Comment une crue, en quelques heures, peut-elle laisser près de cinq mille personnes sans traces au cœur de l’Himalaya ? Le chiffre donne le vertige. À la frontière entre le Népal et le territoire chinois du Tibet, touristes, pèlerins, ouvriers et habitants ont été emportés dans le même mouvement d’eau. Les autorités parlent encore de bilans provisoires. Elles le répètent, parce que chaque journée fait bouger les totaux. Ce qui est déjà connu, pourtant, tient en une addition implacable : au moins 919 morts et 4.793 disparus.
Un Bilan Provisoire Qui Continue De S’Alourdir
Les derniers décomptes disponibles, toujours susceptibles d’être révisés, dressent une carte humaine plus qu’une simple statistique. D’un côté du massif, le Népal annonce 903 morts et 4.247 disparus, selon l’autorité népalaise en charge des situations d’urgence. De l’autre, les médias d’État chinois font état de 16 morts et de 546 disparus sur leur territoire. Mis bout à bout, ces deux colonnes donnent le total provisoire désormais retenu : au moins 919 morts et 4.793 personnes portées disparues.
Rien dans ces chiffres n’est figé. Les autorités elles-mêmes le soulignent. Les habitants des zones balayées mercredi n’ont pas tous été recensés d’un seul tenant. Les équipes de recherche n’ont pas toutes abouti. Les familles n’ont pas toutes pu signaler un proche. Le mot qui revient, encore et encore, est celui de disparu. Il désigne à la fois l’absence d’un corps, l’absence d’un contact et l’absence d’une confirmation.
Point de situation
4.793 disparus et 919 morts au minimum, selon les derniers totaux provisoires croisés entre le Népal et le territoire chinois du Tibet.
Au Népal, Des Districts Entiers Sans Nouvelles
Côté népalais, le détail géographique pèse autant que le total national. Parmi les personnes portées disparues dans ce pays, le nombre d’habitants des zones balayées mercredi a fait un nouveau bond. Il s’établit désormais à plus de 2.000 pour les trois districts de Nuwakot, Rasuwa et Makwanpur. Trois noms de circonscriptions. Trois territoires où les autorités disent encore chercher des villageois, des familles, des riverains.
Plus de deux mille habitants manquants dans seulement trois districts, cela signifie que la crue n’a pas seulement touché des itineraires de passage. Elle a traversé des lieux de vie. Les autorités népalaises ne présentent pas ce chiffre comme un point final. Elles le présentent comme un palier. Un palier déjà très élevé, obtenu après une nouvelle hausse du décompte des habitants introuvables.
Le reste du bilan népalais ne se limite pas aux villages. Les autorités sont également toujours sans nouvelle de 933 employés de centrales hydroélectriques ou ouvriers travaillant sur des chantiers de barrages. Ce chiffre se distingue des autres parce qu’il désigne une population au travail, présente sur des sites techniques, souvent installés au plus près des cours d’eau. Des salariés. Des équipes de chantier. Des personnels de centrales.
Mettre ces deux ensembles côte à côte éclaire la composition du drame côté népalais : d’un côté, plus de deux mille habitants des districts de Nuwakot, Rasuwa et Makwanpur ; de l’autre, 933 employés et ouvriers liés à l’hydroélectricité et aux barrages. Le total national des disparus au Népal, 4.247 personnes, dépasse encore ces deux groupes. D’autres disparitions s’y ajoutent, y compris parmi les voyageurs.
Au Népal, le bilan est passé à 903 morts et 4.247 disparus, selon l’autorité népalaise en charge des situations d’urgence.
Le verbe « passé à » compte. Il dit qu’il y avait un bilan avant celui-ci, et qu’il y en aura peut-être un autre après. Les 903 morts ne clôturent pas le chapitre. Les 4.247 disparus non plus. Dans un tel contexte, chaque actualisation déplace à la fois le nombre de victimes confirmées et le nombre de personnes dont on est sans nouvelles.
Côté Chinois, Un Autre Volet Du Même Drame
De leur côté, les médias d’État chinois ont fait état de 16 morts et 546 disparus sur leur territoire. Ces données concernent le versant tibétain de la même zone frontalière. Elles sont moins élevées que les totaux népalais, mais elles s’ajoutent à ceux-ci. Sans cette addition, le bilan d’ensemble resterait incomplet.
