Combien de voix restent encore sans réponse, alors qu’un organe conçu pour écouter et réparer s’apprête à fermer ses portes aux nouvelles saisines ? En France, la lutte contre la pédocriminalité au sein de l’Église entre dans un autre chapitre. L’instance créée en 2021 cède la place, mardi, à une structure présentée comme pérenne. De nombreuses victimes regardent pourtant ce passage avec méfiance. Le calendrier rend le moment encore plus sensible : le pape Léon XIV rencontrera des victimes de violences sexuelles le 27 septembre à Lourdes, dans le sud-ouest, pendant son voyage en France.
Ce Que Change La Fin De L’Inirr
L’épiscopat français avait créé en 2021 l’Instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation, l’Inirr. Cette création s’inscrivait dans le sillage d’un rapport estimant à 330.000 le nombre de victimes de violences sexuelles dans l’Église depuis 1950. Le chiffre a servi de cadre public à une démarche que l’institution présentait comme une réponse possible lorsque d’autres voies, notamment judiciaires, n’étaient plus ouvertes.
Marie Derain de Vaucresson, présidente de l’Inirr, résume le volume traité : 1.924 demandes ont été reçues depuis mars 2022. L’instance était pensée pour les faits commis dans les diocèses. Une autre instance, toujours active, concerne les congrégations. Cette distinction compte : elle dessine deux portes d’entrée selon le lieu et le type d’institution où les faits se sont produits.
Nous avons reçu 1.924 demandes depuis mars 2022.
Marie Derain de Vaucresson, présidente de l’Inirr
L’idée initiale était une démarche restaurative. Écoute d’abord. Reconnaissance ensuite. Réparation ensuite encore, sous deux formes possibles. La réparation pouvait être symbolique : pose d’une plaque, demande de pardon. Elle pouvait aussi être financière. Les victimes pouvaient recevoir jusqu’à 60.000 euros. Ces deux voies n’étaient pas présentées comme concurrentes, mais comme des aboutissements possibles d’un même chemin d’accompagnement.
Repères issus du dispositif
Rapport de référence : 330.000 victimes estimées depuis 1950.
Demandes à l’Inirr depuis mars 2022 : 1.924.
Plafond financier évoqué : jusqu’à 60.000 euros.
Fin des nouvelles saisines Inirr : 31 août.
Ouverture de Renaître : 1er septembre.
Accompagnement des dossiers déjà ouverts : dix-huit mois.
Pourquoi Cette Instance Avait Été Pensée Ainsi
Selon Marie Derain de Vaucresson, l’Inirr a été créée pour apporter une réponse quand aucune autre n’était possible, notamment judiciaire. Cette phrase fixe le périmètre. Elle ne promet pas de remplacer un procès. Elle décrit une voie parallèle, ouverte lorsque le temps, la prescription, la disparition d’un auteur ou l’absence de dossier pénal laissent la personne sans issue institutionnelle.
L’Inirr a été créée pour apporter une réponse quand aucune autre n’était possible.
Marie Derain de Vaucresson
La présidente se félicite que l’on ait placé la personne victime au cœur du fonctionnement de l’instance. Elle ajoute qu’il fallait, pour que cela fonctionne, un bon niveau de confiance. Ces deux phrases reviennent comme le fil de la période 2021-2025 : centralité de la personne, nécessité de la confiance. Sans cette confiance, la démarche restaurative perd son sens, car elle repose sur l’écoute et sur la reconnaissance, pas seulement sur un barème.
L’instance avait été créée pour trois ans, puis prolongée. Son mandat arrive bien à échéance lundi 31 août. Elle n’acceptera plus ensuite de nouvelles saisines. Elle finira toutefois d’accompagner les dossiers en cours, sur une période de dix-huit mois. Autrement dit, la porte se ferme pour les nouveaux dossiers, mais le travail déjà engagé n’est pas interrompu du jour au lendemain.
Renaître, Présenté Comme Une Continuité
Celles et ceux qui voudraient obtenir réparation s’adresseront à partir du 1er septembre à une structure baptisée Renaître. La Conférence des évêques de France la présente comme une continuité et non une rupture. Le vocabulaire est choisi. Continuité signifie, dans ce discours, que l’écoute et la réparation ne s’arrêtent pas. Absence de rupture signifie que le relais est organisé, et non improvisé.
