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Accord Pétrolier Venezuela États-Unis Wright En Mission

Washington dit pouvoir peser sur un cinquième des réserves vénézuéliennes. Wright part pour Caracas, Chevron prépare une annonce, l’Assemblée a voté. Derrière le mot historique se cache une bascule plus large.

Qui aurait imaginé, il y a seulement quelques saisons, qu’un ministre américain de l’Énergie atterrirait à Caracas pour parler d’un partage aussi large des réserves du sous-sol vénézuélien ? Mardi, Chris Wright mène une délégation vers le Venezuela, au lendemain d’une série d’annonces qui promettent à Washington une prise sur environ un cinquième des réserves du pays. Le voyage n’est pas un simple déplacement protocolaire. Il s’inscrit dans un accord présenté comme historique, défendu à Caracas comme compatible avec la souveraineté nationale, et décrit à Washington comme un levier pour renforcer la position énergétique des États-Unis tout en écartant des rivaux. Les chiffres donnés sont vertigineux. Les plus de trois cents milliards de barils estimés sous le sol vénézuélien restent, pour l’essentiel, un trésor mal exploité. La production actuelle tourne autour d’un million deux cent mille barils par jour, loin du pic historique de plus de trois millions. Entre ces deux réalités se joue toute la dramaturgie de la visite.

Une visite ministérielle au cœur d’un pacte énergétique

Un responsable américain s’exprimant sous couvert d’anonymat a indiqué que le ministre Wright conduirait cette délégation dans la soirée du mardi, en vue de réunions le lendemain au Venezuela. Le même interlocuteur a précisé que le groupe américain Chevron s’apprêtait à annoncer un élargissement de ses opérations. D’autres accords devraient suivre dans les prochains jours avec d’autres entreprises, dans le but d’augmenter la capacité de production pétrolière du pays. La séquence est donc double. D’un côté, la diplomatie énergétique incarnée par le ministre. De l’autre, le déploiement industriel d’un acteur présent depuis plus d’un siècle sur ce territoire.

Donald Trump a annoncé vendredi avoir conclu un accord pétrolier avec le Venezuela. Selon ses propos, les États-Unis prendraient le contrôle majoritaire de plus de soixante-cinq milliards de barils des réserves du pays. Il a qualifié cet arrangement de plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale, avec vocation à doubler les réserves pétrolières des États-Unis. Ces formulations politiques donnent le ton. Elles placent d’emblée le dossier au niveau d’un basculement stratégique plutôt que d’un simple contrat commercial. À Caracas, la présidente par intérim, Delcy Rodriguez, a dû défendre samedi cet accord dit historique. Face aux doutes, elle a assuré que le pays conserverait sa souveraineté sur les champs pétroliers amenés à être exploités par les États-Unis.

C’est avant tout pour renforcer la souveraineté nationale des États-Unis.

Responsable américain s’exprimant sous anonymat

Le même responsable a ajouté qu’il s’agissait aussi de placer le Venezuela en position de réussite à long terme. Il a reconnu qu’il s’agissait d’une façon de damer le pion aux grandes puissances rivales des États-Unis. Mardi après-midi, l’Assemblée nationale du Venezuela, au sein de laquelle le pouvoir dispose de la majorité absolue, a apporté son soutien à cet accord lors d’un vote à main levée. Le sceau parlementaire local s’ajoute ainsi à la parole exécutive des deux capitales. Le récit officiel se construit couche après couche : annonce présidentielle américaine, défense politique vénézuélienne, vote à Caracas, déplacement ministériel, annonce industrielle attendue.

Ce que l’accord dit concrètement des parts et des flux

D’après les éléments fournis par la Maison Blanche, l’accord conclu avec les autorités vénézuéliennes prévoit une prise de participation de trente-cinq pour cent dans North American Blue Energy Partners. Cette société est présentée comme la deuxième plus importante compagnie pétrolière privée du Venezuela. Elle appartient à l’homme d’affaires Alejandro Betancourt. En échange, l’entreprise accordera à Washington la possibilité d’acheter à prix coûtant vingt pour cent de sa production. Ce pétrole sera ensuite traité dans des raffineries aux États-Unis spécifiquement conçues pour ce brut très peu liquide et de moindre qualité. Le mécanisme n’est donc pas seulement un droit de regard sur des réserves. Il organise un corridor physique, du champ au raffinage, adapté à un pétrole extra-lourd.

