Que reste-t-il d’un programme nucléaire dont personne, officiellement, n’avait jamais entendu parler ? La question n’est plus théorique. Un rapport confidentiel de l’Agence internationale de l’énergie atomique, consulté mardi, affirme que les anciennes autorités syriennes ont mené des activités nucléaires jamais déclarées. Les infrastructures aperçues à Deir Ezzor sont décrites comme conformes à celles d’un réacteur. Deux sites ont été visités le mois dernier. Des tonnes de matières ont été comptées. Et le gardien onusien de la sûreté nucléaire estime désormais pouvoir l’écrire noir sur blanc : il y a eu manquement à l’obligation de déclarer des matières, des installations et des activités.
Le constat de l’agence après les inspections en Syrie
Le texte ne se limite pas à une formule vague. Il s’appuie sur des informations fournies par la Syrie et sur des vérifications conduites en plusieurs lieux. Sur cette base, l’agence établit que les anciennes autorités syriennes ont manqué à leur obligation de déclarer. Le régime visé est celui de Bachar al-Assad. Les activités en cause n’avaient jamais été portées à la connaissance de l’agence au moment où elles se déroulaient.
Les inspecteurs se sont rendus le mois dernier sur deux sites. Le premier se trouve à Deir Ezzor. Le second est un autre lieu lié à des matières nucléaires identifiées par le pouvoir syrien. Cette double visite n’est pas un détail de calendrier. Elle permet à l’agence de croiser ce que Damas dit aujourd’hui et ce que le terrain montre encore.
Sur la base des informations fournies par la Syrie et des résultats des activités de vérification menées par l’Agence en plusieurs lieux en Syrie, l’Agence est en mesure d’établir que les anciennes autorités syriennes ont manqué à leur obligation de déclarer des matières, des installations et des activités nucléaires.
La phrase est longue. Elle est aussi nette. Elle ne parle pas d’un soupçon isolé. Elle parle d’un manquement établi après vérifications. Elle distingue les anciennes autorités des interlocuteurs actuels. Cette distinction traverse tout le rapport : d’un côté l’héritage non déclaré, de l’autre une coopération désormais saluée.
Ce que les inspecteurs ont vu à Deir Ezzor
Le site de Deir Ezzor, dans l’est du pays, est fermé depuis dix-huit ans. L’agence indique que les infrastructures découvertes là sont conformes à celles d’un réacteur nucléaire. Le rapport évoque un réacteur nucléaire en construction. Autour de cette installation, d’autres pièces du puzzle apparaissent : une usine de fabrication de combustible nucléaire destiné au réacteur, un lieu de stockage, des déchets d’uranium.
Ces éléments ne sont pas présentés comme des hypothèses séparées. Ils forment un ensemble. Un réacteur en construction n’a de sens opérationnel que s’il peut être alimenté. Une usine de fabrication de combustible répond à ce besoin. Un stockage et des déchets indiquent que de la matière a circulé, été travaillée, mise de côté. Le rapport relie ces découvertes aux activités non déclarées du temps d’Assad.
Ce que le rapport associe au site
Réacteur en construction, usine de fabrication de combustible destiné à ce réacteur, lieu de stockage, déchets d’uranium. Le tout décrit comme un héritage des anciennes autorités, jamais déclaré à l’époque.
Le site n’est pas un chantier vivant. Il est fermé depuis dix-huit ans. Cette fermeture longue explique en partie pourquoi le dossier a pu rester dans l’ombre administrative, puis revenir par vagues : frappe ancienne, déclarations successives de l’agence, particules trouvées plus tard, visites récentes, rapport d’aujourd’hui.
Soixante-treize tonnes d’uranium naturel
Le chiffre le plus concret du rapport est un poids. Environ soixante-treize tonnes d’uranium naturel. Dans cette masse, cinquante-cinq tonnes se présentent sous forme de barres de combustible. Le reste apparaît sous forme de déchets. Ce n’est plus « quelques tonnes » au sens flou. C’est un inventaire.
Le 18 août, l’agence et les autorités syriennes avaient annoncé la découverte de « quelques tonnes de matières nucléaires » sur un site « non déclaré », présenté comme un « héritage de l’ancien régime ». Ce site avait été signalé en juillet par les autorités de Damas. Le rapport consulté mardi précise l’ordre de grandeur : environ soixante-treize tonnes, dont cinquante-cinq tonnes de barres de combustible.