Dans la nouvelle architecture, les victimes saisiront des cellules d’écoute dans les diocèses. Ces cellules les orienteront ensuite, pour les démarches restauratives, vers un réseau local d’accompagnants constitués en organisme national indépendant. Le parcours change donc de géographie. On entre d’abord par le diocèse. On est ensuite dirigé vers un réseau local. Ce réseau est présenté comme regroupé dans un organisme national indépendant.
Le parcours annoncé à partir du 1er septembre
- Saisine des cellules d’écoute diocésaines.
- Orientation vers un réseau local d’accompagnants.
- Démarches restauratives portées par cet ensemble.
- Organisme national indépendant comme cadre de constitution du réseau.
Cette architecture vise, selon la présentation épiscopale, à ancrer le dispositif dans la durée. L’Inirr était née pour un temps limité, même prolongé. Renaître est présentée comme pérenne. Le mot pèse. Il dit qu’après une phase transitoire, l’Église en France entend disposer d’une instance durable pour les faits commis dans les diocèses, pendant que l’autre instance demeure active pour les congrégations.
La Méfiance Exprimée Par Des Collectifs De Victimes
Les victimes regardent cette évolution avec méfiance. Les critiques ont été nombreuses dès la présentation du dispositif, en mars. Le décalage est net entre le langage de la continuité et le sentiment d’une perte. D’un côté, une institution qui parle de relais. De l’autre, des collectifs qui parlent d’affaiblissement.
Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo, affirme que le nouveau dispositif est une coquille vide. Pour elle, la fin de l’Inirr est une catastrophe, car c’est un organe indépendant et compétent qui disparaît. La formule est dure. Elle ne discute pas seulement un organigramme. Elle discute la disparition d’un lieu jugé à la fois indépendant et compétent.
Le nouveau dispositif est une coquille vide. La fin de l’Inirr est une catastrophe, car c’est un organe indépendant et compétent qui disparaît.
Michèle Le Reun-Gaigné, présidente du collectif Ampaseo
Elle s’inquiète notamment de dispositifs très inégaux dans les diocèses. L’inquiétude porte sur la carte. Si l’entrée se fait désormais par des cellules d’écoute locales, la qualité de l’accueil peut varier d’un territoire à l’autre. L’Inirr, nationale, était perçue par ces voix comme un point unique. Renaître, tel qu’il est décrit, redistribue le premier contact.
Le nom lui-même, Renaître, paraît très mal choisi à beaucoup de collectifs. Le mot évoque une renaissance. Pour des personnes qui demandent reconnaissance et réparation, ce registre peut sonner comme un récit imposé. La critique du nom n’est pas un détail de communication. Elle dit un écart entre le vocabulaire institutionnel et l’expérience de celles et ceux qui saisissent ces instances.
Écoute, Reconnaissance, Réparation Symbolique Ou Financière
La démarche restaurative décrite pour l’Inirr reposait sur une séquence. Écouter. Reconnaître. Réparer. La réparation symbolique pouvait prendre la forme d’une plaque ou d’une demande de pardon. La réparation financière pouvait aller jusqu’à 60.000 euros. Ces éléments restent le cœur de ce qui a été mis en place depuis 2021 pour les faits diocésains.
Placer la personne victime au cœur du fonctionnement, comme le dit Marie Derain de Vaucresson, voulait dire que le dossier n’était pas seulement administratif. Il s’agissait d’un accompagnement. La confiance était présentée comme la condition de réussite. Sans confiance, l’écoute devient formelle. Sans confiance, la reconnaissance paraît insuffisante. Sans confiance, la somme ou le geste symbolique peut être lu comme une clôture trop rapide.
Le volume de 1.924 demandes depuis mars 2022 donne une mesure concrète. Il ne dit pas le nombre de réparations abouties. Il dit le nombre de personnes qui se sont tournées vers cette porte. Derrière chaque demande, il y a un récit, un calendrier, parfois des années de silence, parfois une procédure judiciaire impossible. L’instance se situait précisément là où « aucune autre réponse n’était possible ».
Diocèses Et Congrégations : Deux Portes Distinctes
Le texte de référence distingue clairement les faits commis dans les diocèses et ceux qui relèvent des congrégations. L’Inirr était pensée pour les premiers. Une autre instance, toujours active, concerne les secondes. Cette séparation reste essentielle au moment du basculement vers Renaître. Le changement annoncé au 1er septembre porte sur le canal diocésain.
