CryptomonnaiePolitique

Si Le Clarity Act Échoue Trois Démocrates Enterrent La Crypto

Kalshi place à 84 % les chances d’une majorité démocrate à la Chambre. Trois élues pourraient alors contrôler tous les comités qui écrivent les règles crypto. La fenêtre se referme plus vite que l’industrie ne l’admet.

Quatre-vingt-quatre pour cent. C’est le chiffre que Kalshi affiche aujourd’hui pour une majorité démocrate à la Chambre des représentants en novembre. Derrière ce pourcentage se cache une réalité que l’industrie crypto préfère encore regarder de côté : si ce scénario se concrétise, trois élues démocrates se retrouveront aux commandes des comités qui écrivent littéralement la loi sur les actifs numériques. Maxine Waters, Shontel Brown et Elizabeth Warren. Trois noms, quatre comités stratégiques, et une fenêtre législative qui se referme à une vitesse que même les lobbyistes les plus optimistes peinent à admettre.

Une fenêtre qui se referme plus vite que prévu

Pendant tout le premier semestre 2026, le secteur a traité le Digital Asset Market Clarity Act comme une formalité. Le texte avait des cosponsors des deux camps. Il avait survécu aux markups en commission. Il bénéficiait du soutien public d’un président qui avait fait de la régulation crypto une priorité personnelle. Des dizaines de millions de dollars ont été injectés par la Blockchain Association, Coinbase et une ribambelle d’associations professionnelles pour obtenir un vote avant la pause d’août.

La pause est arrivée. Aucun vote n’a eu lieu.

Techniquement, le projet n’est pas mort. Le Congrès peut encore le reprendre en septembre. Mais les dynamiques politiques qui l’ont rendu possible sont en train de basculer. Et ce basculement a un visage précis : celui de trois démocrates positionnées pour prendre les rênes des commissions qui décident du sort de toute législation crypto.

Maxine Waters reprendrait probablement la présidence de la commission des services financiers de la Chambre. Shontel Brown se retrouverait à la tête de la commission de l’agriculture. Et si les démocrates basculent aussi le Sénat, Elizabeth Warren hériterait du gavel de la commission bancaire. À elles trois, elles contrôlent les nœuds essentiels du processus législatif. Leur bilan laisse peu de doutes : un Clarity Act, ou quoi que ce soit qui lui ressemble, ne recevrait plus le même traitement que sous la majorité républicaine actuelle.

Ce que le Clarity Act change vraiment

Le Digital Asset Market Clarity Act n’est ni un texte sur les stablecoins, ni un texte fiscal, ni une réforme purement securities. C’est avant tout un projet de structure de marché. Sa mission principale est de tracer une frontière claire : quels actifs numériques sont des commodities, lesquels sont des titres financiers, et lesquels n’entrent dans aucune de ces cases. Ensuite, il attribue l’autorité réglementaire à la SEC ou à la CFTC en conséquence.

Le texte prévoit un cadre d’enregistrement pour les plateformes d’échange, des safe harbors pour les projets de tokens qui respectent certaines obligations d’information, et une sortie de l’ambiguïté juridictionnelle qui a permis à la SEC et à la CFTC de mener des actions parfois contradictoires contre les mêmes acteurs.

Pour l’industrie, la différence est abyssale. Avec le Clarity Act, on opère sous des règles écrites. Sans lui, on continue sous le régime de l’application par la plainte. La SEC conserve le pouvoir de qualifier n’importe quel token de security en s’appuyant sur le test Howey de 1946, un standard conçu pour un autre monde. La CFTC garde la main sur les commodities mais dispose d’outils limités sur les marchés spot. Et les régulateurs d’État multiplient les exigences, créant un patchwork qui favorise les grands groupes disposant d’armées d’avocats au détriment des plus petits.

Les partisans du texte insistent sur un point : la clarté réglementaire débloquerait des capitaux institutionnels aujourd’hui en attente. Charles Schwab, qui gère 13 000 milliards de dollars d’actifs clients, a publiquement qualifié le Clarity Act de « catalyseur clé » de sa stratégie digital assets. Environ 20 % de ses clients détiennent déjà de la crypto ou ont exprimé un intérêt. Mais les produits institutionnels exigent un cadre que les États-Unis n’ont toujours pas.

