CryptomonnaieTechnologie

Visa Multiplie Par Dix Ses Règlements Stablecoins

Visa vient d’annoncer un bond spectaculaire : son volume annualisé de règlements en stablecoins a été multiplié par dix pour dépasser 25 milliards de dollars. Plus de 225 programmes de cartes sont déjà en place et la suite pourrait tout changer pour les paiements internationaux.

Imaginez un instant que le géant des paiements mondiaux multiplie par dix l’un de ses indicateurs les plus stratégiques en seulement douze mois. C’est exactement ce qui vient de se produire. Visa a annoncé avoir franchi le seuil des 25 milliards de dollars de volume annualisé de règlements en stablecoins, un bond qui redessine silencieusement les contours de la finance traditionnelle et des actifs numériques. Derrière ce chiffre impressionnant se cache une transformation plus profonde encore : l’intégration accélérée des monnaies stables dans les circuits de paiement quotidiens, les trésoreries d’entreprises et les programmes de cartes destinés à des millions d’utilisateurs.

Une accélération spectaculaire des volumes de règlement

Lors de la présentation des résultats du quatrième trimestre fiscal, le directeur général a livré des chiffres qui ont immédiatement capté l’attention des observateurs. Le volume annualisé de règlements en stablecoins a dépassé les 25 milliards de dollars. Il s’agit d’un taux de course, c’est-à-dire d’une projection calculée sur le rythme actuel d’activité et non du total cumulé de l’exercice. Cette précision est essentielle : elle montre que la dynamique reste en pleine expansion plutôt que stabilisée.

Pour mesurer l’ampleur du mouvement, il suffit de regarder en arrière. Il y a un an, ce même indicateur se situait à un niveau dix fois inférieur. En septembre encore, le volume annualisé dépassait déjà les 20 milliards de dollars, après être passé par une étape autour de 7 milliards. La courbe est nette, presque verticale. Elle témoigne d’une adoption qui n’est plus expérimentale mais opérationnelle à grande échelle.

Cette croissance s’accompagne d’un élargissement géographique et technique. Les opérations de règlement touchent désormais les cinq grandes régions du monde dans lesquelles Visa est présente. Les institutions financières, quelle que soit leur localisation, peuvent donc accéder à ces solutions sans dépendre d’un seul fuseau horaire ou d’un unique cadre réglementaire.

Dix blockchains et cinq stablecoins sous un même toit

Le réseau de paiements ne se contente plus de quelques chaînes de blocs sélectionnées. Il en prend désormais en charge dix, soit plus du double de ce qui était disponible douze mois plus tôt. Cette diversité technique répond à une demande réelle : chaque institution a ses propres contraintes de liquidité, de conformité et de vitesse de règlement. Pouvoir choisir le réseau le plus adapté devient un avantage concurrentiel.

Du côté des actifs eux-mêmes, cinq stablecoins sont aujourd’hui acceptés pour le règlement. On retrouve notamment l’USDC, l’USDG, l’EURC, le PayPal USD et le SBC, une monnaie stable adossée au dollar émise par Brale. Cette palette élargie montre une volonté claire de rester agnostique. Visa n’impose pas un actif unique ; elle laisse ses clients sélectionner ceux qui correspondent le mieux à leur modèle opérationnel.

Cette flexibilité n’est pas anodine. Elle réduit les frictions pour les banques et les fintechs qui souhaitent tester ou déployer des solutions blockchain sans devoir reconstruire entièrement leurs systèmes internes. Elle permet aussi d’anticiper l’arrivée de nouveaux émetteurs et de nouvelles monnaies stables réglementées.

Plus de 225 programmes de cartes liées aux stablecoins

Le volet grand public et commercial n’est pas en reste. Le nombre de programmes de cartes liés aux stablecoins a dépassé les 225, en hausse de plus de 70 % sur un an. Ces programmes concernent environ cinq millions de cartes réparties dans plus de cinquante pays. Les émetteurs sont variés : plateformes d’échange de crypto-actifs, néobanques, portefeuilles numériques et acteurs spécialisés dans les transferts d’argent.

Le volume de transactions généré par ces cartes a quant à lui progressé de plus de 150 % sur la même période. En septembre, le réseau comptait déjà 160 programmes et affichait une croissance du volume de paiement proche de 200 %. Les derniers chiffres confirment que la tendance se poursuit sans ralentissement visible.

Concrètement, ces cartes permettent à un utilisateur de dépenser des soldes libellés en actifs numériques dans le réseau marchand traditionnel de Visa. Selon l’arrangement d’émission, le prestataire convertit les avoirs en stablecoins dans la devise nécessaire au moment de l’achat. L’expérience utilisateur reste familière : le client paie comme d’habitude, tandis que la conversion se déroule en arrière-plan.

La montée en puissance des paiements professionnels

Un détail particulièrement révélateur concerne la part des paiements professionnels. Les cartes commerciales et d’entreprise représentent déjà environ 17 % du volume des cartes liées aux stablecoins depuis le début de l’exercice fiscal. Les cas d’usage qui suscitent le plus d’intérêt sont les paiements fournisseurs, les dépenses corporates et la gestion de trésorerie.

