Les funérailles de l’ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, Ratko Mladic, sont prévues lundi à Belgrade. Ce moment referme un chapitre très lourd et rouvre, en même temps, la mémoire des conflits qui ont déchiré l’ex-Yougoslavie dans les années 1990. Qui étaient les principaux protagonistes? Quels verdicts ont été rendus? Qui est mort avant jugement, qui a été condamné, qui a été acquitté, et qui attend encore une décision? Ce rappel s’appuie uniquement sur le sort connu de ces figures, sans ajouter d’autre récit que celui déjà établi par les procédures et les dates publiques.
Le Sort Des Principaux Protagonistes Des Guerres En Ex-Yougoslavie
Le fil conducteur est simple: une guerre, plusieurs États nés de la dislocation yougoslave, puis une longue saison judiciaire à La Haye. Le Tribunal pénal pour l’ex-Yougoslavie, le TPIY, a d’abord porté ces dossiers. Après sa fermeture en 2017, le Mécanisme pour les tribunaux pénaux internationaux, le MTPI, a pris le relais. D’autres instances, comme le Tribunal spécial pour le Kosovo, ont ensuite poursuivi certaines pistes. Les noms qui suivent appartiennent à cette chronologie.
Ratko Mladic, Le Général Dont Les Funérailles Sont Annoncées
Ratko Mladic, ancien chef militaire des Serbes de Bosnie, est décédé le 27 août dernier. Son âge exact fait débat: il affirmait être né le 12 mars 1943, mais le tribunal de l’ONU à La Haye retient la date du 12 mars 1942. Cette discordance, déjà notée dans les dossiers, n’a pas changé le fond de la procédure.
Le 8 juin 2021, le MTPI a définitivement condamné à perpétuité cet ex-général pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pendant la guerre de Bosnie de 1992 à 1995. Surnommé le « Boucher des Balkans », il avait été arrêté en mai 2011 dans le nord de la Serbie, après presque seize ans de cavale. Ses funérailles sont prévues lundi à Belgrade.
Condamnation définitive à perpétuité le 8 juin 2021. Arrestation en mai 2011 après près de seize ans de fuite. Décès le 27 août. Funérailles annoncées à Belgrade.
Ce décès n’efface pas le jugement. Il le fige. Le général n’est plus là pour commenter, mais la décision du mécanisme international demeure le dernier mot officiel sur sa responsabilité dans le conflit bosniaque. C’est aussi pour cela que l’annonce des obsèques relance, aujourd’hui, la lecture d’un tableau plus large: celui de tous les acteurs majeurs, vivants ou morts, condamnés ou non.
Slobodan Milosevic, Mort Pendant Son Procès
Slobodan Milosevic a été président de la Serbie de 1990 à 2000. Il est décédé en 2006, à 64 ans, dans le centre de détention du TPIY, où il était jugé pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre. La procédure n’a donc pas abouti à un verdict définitif de sa part, puisque la mort est intervenue pendant le procès.
Ce point compte dans le récit collectif. Une accusation très lourde avait été portée. Un jugement final n’a pas été prononcé. Le nom de Milosevic reste pourtant central, parce que sa présidence recouvre les années où les guerres de l’espace yougoslave se sont enchaînées. Le tribunal l’avait mis en cause. La détention à La Haye a été le dernier cadre de sa vie publique.
Franjo Tudjman, Président Croate Décédé Avant Toute Inculpation Possible
Franjo Tudjman a été président de la Croatie de 1990 à sa mort en 1999, à 77 ans. Ce nationaliste a mené en 1991 son pays à l’indépendance, mais cette dernière a été suivie par un conflit déclenché par les Serbes de Croatie ayant fait environ 20.000 morts, majoritairement croates.
Son rôle dans les crimes commis en Bosnie a été évoqué dans plusieurs procédures du TPIY, selon lesquelles M. Tudjman aurait pu être inculpé s’il avait été encore vivant. La phrase est prudente et elle doit le rester: il n’y a pas eu d’acte d’accusation rendu contre lui de son vivant, et le tribunal a seulement indiqué, dans d’autres dossiers, qu’une inculpation aurait pu intervenir s’il avait survécu.
Selon plusieurs procédures du TPIY, Franjo Tudjman aurait pu être inculpé s’il avait été encore vivant.
Zeljko Raznatovic, Dit Arkan, Abattu Avant La Révélation De L’Acte
Zeljko Raznatovic, alias Arkan, était chef du groupe paramilitaire serbe des « Tigres ». Il a été inculpé en 1997 de crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour des faits commis en 1995 en Bosnie. L’acte d’accusation n’a été révélé qu’après sa mort à 47 ans. Il a été abattu en janvier 2000 à Belgrade.