Les 546 disparus recensés côté chinois ne se confondent pas avec les 4.247 disparus du Népal. Les autorités des deux rives comptent séparément. Le total provisoire de 4.793 disparus naît précisément de cette addition. De la même façon, les 16 morts annoncés côté chinois, ajoutés aux 903 morts du Népal, donnent le plancher actuel de 919 décès.
Ce partage géographique n’efface pas le caractère unique de l’événement. La crue a frappé une région de montagne où les vallées, les routes, les chantiers et les lieux de passage se répondent d’un versant à l’autre. Les décomptes, eux, restent nationaux. D’où ces deux colonnes, distinctes, que les derniers bilans disponibles placent l’une à côté de l’autre.
Népal
903 morts
4.247 disparus
Territoire chinois du Tibet
16 morts
546 disparus
Huit Cent Cinquante-Trois Étrangers Toujours Recherchés
Le drame n’est pas seulement local. Au Népal, on était lundi toujours sans nouvelles de 592 étrangers. Dimanche, les autorités chinoises ont chiffré à 261 les étrangers portés disparus au Tibet. Ces deux relevés, ajoutés l’un à l’autre, donnent 853 étrangers. Le chiffre figure parmi les plus frappants du dossier, parce qu’il montre l’ampleur internationale de l’événement.
Ces 853 personnes ne forment pas un groupe homogène. Certaines étaient recensées comme touristes. D’autres apparaissent dans les listes des consulats, des ministères des Affaires étrangères ou des offices du tourisme. D’autres encore sont comptées à la fois d’un côté de la frontière et de l’autre, avec des écarts selon l’institution qui parle. Les derniers bilans disponibles le montrent pays par pays, sans toujours faire coïncider les totaux.
Le décompte des étrangers se superpose aux disparitions d’habitants et d’ouvriers. Il ne les remplace pas. Un voyageur manquant au Népal n’efface pas un habitant de Rasuwa. Un ressortissant porté disparu au Tibet n’efface pas un ouvrier d’un chantier de barrage. Les autorités présentent ces séries comme des couches successives d’un même bilan encore ouvert.
Le mot « lundi » ancre le chiffre népalais des 592 étrangers dans le temps. Le mot « dimanche » ancre celui des 261 étrangers au Tibet. Les deux relevés ne portent donc pas exactement la même date. Dans un dossier où les totaux bougent vite, cette différence de jour n’est pas anodine. Elle rappelle que chaque institution publie au moment où elle le peut, avec les informations dont elle dispose alors.
Les Voyageurs Népalais Eux Aussi Portés Disparus
Selon les chiffres communiqués vendredi par l’Office du tourisme du Népal, 149 touristes népalais sont portés disparus. L’agence népalaise de gestion des catastrophes a avancé le nombre de 127. Les autorités chinoises ont dénombré dimanche de leur côté 104 disparus népalais. Trois institutions. Trois totaux. Une même nationalité.
Ces écarts n’annulent pas le fait central : des Népalais en déplacement figurent parmi les personnes recherchées, y compris hors de leur district d’origine, y compris côté tibétain. L’Office du tourisme parle de touristes. L’agence de gestion des catastrophes avance un chiffre plus bas. Les autorités chinoises en retiennent un autre encore, daté de dimanche.
Lire ces trois nombres à la suite évite de croire qu’il n’existerait qu’une liste unique. Il n’y en a pas, du moins pas dans les derniers bilans disponibles. Il y a des relevés parallèles. Ils se recoupent sans se confondre. Ils disent tous qu’une part des disparus népalais n’appartient pas seulement aux villages balayés mercredi, mais aussi aux flux de voyageurs.
Ressortissants Chinois Comptés Des Deux Côtés
Le ministère chinois des Affaires étrangères a déclaré qu’une centaine de ressortissants chinois figuraient parmi les disparus au Népal. L’Office du tourisme du Népal a affirmé que tout contact était perdu avec huit Chinois. Là encore, l’écart saute aux yeux. Une centaine d’un côté. Huit de l’autre.
Ces deux relevés ne portent pas forcément sur le même périmètre de signalement. L’un émane d’un ministère des Affaires étrangères. L’autre d’un office du tourisme. Le premier parle de disparus au Népal. Le second parle d’une perte de contact avec huit personnes. Les derniers bilans disponibles les placent l’un après l’autre, sans les fusionner.
