’ONU. Au moins vingt-deux morts. Plus d’une centaine de blessés. Entre le recours et le deuil, Madagascar avance désormais avec un jugement de plus et, toujours, les mêmes questions de fond: comment on maintient l’ordre, comment on change de pouvoir, et ce qu’il reste de la rue une fois les prétoires refermés.

Le récit s’arrête ici là où les faits s’arrêtent: mardi, à Anosy, dix ans de travaux forcés ont été prononcés. Rien de plus n’a été tranché. Rien de moins n’a été dit. Dans un pays qui vient de basculer, cette sobriété-là est déjà une information.

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