Le sous-sol vénézuélien renferme les plus grosses réserves d’or noir au monde, avec plus de trois cents milliards de barils estimés. Pourtant, la production reste très limitée, à environ un million deux cent mille barils par jour. À son pic historique, elle atteignait plus de trois millions de barils par jour. L’écart entre stock géologique et flux quotidien explique pourquoi un accord portant sur plus de soixante-cinq milliards de barils peut être présenté comme un basculement. Contrôler une fraction des réserves n’équivaut pas, du jour au lendemain, à extraire ces volumes. D’où l’insistance sur l’élargissement des opérations de Chevron et sur d’autres entreprises appelées à augmenter la capacité de production.

Repères chiffrés issus des annonces

Réserves estimées du Venezuela : plus de 300 milliards de barils. Production actuelle : environ 1,2 million de barils par jour. Pic historique : plus de 3 millions. Volume évoqué sous contrôle majoritaire américain : plus de 65 milliards de barils. Participation visée : 35 % dans North American Blue Energy Partners. Part de production achetable à prix coûtant : 20 %.

Ces données, reprises telles quelles dans le débat public, servent d’ossature à deux lectures. La première insiste sur l’immensité du sous-sol et sur la promesse de relance. La seconde rappelle que le pétrole vénézuélien concerné est décrit comme très peu liquide et de moindre qualité, ce qui impose des raffineries spécialisées aux États-Unis. Sans cette infrastructure aval, l’amont resterait un stock difficile à monétiser. L’accord, tel qu’exposé, tente de relier les deux bouts de la chaîne.

Chevron, exception et expansion attendue

Deuxième plus gros producteur de pétrole aux États-Unis, Chevron est présent au Venezuela depuis plus d’un siècle. Cette longévité industrielle donne au groupe une place particulière dans le récit. L’embargo sur le pétrole brut du Venezuela, entré en vigueur en 2019, avait été assoupli en 2023 avec des licences pour opérer dans le pays. Donald Trump les avait toutes révoquées au premier semestre 2025, avant d’accorder une exception à Chevron. Le groupe se trouve donc à l’intersection d’une politique de sanctions, d’une dérogation ciblée, puis d’une relance plus large.

En janvier, la production moyenne annualisée du groupe au Venezuela atteignait deux cent quarante mille barils par jour. En juillet, elle avait grimpé à environ deux cent soixante-dix mille barils par jour. La hausse est mesurable, mais elle reste un fragment de l’ambition affichée de remonter vers des volumes nationaux bien plus élevés. Une source proche des négociations a affirmé que le groupe s’apprêtait à faire mercredi une annonce importante. Sollicité au sujet des déclarations du responsable américain, Chevron n’a pas souhaité commenter. Le silence officiel de l’entreprise contraste avec l’attente créée autour de l’élargissement de ses opérations.

La présence séculaire de Chevron n’efface pas le caractère politique du moment. Depuis le raid militaire américain qui a permis début janvier la capture de l’ex-président Nicolas Maduro, Donald Trump veut relancer l’exploitation des ressources pétrolières et gazières vénézuéliennes sous son propre patronage. La visite de Chris Wright s’inscrit dans cette volonté de patronage énergétique. Elle donne un visage ministériel à une stratégie déjà formulée au sommet de l’exécutif américain. Les réunions de mercredi à Caracas doivent, selon le calendrier annoncé, traduire en discussions concrètes ce qui a d’abord été proclamé.

Souveraineté vénézuélienne et souveraineté américaine

Deux souverainetés sont invoquées en même temps, et ce n’est pas un détail de langage. Delcy Rodriguez a assuré que le Venezuela conserverait sa souveraineté sur les champs pétroliers amenés à être exploités par les États-Unis. Le responsable américain a relevé que l’accord visait avant tout à renforcer la souveraineté nationale des États-Unis. Les deux phrases peuvent coexister dans la communication officielle. Elles ne décrivent pas le même objet. L’une porte sur la titularité des champs. L’autre porte sur la sécurité énergétique d’une puissance qui entend maîtriser davantage de barils et de flux.

