Qui aurait parié, il y a seulement trois semaines, que Primoz Roglic franchirait la ligne de départ de la Vuelta à Monaco ? Après avoir été percuté par un automobiliste lors d’un entraînement à la fin du mois de juillet, le Slovène de 36 ans a longtemps fait planer le doute. Ce mardi, l’équipe RedBull-Bora-Hansgrohe a levé le voile : le quadruple vainqueur du Tour d’Espagne sera bel et bien présent. Une annonce qui soulève autant d’espoir que de questions sur son véritable niveau de forme.
Un retour inattendu après l’accident de fin juillet
Fin juillet, les images et les témoignages circulaient déjà. Primoz Roglic, en pleine préparation, se fait renverser par une voiture lors d’une sortie d’entraînement. Le choc, bien que non dramatique selon les premières informations, a suffi à mettre en pause une préparation déjà délicate. Depuis, le silence a été long. Trop long pour un coureur habitué à enchaîner les courses et les stages en altitude.
Ce mardi, la confirmation est tombée. Roglic figure parmi les huit coureurs sélectionnés par RedBull-Bora-Hansgrohe pour la Vuelta qui s’élancera samedi 22 août de Monaco. Le Slovène sera le leader incontesté de la formation. Pourtant, derrière cette annonce se cache une réalité plus complexe : il n’a plus disputé la moindre compétition depuis son championnat national, il y a près de deux mois.
Dans le peloton, on sait ce que cela signifie. Deux mois sans course, c’est une éternité quand on parle de grand tour. Les sensations, le rythme de course, la capacité à encaisser les efforts répétés jour après jour… tout cela se travaille sur le terrain, pas uniquement sur le home-trainer. Roglic arrive donc avec un capital confiance à reconstruire et un niveau de forme qui reste, pour l’instant, un grand point d’interrogation.
Le poids de l’histoire : quatre Vuelta et un record partagé
On ne peut parler de Primoz Roglic et de la Vuelta sans rappeler ce qu’il représente sur cette course. Quatre victoires finales. Un record qu’il partage désormais avec Roberto Heras. Personne n’a fait mieux. Cette statistique seule suffit à comprendre pourquoi son simple nom sur la liste des partants fait grincer des dents chez les adversaires.
Roglic a transformé le Tour d’Espagne en terrain de chasse personnel. Sa capacité à gérer les efforts, à exploser dans les arrivées au sommet, à résister dans les contre-la-montre chronométrés… tout cela a fait de lui le maître de la course espagnole pendant plusieurs saisons. Même si les dernières années ont été plus contrastées, le mythe reste intact.
À 36 ans, certains se demandent s’il n’a pas déjà donné le meilleur de lui-même. D’autres, au contraire, voient en lui un coureur encore capable de surprendre. L’âge n’a jamais été un frein pour les plus grands. Et Roglic a prouvé à plusieurs reprises qu’il savait revenir de situations difficiles.
Une équipe construite autour de lui, avec des options claires
La composition de l’équipe RedBull-Bora-Hansgrohe pour cette Vuelta révèle une stratégie claire. Roglic sera le chef de file. Autour de lui, on trouve un mélange de jeunes talents et de coureurs expérimentés capables de jouer les étapes ou de protéger le leader dans les moments clés.
Luke Tuckwell, 22 ans, apparaît comme l’atout le plus intéressant. Révélation du Tour Auvergne-Rhône-Alpes où il a terminé deuxième au classement général, l’Australien devrait être le dernier lieutenant de Roglic en montagne. En cas de défaillance du Slovène, il pourrait même tenter sa chance au général sur son premier grand tour. Une perspective alléchante pour un coureur encore très jeune.
Côté victoires d’étapes, l’équipe dispose de deux cartes fortes. Jordi Meeus, le sprinter belge, et Finn Fisher-Black, le puncheur néo-zélandais. L’un peut jouer les arrivées massives, l’autre les arrivées vallonnées ou les courses de côte. Une double option qui permet à RedBull-Bora-Hansgrohe de ne pas tout miser uniquement sur le classement général.