Les opposants voient les choses autrement. Pour eux, le projet affaiblit la protection des investisseurs en multipliant les exemptions dans un secteur qui a déjà produit FTX, Terra et une kyrielle de rug pulls. C’est exactement cette tension que les trois futures présidentes de commission seraient appelées à trancher. Leur historique laisse peu de place au doute : elles privilégieraient la protection de l’investisseur à l’accès de l’industrie.

Maxine Waters et la commission des services financiers

Maxine Waters a présidé la commission des services financiers de 2019 à 2023. Son mandat a été marqué par une surveillance agressive de l’industrie financière, avec un focus constant sur la protection du consommateur, le prêt équitable et le logement. Sur la crypto, son bilan est plus nuancé qu’il n’y paraît, et c’est précisément cette nuance qui compte pour l’avenir du Clarity Act.

En 2019, elle a été l’une des voix les plus virulentes contre le projet de stablecoin Libra de Facebook. Elle a convoqué Mark Zuckerberg et contribué à créer la pression politique qui a finalement enterré l’initiative. Ses craintes portaient sur le risque systémique, la protection des consommateurs et la concentration de pouvoir financier entre les mains d’une entreprise déjà éclaboussée par des scandales de vie privée.

Pourtant, Waters a aussi travaillé sérieusement sur la législation crypto. En 2022, elle a négocié avec le ranking member de l’époque, Patrick McHenry, un projet de loi sur les stablecoins qui a failli aboutir à un accord bipartisan. Les discussions ont échoué sur la question des émetteurs de stablecoins chartered au niveau des États. Mais le processus a prouvé une chose : Waters n’est pas une opposante idéologique pure. Elle est une opposante à toute législation qui privilégie l’accès de l’industrie au détriment de la protection du public.

La distinction est cruciale. Un Clarity Act arrivant devant sa commission se heurterait à des exigences accrues en matière de transparence, de mécanismes d’application et de réduction des safe harbors. Le texte qui en sortirait ressemblerait peu à celui avancé sous majorité républicaine.

Le résultat concret serait du temps perdu. Même si Waters acceptait en principe de faire avancer un projet de structure de marché, la renégociation des termes prendrait des mois. Un markup en janvier 2027 pourrait n’arriver qu’au printemps. Un vote en séance plénière avant l’automne 2027 deviendrait improbable. On pousserait ainsi la régulation globale vers la deuxième année d’un nouveau Congrès, où elle entrerait en concurrence avec d’autres priorités législatives.

Shontel Brown et le levier structurel de l’agriculture

La commission de l’agriculture de la Chambre joue un rôle moins intuitif mais tout aussi décisif. La CFTC relève de sa juridiction. Tout texte définissant l’autorité de la CFTC sur les commodities numériques doit donc passer par cette commission avant d’atteindre le plancher.

Shontel Brown, élue de l’Ohio, est en position de prendre la présidence si les démocrates reprennent la Chambre. Son bilan crypto est plus mince que celui de Waters, mais les indicateurs disponibles orientent clairement vers le scepticisme. Elle a voté contre FIT21, le prédécesseur du Clarity Act, et n’a cosponsoré aucun texte lié aux actifs numériques dans le Congrès actuel.

Son orientation politique sur la régulation financière se rapproche de l’aile progressiste du Parti démocrate, celle qui regarde la crypto avec une méfiance structurelle. Son district dans la région de Cleveland n’abrite aucune présence industrielle crypto significative. Contrairement aux élus de Californie, de New York ou du Texas, qui représentent des circonscriptions où des entreprises crypto pèsent lourd, Brown peut se permettre de reléguer le sujet sans coût politique immédiat.

Le pouvoir de la commission de l’agriculture est structurel. Si Brown refuse de programmer un markup, les dispositions relatives à la CFTC ne peuvent pas avancer. Un texte qui passerait à la commission des services financiers mais pas à celle de l’agriculture resterait incomplet : il attribuerait des compétences à la SEC sans définir le rôle complémentaire de la CFTC. Les deux commissions doivent avancer en parallèle pour qu’une législation de structure de marché tienne la route.

Cette réalité donne à Brown un droit de veto de fait sur le calendrier. Elle n’a même pas besoin de s’opposer publiquement. Il lui suffit de ne pas prioriser. Le texte s’enlise.