Le vote à main levée de l’Assemblée nationale, observé par des journalistes à Caracas, fournit un habillage institutionnel local. Le pouvoir y dispose de la majorité absolue. Le soutien parlementaire n’est donc pas une surprise arithmétique. Il n’en reste pas moins un geste politique destiné à montrer que l’accord n’est pas seulement une affaire d’exécutif. Dans un dossier où le mot historique circule des deux côtés, chaque validation compte. La présidente par intérim a dû répondre aux doutes. L’assemblée a levé la main. Le ministre américain prend l’avion.

Cet accord est une opportunité géopolitique pour protéger des gisements qui pour l’essentiel se trouvaient largement sous l’influence d’entreprises chinoises et russes.

Responsable américain

La phrase résume le troisième étage de l’argumentaire. Après la souveraineté américaine et la réussite à long terme du Venezuela, vient le damier des puissances. Protéger des gisements jusqu’ici largement sous influence chinoise et russe, tel est le vocabulaire retenu. L’accord n’est pas présenté seulement comme un contrat d’extraction. Il est présenté comme un repositionnement. Les entreprises rivales ne sont pas décrites dans le détail opérationnel. Elles apparaissent comme le décor stratégique que Washington dit vouloir modifier.

Une opportunité géopolitique selon Washington

Le responsable américain a parlé d’opportunité géopolitique. Le terme n’est pas anodin. Il relie le pétrole extra-lourd du Venezuela à une compétition plus vaste. Contrôler environ un cinquième des réserves du pays, selon la formulation associée à l’annonce, reviendrait à déplacer une pièce majeure sur l’échiquier énergétique mondial. Les plus de soixante-cinq milliards de barils évoqués par Donald Trump comme objet d’un contrôle majoritaire américain donnent une échelle. Doubler les réserves pétrolières des États-Unis, tel est l’objectif qu’il a assigné à cet accord. L’ambition affichée dépasse donc le simple redémarrage d’un bassin en sous-production.

Placer le Venezuela en position de réussite à long terme, selon la même source américaine, sert de contrepoint. L’idée avancée est celle d’un pays dont la production, aujourd’hui limitée à environ un million deux cent mille barils par jour, pourrait remonter grâce à des opérateurs supplémentaires et à l’élargissement des activités de Chevron. Le texte politique américain unit ainsi intérêt national propre et promesse de relance locale. Il n’entre pas dans le détail des calendriers d’extraction au-delà des réunions immédiates et des annonces attendues dans les prochains jours.

Le pétrole concerné devra voyager vers des raffineries américaines conçues pour ce brut très peu liquide. Cette contrainte technique devient un argument politique. Elle justifie que le traitement se fasse aux États-Unis. Elle ancre le flux dans un appareil industriel déjà adapté. Elle donne aussi une raison concrète à la présence persistante de Chevron, habitué de ce type de brut et de ce théâtre d’opérations depuis plus de cent ans. Technique et stratégie se recouvrent.

Sanctions, licences, révocation puis exception

Le fil des sanctions éclaire le retournement. L’embargo sur le pétrole brut du Venezuela est entré en vigueur en 2019. Un assouplissement est intervenu en 2023 avec des licences pour opérer dans le pays. Au premier semestre 2025, toutes ces licences ont été révoquées, avant qu’une exception soit accordée à Chevron. Le groupe n’a donc jamais complètement disparu du paysage, même lorsque le cadre général se durcissait. L’annonce d’un élargissement de ses opérations s’inscrit dans cette histoire discontinue de fermeture, d’ouverture partielle, de fermeture renouvelée, puis de corridor privilégié.