Ici encore, le calendrier judiciaire et le calendrier violent de la rue se croisent. L’inculpation existait. Le public n’en a connu le détail qu’après la mort. Le chef paramilitaire n’a donc pas comparu. Le lieu de sa mort, Belgrade, est le même que celui annoncé pour les funérailles de Ratko Mladic. Les deux trajectoires ne se confondent pas, mais elles appartiennent au même cycle historique.
Slobodan Praljak, Le Suicide En Plein Audience
Slobodan Praljak, ancien commandant croate de Bosnie, s’est suicidé à 72 ans en avalant du cyanure en pleine audience du TPIY, le 29 novembre 2017. Les juges venaient de confirmer sa condamnation à 20 ans de prison pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis contre des musulmans bosniaques.
Le geste a figé une salle d’audience. La confirmation de peine venait d’être lue. La mort a suivi immédiatement. Le dossier, lui, était déjà tranché: vingt ans pour des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité commis contre des musulmans bosniaques. Le TPIY en était encore l’instance. L’année 2017 est aussi celle de sa fermeture, avant le relais du MTPI.
| Nom | Issue | Élément central |
|---|---|---|
| Ratko Mladic | Décédé après condamnation | Perpétuité en 2021, décès le 27 août, obsèques à Belgrade |
| Slobodan Milosevic | Décédé en détention | Procès inachevé en 2006 |
| Franjo Tudjman | Décédé en 1999 | Inculpation possible évoquée s’il avait vécu |
| Arkan | Abattu en 2000 | Acte d’accusation révélé après sa mort |
| Slobodan Praljak | Suicide à l’audience | 20 ans confirmés le 29 novembre 2017 |
Radovan Karadzic, Condamné À La Prison À Vie
Parmi les condamnés encore cités dans ce rappel, Radovan Karadzic, 81 ans, est l’ex-chef politique des Serbes de Bosnie. Arrêté en 2008 après 13 ans de clandestinité, il a été condamné en 2019 en appel à la prison à vie pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, notamment lors du siège de près de quatre ans de Sarajevo.
Le parallèle avec Mladic est évident sur un point: une longue cavale, une arrestation tardive, une peine maximale. Karadzic était le visage politique. Mladic était le visage militaire. Les deux dossiers se répondent dans le temps bosniaque de 1992-1995. Le siège de Sarajevo, d’une durée d’environ quatre ans, figure parmi les faits retenus contre Karadzic.
Biljana Plavsic, Seule Femme Jugée Devant Le TPIY
Biljana Plavsic, 96 ans, a été vice-présidente puis présidente de la République des Serbes de Bosnie. Seule femme jugée devant le TPIY, elle a été condamnée en 2003 à onze ans de prison pour crimes de guerre. Elle a été libérée en octobre 2009.
Le dossier est plus court en apparence, mais il est unique par le statut de l’accusée: seule femme à comparaître devant cette juridiction. La peine de onze ans, prononcée en 2003, a été suivie d’une libération en octobre 2009. Les dates sont nettes. Le rôle institutionnel, vice-présidence puis présidence de la République des Serbes de Bosnie, l’est aussi.
Jovica Stanisic Et Franko Simatovic, Quinze Ans En Appel
Jovica Stanisic et Franko Simatovic, 76 ans tous les deux, sont d’anciens chefs du renseignement de l’ancien président serbe Slobodan Milosevic. Ils sont condamnés le 31 mai 2023 en appel à 15 ans de prison chacun, contre 12 ans en 2021, pour crime de guerre et crimes contre l’humanité par le MTPI.
Le TPIY avait acquitté les deux hommes en 2013 mais avait ensuite ordonné un nouveau procès, estimant que les premiers juges s’étaient trompés sur divers points de droit. Le parcours judiciaire est donc en trois temps: acquittement, nouveau procès, puis alourdissement en appel jusqu’à quinze ans le 31 mai 2023. Le lien avec Milosevic est organique: ils dirigeaient le renseignement sous sa présidence.
- Acquittement en 2013 par le TPIY.
- Nouveau procès ordonné pour des erreurs de droit.
- Douze ans en 2021, puis quinze ans chacun le 31 mai 2023.
Vojislav Seselj, Condamné Mais Laissé Libre
Vojislav Seselj, 71 ans, dirigeant ultranationaliste serbe, a été acquitté en première instance en mars 2016 par le TPIY des accusations de nettoyage ethnique. Il a été condamné en appel en avril 2018 à dix ans de prison pour crimes contre l’humanité. Il a été laissé libre, ayant déjà passé près de 12 ans en détention préventive.
