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Funérailles De Mladic À Belgrade Après Sa Condamnation À La Haye

La dépouille de Ratko Mladic est arrivée à Belgrade avec les honneurs militaires. Lundi, des milliers de personnes sont attendues. Entre héros pour les uns et quintessence du mal pour les autres, le récit laisse une question ouverte.

Qui reste-t-il, au moment où un cercueil traverse une capitale, lorsqu’un homme a été à la fois salué comme défenseur et désigné comme bourreau ? La question plane sur Belgrade, où la dépouille de Ratko Mladic, décédé la semaine dernière à La Haye alors qu’il purgeait une peine de prison pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité, a été transportée par un avion gouvernemental. Accueillie jeudi avec les honneurs militaires, elle doit être accompagnée lundi par une cérémonie d’hommage à laquelle des milliers de personnes sont attendues. Bruxelles a dénoncé la glorification du criminel de guerre. Le fils de l’ancien général, Darko Mladic, a déclaré vendredi, lors d’une conférence de presse à Belgrade, au côté du ministre serbe de la Justice : « Je dis devant le monde entier que je suis fier du rôle joué par mon père. »

Un Hommage Controversé Au Cœur De Belgrade

Le récit public se dédouble. D’un côté, Ratko Mladic s’imaginait en héros du peuple serbe. De l’autre, il a été surnommé le boucher de Bosnie pour les crimes commis par les forces sous ses ordres pendant la guerre, du siège de Sarajevo au massacre de Srebrenica. La justice internationale a qualifié cet homme de quintessence du mal. L’ancien Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme Zeid Ra’ad al Hussein a repris cette formule pour décrire l’ancien général.

La cérémonie de lundi n’est donc pas seulement un rite funéraire. Elle condense une mémoire clivée. À Kalinovik, le bourg où il est né en Bosnie du sud-est, une fresque géante à son effigie proclame qu’on est dans « la ville du héros ». À Belgrade, son nom ou son visage sont tagués sur des dizaines de murs. Une partie de la communauté serbe continue de voir en lui le héraut de la cause du « peuple serbe ».

« Je suis le général Mladic. J’ai défendu mon pays et mon peuple. »

Première apparition à la barre du Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie, fermé en 2017.

La Dépouille, L’Avion Gouvernemental Et Les Honneurs

Le corps a quitté La Haye pour la Serbie à bord d’un avion gouvernemental. L’accueil de jeudi à Belgrade s’est fait avec les honneurs militaires. Ce détail pèse dans le débat public. Il donne à l’arrivée du cercueil une solennité d’État, alors même que Bruxelles parle de glorification. Le contraste est net : une condamnation internationale d’un côté, un protocole officiel de l’autre.

Des milliers de personnes sont attendues lundi. L’ampleur annoncée de la cérémonie d’hommage explique la tension du moment. L’homme qui finit sa vie en cellule, arrêté en 2011 après seize ans de cavale, revient dans l’espace public sous une autre forme : celle d’une dépouille escortée, commentée, revendiquée.

Le fils n’a pas cherché l’ambiguïté. Debout à Belgrade, aux côtés du ministre serbe de la Justice, Darko Mladic a choisi la fierté affichée. La phrase est courte. Elle est aussi politique. Elle place la famille, et une partie de l’appareil d’État présent à cette conférence, dans une ligne de continuité avec l’image que l’ancien général voulait laisser de lui-même.

Srebrenica, Sarajevo Et La Qualification Des Crimes

Parmi les atrocités commises par Ratko Mladic figure le massacre de 8 000 hommes et adolescents musulmans à Srebrenica, présenté comme la pire tuerie commise sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Ce chiffre et ce lieu restent le cœur de l’accusation qui a suivi l’homme jusqu’à sa cellule.

Le siège de Sarajevo s’étend sur près de quatre ans. Plus de 10 000 habitants, dont plusieurs centaines d’enfants, seront tués par les balles des tireurs embusqués ou les obus qui pleuvaient des hauteurs tenues par les forces de Ratko Mladic. La capitale bosniaque devient le théâtre d’une guerre d’usure menée depuis les collines.