Pour une personne qui cherche à savoir où s’adresser, cette carte institutionnelle n’est pas abstraite. Elle détermine le premier interlocuteur. À partir de septembre, pour les faits diocésains, ce premier interlocuteur devient la cellule d’écoute du diocèse. L’orientation vers le réseau local d’accompagnants vient ensuite. L’organisme national indépendant est le cadre dans lequel ce réseau est constitué.
La pérennité affichée de Renaître contraste avec le mandat à durée déterminée de l’Inirr. Trois ans, puis prolongation, puis échéance au 31 août. Ensuite, dix-huit mois pour finir les dossiers ouverts. Le nouveau nom entre en scène le 1er septembre. Les collectifs, eux, parlent déjà de coquille vide et de catastrophe. Les deux lectures coexistent dans le même calendrier.
Un Calendrier Serré Jusqu’À Lourdes
Cette évolution est d’autant plus scrutée que le pape Léon XIV rencontrera des victimes de violences sexuelles le 27 septembre à Lourdes, lors de son voyage en France. Entre la fin des nouvelles saisines de l’Inirr, l’ouverture de Renaître et cette rencontre, à peine un mois s’écoule. Le dossier français de la réparation se trouve ainsi exposé à une attention particulière.
Lourdes n’est pas, dans cette information, un simple lieu de voyage. C’est le lieu annoncé d’une rencontre avec des victimes. Le basculement national d’instance se joue juste avant. Les mots employés de part et d’autre — continuité, rupture, confiance, coquille vide, catastrophe — circuleront donc dans un moment où la question des violences sexuelles dans l’Église est de nouveau au premier plan.
Rien dans les éléments disponibles ne décrit le contenu de cette rencontre. On sait la date, le 27 septembre. On sait le lieu, Lourdes, dans le sud-ouest. On sait qu’il s’agit de victimes de violences sexuelles. On sait que le voyage papal en France rend ce rendez-vous particulièrement observé. Le reste appartient à ce qui n’est pas encore public.
Ce Que Disent Les Chiffres Sans Les Forcer
Le rapport évoqué estime à 330.000 le nombre de victimes de violences sexuelles dans l’Église depuis 1950. L’Inirr, elle, a reçu 1.924 demandes depuis mars 2022. Ces deux grandeurs ne se superposent pas. L’une est une estimation sur plus de sept décennies. L’autre est le compte des saisines d’une instance née en 2021 et ouverte aux demandes à partir de 2022, pour les faits diocésains.
Le plafond de 60.000 euros donne une limite financière. Il ne dit pas le montant moyen. Il ne dit pas combien de personnes ont reçu une somme, une plaque, une demande de pardon, ou les trois formes combinées. Il indique seulement le haut de la fourchette prévue. La réparation symbolique reste, dans le dispositif décrit, une voie aussi explicite que la voie financière.
| Élément | Donnée communiquée |
|---|---|
| Estimation depuis 1950 | 330.000 victimes |
| Demandes Inirr depuis mars 2022 | 1.924 |
| Réparation financière | jusqu’à 60.000 euros |
| Fin du mandat Inirr | lundi 31 août |
| Relais Renaître | 1er septembre |
Indépendance, Compétence, Confiance
Trois mots structurent le débat tel qu’il est rapporté. Indépendance. Compétence. Confiance. Marie Derain de Vaucresson insiste sur la confiance nécessaire au fonctionnement. Michèle Le Reun-Gaigné insiste sur la disparition d’un organe indépendant et compétent. La Conférence des évêques de France insiste sur la continuité et sur un organisme national indépendant censé fédérer le réseau local.
Le désaccord ne porte donc pas seulement sur un nom. Il porte sur le lieu où se joue l’indépendance. L’Inirr était une instance nationale. Renaître s’appuie d’abord sur des cellules diocésaines, puis sur un réseau local d’accompagnants, réunis dans un organisme national indépendant. Les collectifs voient dans ce déplacement un risque d’inégalité. L’épiscopat y voit un relais durable.
La présidente de l’Inirr rappelle que l’instance avait été pensée pour les situations sans autre issue. Cette origine explique à la fois l’attachement de certaines victimes à cet organe et la gravité du mot « catastrophe » employé à sa disparition comme porte d’entrée. Fermer les nouvelles saisines le 31 août, même en accompagnant encore dix-huit mois les dossiers ouverts, change l’accès.