Elizabeth Warren et le scénario le plus redouté

Le Sénat représente l’enjeu le plus élevé. Si les démocrates remportent à la fois la Chambre et le Sénat, Elizabeth Warren prendrait très probablement la présidence de la commission bancaire. L’industrie se retrouverait alors face à sa critique la plus visible, aux commandes de la commission qui détient la juridiction sur la SEC et sur toute législation touchant à la régulation des titres.

La position de Warren est connue. Elle a introduit le Digital Asset Anti-Money Laundering Act, qui imposerait aux protocoles DeFi et aux wallets auto-hébergés des obligations de conformité proches de celles des banques. Elle a qualifié l’industrie de « shadowy super coder » menaçant la stabilité financière et facilitant la finance illicite. Elle a mené l’opposition au GENIUS Act sur les stablecoins et a répété inlassablement sa préférence pour un renforcement de l’application des règles existantes plutôt que pour de nouvelles exemptions.

Sous sa direction, la commission bancaire du Sénat n’avancerait pas un Clarity Act dans sa forme actuelle. Les safe harbors pour les émetteurs de tokens, le cadre d’enregistrement relativement souple et les limitations apportées aux pouvoirs d’application de la SEC entrent en collision frontale avec ses priorités affichées. Une commission Warren serait bien plus susceptible de pousser des textes qui élargissent l’autorité réglementaire plutôt que de la contraindre.

Kalshi place la probabilité d’une majorité démocrate au Sénat autour de 47 %. C’est pile ou face. Si les démocrates gagnent la Chambre mais pas le Sénat, la situation reste difficile sans être impossible : le Sénat pourrait encore avancer sous leadership républicain, et les commissions de la Chambre sous Waters et Brown subiraient une pression pour négocier plutôt que de bloquer purement et simplement.

Mais si les deux chambres basculent, l’industrie se retrouverait face à un environnement où les quatre commissions concernées sont dirigées par des élues sceptiques ou ouvertement hostiles à son cadre préféré. Dans ce scénario, une législation globale sur la crypto serait très probablement repoussée au-delà de 2028, dans un nouveau mandat présidentiel et un nouveau Congrès.

Les dispositions les plus vulnérables

Toutes les sections du Clarity Act ne sont pas exposées au même degré. Les dispositions les plus fragiles sous une direction démocrate sont celles qui limitent l’autorité réglementaire ou créent des exemptions au droit des titres existant.

Les safe harbors constituent la cible la plus évidente. Le texte prévoit une période définie pendant laquelle un projet de token peut opérer avant que l’on détermine s’il s’agit d’un titre. Cette période de grâce est conçue pour laisser le temps de se décentraliser. Les critiques y voient une faille qui retarde la responsabilité des émetteurs qui lèvent des fonds auprès du public. Waters comme Warren ont déjà exprimé leurs réserves lors d’auditions passées. Un markup démocratique risquerait de les restreindre fortement, voire de les supprimer.

L’élargissement de la juridiction de la CFTC arrive en deuxième position. Le Clarity Act donne à l’agence une autorité claire sur les commodities numériques et leurs marchés spot, un rôle qu’elle réclame depuis des années sans jamais l’avoir obtenu par la loi. Warren a fait valoir qu’élargir les compétences de la CFTC sans augmenter proportionnellement son budget et ses moyens d’application reviendrait à créer un régulateur structurellement trop faible pour surveiller les marchés qu’on lui confie. Son alternative privilégie le maintien d’un plus grand nombre d’actifs sous la juridiction de la SEC, où les outils d’application sont plus développés.

Le cadre d’enregistrement des plateformes d’échange fait face à un risque plus subtil. Le projet crée une voie d’enregistrement avec des exigences plus légères que celles imposées aux bourses de titres traditionnelles. Les leaders démocrates pousseraient probablement vers une parité avec les règles existantes, notamment en matière de surveillance de marché, d’obligations de best execution et d’interdictions de conflits d’intérêts, points que le texte actuel aborde mais sans la même rigueur que le Securities Exchange Act de 1934.

L’effet cumulé de ces modifications produirait un texte que l’industrie pourrait rejeter aussi fermement que le statu quo actuel. Si le Clarity Act est réécrit pour imposer aux plateformes un niveau de conformité comparable à celui des titres, supprimer les safe harbors et limiter le rôle de la CFTC, le secteur pourrait préférer continuer sous le régime de l’application par contentieux plutôt que d’accepter une clarification qui codifie des restrictions qu’il contourne aujourd’hui.