Passer de la formule « quelques tonnes » à un décompte de soixante-treize tonnes change la lecture. Cela ne crée pas un fait nouveau hors du texte. Cela donne au même fait une mesure. L’uranium est décrit comme naturel. Les barres sont du combustible. Le reliquat est du déchet. Trois états de la matière, un même héritage non déclaré.
| Nature de la matière | Quantité indiquée |
|---|---|
| Uranium naturel au total | environ 73 tonnes |
| Barres de combustible | 55 tonnes |
| Déchets | le reste |
Ces quantités ont été trouvées dans le cadre des vérifications. Elles nourrissent l’affirmation centrale : des matières auraient dû être déclarées et ne l’ont pas été par les anciennes autorités. Aujourd’hui, la Syrie fournit les rapports de comptabilité des matières nucléaires et les informations de conception pour les installations mentionnées. Le rapport présente ce geste comme une correction de la situation.
La transparence actuelle saluée par Rafael Grossi
Dans le même document qui dresse le manquement passé, le directeur de l’agence, Rafael Grossi, salue « la transparence et la coopération de la Syrie avec l’agence ». La coexistence des deux messages n’est pas un paradoxe administratif. Elle dessine une ligne de temps : hier, non-déclaration ; aujourd’hui, transmission de documents exigés.
La Syrie a pris des mesures pour remédier à la situation en fournissant à l’agence les rapports requis de comptabilité des matières nucléaires et les informations de conception pour les installations mentionnées.
Les mots « remédier à la situation » comptent. Ils indiquent que Damas ne se contente plus de signaler un héritage. Les autorités actuelles remettent des rapports de comptabilité. Elles donnent des informations de conception. L’agence peut ainsi relier des bâtiments, des matières et des déclarations écrites. Sans ces papiers, les visites resteraient des photographies de terrain. Avec eux, elles deviennent un dossier de vérification.
Cette coopération est d’autant plus mise en avant que le conseil des gouverneurs de l’agence se réunit la semaine prochaine à Vienne, où se trouve le siège. Le calendrier politique de l’institution et le calendrier des inspections se croisent. Le rapport arrive avant cette réunion. Il fixe un état des lieux que les gouverneurs pourront lire.
Un site fermé depuis dix-huit ans et une frappe ancienne
Le site de Deir Ezzor n’a pas seulement été inspecté. Il a une histoire militaire déjà reconnue. Israël a reconnu en 2018 l’avoir bombardé onze ans plus tôt. Tel-Aviv affirmait alors avoir visé un réacteur nucléaire en construction. Onze ans avant 2018, cela place la frappe en 2007. Depuis, le site est resté fermé. Dix-huit années de fermeture correspondent à cette séquence.
En 2008, moins d’un an après la frappe, des responsables américains avaient accusé la Syrie d’avoir cherché à construire un réacteur nucléaire secret. Ils indiquaient qu’Israël l’avait détruit lors du raid. Le rapport actuel ne réécrit pas ce récit politique. Il constate, après visites, que les infrastructures sont conformes à celles d’un réacteur.
En 2011, l’agence avait déclaré à son tour que le site était « très probablement » un réacteur nucléaire, construit selon elle avec l’aide de la Corée du Nord. Cette formule ancienne n’est pas effacée par le texte de cette semaine. Elle en constitue le précédent. « Très probablement » hier. Infrastructures « conformes » aujourd’hui, après de nouvelles vérifications et des documents syriens.
L’agence avait annoncé l’année dernière avoir découvert des particules d’uranium sur le site lors d’une inspection en 2024. Les particules n’étaient pas encore les soixante-treize tonnes. Elles étaient un signal chimique. Le rapport de maintenant ajoute la masse, la forme des barres, les déchets, l’usine de combustible, le stockage.
Deux lieux, une même obligation de déclaration
Pourquoi deux sites et pas un seul ? Parce que le pouvoir syrien a identifié des matières nucléaires en un deuxième lieu, distinct de Deir Ezzor. Les inspecteurs y sont allés le mois dernier. Le rapport parle de vérifications « en plusieurs lieux ». Le manquement retenu n’est donc pas attaché à une unique coordonnée géographique. Il porte sur des matières, des installations et des activités.