Les frontières ont toujours été tracées avec du sang et les États délimités par des tombes.

Propos rapportés de Ratko Mladic

Cette formule, attribuée à l’homme tantôt colérique et brutal, tantôt jovial et truculent selon ceux qui l’ont approché, résume une vision du territoire comme produit de la violence. Elle éclaire le rôle qu’on lui a prêté dans la guerre qui a divisé la Bosnie.

Trois Figures Et Un Bras Armé

Ratko Mladic est considéré comme le troisième architecte de l’épuration ethnique pendant cette guerre. De Belgrade, le président Slobodan Milosevic, mort en détention en 2006, enflammait les Balkans avec sa rhétorique « grand-serbe ». Le psychiatre Radovan Karadzic, l’idéologue des Serbes de Bosnie condamné en 2019 à la perpétuité, déversait sa propagande fanatique. Ratko Mladic était leur bras armé.

Le trio dessine une division des rôles. L’un parle depuis la capitale serbe. L’autre construit un discours. Le troisième commande sur le terrain. Cette lecture, présente dans le récit des faits, place l’ancien général au point où la parole politique se convertit en opérations militaires.

Figure Rôle décrit Issue
Slobodan Milosevic Rhétorique grand-serbe depuis Belgrade Mort en détention en 2006
Radovan Karadzic Idéologue des Serbes de Bosnie Condamné en 2019 à la perpétuité
Ratko Mladic Bras armé des forces sous ses ordres Mort le 27 août 2026 à La Haye

Du Soldat Paysan À L’Officier De L’Armée Yougoslave

Orphelin d’un partisan tué par les Croates oustachis pronazis, Ratko Mladic devient à 22 ans l’un des plus jeunes officiers de l’armée yougoslave. Le trait biographique revient souvent chez ceux qui défendent encore son image : celle d’un soldat paysan amoureux de sa terre, respectueux des codes d’honneur militaires, n’ayant pour objectifs qu’une Yougoslavie unie puis la protection de « son » peuple contre ceux qu’il désignait comme les « Turcs », les Bosniaques musulmans.

Quand la guerre éclate, après avoir combattu les Croates, il est vite transféré en Bosnie. Sarajevo passe sous un siège de près de quatre ans. Le soldat trapu et arrogant, selon le portrait qui l’accompagne jusqu’à La Haye, devient le visage des hauteurs d’où partent les tirs.

Beaucoup de Serbes de Bosnie relativisent, voire nient les exactions commises. Le déni et l’atténuation ne sont pas un détail périphérique. Ils expliquent pourquoi une fresque peut encore parler de héros à Kalinovik, et pourquoi des tags reprennent le nom et le visage dans les rues de Belgrade.

La Mort De Sa Fille Ana

En 1994, sa fille Ana, étudiante en médecine, se suicide. Certains témoins ont estimé que Ratko Mladic était devenu plus brutal à la suite de sa mort, survenue un an avant Srebrenica. Le texte ne va pas au-delà de cette estimation. Il la consigne comme un élément rapporté, non comme une preuve mécanique.

Avant son transfert à La Haye, après l’arrestation du 26 mai 2011, il avait demandé à se rendre sur la tombe de sa fille. Le geste ferme une séquence personnelle au moment où s’ouvre la séquence judiciaire. L’homme qui avait vécu à l’abri, puis dans la clandestinité, demande un détour vers une tombe avant la cellule.

Han Pijesak, Belgrade, Puis Seize Ans De Cavale

Après l’accord de paix de Dayton, Ratko Mladic reste en Bosnie, à l’abri dans son repaire de Han Pijesak, une base à moitié enterrée dans une forêt de pins de l’est de ce pays. Puis il s’installe à Belgrade, protégé par l’armée. Quand Slobodan Milosevic est chassé du pouvoir en 2000, Ratko Mladic entre en clandestinité.