Le Sens D’Un Nom Contesté
Renaître. Le mot a été choisi pour baptiser la structure qui ouvre le 1er septembre. Beaucoup de collectifs le jugent très mal choisi. Dans une démarche de reconnaissance, le nom n’est pas neutre. Il oriente le récit. Renaissance, relevé, nouveau départ : autant de notes que des personnes victimes peuvent refuser, parce qu’elles demandent d’abord que les faits soient nommés et réparés.
La critique du nom s’ajoute à celle de la « coquille vide ». L’une vise le langage. L’autre vise la substance. Ensemble, elles disent que la présentation de mars n’a pas convaincu une partie des destinataires du dispositif. La méfiance n’est donc pas née le 31 août. Elle est déjà là depuis le printemps, au moment où la nouvelle architecture a été exposée.
Du côté institutionnel, le mot continuité cherche à rassurer. Du côté des collectifs, le mot rupture, même nié par la Conférence des évêques de France, décrit le sentiment dominant. Entre les deux, les cellules d’écoute diocésaines deviennent le premier seuil. C’est précisément ce seuil que Michèle Le Reun-Gaigné juge exposé à des dispositifs très inégaux.
Ce Qui Se Poursuit Après Le 31 Août
L’Inirr n’accepte plus de nouvelles saisines après l’échéance de son mandat. Elle continue toutefois d’accompagner les dossiers en cours pendant dix-huit mois. Cette phrase est décisive pour les personnes déjà entrées dans le processus. Leur dossier ne tombe pas. Il est mené à son terme dans le temps annoncé. La coupure concerne celles et ceux qui n’ont pas encore saisi l’instance.
Pour ces derniers, la porte devient Renaître, via les cellules d’écoute des diocèses. L’orientation vers le réseau local d’accompagnants doit ensuite ouvrir la démarche restaurative. L’organisme national indépendant est le cadre annoncé de ce réseau. Sur le papier, l’écoute, la reconnaissance et la réparation restent l’horizon. Dans les collectifs, la question est de savoir si cet horizon restera aussi accessible et aussi homogène.
La deuxième instance, celle des congrégations, demeure active. Le paysage n’est donc pas celui d’une disparition totale des voies de réparation. Il est celui d’un changement de canal pour les faits diocésains, au moment même où le mandat limité de l’Inirr s’achève et où une rencontre papale avec des victimes est prévue à Lourdes le 27 septembre.
Une Lecture Aérée Des Enjeux Tels Qu’Ils Sont Posés
On peut relire l’ensemble sans ajouter d’autre fait que ceux déjà donnés. Un rapport a estimé 330.000 victimes depuis 1950. Une instance nationale indépendante de reconnaissance et de réparation a été créée en 2021 pour les diocèses. Elle a reçu 1.924 demandes depuis mars 2022. Elle proposait une démarche restaurative, symbolique ou financière, jusqu’à 60.000 euros. Elle plaçait la personne victime au centre et misait sur la confiance.
Cette instance, prévue pour trois ans puis prolongée, s’arrête aux nouvelles demandes le 31 août. Elle garde dix-huit mois pour les dossiers ouverts. Le 1er septembre, Renaître prend le relais, présenté comme une continuité par la Conférence des évêques de France. L’entrée se fait par les cellules d’écoute diocésaines, puis par un réseau local d’accompagnants constitué en organisme national indépendant.
Des collectifs contestent ce relais. Ampaseo, par la voix de Michèle Le Reun-Gaigné, parle de coquille vide et de catastrophe. L’inquiétude porte sur la disparition d’un organe indépendant et compétent, sur des dispositifs diocésains très inégaux, et sur un nom jugé très mal choisi. Le pape Léon XIV doit rencontrer des victimes le 27 septembre à Lourdes. Telle est la matière publique de ce passage.
Le chapitre qui s’ouvre n’efface pas le précédent. Il le remplace comme porte d’entrée. Les mots restent les mêmes — écoute, reconnaissance, réparation — mais l’adresse change, le nom change, et le regard des victimes, déjà méfiant en mars, accompagne chaque étape. C’est dans cet écart, entre la continuité affichée et la confiance réclamée, que se joue maintenant la suite.









