Deux îlots presque invisibles sur une carte peuvent-ils relancer un face-à-face diplomatique entre un État insulaire du Pacifique et une puissance européenne ? C’est précisément le mouvement annoncé cette semaine : le Vanuatu envisage d’engager une procédure contre la France devant la Cour internationale de justice au sujet des îles contestées de Matthew et Hunter. La Cour l’a indiqué mardi dans un communiqué. Derrière ces noms officiels se cachent aussi des appellations vanuataises, Umaenupne pour Matthew, Umaeneg/Leka pour Hunter. Le dossier n’est pas seulement une affaire de rochers. Il touche la souveraineté, une frontière maritime unique, des zones économiques exclusives et le plateau continental, le tout au large de la Nouvelle-Calédonie.
Une requête déposée, une procédure encore conditionnelle
L’État insulaire du Pacifique a déposé une requête visant à ouvrir une affaire devant la CIJ. Conformément au règlement de la Cour, l’affaire ne pourra être examinée que si la France reconnaît la compétence des juges internationaux pour statuer sur ce différend. Cette phrase, sèche en apparence, contient toute la mécanique du moment. Une requête existe. Une transmission a eu lieu. Un examen au fond n’est pas automatique.
La requête de Vanuatu porte sur un différend qui l’oppose à la France concernant la souveraineté de Vanuatu sur les îles Umaenupne (Matthew) et Umaeneg/Leka (Hunter) et concernant l’établissement d’une frontière maritime unique entre les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux de Vanuatu et de la France (en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie), a indiqué la Cour. Le Vanuatu entend fonder la compétence dans l’affaire de la plus haute juridiction des Nations Unies, qui siège à La Haye.
Toutefois, aucun acte de procédure ne sera effectué tant que celle-ci n’aura pas accepté la compétence de la Cour en l’espèce.
La CIJ a confirmé que la requête avait été transmise à la France. Puis elle a précisé le verrou. Sans acceptation française de la compétence, le dossier reste au seuil. Ce n’est pas un jugement. Ce n’est pas encore un calendrier d’audiences. C’est une étape de saisine, conditionnée.
Ce que la Cour a réellement confirmé
Le communiqué ne raconte pas une victoire. Il ne raconte pas non plus un échec. Il raconte un dépôt, une transmission, une condition. Le Vanuatu a choisi la voie de la plus haute juridiction des Nations Unies. La France, destinataire de la requête, conserve le levier décrit par le règlement : accepter ou non que les juges statuent sur ce différend précis.
Cette architecture explique pourquoi le mot compétence revient sans cesse. Sans elle, pas d’acte de procédure. Avec elle, le différend pourrait entrer dans le rythme habituel d’une affaire entre États. Pour l’instant, on en est au premier cran : la requête existe, la France est informée, le reste attend.
Points figés par le communiqué
- Requête vanuataise déposée pour ouvrir une affaire.
- Objet : souveraineté sur Umaenupne (Matthew) et Umaeneg/Leka (Hunter).
- Objet complémentaire : frontière maritime unique, ZEE et plateaux continentaux, au regard de la Nouvelle-Calédonie.
- Requête transmise à la France.
- Aucun acte de procédure sans acceptation française de la compétence.
Deux îles minuscules, un espace maritime immense
Situés à environ 300 kilomètres au sud de la plus méridionale des îles de l’archipel du Vanuatu et à plus de 400 kilomètres à l’est de la Grande Terre de Nouvelle-Calédonie, Matthew et Hunter mesurent moins d’un kilomètre carré. La phrase géographique est courte. L’effet maritime ne l’est pas.
Ces deux petites îles inhabitées et isolées de l’océan Pacifique sud procurent néanmoins une zone économique exclusive de 350.000 kilomètres carrés à la France. Moins d’un kilomètre carré de terre. Trois cent cinquante mille kilomètres carrés de ZEE. Le contraste est au cœur du différend tel qu’il est présenté.