C’est le paradoxe au cœur du débat. L’industrie veut de la clarté. Mais elle la veut selon ses termes. Si la seule clarté disponible contraint davantage ses opérations que l’ambiguïté actuelle, l’incitation à soutenir la législation disparaît.

Ce que disent les marchés de prédiction

Les données des marchés de prédiction sur le Clarity Act lui-même sont aussi parlantes que celles sur les midterms. Les cotes Kalshi pour un passage du texte en 2026 sont tombées autour de 16 %, contre plus de 60 % il y a trois mois, lorsque le projet semblait encore porté par un élan bipartisan.

Cette chute suit trois évolutions. D’abord, la direction du Sénat a refusé de programmer un vote avant la pause d’août, brisant le calendrier sur lequel les partisans travaillaient. Ensuite, les activités crypto personnelles de l’administration Trump sont devenues un passif politique qui a rendu la coopération bipartisane plus difficile. Les élus démocrates ont utilisé les intérêts crypto du président et de sa famille pour présenter le Clarity Act comme une législation favorable à l’industrie qui bénéficierait directement à l’entourage du président. Enfin, les cotes Polymarket d’une majorité démocrate à la Chambre ont grimpé de façon régulière en juillet, signalant aux participants que la fenêtre pour une législation pilotée par les républicains se refermait.

Seize pour cent ne signifie pas que le texte est mort. Cela signifie simplement que le marché attribue une faible probabilité à un passage dans la session actuelle. Le projet pourrait revenir dans le prochain Congrès sous une direction différente, mais ce serait un texte différent, remodelé par les priorités de ceux qui tiendraient alors les gavels.

Le plan B de l’industrie

L’industrie n’affiche pas publiquement de préparation au pire scénario. Pourtant, ses priorités de lobbying ont déjà bougé de façon révélatrice. Summer Mersinger, directrice générale de la Blockchain Association, a reconnu dans une interview récente que la fenêtre législative se rétrécissait et que le secteur devait se préparer à un avenir où une législation globale n’arriverait pas selon le calendrier actuel.

« Quelle que soit votre opinion sur la crypto, on ne peut pas simplement l’ignorer », a-t-elle déclaré. Le cadrage est significatif : il s’agit d’un argument de pertinence plutôt que de défense d’un résultat législatif précis. C’est le langage d’un appareil de lobbying qui s’ajuste déjà à un monde où le Clarity Act ne passe pas cette session.

Les options de repli incluent la poursuite de textes étroits et bipartisans sur des sujets ciblés comme la régulation des stablecoins, plutôt qu’une structure de marché globale ; un investissement accru dans l’engagement réglementaire au niveau des États ; et un doublement de la stratégie contentieuse visant à faire évoluer la jurisprudence sur la classification des actifs numériques via des victoires judiciaires plutôt que par la loi.

Chacune de ces voies est plus lente et moins complète que le Clarity Act. Les textes ciblés traitent des problèmes individuels sans résoudre l’ambiguïté juridictionnelle fondamentale entre SEC et CFTC. L’engagement au niveau des États est coûteux et produit un patchwork plutôt qu’un cadre national uniforme. Les résultats judiciaires restent incertains, lents et susceptibles d’être renversés.

L’argument le plus fort de l’industrie en faveur de l’urgence reste géopolitique. Le reste du monde n’attend pas. Le règlement européen MiCA est en vigueur depuis 2024. Singapour, le Japon et le Royaume-Uni ont tous avancé des cadres complets. Si les États-Unis retardent le leur de deux ans ou plus, le désavantage concurrentiel s’accumulera à mesure que les entreprises et les capitaux migreront vers des juridictions aux règles plus claires.

Les points à surveiller dans les semaines qui viennent

Le calendrier de programmation du Clarity Act en séance. Si le texte n’obtient pas de vote avant le 30 septembre, ses chances de passer avant les midterms tombent quasiment à zéro. Il faudra surveiller les calendriers des leaderships de la Chambre et du Sénat.

Les cotes Kalshi sur les midterms. Les 84 % de probabilité d’une majorité démocrate à la Chambre constituent le point de données le plus pertinent pour la régulation crypto. Si ce chiffre dépasse 90 %, le marché intègre quasiment comme une certitude que Waters et Brown tiendront les gavels en janvier 2027.