La mécanique est inhabituelle pour le public, mais claire pour le droit de la procédure: une peine de dix ans, une détention préventive déjà plus longue, donc une remise en liberté. L’acquittement de 2016 n’a pas survécu à l’appel. La condamnation de 2018 a survécu au temps déjà passé derrière les murs.
Ante Gotovina, Acquitté En Appel
Parmi les acquittés, Ante Gotovina, 70 ans, ancien général croate, a été condamné en première instance à 24 ans de prison par le TPIY pour crimes contre l’humanité et crimes de guerre. Il a été acquitté en appel en 2012.
Le contraste est brutal: vingt-quatre ans d’abord, puis un acquittement. L’année 2012 clôt ce volet croate du tribunal. Le général n’est plus un condamné. Le premier jugement n’a pas tenu. C’est tout ce que le rappel officiel retient, et c’est déjà beaucoup pour comprendre que les chambres d’appel ont parfois renversé l’édifice de première instance.
Naser Oric, Acquitté À Plusieurs Reprises
Naser Oric, 59 ans, ex-commandant des forces bosniaques de Srebrenica, a été acquitté en 2008 par la justice internationale puis en 2017 et 2018 par la justice bosniaque d’accusations de crimes de guerre.
Trois décisions d’acquittement se succèdent donc, d’abord à l’échelle internationale, ensuite à l’échelle bosniaque. Le nom de Srebrenica reste attaché à sa fonction de commandant des forces bosniaques de la ville. Les accusations de crimes de guerre n’ont pas été retenues dans ces trois temps judiciaires.
Hashim Thaci, Verdict Attendu Le 16 Septembre 2026
Le dernier volet n’est pas clos. Hashim Thaci, 58 ans, ancien chef politique de l’Armée de libération du Kosovo, l’UCK, et ex-président du Kosovo, est encore dans l’attente d’un verdict. Le parquet a requis 45 ans de prison à son encontre lors de son procès dont les audiences se sont achevées en février 2026 à La Haye. Il était jugé pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité lors du conflit contre les forces serbes, 1998-1999.
Le verdict est attendu le 16 septembre 2026. Élu président en 2016, il avait démissionné en novembre 2020 après son inculpation par les procureurs du Tribunal spécial pour le Kosovo, le KSC. Cette instance de droit kosovar composée de juges internationaux est chargée d’enquêter sur des crimes commis par l’UCK pendant et après le conflit, principalement à l’encontre de Serbes, de Roms et d’opposants kosovars à la guérilla indépendantiste.
Le parquet a requis 45 ans. Les audiences se sont achevées en février 2026. Le verdict est fixé au 16 septembre 2026.
Ce dossier déplace le regard du théâtre bosniaque et croate vers le Kosovo. Les années ne sont plus 1992-1995, mais 1998-1999. L’instance n’est plus seulement le TPIY ou le MTPI: c’est le Tribunal spécial pour le Kosovo. La démission présidentielle de novembre 2020 suit l’inculpation. La réquisition de quarante-cinq ans place l’attente du 16 septembre 2026 au centre de l’actualité judiciaire des Balkans.
Ce Que Les Catégories Disent Du Temps Qui Passe
Le classement proposé par ce rappel est volontairement sobre: décédés, condamnés, acquittés, verdict attendu. Il évite de fondre les trajectoires. Mladic meurt après une perpétuité devenue définitive. Milosevic meurt pendant le procès. Tudjman meurt avant une inculpation qui, selon d’autres procédures, aurait pu venir. Arkan est abattu avant que l’acte ne soit rendu public. Praljak s’ouvre le cyanure au moment où vingt ans sont confirmés.
Chez les condamnés, les peines varient: perpétuité pour Karadzic, onze ans puis libération pour Plavsic, quinze ans en appel pour Stanisic et Simatovic, dix ans déjà couverts par la préventive pour Seselj. Chez les acquittés, Gotovina passe de vingt-quatre ans à rien en 2012. Oric est lavé des mêmes accusations de crimes de guerre par deux justices, internationale puis bosniaque. Chez les dossiers ouverts, Thaci attend septembre 2026 après une réquisition de quarante-cinq ans.
La géographie des morts et des audiences reste étroite. Belgrade revient pour Mladic et pour Arkan. La Haye revient pour presque tous les autres. Sarajevo apparaît dans le siège de près de quatre ans retenu contre Karadzic. Srebrenica apparaît dans la fonction d’Oric. Le Kosovo apparaît avec l’UCK, les Serbes, les Roms et les opposants kosovars à la guérilla indépendantiste.