On ne parle pas ici de villes, de ports, de villages. On parle d’îlots inhabités, isolés, loin de la plus méridionale des îles vanuataises, loin aussi de la Grande Terre calédonienne. Pourtant, la revendication porte à la fois sur la terre et sur la mer qui l’entoure, jusqu’à la ligne unique que Vanuatu veut voir établir entre les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux.
Des noms, des distances, une carte mentale
Matthew s’appelle aussi Umaenupne. Hunter s’appelle aussi Umaeneg/Leka. Ces doubles dénominations ne sont pas un détail de style. Elles disent que le même espace porte, selon les parties, des identités différentes. La Cour, en rapportant la requête, a repris les deux séries de noms.
Trois cents kilomètres au sud de l’extrémité méridionale du Vanuatu. Plus de quatre cents kilomètres à l’est de la Grande Terre. Ces distances placent les îlots dans un entre-deux. Assez loin pour paraître isolés. Assez proches, à l’échelle océanique, pour que les zones maritimes se regardent et se disputent.
Moins d’un kilomètre carré : la superficie terrestre n’offre presque rien à l’œil. La ZEE de 350.000 kilomètres carrés, elle, offre un espace juridique et économique dont la France bénéficie selon le récit officiel rappelé dans le communiqué et les éléments transmis. C’est ce déséquilibre d’échelle qui rend le dossier lisible même pour qui n’ouvre jamais une carte marine.
Une revendication née avec l’indépendance
Le Vanuatu revendique ces terres depuis son accession à l’indépendance vis-à-vis de la France et du Royaume-Uni en 1980. La date n’est pas un ornement. Elle ancre la contestation dans le moment où l’État insulaire est devenu souverain. Depuis lors, la revendication n’a pas disparu.
Pour la France, il n’est pas question de céder la souveraineté sur ces îles. La phrase est nette. Elle ferme, du côté français, l’hypothèse d’un abandon de titre. D’un côté, une revendication continue depuis 1980. De l’autre, un refus de céder. Entre les deux, des discussions, puis une requête à La Haye.
Le différend n’est donc pas présenté comme un incident de quelques semaines. Il est présenté comme une opposition ancienne, née avec l’indépendance, toujours ouverte sur le titre territorial, désormais portée aussi sur le tracé maritime unique entre ZEE et plateaux continentaux, en lien avec la Nouvelle-Calédonie.
Des discussions ouvertes en 2025, puis reportées
Les deux pays ont entamé en 2025 des discussions pour trouver un consensus, en particulier sur les délimitations de la ZEE de chacun. Le mot important est consensus. Il dit qu’une voie négociée a existé, ou du moins a été ouverte, avant le dépôt de la requête.
Elles devaient initialement se poursuivre au début de cette année, mais ont dû être repoussées pour éviter un télescopage avec des échéances électorales en Nouvelle-Calédonie. Le calendrier diplomatique a donc croisé un calendrier politique local. Le report n’efface pas les discussions. Il les décale.
Dans cet intervalle, le Premier ministre de Vanuatu, Jotham Napat, a accusé en mai Paris de pratiques coloniales et menacé d’utiliser toutes les voies diplomatiques et juridiques internationales si les discussions engagées avec la France n’aboutissaient pas. La requête à la CIJ s’inscrit dans cette ligne d’avertissement, telle qu’elle a été rapportée.
Toutes les voies diplomatiques et juridiques internationales
Jotham Napat, mai, selon les éléments rapportés
Le message politique de Port-Vila
Accuser Paris de pratiques coloniales, menacer d’ouvrir toutes les voies internationales, puis déposer une requête à La Haye : la séquence politique est cohérente avec les mots du Premier ministre. Elle ne préjuge pas de l’issue. Elle dit la méthode choisie si le consensus tardait.
Les discussions de 2025 visaient notamment les délimitations de ZEE. La requête, elle, vise à la fois la souveraineté sur les deux îles et l’établissement d’une frontière maritime unique. Le champ juridique de la saisine est donc plus large que le seul ajustement d’une ligne en mer. Il remet le titre territorial au centre.