Déclarer, dans le langage de l’agence, ce n’est pas publier un communiqué. C’est inscrire des matières dans une comptabilité, décrire une installation, signaler une activité. Les anciennes autorités, selon le rapport, n’ont pas rempli cette obligation. Les autorités actuelles fournissent les rapports requis. Entre les deux moments s’étend la période du site fermé, de la frappe reconnue plus tard, des évaluations de 2011, des particules de 2024.
Le deuxième lieu n’est pas décrit avec la même abondance de détails architecturaux que Deir Ezzor. Il est toutefois assez important pour justifier une visite d’inspecteurs et pour entrer dans le raisonnement global : l’agence estime pouvoir établir le manquement après avoir travaillé sur plusieurs points du territoire.
L’usine de combustible, le stockage et les déchets
Outre le réacteur en construction, trois éléments reviennent. Une usine de fabrication de combustible nucléaire destiné au réacteur. Un lieu de stockage. Des déchets d’uranium. Chacun a une fonction différente. L’usine transforme. Le stockage conserve. Les déchets restent après usage ou après traitement.
Que le combustible soit « destiné au réacteur » relie l’usine à l’installation principale. Ce n’est pas une usine abstraite. C’est une pièce du même ensemble. Les barres comptées aujourd’hui, à hauteur de cinquante-cinq tonnes, donnent une consistance matérielle à cette destination. Les déchets, eux, montrent qu’il n’y a pas seulement eu un projet sur plan. Il y a eu de la matière travaillée jusqu’à laisser un reliquat.
Le lieu de stockage explique aussi pourquoi des matières ont pu demeurer longtemps hors du regard déclaré. Un site fermé pendant dix-huit ans peut abriter ce qui n’a pas été inscrit. Le signalement de juillet par Damas, puis l’annonce du 18 août, puis le décompte du rapport de mardi, retracent le chemin inverse : de l’ombre vers la comptabilité.
De l’annonce d’août au rapport consulté mardi
Le 18 août n’était pas encore le rapport confidentiel. C’était une annonce conjointe : l’agence et les autorités syriennes parlaient de « quelques tonnes de matières nucléaires » sur un site « non déclaré », « héritage de l’ancien régime ». Le signalement datait de juillet. Mardi, le document interne précise environ soixante-treize tonnes et détaille barres et déchets.
Cette montée en précision est cohérente avec le travail d’inspection. On signale d’abord. On visite ensuite. On pèse. On classe. On écrit. Le rapport confidentiel est l’étape où l’agence dit qu’elle est « en mesure d’établir » le manquement. Entre l’annonce publique d’août et le texte lu mardi, le vocabulaire se durcit, les chiffres s’affinent, la liste des installations s’allonge.
Rien dans ce cheminement n’ajoute un épisode extérieur au dossier. Tout reste à l’intérieur de la même chaîne : signalement syrien, découverte de matières, visites du mois dernier, conclusions écrites, louange de la coopération présente.
La visite du directeur et le contexte diplomatique évoqué
La visite de Rafael Grossi s’est inscrite après qu’un média américain a rapporté des propos de responsables américains et israéliens. Selon ces propos, Washington et l’agence avaient conclu un accord prévoyant le retrait par l’agence de matières nucléaires entreposées sur un site clandestin en Syrie, après avoir trouvé des terrains d’entente avec la Syrie et Israël. Le rapport lui-même insiste sur la transparence syrienne actuelle. Il ne transforme pas ces propos diplomatiques en preuve technique. La preuve technique, dans le texte, reste celle des inspections et des documents remis.
Le mot « clandestin » appartient au récit rapporté. Le mot « non déclaré » appartient au langage de l’agence. Les deux se croisent sans se confondre. Non déclaré, c’est l’obligation juridique non respectée par les anciennes autorités. Clandestin, c’est le vocabulaire des responsables cités par le média. L’article s’en tient à cette distinction.