Composition complète de l’équipe RedBull-Bora-Hansgrohe pour la Vuelta :
- Primoz Roglic (Slovénie)
- Finn Fisher-Black (Nouvelle-Zélande)
- Jordi Meeus (Belgique)
- Gianni Moscon (Italie)
- Callum Thornley (Grande-Bretagne)
- Luke Tuckwell (Australie)
- Florian Vermeersch (Belgique)
- Frederik Wandahl (Danemark)
Cette liste montre une équipe équilibrée. Pas de pure grimpeur de très haut niveau en plus de Roglic et Tuckwell, mais des équipiers capables de tenir le rythme dans les cols et de protéger le leader dans les phases de transition. Moscon apporte son expérience, Vermeersch sa polyvalence, Thornley et Wandahl de la fraîcheur.
La question centrale : quel niveau de forme pour Roglic ?
C’est le vrai sujet. Tout le reste n’est que spéculation tant que l’on n’aura pas vu Roglic dans les premières étapes de montagne. Deux mois sans compétition, un accident récent, une préparation forcément perturbée… les indicateurs ne sont pas au vert.
Pourtant, ceux qui connaissent le Slovène savent qu’il possède une capacité de rebond rare. Il a déjà gagné des courses après des périodes de doute. Sa mentalité de guerrier, forgée dans le saut à ski avant de basculer vers le cyclisme, reste intacte. Il sait souffrir. Il sait gérer les périodes de doute. Et il sait surtout que la Vuelta lui réussit.
Le début de course, entre Monaco et les premières arrivées difficiles, sera déterminant. Si Roglic parvient à se glisser dans le groupe des favoris sans trop perdre de temps, alors le doute pourrait se transformer en espoir. Dans le cas contraire, l’équipe basculera très vite vers un plan B avec Tuckwell ou vers la chasse aux étapes.
« Son niveau de forme reste un gros point d’interrogation. Mais on parle d’un coureur qui a déjà prouvé qu’il pouvait revenir de situations bien plus compliquées. »
Ce que change cette présence pour le peloton
La simple présence de Roglic modifie l’équation de cette Vuelta. Les autres prétendants au maillot rouge savent qu’ils auront affaire à un coureur expérimenté, capable de profiter de la moindre faille. Même à 70 ou 80 % de ses moyens, Roglic reste dangereux.
Dans les étapes de montagne, il force les autres à se positionner. Dans les contre-la-montre, il reste une référence. Et mentalement, sa simple silhouette dans le peloton peut créer de la tension. C’est l’effet « grand champion » : même diminué, il impose le respect.
Pour les équipes concurrentes, cela signifie qu’il faudra surveiller en permanence les mouvements de RedBull-Bora-Hansgrohe. Une échappée trop tôt, une accélération dans un col, un coup de bordure… tout peut devenir dangereux si Roglic est dans les parages.
Luke Tuckwell, la carte jeune et ambitieuse
À 22 ans, Luke Tuckwell arrive sur un grand tour avec un statut particulier. Deuxième d’un Tour Auvergne-Rhône-Alpes de haut niveau, il a montré qu’il pouvait tenir la distance sur trois semaines de course. Sa présence aux côtés de Roglic n’est pas anodine.
Dans un premier temps, il sera le protecteur. Celui qui fait le travail dans les cols, qui marque les adversaires, qui tire son leader. Mais si Roglic montre des signes de faiblesse, Tuckwell pourrait se retrouver en position de leader par intérim. Une opportunité rare pour un coureur de cet âge.
Le jeune Australien a déjà prouvé qu’il savait gérer la pression. Sa progression est rapide, son profil de grimpeur moderne correspond parfaitement aux exigences actuelles. Cette Vuelta pourrait marquer un tournant dans sa carrière, qu’il finisse dans le top 10 ou qu’il se contente d’un rôle d’équipier de luxe.
Les options d’étapes : Meeus et Fisher-Black en embuscade
RedBull-Bora-Hansgrohe n’arrive pas uniquement pour le classement général. Jordi Meeus et Finn Fisher-Black ont les moyens de jouer les arrivées. Meeus, sprinter rapide et intelligent, peut profiter des arrivées plates ou légèrement vallonnées. Fisher-Black, plus explosif sur les reliefs, vise les arrivées de côte ou les étapes accidentées.