Le report lié aux échéances électorales en Nouvelle-Calédonie rappelle que le dossier n’est pas abstrait. Il touche un espace français du Pacifique, la Grande Terre n’étant qu’à plus de 400 kilomètres à l’ouest des îlots. Le calendrier calédonien a pesé sur le calendrier des pourparlers.
Pourquoi la ZEE occupe autant de place
Une zone économique exclusive de 350.000 kilomètres carrés, attachée à deux îles de moins d’un kilomètre carré : voilà le chiffre qui donne au conflit sa gravité pratique. La souveraineté sur la terre commande, dans la logique du dossier, l’étendue maritime.
Vanuatu demande une frontière maritime unique entre les ZEE et les plateaux continentaux des deux États, s’agissant de la France au titre de la Nouvelle-Calédonie. Ce n’est pas seulement un débat de drapeau sur un rocher. C’est un débat de lignes en mer, d’espaces exclusifs, de plateaux.
Les discussions de 2025 avaient déjà ciblé ces délimitations. La requête reprend le thème et l’associe au titre de souveraineté. Les deux questions avancent ensemble dans le texte transmis par la Cour : d’abord les îles, ensuite la ligne unique.
| Élément | Donnée rapportée |
|---|---|
| Superficie des îles | moins d’un kilomètre carré |
| ZEE associée côté français | 350.000 kilomètres carrés |
| Distance au Vanuatu | environ 300 km au sud de l’île la plus méridionale |
| Distance à la Grande Terre | plus de 400 km à l’est |
| Indépendance du Vanuatu | 1980, vis-à-vis de la France et du Royaume-Uni |
La Haye, une scène déjà connue du Vanuatu
Le Vanuatu n’est pas un inconnu à la CIJ, dont la mission est de résoudre les différends entre États. La petite nation insulaire a porté une affaire historique devant la Cour l’année dernière, à l’issue de laquelle les juges ont statué que les États étaient tenus, en vertu du droit international, de lutter contre le changement climatique.
Ce précédent ne tranche pas Matthew et Hunter. Il dit seulement que Port-Vila a déjà choisi La Haye comme tribune juridique. La Cour connaît donc cet État. L’État connaît le chemin vers la plus haute juridiction des Nations Unies.
L’affaire climatique de l’an dernier et la requête de cette semaine n’ont pas le même objet. L’une portait sur des obligations liées au changement climatique. L’autre porte sur la souveraineté de deux îles et sur une frontière maritime unique. Le point commun est le forum : la CIJ.
Des arrêts contraignants, sans bras armé
Si les décisions de la Cour sont contraignantes, elle ne dispose d’aucun pouvoir pour en garantir l’application. Cette limite vaut pour toute affaire, y compris, le cas échéant, pour un différend de souveraineté et de délimitation.
Autrement dit, même si la France acceptait la compétence, même si les juges statuaient un jour, l’exécution reposerait sur la force obligatoire du droit international et sur la conduite des États, non sur une police de la Cour. Le communiqué le rappelle en clôture du portrait institutionnel.
Cette précision compte pour lire le geste vanuatais sans illusion de baguette magique. Saisir La Haye, c’est chercher un juge. Ce n’est pas obtenir, par le seul dépôt, un changement immédiat sur l’eau ou sur le rocher.
Le verrou français de la compétence
Tout revient à cette phrase de la Cour : aucun acte de procédure tant que la France n’a pas accepté la compétence en l’espèce. Le Vanuatu peut fonder, argumenter, transmettre. Il ne peut pas, selon le règlement rappelé, forcer l’ouverture des actes procéduraux.
La France, de son côté, maintient qu’il n’est pas question de céder la souveraineté. Accepter la compétence n’est pas céder la souveraineté. Refuser la compétence n’est pas non plus, à soi seul, un jugement sur le fond. Ce sont deux plans distincts, que le communiqué permet de séparer.