Une centaine de ressortissants chinois manquants au Népal, si l’on retient le chiffre du ministère, représente une part importante du volet international. Huit personnes seulement, si l’on retient celui de l’Office du tourisme, donneraient une image beaucoup plus étroite. Le dossier, dans son état actuel, n’arbitre pas entre les deux. Il les consigne.
L’Inde Entre Listes De Disparus Et Corps Retrouvés En Aval
L’Office du tourisme du Népal a parlé de 98 ressortissants indiens. Les autorités chinoises ont dénombré 49 Indiens manquants. Deux totaux, une nouvelle fois différents, pour la même nationalité. Le premier se rattache au Népal. Le second au versant chinois.
Par ailleurs, les autorités de l’État indien de l’Uttar Pradesh, en aval du Népal, ont confirmé lundi avoir récupéré un total de 17 corps de victimes présumées de la crue depuis mercredi dernier. L’identification de ces personnes, qui ne figurent pas dans le bilan officiel népalais, est en cours. Cette phrase change la géographie du dossier. Elle le prolonge vers l’aval.
Dix-sept corps retrouvés en Uttar Pradesh ne sont pas intégrés au total népalais des 903 morts. Les autorités de cet État indien le précisent à leur manière : l’identification est en cours, et ces personnes ne figurent pas dans le bilan officiel népalais. Le drame, déjà frontalier entre le Népal et le Tibet, trouve donc aussi une trace plus bas dans le bassin.
Le mot « présumées » accompagne ces 17 victimes. Il dit que le lien avec la crue est retenu, mais que le travail d’identification n’est pas achevé. Tant que ce travail n’est pas clos, ces corps restent à la lisière du bilan officiel. Présents matériellement en Uttar Pradesh. Absents encore des totaux népalais.
Les États-Unis Face À Deux Relevés Distincts
Quatre-vingt-cinq ressortissants américains manquent à l’appel, a annoncé le département d’État. Les autorités chinoises ont compté 18 ressortissants américains disparus dans la région du Tibet. Le premier chiffre est nettement plus élevé. Le second est circonscrit au Tibet.
Ces deux annonces ne se corrigent pas l’une l’autre dans les derniers bilans disponibles. Elles coexistent. 85 d’un côté. 18 de l’autre. L’une émane du département d’État. L’autre des autorités chinoises. Pour les familles, cette coexistence de chiffres est elle-même une épreuve : savoir qu’il y a plusieurs listes, et ne pas savoir encore laquelle recouvre exactement quels noms.
Le verbe « manquent à l’appel » insiste sur l’absence de nouvelles plus que sur une conclusion définitive. Dans ce dossier, beaucoup de nationalités sont décrites ainsi. On n’est pas seulement devant des décès confirmés. On est devant des silences. Des téléphones qui ne répondent plus. Des groupes qui ne donnent plus signe de vie.
Ukraine, Malaisie, Australie : Des Écarts De Comptage Persistants
L’Office du tourisme du Népal a dénombré 61 Ukrainiens. L’ambassade d’Ukraine à Katmandou a annoncé qu’ils étaient 62. Les autorités chinoises ont indiqué qu’un ressortissant ukrainien avait disparu. L’écart entre 61 et 62 est minime. L’écart avec le chiffre chinois est, lui, considérable.
Pour la Malaisie, l’Office du tourisme du Népal a avancé le chiffre de 51 Malaisiens disparus. Les autorités chinoises en ont dénombré trois. Ici encore, le contraste est net. Cinquante et un d’un côté. Trois de l’autre. Les deux relevés concernent des disparus, mais pas le même théâtre de recensement.
Pour l’Australie, le secrétaire d’État australien chargé de l’immigration s’inquiète de 41 ressortissants. Ce nombre est de 35, selon l’Office du tourisme du Népal. Six Australiens sont portés disparus, selon les autorités chinoises. Trois sources. Trois magnitudes différentes. 41, 35, 6.
Ces séries ukrainienne, malaise et australienne illustrent mieux que n’importe quel commentaire général le caractère encore mouvant du dossier. Selon que l’on écoute un office du tourisme, une ambassade, un ministère ou les autorités chinoises, le nombre change. Ce qui ne change pas, c’est la présence de ces nationalités parmi les personnes recherchées.
Royaume-Uni, Lettonie, Canada : Autres Listes, Autres Totaux
Trente-trois Britanniques manquent à l’appel, selon l’Office du tourisme du Népal, quand les autorités chinoises en ont compté 15. L’écart est de plus du simple au double. Il ne dit pas qu’un chiffre est vrai et l’autre faux. Il dit que deux institutions, sur deux rives, ne tiennent pas la même liste au même moment.