Cette orientation vers le B2B change la nature du marché. Les volumes unitaires y sont souvent plus élevés et les besoins de règlement hors des heures bancaires traditionnelles plus pressants. Les entreprises qui opèrent à l’échelle internationale cherchent des moyens de déplacer des fonds rapidement, à moindre coût et avec une traçabilité renforcée. Les stablecoins, lorsqu’ils sont intégrés dans un réseau de cartes mature, offrent une réponse concrète à ces attentes.

On peut imaginer une société qui doit régler un fournisseur situé dans un autre fuseau horaire un vendredi soir. Avec les circuits bancaires classiques, l’opération attendrait lundi. Avec un préfinancement en stablecoin, le transfert peut être initié immédiatement et liquidé en dehors des horaires traditionnels. C’est précisément ce type d’avantage opérationnel qui attire les trésoriers d’entreprise.

Visa Direct passe en production commerciale

L’un des développements les plus concrets annoncés concerne Visa Direct. Le service de préfinancement en stablecoin a quitté le statut de pilote pour entrer en production commerciale. Le premier partenaire live est Inyo Global, un acteur américain d’infrastructure de paiements. Les entreprises participantes peuvent désormais financer leurs obligations de paiement internationales en USDC, y compris en dehors des heures d’ouverture des banques.

Le choix de l’USDC pour le lancement n’exclut pas d’autres actifs. L’intention affichée est d’élargir progressivement la liste des monnaies stables supportées. Parmi les candidats cités figure Open USD, lancé fin septembre et dont l’offre en circulation a déjà dépassé les 800 millions de dollars à la mi-octobre. L’intégration de ce token dans les produits de règlement et dans Visa Direct est prévue via la participation au consortium Open Standard.

Cette montée en charge progressive est caractéristique de la stratégie globale. Visa avance par étapes mesurées, valide chaque usage en conditions réelles, puis élargit le périmètre. Cette méthode rassure les institutions financières traditionnelles qui restent prudentes face aux risques opérationnels et réglementaires liés aux actifs numériques.

Une plateforme déjà active dans six marchés

La plateforme dédiée aux stablecoins est aujourd’hui disponible aux États-Unis, au Mexique, à Porto Rico, en Colombie, en Suisse et au Royaume-Uni. Le pipeline commercial dépasse les 300 partenaires potentiels. Ces chiffres indiquent que la demande existe bien au-delà des premiers utilisateurs pionniers.

Au-delà des services de règlement et de cartes, Visa s’implique également dans l’infrastructure des blockchains elles-mêmes. La société participe comme validateur sur Tempo et Canton et a été invitée à rejoindre le groupe fondateur de validateurs d’Arc, le projet de Circle. Ces engagements techniques renforcent sa compréhension des réseaux et lui permettent d’anticiper les évolutions futures.

Parallèlement, plus de 60 missions de conseil liées aux stablecoins ont été menées au cours de l’exercice fiscal, dont près de la moitié au seul quatrième trimestre. Ces prestations montrent que de nombreuses institutions cherchent encore à comprendre comment intégrer ces outils dans leur propre organisation. Visa se positionne non seulement comme un opérateur de paiements mais aussi comme un accompagnateur de la transformation.

Des exemples concrets de règlements hors des sentiers battus

Un cas illustratif est celui de Lloyds Corporate Markets Jersey. En septembre, cette entité a réalisé un règlement de 750 000 dollars en USDC. L’opération a utilisé l’infrastructure d’échange d’Archax et a permis de transférer les fonds vers Visa en moins d’une heure. Le point notable est que le règlement a pu être effectué en dehors des heures bancaires classiques, y compris un week-end.

Ce type d’expérience nourrit la réflexion des institutions sur la manière dont les stablecoins peuvent améliorer les flux entre acteurs financiers. La réduction des délais, la disponibilité permanente et la transparence des mouvements constituent des arguments puissants dans un environnement où la liquidité et la vitesse sont devenues des enjeux stratégiques.

D’autres initiatives similaires se multiplient discrètement. Chaque nouveau cas d’usage renforce la crédibilité de l’ensemble et encourage d’autres acteurs à franchir le pas. On assiste ainsi à un effet de réseau classique : plus le volume grossit, plus les liquidités s’améliorent, plus les coûts baissent et plus l’adoption s’accélère.

Pourquoi cette croissance change la donne pour les paiements

Les stablecoins ne sont plus seulement des outils de spéculation ou de trading. Lorsqu’ils sont branchés sur un réseau de cartes mondial, ils deviennent un moyen de paiement et de règlement à part entière. Cette hybridation entre la finance traditionnelle et la blockchain crée de nouvelles possibilités pour les particuliers comme pour les entreprises.

Pour les utilisateurs finaux, la promesse est simple : pouvoir dépenser des avoirs numériques chez des millions de commerçants sans quitter l’écosystème Visa. Pour les entreprises, il s’agit de gains d’efficacité, de réduction des coûts de conversion et de capacité à opérer 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Pour les émetteurs de cartes, c’est une nouvelle source de revenus et de différenciation.