Entre les deux plans, les discussions de 2025 et le report du début d’année restent le canal politique. La requête est le canal juridictionnel. Les deux peuvent coexister dans le récit officiel. L’un n’efface pas l’autre dans les faits rapportés.
Souveraineté d’abord, ligne maritime ensuite
L’ordre des griefs dans la requête n’est pas anodin. D’abord la souveraineté de Vanuatu sur Umaenupne et Umaeneg/Leka. Ensuite l’établissement d’une frontière maritime unique. La terre est posée avant la mer, même si la mer, par la ZEE, pèse plus lourd en surface.
Sans titre sur les îles, la discussion sur la ligne unique change de nature. Avec un titre contesté, chaque mille marin devient un enjeu de souveraineté autant que de ressource potentielle. Le texte de la Cour lie les deux questions dans la même affaire envisagée.
La mention de la Nouvelle-Calédonie ancre le côté français dans un territoire précis du Pacifique, pas dans une abstraction métropolitaine. Matthew et Hunter sont lus depuis la Grande Terre comme depuis l’archipel vanuatais. Deux regards, un même couple d’îlots.
Un Pacifique de lignes invisibles
Sur une photographie satellite, Matthew et Hunter ne sont presque rien. Sur une carte juridique, ils deviennent des centres à partir desquels une ZEE de 350.000 kilomètres carrés peut s’étendre. L’œil et le droit ne voient pas la même chose.
C’est pourquoi un article d’actualité doit tenir les deux échelles. D’un côté, l’îlot inhabité, isolé, inférieur à un kilomètre carré. De l’autre, la zone exclusive, le plateau continental, la frontière unique demandée. Le différend vit dans cet écart.
Les 300 kilomètres vers le Vanuatu et les plus de 400 kilomètres vers la Grande Terre dessinent un triangle imparfait. Au sud d’un archipel, à l’est d’une grande île, deux points de terre émergée. Autour, l’eau que les États veulent partager par consensus ou par juge.
Ce que le dépôt change, ce qu’il ne change pas
Le dépôt change le niveau de publicité. Une requête transmise à la France par la CIJ n’est plus seulement une phrase de Premier ministre au mois de mai. C’est un acte enregistré auprès de la juridiction de La Haye.
Le dépôt ne change pas, à ce stade, la souveraineté exercée. Il ne déplace pas la ZEE. Il n’ouvre pas les audiences. Il n’oblige pas encore la France à plaider le fond. Il attend l’acceptation de compétence.
Le dépôt ne referme pas non plus, par magie, la voie des discussions entamées en 2025. Rien dans les éléments communiqués n’indique que le canal diplomatique serait juridiquement interdit. Il a été reporté. Il a été précédé d’une mise en garde. Il cohabite désormais avec une saisine conditionnelle.
Le fil de l’année, du dialogue à la requête
En 2025, discussions pour un consensus, surtout sur les ZEE. Au début de cette année, poursuite prévue, puis report pour ne pas télescoper les échéances électorales en Nouvelle-Calédonie. En mai, accusation de pratiques coloniales et menace de toutes les voies internationales. Cette semaine, communiqué de la Cour sur une requête transmise.
La chronologie est courte à écrire, longue à vivre pour les chancelleries. Chaque cran resserre le langage. On passe du consensus recherché à l’avertissement public, puis à l’écrit déposé à La Haye. Le fond, lui, reste le même couple d’îles et la même mer.
Jotham Napat a fixé le ton au printemps. La Cour a fixé l’état procédural en semaine. Entre les deux, le report lié au calendrier calédonien a créé un vide de rendez-vous. La requête s’inscrit dans ce vide autant que dans la revendication ouverte depuis 1980.
Lire sans romancer les îlots
Rien dans les faits transmis n’autorise à peupler Matthew et Hunter de récits inventés. Ils sont inhabités. Ils sont isolés. Ils sont petits. Ils valent, dans le dossier français rappelé, une ZEE immense. Ils valent, dans le dossier vanuatais, un titre de souveraineté revendiqué depuis l’indépendance.