Vingt-neuf Lettons sont portés disparus, a déclaré l’Office du tourisme du Népal. Ce nombre est de 33 côté chinois. Cas rare dans ce dossier : le relevé chinois dépasse ici le relevé népalais. La Lettonie apparaît donc à la fois dans les deux colonnes, avec un total plus élevé au Tibet selon les autorités chinoises.
L’Office du tourisme du Népal a signalé 25 Canadiens. Le ministère canadien des Affaires étrangères a déploré la disparition d’« environ 30 » personnes — avec des résidents permanents au Canada — à la fois au Népal et au Tibet. Les autorités chinoises ont parlé de six Canadiens. Le Canada introduit une nuance supplémentaire : le ministère inclut des résidents permanents et embrasse les deux territoires.
L’expression « environ 30 » tranche avec la plupart des autres chiffres, souvent donnés à l’unité près. Elle dit l’approximation assumée. Elle dit aussi que le périmètre canadien n’est pas seulement celui des passeports, mais aussi celui des résidents permanents. Cette précision n’apparaît pas pour toutes les nationalités dans les derniers bilans disponibles.
Corée Du Sud, Singapour, Russie, Allemagne
Le décompte népalais est de neuf touristes sud-coréens. Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères a annoncé être sans nouvelles de neuf travailleurs du secteur hydroélectrique. Même nombre. Pas le même profil. D’un côté, des touristes selon le décompte népalais. De l’autre, des travailleurs de l’hydroélectricité selon Séoul.
Cette coïncidence numérique autour du chiffre neuf n’autorise pas à fusionner les deux groupes. Les derniers bilans disponibles les distinguent. L’un parle de touristes. L’autre de travailleurs du secteur hydroélectrique. Dans une région où 933 employés de centrales ou ouvriers de barrages sont déjà portés disparus au Népal, cette mention sud-coréenne prend un relief particulier.
Neuf Singapouriens, selon l’Office du tourisme du Népal. Pour la Russie, neuf Russes selon le même office, trois selon les autorités chinoises. Pour l’Allemagne, huit Allemands sont recherchés côté népalais, trois côté chinois. Ces totaux, plus modestes que ceux des Indiens, des Américains ou des Malaisiens, n’en restent pas moins des absences concrètes.
À ce stade du dossier, la répétition des écarts entre sources népalaises et sources chinoises devient elle-même une information. Presque chaque nationalité se dédouble. Presque chaque pays a un chiffre « côté népalais » et un chiffre « côté chinois ». Le lecteur est renvoyé, encore, à la nature provisoire de l’ensemble.
Les Autres Nationalités Recensées Dans Les Derniers Bilans
Afrique du Sud : six selon l’Office du tourisme du Népal et quatre selon les autorités chinoises. Japon : cinq selon l’Office du tourisme du Népal. Nouvelle-Zélande : cinq selon le ministère des Affaires étrangères et l’Office du tourisme du Népal, et deux selon les autorités chinoises. France : quatre selon l’Office du tourisme du Népal et le ministère français des Affaires étrangères, et deux selon les autorités chinoises.
Espagne : deux selon le ministère espagnol des Affaires étrangères et une selon les autorités chinoises. Belgique : deux selon l’Office du tourisme du Népal. Hongrie : trois selon le ministère hongrois des Affaires étrangères et une selon les autorités chinoises, tandis que l’office du tourisme du Népal a parlé d’une personne. Portugal : trois selon le gouvernement portugais, un seul selon l’Office du tourisme du Népal, un également selon les autorités chinoises.
Pays-Bas : deux selon l’Office du tourisme du Népal et deux selon les autorités chinoises. Italie : trois selon le ministère italien des Affaires étrangères, une personne selon l’Office du tourisme du Népal vendredi. Irlande : deux et deux. Kazakhstan : trois et une. Estonie : deux selon les autorités chinoises. Bélarus : une selon l’Office du tourisme du Népal. Finlande : une et une.