Le fait que Visa, acteur central du système de paiement mondial, s’engage aussi résolument envoie un signal fort. Les barrières psychologiques et techniques qui freinaient encore certaines institutions commencent à tomber. La question n’est plus de savoir si les stablecoins entreront dans les circuits de paiement, mais à quelle vitesse et sous quelles formes réglementaires.

Les défis qui restent à surmonter

Malgré l’enthousiasme, plusieurs obstacles demeurent. La réglementation évolue à des rythmes différents selon les juridictions. La transparence des réserves des émetteurs de stablecoins reste un sujet de vigilance. Les risques opérationnels liés à la gestion des clés privées et à la cybersécurité ne doivent pas être sous-estimés.

Visa aborde ces questions avec une approche progressive et partenariale. En multipliant les collaborations avec des acteurs établis et en restant flexible sur les actifs et les réseaux, le groupe limite son exposition tout en capturant la croissance. Cette prudence relative explique en partie pourquoi l’adoption progresse de manière aussi rapide sans générer de turbulences majeures.

Un autre défi concerne l’éducation des utilisateurs et des trésoriers d’entreprise. Beaucoup d’acteurs comprennent encore mal la différence entre un token spéculatif et une monnaie stable adossée à des réserves. Les efforts de conseil mentionnés plus haut jouent précisément ce rôle pédagogique.

Ce que réserve la suite pour le marché

Avec un pipeline de plus de 300 partenaires potentiels et une plateforme déjà active dans six marchés, la trajectoire semble bien engagée. L’intégration progressive de nouveaux stablecoins, l’élargissement géographique et le développement des usages professionnels devraient continuer à nourrir la croissance des volumes.

On peut s’attendre à voir apparaître de nouveaux programmes de cartes dans des régions encore peu couvertes, ainsi qu’une diversification des cas d’usage vers la paie internationale, les paiements de freelances et la gestion de liquidités multi-devises. Les entreprises qui opèrent dans plusieurs pays seront particulièrement attentives à ces possibilités.

Le chiffre de 25 milliards de dollars de volume annualisé n’est probablement qu’une étape. Si le rythme actuel se maintient, les prochains trimestres pourraient apporter de nouvelles accélérations. Chaque nouveau partenaire, chaque nouvelle blockchain supportée et chaque nouveau programme de cartes alimente un cercle vertueux d’adoption.

Une transformation silencieuse mais profonde

Ce qui se joue actuellement dépasse le simple succès commercial d’un produit. Il s’agit d’une redéfinition progressive des infrastructures de paiement. Les rails traditionnels restent indispensables, mais ils sont de plus en plus complétés par des couches numériques capables de fonctionner en continu et de réduire certaines frictions historiques.

Visa occupe une position unique pour orchestrer cette transition. Son réseau marchand mondial, sa crédibilité auprès des institutions financières et sa capacité d’investissement technologique lui permettent d’agir comme un pont entre deux univers qui, il y a encore peu, se regardaient avec méfiance.

Les 225 programmes de cartes, les cinq millions de cartes en circulation, les dix blockchains et les cinq stablecoins ne sont pas des chiffres isolés. Ils forment ensemble un écosystème en construction. Chaque élément renforce les autres. Et c’est précisément cette cohérence qui rend le mouvement difficile à arrêter.

Pour les observateurs du secteur, le message est clair. Les stablecoins ne restent plus confinés aux plateformes d’échange. Ils entrent progressivement dans la vie réelle des paiements, des trésoreries et des flux internationaux. Visa vient d’apporter une preuve tangible de cette évolution avec des données difficilement contestables.

La suite de l’histoire s’écrira dans les prochains trimestres, au gré des nouvelles intégrations, des évolutions réglementaires et de l’appétit des entreprises pour des solutions plus fluides. Une chose est déjà certaine : le seuil des 25 milliards de dollars marque un tournant. Il signe la fin de la phase purement expérimentale et le début d’une industrialisation des règlements en monnaies stables à l’échelle mondiale.

Dans ce contexte, rester informé des avancées techniques et commerciales devient essentiel pour quiconque suit l’évolution des paiements. Les prochains annonces de nouveaux partenaires, de nouvelles blockchains supportées ou de nouveaux volumes records continueront d’alimenter la réflexion sur l’avenir de la monnaie et des échanges. Le mouvement est lancé et il semble désormais difficile à inverser.

Les institutions qui hésitent encore à explorer ces solutions risquent de se retrouver en retard lorsque l’adoption deviendra la norme plutôt que l’exception. Celles qui commencent dès maintenant à tester les flux, à former leurs équipes et à évaluer les gains opérationnels se donnent une longueur d’avance précieuse. Le temps des premiers tests est en train de laisser place à celui des déploiements à grande échelle.

Visa, en multipliant par dix ses volumes de règlement en stablecoins, vient simplement de confirmer ce que beaucoup pressentaient : la convergence entre finance traditionnelle et actifs numériques n’est plus un scénario théorique. Elle est déjà en cours, mesurable, quantifiable et en pleine accélération.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.