Rester fidèle à cette sobriété évite de transformer deux rochers du Pacifique sud en roman. L’actualité suffit : une requête, une transmission, un verrou de compétence, une mer de 350.000 kilomètres carrés, un refus de céder, des pourparlers décalés, un Premier ministre qui a parlé de voies juridiques internationales.
Le reste appartient aux États. À la France de dire si elle accepte que les juges connaissent de l’affaire. Au Vanuatu d’avoir déjà dit, par le dépôt, qu’il voulait ce juge. À la Cour de n’engager aucun acte tant que la condition n’est pas remplie.
La mission ordinaire d’une cour extraordinaire
La mission de la CIJ est de résoudre les différends entre États. Le Vanuatu place Matthew et Hunter dans cette catégorie : un différend d’État à État, pas un débat intérieur. La France est l’autre État nommé, au titre notamment de la Nouvelle-Calédonie pour la face maritime.
La plus haute juridiction des Nations Unies n’est pas saisie ici d’un avis abstrait comme dans le souvenir climatique de l’an dernier évoqué pour mémoire. Elle est saisie, si compétence il y a, d’un contentieux de souveraineté et de délimitation. Le registre change.
Pourtant le même siège, La Haye, le même outil, le droit international, la même limite finale : des décisions contraignantes sans pouvoir propre de contrainte matérielle. Cette limite, rappelée clairement, empêche de lire la requête comme un décret déjà exécutoire sur l’océan.
Colonial, diplomatique, juridique : trois mots de mai
En mai, le chef du gouvernement vanuatais a accusé Paris de pratiques coloniales. Le mot est politique. Il relie la revendication née en 1980 à une lecture contemporaine de la présence française sur les îlots.
Il a aussi parlé de voies diplomatiques. Celles-ci avaient déjà une existence : les discussions de 2025, le consensus cherché sur les ZEE, le rendez-vous reculé pour cause d’échéances en Nouvelle-Calédonie. La diplomatie n’était pas une hypothèse vide.
Il a enfin parlé de voies juridiques internationales. La requête à la CIJ est précisément cela : une voie juridique internationale, la plus solennelle entre États, conditionnée toutefois à l’acceptation de compétence par l’autre partie selon le règlement rappelé par la Cour.
Nouvelle-Calédonie, horizon du dossier français
Chaque fois que la mer est nommée, la Nouvelle-Calédonie l’est aussi. La frontière unique demandée concerne les zones de Vanuatu et de la France en ce qui concerne la Nouvelle-Calédonie. Les îles sont à plus de 400 kilomètres à l’est de la Grande Terre.
Le report des discussions pour éviter un télescopage avec des échéances électorales en Nouvelle-Calédonie montre que le dossier irradie vers le calendrier calédonien. On ne sépare pas aisément l’îlot inhabité et la vie politique de la grande île proche, à l’échelle océanique.
Pour la France, ne pas céder la souveraineté sur Matthew et Hunter, c’est aussi ne pas détacher ces points du dispositif maritime calédonien tel qu’il est défendu. Pour le Vanuatu, les rattacher à Umaenupne et Umaeneg/Leka, c’est les tirer vers l’archipel indépendant depuis 1980.
Une frontière unique, deux espaces empilés
La requête ne demande pas seulement une ligne de ZEE. Elle demande une frontière maritime unique entre les zones économiques exclusives et les plateaux continentaux. Deux couches du droit de la mer, une seule ligne recherchée.
Cette unicité simplifie le dessin. Elle complique l’accord. Les discussions de 2025 insistaient déjà sur les délimitations de ZEE. La saisine ajoute le plateau et fusionne le tracé. Le juge, s’il était compétent un jour, serait invité à tenir les deux étages ensemble.
En attendant, la France conserve, selon les éléments rappelés, le bénéfice d’une ZEE de 350.000 kilomètres carrés liée à ces îles. Vanuatu conteste le titre qui soutient cette étendue. Toute la mécanique part de là.