Le Relais Des Juridictions, De 1993 Jusqu’Au Mécanisme
Le TPIY a porté l’essentiel des grandes affaires des années 1990. Sa fermeture en 2017 n’a pas mis fin au droit. Le MTPI a pris le relais. C’est lui qui a rendu définitive, le 8 juin 2021, la perpétuité de Mladic. C’est encore lui qui, le 31 mai 2023, a fixé à quinze ans les peines de Stanisic et Simatovic. Le Tribunal spécial pour le Kosovo, instance de droit kosovar à juges internationaux, traite un autre segment: les crimes attribués à l’UCK pendant et après le conflit de 1998-1999.
Cette architecture explique pourquoi les dates s’étalent sur plus de trente ans. Une guerre des années 1990 produit encore, en 2026, une attente de verdict. Les funérailles de lundi à Belgrade n’interrompent pas cette ligne. Elles la rendent seulement plus visible, parce qu’un nom très lourd quitte la scène des vivants alors qu’un autre nom, celui de Hashim Thaci, n’a pas encore reçu sa sentence.
Les Âges, Les Cavales, Les Détentions
Les chiffres personnels pèsent autant que les peines. Mladic: naissance discutée entre 1942 et 1943, seize ans de cavale, arrestation en mai 2011. Karadzic: 81 ans, treize ans de clandestinité, arrestation en 2008, perpétuité en appel en 2019. Plavsic: 96 ans. Stanisic et Simatovic: 76 ans chacun. Seselj: 71 ans, près de douze ans de préventive. Gotovina: 70 ans. Praljak: 72 ans au moment du suicide. Arkan: 47 ans. Milosevic: 64 ans. Tudjman: 77 ans. Oric: 59 ans. Thaci: 58 ans.
Les cavales de Mladic et de Karadzic ont duré plus d’une décennie. Les détentions préventives, dans le cas de Seselj, ont dépassé la peine finalement confirmée. Les morts en cours de route, naturelles, violentes ou choisies, ont parfois empêché le dernier mot du juge. Rien de tout cela n’est un commentaire. Ce sont des faits déjà consignés dans le rappel des destinées.
Bosnie, Croatie, Serbie, Kosovo: Quatre Scènes, Un Même Cycle
La guerre de Bosnie, 1992-1995, concentre Mladic, Karadzic, Plavsic, Praljak, Arkan pour 1995, et le rôle évoqué de Tudjman dans des procédures postérieures. Le conflit en Croatie, déclenché par les Serbes de Croatie après l’indépendance de 1991, est chiffré à environ 20.000 morts, majoritairement croates. La présidence serbe de Milosevic, 1990-2000, encadre le renseignement de Stanisic et Simatovic et l’ultranationalisme de Seselj. Le Kosovo, 1998-1999, porte le dossier Thaci et l’UCK.
Le lecteur n’a pas besoin d’un roman. Il a besoin de cette carte. Chaque nom s’y place sans se substituer à un autre. Chaque juridiction s’y place sans se confondre. Chaque issue, mort, peine, acquittement ou attente, reste distincte. Lundi, à Belgrade, une cérémonie dira l’adieu à Mladic. Le 16 septembre 2026, une autre salle dira, elle, un verdict encore inconnu.
Ce Que L’On Peut Tenir Pour Certain À La Veille Des Obsèques
On peut tenir pour certain que Ratko Mladic a été condamné à perpétuité de manière définitive le 8 juin 2021 pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pendant la guerre de Bosnie. On peut tenir pour certain qu’il est mort le 27 août et que ses funérailles sont prévues lundi à Belgrade. On peut tenir pour certain que Milosevic est mort en détention en 2006 sans verdict final, que Tudjman est mort en 1999, qu’Arkan a été abattu en janvier 2000, que Praljak s’est suicidé le 29 novembre 2017.
On peut tenir pour certain que Karadzic est en perpétuité depuis l’appel de 2019, que Plavsic a purgé une peine de onze ans avant d’être libérée en octobre 2009, que Stanisic et Simatovic ont quinze ans depuis le 31 mai 2023, que Seselj a dix ans mais est libre après près de douze ans de préventive. On peut tenir pour certain que Gotovina a été acquitté en 2012 et Oric en 2008, 2017 et 2018. On peut tenir pour certain que Hashim Thaci attend le 16 septembre 2026 après une réquisition de 45 ans et des audiences closes en février 2026.
Le reste appartient aux familles, aux États, aux mémoires rivales. Ce texte n’y entre pas. Il s’arrête où s’arrête le rappel des destinées. Lundi, Belgrade enterre un général déjà jugé. En septembre, La Haye doit encore parler pour un ancien président du Kosovo. Entre les deux dates, le tableau des années 1990 reste ce qu’il est: une liste de noms, de peines, de morts et d’attentes, désormais assez complète pour être lue d’une traite, assez grave pour ne rien y ajouter.