Le positionnement de Warren sur la commission bancaire. Si les démocrates gagnent le Sénat, ses premières déclarations publiques sur les priorités de la commission indiqueront si la législation crypto figure encore à l’agenda. Un silence précoce signalerait une dépriorisation claire.

Le calendrier digital assets de Charles Schwab. La société a publiquement lié sa stratégie crypto au Clarity Act. Tout report de ses produits digital assets confirmerait que le capital institutionnel attend la législation plutôt que d’avancer sous le cadre actuel.

L’activité réglementaire au niveau des États. Une hausse des projets de loi crypto dans les capitales d’État pendant la période de stagnation fédérale indiquerait que l’industrie redirige ses ressources de lobbying vers les États, signe que sa stratégie washingtonienne est passée en mode plan B.

Ce que cela signifie concrètement pour le marché

Le scénario le plus immédiat n’est pas l’interdiction pure et simple. C’est le maintien d’un flou prolongé. Un flou qui continue de freiner les produits institutionnels, qui maintient les coûts de conformité élevés pour les acteurs de taille moyenne, et qui laisse le champ libre aux actions d’application individuelles de la SEC.

Dans un environnement où la majorité démocrate contrôle les commissions clés, les priorités basculeraient vers le renforcement des outils d’application existants plutôt que vers la création de nouveaux cadres d’enregistrement. On pourrait voir des auditions plus agressives, des demandes de budget supplémentaires pour la SEC et la CFTC, et une pression accrue sur les acteurs DeFi et les wallets non custodial.

Pour les entreprises crypto américaines, cela se traduirait par une prolongation de l’incertitude juridique. Certaines pourraient accélérer leur présence internationale. D’autres pourraient renforcer leurs équipes contentieuses. Les plus petites structures, déjà sous pression, risqueraient de disparaître ou de se faire absorber.

Le capital institutionnel, lui, continuerait d’attendre. Charles Schwab n’est pas le seul à avoir conditionné ses ambitions à un cadre clair. D’autres grands gestionnaires d’actifs ont adopté la même posture. Tant que l’ambiguïté persiste, une partie significative des flux potentiels reste sur la touche.

Une génération de retard possible

Si le Clarity Act meurt dans sa forme actuelle et que les trois démocrates prennent effectivement les commandes, le retard américain pourrait se compter en années. Non pas parce que ces élues sont fondamentalement anti-crypto au sens idéologique pur, mais parce que leurs priorités de protection du consommateur et de renforcement de l’autorité réglementaire produisent un type de législation que l’industrie actuelle rejette.

On aboutirait alors à un cycle de renégociation interminable. Chaque tentative de texte se heurterait aux mêmes divergences fondamentales sur les safe harbors, sur le partage de juridiction et sur le niveau d’exigences imposées aux plateformes. Pendant ce temps, l’Europe, l’Asie et d’autres juridictions continueraient d’attirer les projets, les talents et les capitaux.

L’ironie serait complète : l’industrie américaine, qui a longtemps vanté son dynamisme et sa capacité d’innovation, se retrouverait freinée non par une interdiction claire, mais par l’absence prolongée de règles écrites. Un flou qui protège les grands acteurs capables de supporter le coût de l’incertitude et qui pénalise les plus petits.

Le 12 août 2026, les cotes Kalshi affichaient encore 84 % de chances d’une majorité démocrate à la Chambre. Ce chiffre n’est pas une prédiction certaine. Mais il force déjà l’industrie à envisager un avenir où Maxine Waters, Shontel Brown et Elizabeth Warren tiennent les plumes qui écrivent les règles. Et où le Clarity Act, tel qu’il existe aujourd’hui, n’est plus qu’un souvenir d’une fenêtre qui s’est refermée trop tôt.

La question n’est plus seulement de savoir si le texte passera avant les midterms. C’est de savoir si, une fois cette fenêtre fermée, l’industrie aura encore la capacité de peser sur la forme de la régulation qui finira, un jour, par arriver. Ou si elle devra se contenter de naviguer indéfiniment dans le brouillard de l’application au cas par cas, pendant que le reste du monde avance avec des règles claires.

Pour l’instant, les marchés de prédiction ont déjà tranché. Seize pour cent de chances de passage cette année. Quatre-vingt-quatre pour cent de chances de basculement de la Chambre. Trois démocrates en position de contrôler les commissions. Et une industrie qui commence, enfin, à préparer le jour d’après.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.