Israël : une selon l’Office du tourisme du Népal. Lituanie : une et une. Philippines : une. Serbie : une. Suisse : une. Suède : une selon le ministère suédois des Affaires étrangères et l’Office du tourisme du Népal. Vietnam : une. Chacun de ces noms de pays, même associé à un seul disparu, allonge la carte diplomatique du sinistre.
| Nationalité | Relevé népalais ou consulaire | Relevé chinois |
|---|---|---|
| États-Unis | 85 | 18 |
| Inde | 98 | 49 |
| Ukraine | 61 à 62 | 1 |
| Malaisie | 51 | 3 |
| Australie | 35 à 41 | 6 |
| Royaume-Uni | 33 | 15 |
| Lettonie | 29 | 33 |
| Canada | 25 à environ 30 | 6 |
Ce tableau ne remplace pas les précisions de chaque ministère. Il sert seulement à rendre visibles, d’un seul regard, les écarts les plus marquants. Les totaux plus faibles — un, deux, trois, quatre, cinq, six, huit, neuf — restent hors de cette grille pour ne pas laisser croire qu’ils compteraient moins. Dans un bilan de disparus, une personne pèse autant qu’une autre.
Ce Que Les Chiffres Disent Des Profils Touchés
Touristes, pèlerins, ouvriers, habitants : la formule d’ouverture des derniers bilans disponibles n’est pas décorative. Elle nomme quatre presences humaines distinctes. Les habitants apparaissent surtout dans les trois districts de Nuwakot, Rasuwa et Makwanpur, avec plus de deux mille personnes manquantes. Les ouvriers apparaissent dans le chiffre de 933 employés de centrales hydroélectriques ou travailleurs de chantiers de barrages.
Les touristes apparaissent dans les listes de l’Office du tourisme du Népal, pays par pays. Les pèlerins, eux, sont nommés d’emblée parmi les catégories concernées, sans qu’un sous-total séparée leur soit attribué dans les derniers chiffres communiqués. Ils font partie du tableau humain, même si leur nombre n’est pas isolé comme l’est celui des ouvriers ou celui des habitants des trois districts.
Cette diversité de profils explique en partie la diversité des sources. Un office du tourisme compte autrement qu’une autorité d’urgence. Un ministère des Affaires étrangères compte autrement qu’une agence de gestion des catastrophes. Un gouvernement d’État en aval, comme celui de l’Uttar Pradesh, compte autrement encore, puisqu’il parle de corps récupérés et d’identifications en cours.
Touristes, pèlerins, ouvriers, habitants : près de 5.000 personnes sont portées disparues après la crue dans l’Himalaya, à la frontière entre le Népal et le territoire chinois du Tibet.
Le « près de 5.000 » de cette formulation générale correspond, dans le détail, aux 4.793 disparus obtenus en additionnant 4.247 au Népal et 546 côté chinois. L’arrondi dit l’ordre de grandeur. Le chiffre précis dit l’état du comptage à l’instant où il a été établi. Les deux coexistent dans les derniers bilans disponibles.
Des Nationalités Non Confirmées Restent Hors Des Listes
Les nationalités des personnes ne faisant pas partie des groupes de touristes au Népal n’ont pas été communiquées. Cette phrase, brève, ouvre un angle mort. Tout ce qui précède — Ukrainiens, Malaisiens, Américains, Lettons, Portugais, Suédois — relève de relevés identifiés. Mais une part des disparus n’entre pas dans ces groupes de touristes. Pour ceux-là, la nationalité n’a pas été donnée.
Cet angle mort pèse d’autant plus que le total des disparus dépasse de loin la somme des étrangers nommément ventilés. Au Népal seulement, 4.247 personnes sont portées disparues. Les 592 étrangers sans nouvelles lundi n’en représentent qu’une fraction. Les habitants des trois districts et les 933 ouvriers ou employés de l’hydroélectricité occupent une autre part. D’autres situations restent dans l’ombre des catégories non détaillées.
Le silence sur certaines nationalités n’est donc pas un détail administratif. C’est une limite du bilan public. On sait qu’il y a des disparus hors des groupes de touristes au Népal. On ne sait pas, d’après les derniers éléments communiqués, de quels pays ils relèvent. Le dossier s’arrête là sur ce point. Il ne va pas plus loin.
Pourquoi Les Totaux Officiels Ne Coïncident Pas
Relire l’ensemble pays par pays fait apparaître une règle presque constante : rarement une nationalité n’a qu’un seul chiffre. Le Népal et le Tibet ne publient pas au même rythme. Les offices du tourisme, les ambassades, les ministères et les autorités d’urgence n’ont pas les mêmes bases de signalement. Vendredi, dimanche et lundi se côtoient dans le même dossier.