Ce que l’on peut lister sans trahir les faits
Pour garder le dossier clair, mieux vaut une liste courte, sans ornement hors sujet. Elle ne remplace pas le récit. Elle l’aère.
- Deux îles : Matthew / Umaenupne et Hunter / Umaeneg/Leka.
- Moins d’un km², inhabitées, isolées, Pacifique sud.
- ZEE de 350.000 km² côté français.
- Revendication vanuataise depuis 1980.
- Refus français de céder la souveraineté.
- Discussions en 2025, report au début de cette année.
- Mise en garde de Jotham Napat en mai.
- Requête à la CIJ, transmise, compétence française requise.
Cette liste est le squelette. Autour, il n’y a que la même chair : un communiqué de mardi, une Cour à La Haye, un État insulaire, une puissance qui tient les îlots, une mer vaste, un juge encore à l’arrêt procédural.
Le style d’une saisine prudente
La Cour ne prend pas parti sur le fond dans le communiqué rapporté. Elle décrit la requête, en cite l’objet, confirme la transmission, rappelle le règlement. Le ton est administratif. L’enjeu, lui, est souverain.
Cette prudence d’écriture force le chroniqueur à la même retenue. On peut dire que Vanuatu souhaite engager une procédure. On peut dire que la France doit accepter la compétence pour que des actes soient effectués. On ne peut pas dire que le procès est ouvert au fond. Les mots du communiqué l’interdisent.
On peut aussi dire que le Vanuatu entend fonder la compétence. Entendre n’est pas obtenir. Fonder n’est pas contraindre. Entre l’intention et l’audience, il y a le oui ou le non français sur la compétence en l’espèce.
Une petite nation, une grande juridiction
Le texte souligne que le Vanuatu est une petite nation insulaire, déjà venue à la CIJ l’année dernière pour une affaire historique sur le climat. La taille de l’État n’empêche pas l’accès à La Haye. L’accès à La Haye n’agrandit pas, à lui seul, le territoire.
Matthew et Hunter restent plus petits qu’un kilomètre carré. La ZEE reste, dans le rappel français, immense. La Cour reste, dans son rôle, un juge entre États, sans force d’application propre. Trois échelles, trois vérités du dossier.
C’est peut-être cela, l’actualité de mardi : non pas un dénouement, mais un changement d’étage. Du report diplomatique vers le palais de La Haye. Du mot de mai vers l’écrit enregistré. Du consensus cherché vers le juge possible.
Attendre Paris, relire Port-Vila
Tout lecteur fidèle aux faits en reste là. La France a reçu la requête. Elle n’a pas, dans les éléments communiqués, accepté la compétence. Tant que ce geste n’existe pas, la Cour ne fera aucun acte de procédure.
Le Vanuatu, lui, a fait le geste qu’il avait annoncé en substance au printemps : une voie juridique internationale. Il l’a faite sur le titre des îles et sur la ligne unique en mer. Il l’a faite en nommant Umaenupne et Umaeneg/Leka autant que Matthew et Hunter.
Depuis 1980, la revendication durait. En 2025, la table des discussions s’était ouverte. Cette année, le rendez-vous a glissé à cause du calendrier calédonien. Mardi, La Haye a parlé d’une requête. L’océan, entre les deux archipels, n’a pas changé de couleur. Le droit, lui, vient d’être appelé. Encore faut-il que l’autre État accepte d’entrer dans la pièce.
Voilà pourquoi ces deux îlots minuscules occupent soudain l’actualité internationale. Pas parce qu’ils se sont peuplés. Pas parce qu’un arrêt a été rendu. Parce qu’un État du Pacifique a déposé à la plus haute juridiction des Nations Unies un différend que l’autre État, la France, devra d’abord reconnaître comme justiciable devant ces juges-là. Jusque-là, le dossier reste au bord du prétoire, les îles restent où elles sont, et la mer de 350.000 kilomètres carrés continue de porter, à elle seule, tout le poids du désaccord.