Cette double menace permet à l’équipe de rester offensive même si le général n’est plus accessible. Une victoire d’étape dans une Vuelta a toujours une valeur particulière. Elle donne de la confiance, de la visibilité, et elle peut même servir de tremplin pour la suite de la course.
Dans un grand tour, les succès d’étapes sont souvent le fruit d’une bonne organisation et d’un timing parfait. Avec des équipiers capables de placer leurs leaders au bon moment, RedBull-Bora-Hansgrohe dispose d’atouts concrets pour revenir avec au moins une victoire dans les bagages.
Monaco, un départ symbolique et exigeant
La Vuelta 2026 s’élance de Monaco. Un départ prestigieux, mais aussi technique. Les premières étapes vont déjà demander de la vigilance. Les routes étroites, les bosses, les possibles bordures… rien n’est simple. Pour un coureur qui sort d’une longue période sans compétition, ces premiers jours seront un test grandeur nature.
Roglic sait ce que signifie commencer une grande course. Il a déjà vécu des départs difficiles et des reprises après blessure. La différence cette fois, c’est le calendrier. Moins de deux mois séparant son dernier effort de compétition et le départ de Monaco. Le corps aura-t-il le temps de retrouver les automatismes ?
Les observateurs scruteront chaque kilomètre. La façon dont il se positionne dans le peloton, sa capacité à répondre aux accélérations, son aisance dans les relances… tout sera analysé. Car dans un grand tour, les premiers jours donnent souvent le ton.
Ce que l’histoire nous apprend sur les retours de Roglic
Primoz Roglic a déjà connu des périodes de doute. Des chutes, des blessures, des saisons plus compliquées. À chaque fois, il a su rebondir. Sa force mentale est souvent citée comme l’un de ses principaux atouts. Là où d’autres s’effondrent, lui trouve des ressources.
Cette capacité à surmonter les épreuves vient peut-être de son passé de sauteur à ski. Un sport où la précision, le mental et la gestion de la peur sont essentiels. Roglic a transposé ces qualités sur le vélo. Il sait attendre son moment. Il sait aussi encaisser les coups durs.
Aujourd’hui, à 36 ans, il n’a plus rien à prouver. Quatre Vuelta, des podiums sur les autres grands tours, des victoires prestigieuses… le palmarès parle de lui-même. Cette Vuelta 2026 ressemble davantage à un défi personnel qu’à une obligation de résultat. Et c’est peut-être dans cet état d’esprit qu’il sera le plus dangereux.
Les enjeux pour RedBull-Bora-Hansgrohe
Pour l’équipe, la présence de Roglic change tout. Elle attire l’attention, elle crée des attentes, mais elle offre aussi une couverture médiatique importante. Une bonne performance du Slovène, même sans victoire finale, serait déjà un succès. Une victoire d’étape ou un podium final transformerait la saison.
L’équipe a misé sur un équilibre entre expérience et jeunesse. Tuckwell représente l’avenir, Meeus et Fisher-Black le présent offensif, les autres le collectif. Cette construction montre que RedBull-Bora-Hansgrohe ne veut pas arriver à Monaco uniquement pour accompagner un leader en difficulté. Elle veut jouer sur plusieurs tableaux.
Dans un grand tour, les plans changent souvent. Une chute, une maladie, une journée sans… et tout bascule. Avoir plusieurs options permet de rester compétitif jusqu’au bout. C’est exactement ce que semble avoir préparé l’encadrement de l’équipe.
Les prochaines étapes à surveiller
Dès le départ de Monaco, les regards seront braqués sur Roglic. Les premières étapes de transition, puis les premières arrivées en altitude, donneront des indications précieuses. Si le Slovène répond présent dans les cols, alors le scénario d’une nouvelle bataille pour le maillot rouge redeviendra crédible.
Dans le cas contraire, l’équipe devra rapidement adapter sa stratégie. Tuckwell pourrait alors prendre plus de responsabilités, tandis que Meeus et Fisher-Black multiplieraient les tentatives d’étapes. Une Vuelta se gagne rarement sur un seul plan. Elle se construit jour après jour, en s’adaptant aux circonstances.