Vendredi, l’Office du tourisme du Népal communiquait déjà sur 149 touristes népalais disparus. Dimanche, les autorités chinoises chiffraient à 261 les étrangers portés disparus au Tibet et donnaient leurs propres décomptes par nationalité. Lundi, le Népal était toujours sans nouvelles de 592 étrangers, tandis que l’Uttar Pradesh confirmait 17 corps récupérés depuis mercredi.
Ces dates étagées interdisent de lire le dossier comme une photographie unique. C’est une succession de relevés. Chacun est vrai au moment où il est formulé, dans le périmètre de l’institution qui le formule. Les additionner sans précaution créerait de faux doubles comptes. Les opposer comme s’ils s’annulaient créerait une fausse contradiction. Les derniers bilans disponibles les présentent simplement les uns à côté des autres.
Le caractère provisoire n’est donc pas une formule de prudence ajoutée après coup. Il est inscrit dans la matière même des chiffres. 4.793 disparus aujourd’hui. 919 morts au minimum. Des centaines d’étrangers. Plus de deux mille habitants dans trois districts. 933 ouvriers ou employés de l’hydroélectricité. 17 corps en Uttar Pradesh hors bilan népalais. Tout cela en même temps, et rien de tout cela définitivement clos.
Le Poids Particulier Des Chantiers Et Des Centrales
Parmi toutes les catégories, celle des 933 employés de centrales hydroélectriques ou ouvriers de chantiers de barrages mérite d’être relue pour elle-même. Elle ne se fond pas dans le tourisme. Elle ne se fond pas non plus entièrement dans le chiffre des habitants des trois districts. Elle désigne des personnes présentes sur des sites de production ou de construction liés à l’eau.
Le ministère sud-coréen des Affaires étrangères, en annonçant être sans nouvelles de neuf travailleurs du secteur hydroélectrique, vient confirmer que cette catégorie n’est pas seulement népalaise. Des personnels étrangers travaillaient aussi dans ce secteur. Le décompte népalais de neuf touristes sud-coréens et l’annonce de Séoul sur neuf travailleurs ne se recouvrent pas automatiquement. Ils montrent toutefois que l’hydroélectricité est l’un des fils conducteurs du bilan.
Dans une région de montagne, les centrales et les barrages se tiennent précisément là où la rivière force le passage. Les 933 personnes sans nouvelles dans cette catégorie disent donc autre chose que le seul volume d’un effectif. Elles disent que le sinistre a atteint des lieux de travail installés au contact du cours d’eau. Les autorités népalaises sont toujours sans nouvelle de ces employés et ouvriers. Le mot « toujours » compte autant que le nombre.
Trois Districts, Plus De Deux Mille Habitants Manquants
Nuwakot, Rasuwa, Makwanpur : le nouveau bond du nombre d’habitants disparus concerne ces trois districts. Plus de 2.000 personnes. Le mot « bond » indique une hausse récente du décompte, non un total ancien simplement reconduit. Les zones balayées mercredi continuent donc d’alimenter le bilan après-coup, à mesure que les autorités reprennent le recensement des familles.
Plus de deux mille habitants, ce n’est pas une liste d’isolés. C’est une densité de disparitions sur un périmètre nommé. Le total national népalais de 4.247 disparus rend ce foyer encore plus lisible : une part très élevée du bilan du pays se concentre dans ces trois districts. Le reste se répartit entre ouvriers, voyageurs et autres situations non détaillées de la même façon.
Les autorités ne présentent pas ces trois noms comme un classement de gravité entre districts. Elles les présentent comme le lieu d’une nouvelle augmentation. C’est assez pour comprendre que le cœur territorial du volet népalais passe par Nuwakot, Rasuwa et Makwanpur. Le lecteur n’a pas besoin d’un commentaire supplémentaire pour mesurer ce que plus de deux mille habitants introuvables signifie à l’échelle locale.
Le Versant Aval, Jusqu’En Uttar Pradesh
Le rappel des 17 corps récupérés en Uttar Pradesh depuis mercredi dernier élargit le cadre au-delà de la frontière sino-népalaise. En aval du Népal, un État indien confirme un total. Il confirme aussi que l’identification est en cours. Il confirme enfin que ces personnes ne figurent pas dans le bilan officiel népalais.
Cette dernière précision empêche d’ajouter mécaniquement 17 aux 903 morts du Népal. Elle empêche aussi de les ignorer. Elles existent dans le relevé indien. Elles n’existent pas encore, sous cette forme, dans le relevé népalais. Entre les deux, le travail d’identification. Tant qu’il n’est pas achevé, le dossier garde cette zone grise de 17 corps présumés liés à la crue.