Depuis le raid militaire américain du début janvier et la capture de Nicolas Maduro, la relance des ressources pétrolières et gazières vénézuéliennes est placée sous le patronage de Donald Trump. Le mot patronage dit une tutelle politique autant qu’un partenariat économique. Chris Wright n’arrive pas dans un vide diplomatique. Il arrive après une bascule de pouvoir à Caracas et après une déclaration présidentielle américaine présentant l’accord comme le plus grand de l’histoire mondiale du pétrole. La hiérarchie des faits, dans la communication officielle, est claire : d’abord le cadre politique, ensuite les réunions techniques, enfin les annonces d’entreprises.

Séquence politique récente

Raid et capture de Nicolas Maduro début janvier. Annonce vendredi de l’accord par Donald Trump. Défense samedi de l’accord par Delcy Rodriguez. Vote à main levée mardi à l’Assemblée nationale. Départ de la délégation Wright dans la soirée du mardi. Réunions mercredi au Venezuela. Annonce importante attendue mercredi côté Chevron. Autres accords possibles dans les prochains jours.

North American Blue Energy Partners et Alejandro Betancourt

Le véhicule juridique mis en avant n’est pas une compagnie publique. C’est North American Blue Energy Partners, deuxième plus importante société pétrolière privée du Venezuela, propriété d’Alejandro Betancourt. La prise de participation de trente-cinq pour cent y ouvre un levier. L’achat à prix coûtant de vingt pour cent de la production de cette entreprise ouvre un second levier, plus immédiat, sur les barils réellement extraits. Réserves d’un côté, flux de l’autre. Participation au capital d’un côté, droit d’achat de l’autre. L’architecture décrite par la Maison Blanche combine les deux.

Le raffinage aux États-Unis de ce pétrole de moindre qualité ferme la boucle. Sans débouché adapté, le droit d’achat perdrait une partie de sa valeur. Les raffineries spécifiquement conçues pour ce brut très peu liquide deviennent donc un élément central, même si elles se situent hors du Venezuela. Le pays producteur reste le lieu des champs. Le pays raffineur devient le lieu de la transformation. Cette géographie industrielle est cohérente avec l’objectif américain de renforcer sa propre souveraineté énergétique tout en se fournissant à coût d’achat défini comme le prix de revient.

Rien, dans les éléments communiqués, ne détaille le calendrier exact de montée en puissance de North American Blue Energy Partners. L’attention se déplace alors vers Chevron, dont la production locale est déjà chiffrée, et vers les autres entreprises dont les accords devraient être annoncés dans les prochains jours. Le ministre Wright, en menant la délégation, personnifie le lien entre ces pièces encore séparées. Réunions demain, a indiqué le responsable américain. Annonce d’élargissement côté Chevron. Plusieurs autres accords ensuite. Le tempo est volontairement serré.

Prix à la pompe, Maison Blanche et échéance de novembre

Le sujet du Venezuela pourrait être abordé lors d’une rencontre mardi après-midi à la Maison Blanche avec des dirigeants de compagnies pétrolières. Le thème principal de cette rencontre reste néanmoins le cours élevé des hydrocarbures. Donald Trump cherche à limiter la hausse des prix à la pompe. L’enjeu est présenté comme crucial pour les élections législatives de novembre, mal engagées pour son camp. L’accord vénézuélien n’est donc pas isolé dans une bulle diplomatique. Il gravitite autour d’une préoccupation intérieure américaine : le coût du carburant et le calendrier électoral.

Limiter la hausse à la pompe suppose des volumes, des coûts d’approvisionnement et une lecture politique du marché. Acheter à prix coûtant vingt pour cent de la production d’une société privée vénézuélienne s’inscrit dans cette logique de maîtrise des coûts d’entrée. Traiter ce brut dans des raffineries américaines déjà adaptées s’inscrit dans une logique de contrôle de la chaîne. Annoncer que l’accord pourrait doubler les réserves pétrolières des États-Unis s’inscrit dans une logique de récit de puissance. Les trois plans se parlent, même si le pétrole extra-lourd ne se transforme pas instantanément en essence meilleur marché.