Le retrait éventuel de matières, s’il a été évoqué dans ces propos, n’est pas décrit comme déjà achevé dans le rapport résumé ici. Ce que l’agence précise mardi, c’est autre chose : elle va « continuer de surveiller les activités sur le site » en cours d’excavation. La surveillance demeure. L’excavation est en cours. Le dossier n’est pas refermé par un simple communiqué de coopération.
Une surveillance qui se poursuit sur un chantier d’excavation
Le site n’est pas seulement inspecté puis abandonné. Il est en cours d’excavation. L’agence a précisé mardi qu’elle allait continuer de surveiller les activités sur place. Surveiller une excavation, c’est accepter que le sol rende encore des éléments. C’est aussi empêcher que le chantier échappe au regard des vérificateurs.
Cette phrase de continuité compte autant que le bilan des soixante-treize tonnes. Un inventaire d’aujourd’hui peut être complété demain si l’excavation avance. Le rapport dresse un état. Il n’affirme pas que tout a été sorti de terre. Il affirme que les anciennes autorités ont manqué à déclarer, que des infrastructures correspondent à un réacteur, qu’une usine, un stockage et des déchets existent dans ce dossier, et que la Syrie actuelle remet enfin les papiers demandés.
Continuer de surveiller, c’est aussi préparer la réunion des gouverneurs. Les États représentés à Vienne n’auront pas seulement un souvenir de 2007, de 2008, de 2011 ou de 2024. Ils auront un texte contemporain, fondé sur des visites du mois dernier et sur des documents syriens récents.
Ce que change, et ce que ne change pas, la formule « héritage de l’ancien régime »
En août, les matières étaient déjà présentées comme un héritage de l’ancien régime. Le rapport de mardi conserve cette lecture. Il parle des anciennes autorités syriennes. Il parle d’Assad pour situer la période des activités non déclarées. Il parle ensuite de la Syrie qui coopère. Le présent n’efface pas le passé. Il le documente.
Héritage ne signifie pas absence de gravité. Un héritage non déclaré reste un manquement. L’agence le dit. En même temps, héritage permet à Damas d’ouvrir les sites, de signaler des matières en juillet, de co-annoncer une découverte en août, de remettre des rapports de comptabilité. Le rapport tient les deux bouts : condamnation du silence d’hier, crédit donné à la transparence d’aujourd’hui.
Cette architecture narrative n’est pas un ornement. Elle conditionne la suite pratique : excavation surveillée, informations de conception transmises, conseil des gouverneurs saisi d’un dossier désormais chiffré.
Retour sur la séquence 2007, 2008, 2011, 2018, 2024
La frappe reconnue par Israël en 2018 vise un événement survenu onze ans plus tôt. En 2008, des responsables américains parlent d’un réacteur secret détruit. En 2011, l’agence parle d’un site « très probablement » réacteur, avec une aide nord-coréenne selon elle. En 2018, la reconnaissance israélienne publicise la paternité du raid. En 2024, une inspection trouve des particules d’uranium. L’année dernière, l’agence l’annonce. Cette année, deux visites, un rapport, soixante-treize tonnes.
Chaque date du dossier public correspond à une couche. La couche militaire. La couche d’accusation politique. La couche d’évaluation technique prudente. La couche de reconnaissance tardive. La couche des particules. La couche de l’inventaire. Le texte consulté mardi n’invente pas la première couche. Il ajoute la dernière avec le langage propre à l’agence : obligation, déclaration, matières, installations, activités, conception, comptabilité.
Le site fermé depuis dix-huit ans est le fil qui relie ces dates. Tant qu’il reste fermé et non revisité, le dossier dort. Dès que Damas signale, dès que les inspecteurs entrent, dès que l’excavation commence, le fil se tend à nouveau.
Pourquoi le mot « conformes » pèse plus qu’une simple description
Dire que des infrastructures sont « conformes à celles d’un réacteur nucléaire » n’est pas dire « on a vu une centrale en marche ». Le site est fermé depuis longtemps. L’installation est évoquée comme un réacteur en construction. La conformité parle de la nature des bâtiments et des aménagements, pas d’une production électrique actuelle.
Cette prudence de vocabulaire est constante depuis 2011, où l’agence disait déjà « très probablement ». Le rapport de maintenant va plus loin parce qu’il s’appuie sur des visites récentes, sur des informations syriennes et sur un ensemble d’installations annexes. Il ne transforme pas pour autant le site fermé en réacteur opérationnel d’aujourd’hui. Il le classe dans la famille des infrastructures de réacteur.