Le mot « aval » oriente le regard. La crue n’est pas seulement un événement de crête ou de frontière. Elle laisse des traces plus bas. Les autorités de l’Uttar Pradesh datent leurs récupérations depuis mercredi dernier, soit depuis le jour où les zones népalaises ont été balayées. La chronologie relie les deux scènes sans les fusionner.
Ce Qui Reste Ouvert Dans Le Comptage International
Reprendre les plus petits chiffres n’est pas moins nécessaire que de relire les plus grands. Une personne pour le Bélarus. Une pour Israël. Une pour les Philippines. Une pour la Serbie. Une pour la Suisse. Une pour la Suède. Une pour le Vietnam. Une pour la Finlande de chaque côté. Une pour la Lituanie de chaque côté. Ces unités font partie du même total de 853 étrangers lorsque l’on additionne 592 et 261.
Deux pour l’Espagne selon Madrid, une selon les autorités chinoises. Deux pour la Belgique. Deux pour les Pays-Bas de chaque côté. Deux pour l’Irlande de chaque côté. Deux pour l’Estonie côté chinois. Trois pour le Portugal selon Lisbonne, un selon l’Office du tourisme, un selon les autorités chinoises. Trois pour l’Italie selon Rome, une selon l’office népalais vendredi. Trois pour la Hongrie selon Budapest, une de chaque autre source.
La France se trouve à quatre selon l’Office du tourisme du Népal et le ministère français des Affaires étrangères, et à deux selon les autorités chinoises. Le Japon à cinq. La Nouvelle-Zélande à cinq et deux. L’Afrique du Sud à six et quatre. L’Allemagne à huit et trois. Singapour à neuf. La Russie à neuf et trois. Chaque ligne est un fragment du même appel de noms encore incomplet.
Le Canada, avec ses « environ 30 » personnes en incluant des résidents permanents, au Népal comme au Tibet, reste l’un des rares cas où une autorité nationale assume l’à-peu-près. L’Ukraine, avec 61 ou 62 selon que l’on écoute l’office ou l’ambassade à Katmandou, reste l’un des rares cas où deux sources proches ne diffèrent que d’une unité. Ces exceptions rendent plus visibles encore les écarts massifs observés ailleurs.
Un Dossier Que Les Prochains Relevés Peuvent Encore Déplacer
Les derniers bilans disponibles tiennent dans une poignée de blocs. 903 morts et 4.247 disparus au Népal. 16 morts et 546 disparus côté chinois. Au moins 919 morts et 4.793 disparus au total. 592 étrangers sans nouvelles au Népal lundi. 261 étrangers disparus au Tibet dimanche. 853 étrangers en additionnant ces deux relevés. Plus de 2.000 habitants dans trois districts. 933 ouvriers ou employés de l’hydroélectricité. 17 corps en Uttar Pradesh hors bilan officiel népalais.
Autour de ces blocs, des listes nationales qui ne s’alignent pas. 149, 127 ou 104 Népalais selon la source. Une centaine de Chinois au Népal selon Pékin, huit selon l’Office du tourisme. 98 ou 49 Indiens. 85 ou 18 Américains. 61, 62 ou 1 Ukrainien. 51 ou 3 Malaisiens. 41, 35 ou 6 Australiens. 33 ou 15 Britanniques. 29 ou 33 Lettons. 25, environ 30 ou 6 Canadiens.
Rien de tout cela ne prétend clore la recherche. Les autorités parlent de personnes portées disparues, de contacts perdus, de nouvelles absentes, d’identifications en cours. Le vocabulaire reste celui de l’incertitude organisée. On compte parce qu’il faut compter. On précise que le compte est provisoire parce que les terrains de Nuwakot, de Rasuwa, de Makwanpur, des chantiers de barrages et du versant tibétain n’ont pas encore rendu tous leurs noms.
Le lecteur qui referme ce tour d’horizon n’a donc pas un verdict. Il a un état des lieux. Un état des lieux déjà immense : près de cinq mille disparus, plus de neuf cents morts au minimum, des dizaines de nationalités, des habitants, des ouvriers, des voyageurs, des pèlerins. Et, derrière chaque total, la même phrase que les institutions répètent à leur manière : on est toujours sans nouvelles.