Le 26 mai 2011, il est arrêté. Le soldat qui s’était présenté comme défenseur de son pays et de son peuple comparaît devant le Tribunal pénal international pour l’ex-Yougoslavie. Il finit sa vie en cellule. Il meurt le 27 août 2026 à La Haye.

La cavale de seize ans n’efface pas le jugement. Elle explique seulement le temps long entre la fin des combats, l’abri de Han Pijesak, la protection à Belgrade, la clandestinité après 2000, puis l’arrestation. Chaque étape rapproche ou éloigne l’homme de la barre, jusqu’à ce que le transfert ait lieu.

Ce Que La Cérémonie Dit De La Mémoire

Lundi, Belgrade doit accueillir un hommage. Des milliers de personnes sont attendues. Le fils affirme sa fierté. Bruxelles dénonce une glorification. La fresque de Kalinovik parle de héros. Les murs de la capitale serbe portent encore le nom et le visage. La justice internationale parle de quintessence du mal. Ces phrases coexistent dans le même espace-temps.

Le siège de Sarajevo et le massacre de Srebrenica restent les deux noms qui empêchent l’unanimité. Plus de 10 000 habitants tués dans la capitale assiégée, plusieurs centaines d’enfants parmi eux. Huit mille hommes et adolescents musulmans tués à Srebrenica. Ces données ne changent pas parce qu’un avion gouvernemental a ramené un cercueil.

Elles ne changent pas non plus parce qu’un ministre assiste à une conférence de presse familiale. Elles demeurent le socle du dossier pour lequel Ratko Mladic purgeait sa peine. Le reste appartient au conflit des récits : soldat paysan pour les uns, boucher de Bosnie pour les autres, bras armé d’une épuration ethnique pour la lecture judiciaire et historique qui l’a conduit à La Haye.

Les Mots Qu’Il A Choisis À La Barre

Dès sa première apparition devant le tribunal fermé en 2017, il a lancé : « Je suis le général Mladic. J’ai défendu mon pays et mon peuple. » La phrase fonctionne comme un programme. Elle refuse le nom que d’autres lui ont donné. Elle revendique une fonction, un territoire, une communauté.

Face à elle, d’autres mots se sont imposés dans les comptes rendus : génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité. Face à elle aussi, le surnom de boucher de Bosnie. Face à elle encore, la formule de Zeid Ra’ad al Hussein. L’article de ces jours de deuil officiel à Belgrade consiste précisément à tenir ces vocabularies ensemble, sans les fondre.

Ce Que L’On Peut Tenir Pour Certain Dans Ce Récit

On peut tenir pour certain le transport de la dépouille par avion gouvernemental. On peut tenir pour certain l’accueil avec les honneurs militaires. On peut tenir pour certain l’annonce d’une cérémonie lundi et l’attente de milliers de personnes. On peut tenir pour certaine la déclaration du fils. On peut tenir pour certaine la condamnation de Bruxelles contre la glorification.

On peut tenir pour certains aussi le siège de Sarajevo, le bilan de plus de 10 000 habitants tués, le massacre de Srebrenica et ses 8 000 hommes et adolescents musulmans, l’arrestation de 2011, les seize années de cavale, Han Pijesak, la protection à Belgrade, la clandestinité après la chute de Milosevic, la mort le 27 août 2026, la demande de se rendre sur la tombe d’Ana avant le transfert.

Le reste, c’est le choc des images : héros peint sur un mur de Kalinovik, tags dans Belgrade, cercueil honoré, cellule à La Haye, phrase du fils, phrase du tribunal, phrase de l’ancien haut-commissaire. Lundi dira combien de personnes se déplaceront. Le texte, lui, s’arrête aux faits déjà établis et aux paroles déjà prononcées.

Ratko Mladic voulait passer pour le défenseur d’un peuple. Il est mort condamné pour génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Entre ces deux phrases, la Bosnie de la guerre, Sarajevo assiégée et Srebrenica restent le terrain où le débat public, aujourd’hui encore, refuse de se refermer.

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