Pour un lecteur pressé, la nuance peut sembler mince. Pour un dossier de non-prolifération, elle est essentielle. On juge des obligations de déclaration à partir de ce qui a été construit et de ce qui a circulé comme matière, pas seulement à partir d’une image de cheminée fumante.
Comptabilité des matières : le geste que le rapport retient
Les rapports requis de comptabilité des matières nucléaires ne sont pas un accessoire bureaucratique. Ils sont l’outil par lequel une quantité cesse d’être une rumeur de terrain pour devenir une ligne suivie. Soixante-treize tonnes d’uranium naturel, cinquante-cinq tonnes de barres, un reliquat de déchets : ces chiffres n’ont de vie administrative que s’ils entrent dans ces rapports.
Les informations de conception jouent le même rôle pour les bâtiments. Une usine de combustible, un stockage, un réacteur en construction : sans description de conception, l’inspecteur voit des murs. Avec la conception, il sait ce que les murs étaient censés faire. Le rapport affirme que la Syrie a fourni ces informations pour les installations mentionnées. C’est le cœur de la « remédiation » saluée par le directeur.
On peut donc lire le document comme un basculement documentaire. Le passé reste non déclaré. Le présent devient déclarable, déclaré, vérifiable. Entre les deux, dix-huit années de site fermé et une longue série d’évaluations internationales.
Vienne, la semaine prochaine
Le conseil des gouverneurs se réunit la semaine prochaine à Vienne. Le siège de l’agence s’y trouve. Le rapport arrive donc à point nommé, non comme une chronique isolée, mais comme une pièce de session. Les gouverneurs auront sous les yeux le manquement imputé aux anciennes autorités, la liste des installations, le tonnage d’uranium naturel, l’éloge de la coopération syrienne, l’annonce d’une surveillance continue sur un site excavé.
Aucune conclusion politique des gouverneurs n’est écrite dans le texte consulté mardi. Seul le calendrier l’est. Seule la précision de l’agence l’est : elle continuera de surveiller. Le reste appartiendra à la réunion. L’article s’arrête où le rapport s’arrête.
Cette retenue est volontaire. Ajouter des verdicts que le document ne prononce pas reviendrait à quitter le terrain des faits communiqués. Les faits communiqués suffisent déjà à redessiner le dossier : un réacteur en construction non déclaré, une usine de combustible, un stockage, des déchets, soixante-treize tonnes, deux sites visités, une obligation manquée, une coopération actuelle.
Ce que le lecteur peut retenir sans rien ajouter au dossier
Premier point : l’agence affirme que les anciennes autorités syriennes n’ont pas déclaré des matières, des installations et des activités nucléaires. Deuxième point : Deir Ezzor présente des infrastructures conformes à un réacteur, plus une usine de combustible, un stockage et des déchets. Troisième point : environ soixante-treize tonnes d’uranium naturel ont été trouvées, dont cinquante-cinq tonnes de barres de combustible.
Quatrième point : le site est fermé depuis dix-huit ans, après une frappe qu’Israël a reconnue en 2018 comme datant de onze ans plus tôt. Cinquième point : dès 2011, l’agence tenait le site pour « très probablement » un réacteur, avec une aide nord-coréenne selon elle. Sixième point : des particules d’uranium y avaient été trouvées lors d’une inspection en 2024. Septième point : Damas a signalé un site en juillet, une annonce a été faite le 18 août, des inspecteurs sont revenus le mois dernier.
Huitième point : Rafael Grossi salue la transparence et la coopération. Neuvième point : la Syrie a remis les rapports de comptabilité et les informations de conception. Dixième point : l’agence continuera de surveiller les activités du site en cours d’excavation, à la veille d’une réunion des gouverneurs à Vienne.
En une phrase
Le rapport dit à la fois qu’un programme n’a pas été déclaré sous Assad et que la Syrie d’aujourd’hui ouvre les dossiers, livre les chiffres et accepte que l’excavation reste sous surveillance.