Les dirigeants convoqués à la Maison Blanche viennent d’abord parler des cours élevés. Le Venezuela peut apparaître comme un chapitre de cette discussion plus large. Chris Wright, lui, quitte ce décor washingtonien pour Caracas. Le dédoublement des scènes, le même mardi, illustre la simultanéité des enjeux. Ici, le prix intérieur. Là-bas, les champs, les parts, les réserves et les rivaux. Le ministre de l’Énergie est le fil qui relie les deux salles.

Réserves immenses, production contrainte

Plus de trois cents milliards de barils estimés. Environ un million deux cent mille barils par jour extraits. Plus de trois millions au pic historique. Ces trois chiffres suffisent à raconter le paradoxe vénézuélien tel qu’il est présenté dans le dossier. Le pays possède les plus grosses réserves d’or noir au monde. Il n’en tire qu’une fraction de ce que le sous-sol et l’histoire industrielle avaient rendu possible. L’accord américain se pose en instrument pour réduire cet écart. Il ne le comble pas à lui seul. Il organise des participations, des droits d’achat, des élargissements d’opérations et des réunions ministérielles.

Le brut très peu liquide impose ses règles. Il n’est pas un pétrole léger que n’importe quelle raffinerie peut absorber sans adaptation. D’où la mention répétée de raffineries spécifiquement conçues aux États-Unis. D’où aussi le rôle d’un opérateur comme Chevron, dont la production locale est passée d’environ deux cent quarante mille barils par jour en moyenne annualisée en janvier à environ deux cent soixante-dix mille en juillet. La progression existe. Elle reste modestement proportionnée à l’ambition de faire remonter l’ensemble national vers des niveaux bien supérieurs.

Augmenter la capacité de production du Venezuela est l’objectif déclaré des accords à venir avec d’autres entreprises. Le responsable américain l’a dit clairement. Plusieurs annonces devraient intervenir dans les prochains jours. Tant que ces textes ne sont pas publics, le paysage industriel reste dominé par deux noms : Chevron, pour l’opérateur historique américain encore en activité, et North American Blue Energy Partners, pour le véhicule privé dans lequel une participation de trente-cinq pour cent est prévue. Le reste appartient au calendrier diplomatique immédiat.

Ce que la visite de Chris Wright doit concrétiser

La délégation part dans la soirée du mardi. Les réunions sont prévues le lendemain au Venezuela. Chevron doit annoncer un élargissement de ses opérations. Une source proche des négociations parle d’une annonce importante mercredi. L’entreprise, interrogée, n’a pas souhaité commenter. Entre la fuite organisée, le silence corporatif et le déplacement ministériel, le public est invité à attendre le détail opérationnel. En attendant, les grandes lignes politiques sont déjà posées : contrôle majoritaire américain sur plus de soixante-cinq milliards de barils selon Donald Trump, souveraineté des champs maintenue selon Delcy Rodriguez, opportunité géopolitique face à l’influence chinoise et russe selon le responsable américain.

Le ministre de l’Énergie n’est pas un envoyé symbolique. Il porte le dossier là où se rencontrent géologie, sanctions, raffinage et rivalités de puissances. Son déplacement donne une date et un lieu à un accord déjà proclamé. Caracas devient, pour vingt-quatre ou quarante-huit heures, le théâtre où l’abstraction des réserves doit se traduire en réunions. Le vote à main levée de l’Assemblée nationale a précédé de peu ce voyage. La défense politique de samedi l’a précédé aussi. Chaque étape prépare la suivante. Le récit officiel aime cette cadence.

Renforcer la souveraineté nationale des États-Unis. Placer le Venezuela en position de réussite à long terme. Damer le pion aux rivaux. Protéger des gisements. Élargir les opérations de Chevron. Multiplier les accords d’entreprises. Acheter à prix coûtant une part de production. Raffiner aux États-Unis un brut difficile. Telle est la liste des intentions énoncées. Aucune de ces phrases n’épuise à elle seule le dossier. Ensemble, elles forment la grammaire de la visite.