Pour les fans de cyclisme, cette annonce a le mérite de relancer l’intérêt autour de la course. Un grand nom de plus au départ, un suspense supplémentaire sur son état de forme, une équipe qui arrive avec plusieurs cartes à jouer… la Vuelta 2026 s’annonce déjà passionnante.
Une dernière chance de briller à ce niveau ?
À 36 ans, chaque grand tour prend une dimension particulière. Roglic sait que les occasions de jouer le classement général se font plus rares. Cette Vuelta pourrait être l’une des dernières où il part avec le statut de leader incontestable d’une équipe WorldTour.
Cela ne veut pas dire qu’il ne pourra plus gagner d’étapes ou briller sur des courses d’une semaine. Mais le statut de favori d’un grand tour, celui qui oblige les autres à le marquer, celui qui attire tous les regards… ce statut a une durée de vie limitée. Roglic le sait.
C’est peut-être pour cela que cette confirmation a une saveur particulière. Malgré l’accident, malgré les doutes, malgré les deux mois sans course, il a choisi de se présenter au départ. Un choix qui en dit long sur sa mentalité et sur son attachement à cette course qui lui a tant donné.
Ce qu’il faut retenir avant le grand départ
Primoz Roglic sera donc bien au départ de la Vuelta samedi à Monaco. Son équipe a été dévoilée, son statut de leader confirmé, ses lieutenants identifiés. Reste maintenant à découvrir quel Roglic va se présenter sur les routes espagnoles.
Le Slovène arrive avec un capital confiance à reconstruire et une forme encore mystérieuse. Mais il arrive aussi avec un palmarès exceptionnel sur cette course et une mentalité de guerrier. Deux mois sans compétition, un accident récent… les freins sont réels. Pourtant, ceux qui l’ont vu revenir de situations difficiles savent qu’il ne faut jamais l’enterrer trop vite.
Luke Tuckwell sera son principal soutien en montagne. Jordi Meeus et Finn Fisher-Black joueront les étapes. Le reste de l’équipe apportera le collectif nécessaire. RedBull-Bora-Hansgrohe a construit un groupe cohérent autour de son leader. Reste à voir si ce leader sera capable de répondre aux attentes.
Dans moins d’une semaine, les doutes laisseront place aux faits. Les premières étapes diront si Roglic a retrouvé les sensations ou s’il devra se contenter d’un rôle plus effacé. Quoi qu’il arrive, sa simple présence ajoute une dimension supplémentaire à cette Vuelta. Et dans le cyclisme, c’est souvent ce type d’incertitude qui rend les courses inoubliables.
Le peloton va s’élancer de Monaco avec un œil particulier sur le maillot de RedBull-Bora-Hansgrohe. Primoz Roglic, le quadruple vainqueur, le survivant de l’accident de fin juillet, le coureur qui n’a plus couru depuis deux mois… tout le monde voudra savoir. Et c’est précisément ce suspens qui fait le sel des grands tours.
La route est longue jusqu’à Madrid. Trois semaines de course, des cols, des contre-la-montre, des arrivées au sommet. Roglic a déjà écrit de belles pages sur ces routes. Il lui reste peut-être une dernière histoire à raconter. Ou simplement l’envie de prouver qu’il est encore capable de se battre au plus haut niveau. Dans les deux cas, le spectacle est promis.
Pour l’instant, une seule certitude : le Slovène sera bien là samedi. Et dans le cyclisme, être présent au départ est déjà une forme de victoire quand on sort d’une période aussi incertaine. Le reste s’écrira sur la route, entre Monaco et l’Espagne, entre les doutes et l’espoir, entre un accident de fin juillet et un possible nouveau chapitre dans une carrière déjà exceptionnelle.
Les prochains jours diront si Primoz Roglic a encore les moyens de ses ambitions. En attendant, le simple fait qu’il figure sur la liste des partants a déjà relancé les discussions et les spéculations. Une Vuelta sans grand favori absolu, avec un champion en reconstruction et des jeunes talents prêts à saisir leur chance… le scénario est en place. Il ne reste plus qu’à laisser parler les jambes.