Le poids des mots « jamais déclarées »
Les activités menées sous le régime de Bachar al-Assad n’avaient jamais été déclarées. Cette formule, placée dès l’entame du dossier, n’est pas un jugement moral. C’est un constat d’obligation. L’agence existe notamment pour recevoir des déclarations et les vérifier. Quand elle écrit qu’elle est en mesure d’établir un manquement, elle dit qu’elle a assez vu et assez lu pour sortir du conditionnel.
« Jamais déclarées » recouvre le réacteur en construction, l’usine, le stockage, les déchets, les matières. Cela recouvre aussi le temps long du site fermé. Pendant dix-huit ans, l’absence de déclaration a cohabité avec l’absence d’activité visible sur un chantier arrêté par les faits militaires déjà connus du dossier public.
Le retournement actuel ne consiste pas à prétendre que le passé a été déclaré après coup comme s’il l’avait été à temps. Il consiste à documenter maintenant ce qui ne l’avait pas été. Les rapports de comptabilité d’aujourd’hui ne transforment pas 2007 en année transparente. Ils empêchent 2026 de rester aveugle.
Deir Ezzor, l’est du pays, un lieu qui revient
Le toponyme Deir Ezzor n’est pas nouveau dans ce dossier. Il est le nom du site fermé, du lieu bombardé, du terrain où des particules ont été trouvées, du chantier désormais excavé sous surveillance. L’est du pays ancre le récit loin des généralités. On ne parle pas d’un programme flottant. On parle d’un endroit précis, visité le mois dernier, encore travaillé par des engins d’excavation.
Le deuxième lieu, lié à des matières identifiées par le pouvoir syrien, élargit la carte sans l’effacer. Deir Ezzor reste le centre de gravité descriptif : réacteur, usine, stockage, déchets, fermeture de dix-huit ans. L’autre site confirme que les matières ne tiennent pas toutes dans une seule clôture.
Les inspecteurs ont donc marché sur plus d’un sol. Le rapport s’autorise son verbe fort — « établir » — parce que plusieurs lieux ont parlé le même langage : celui d’activités et de matières restées hors déclaration au temps des anciennes autorités.
Barres de combustible et déchets : deux visages de la même matière
Cinquante-cinq tonnes de barres, le reste en déchets. L’uranium naturel prend ici deux figures. La barre est un objet pensé pour un réacteur. Le déchet est ce qui reste. Ensemble, ils racontent une intention industrielle et une trace matérielle. Le rapport ne décrit pas une simple poudre anonyme. Il décrit des formes.
Ces formes justifient l’existence, dans le même texte, d’une usine de fabrication de combustible destiné au réacteur. On ne fabrique des barres que si l’on vise un usage. On ne trouve des déchets que si un travail a eu lieu. La cohérence interne du rapport vient de cet enchaînement, non d’un commentaire extérieur.
Lorsque l’annonce d’août parlait de « quelques tonnes », elle ouvrait la porte. Lorsque le rapport parle de soixante-treize tonnes et distingue barres et déchets, il referme la porte sur un inventaire. Inventaire encore susceptible d’évoluer avec l’excavation, puisque la surveillance continue.
Ce que la coopération ne gomme pas
Saluer la transparence n’annule pas la phrase sur le manquement. Les deux phrases sont dans le même rapport. Les lire ensemble évite deux erreurs. Première erreur : croire que le dossier n’était qu’une rumeur sans objet. Seconde erreur : croire que la coopération actuelle signifie qu’il n’y a rien eu à déclarer autrefois.
L’agence choisit de tenir les deux. C’est sa manière de rester dans son rôle : vérifier, écrire ce qui n’a pas été déclaré, enregistrer ce qui l’est maintenant, rester sur le site tant que la terre est ouverte. Le lecteur n’a pas besoin d’autre clé. Celle-ci est déjà dans le texte.
À la veille de Vienne, le dossier syrien n’est plus seulement un souvenir de raid et de formules de 2011. Il est un rapport d’inspection, un tonnage, une liste d’installations, une promesse de surveillance. Rien de plus. Rien de moins. Et c’est déjà assez pour que la question posée au premier paragraphe trouve une réponse documentée : il restait un réacteur jamais déclaré, du combustible, des déchets, et soixante-treize tonnes d’uranium naturel à faire entrer, enfin, dans les comptes.