Un cinquième des réserves, une formule qui pèse

La formule selon laquelle Washington pourrait contrôler environ un cinquième des réserves pétrolières du pays a d’emblée fixé l’échelle du débat. Un cinquième d’un stock présenté comme le plus vaste au monde n’est pas une anecdote contractuelle. Même si les réserves ne sont pas de la production, même si le pétrole extra-lourd exige des installations particulières, le ratio frappe. Il donne un ordre de grandeur à l’expression plus de soixante-cinq milliards de barils. Il explique pourquoi Donald Trump a parlé du plus grand accord pétrolier de l’histoire mondiale et d’un doublement possible des réserves américaines.

À Caracas, il a fallu répondre à ceux qui y voyaient une aliénation. Delcy Rodriguez a choisi le registre de l’accord historique et de la souveraineté conservée sur les champs. L’Assemblée, majoritaire, a suivi par un vote à main levée. Le désaccord potentiel n’est donc pas, dans le récit officiel vénézuélien, un désaccord sur le principe d’une coopération avec les États-Unis. Il est un désaccord anticipé sur le sens de cette coopération. D’où l’insistance à dire que les champs restent sous souveraineté nationale, même s’ils sont amenés à être exploités par les États-Unis.

Washington, de son côté, ne parle pas d’abord le langage de la tutelle minière locale. Il parle le langage de sa propre souveraineté énergétique, du long terme vénézuélien et de la compétition avec la Chine et la Russie. Les deux capitales ne racontent pas la même pièce, mais elles jouent la même scène. Chris Wright entre dans cette scène comme ministre chargé de transformer l’annonce en réunions. Le pétrole, ici, est à la fois matière, prix, réserve, symbole et levier.

Ce qui reste en suspens au moment du décollage

Plusieurs zones demeurent dans l’attente. Le contenu exact de l’élargissement des opérations de Chevron n’est pas encore public. Les autres entreprises pressenties ne sont pas nommées. Les modalités précises de la prise de participation de trente-cinq pour cent dans North American Blue Energy Partners restent celles fournies par la Maison Blanche, sans calendrier détaillé d’exécution. Le ministre atterrit pour parler, pas pour clore le dossier en une soirée. Les prochains jours sont d’ailleurs présentés comme le moment d’annonces supplémentaires destinées à augmenter la capacité de production.

Le silence de Chevron, sollicité, entretient ce suspens. L’annonce importante évoquée pour mercredi par une source proche des négociations crée une échéance courte. Mardi soir, la délégation part. Mercredi, les réunions. Mercredi encore, éventuellement, le geste industriel. Autour, la Maison Blanche reçoit des dirigeants du secteur pour parler des cours élevés. Novembre approche. Le prix à la pompe s’invite dans le même paragraphe que les réserves du Venezuela. Rarement un brut extra-lourd aura été autant tiré vers des urgences politiques immédiates.

Le Venezuela reste le pays aux plus grandes réserves estimées et à la production contrainte. Les États-Unis restent le pays qui revendique un contrôle majoritaire sur plus de soixante-cinq milliards de barils de ces réserves et un droit d’achat à prix coûtant sur une part de production. Entre les deux, un ministre voyage, une assemblée a levé la main, une présidente par intérim a parlé de souveraineté, un président américain a parlé d’histoire mondiale. L’or noir du sous-sol n’a pas changé de nature en quarante-huit heures. Ce qui change, c’est le cadre politique sous lequel on prétend désormais l’extraire, le vendre et le raffiner.

Au moment où l’avion de la délégation se dirige vers Caracas, le dossier tient en quelques certitudes publiques et en beaucoup d’attendus. Certitudes : le voyage de Chris Wright, l’annonce de vendredi, la défense de samedi, le vote de mardi, les chiffres de réserves et de production, la participation de trente-cinq pour cent, le droit d’achat de vingt pour cent, l’exception Chevron, la hausse de sa production locale entre janvier et juillet, la cible des raffineries américaines adaptées à un brut difficile, la volonté de contrer l’influence chinoise et russe sur certains gisements. Attendus : le détail des opérations élargies, la liste des autres entreprises, l’effet réel sur les volumes extraits, et la traduction éventuelle de tout cela dans le prix du carburant. C’est précisément dans cet intervalle, entre ce qui a été dit et ce qui sera montré, que la visite ministérielle prend tout son poids.

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