Comment enterre-t-on des êtres chers quand on ne sait même pas encore qui ils sont ? Lundi, au Népal, cette question n’est plus théorique. Après la crue dévastatrice survenue à la frontière avec la Chine, le pays commence à inhumer des victimes sans attendre leur identification complète, et sans que les opérations de secours soient achevées. La région himalayenne, isolée, prisée des alpinistes et des pèlerins, a été balayée. Plus de trois mille personnes, dont de nombreux étrangers, restent portées disparues de part et d’autre de la frontière. La catastrophe a déjà causé près de huit cents morts et des dégâts considérables.
Une Frontière Himalayenne Transformée En Champ De Ruines
Les flots n’ont pas seulement emporté des maisons. Ils ont emporté le temps ordinaire des familles, le rythme des villages, la possibilité même de reconnaître un visage. Cinq jours après le désastre, l’espoir de retrouver des rescapés dans la mer de boue et de débris qui a ravagé des villages entiers s’amoindrit. Les secouristes s’affairent sans relâche, dans des conditions périlleuses, malgré les risques causés par une nouvelle montée des eaux. Ils espèrent en particulier sauver une centaine d’ouvriers bloqués dans un tunnel.
Experts et scientifiques attribuent la catastrophe à l’effondrement d’un énorme glacier. En un instant, une paisible rivière serait devenue un fleuve en furie. Ce basculement brutal explique la violence des dégâts et la distance parcourue par les corps. La puissance des flots a conduit quelque deux cent cinquante cadavres jusqu’au district de Chitwan, plus d’une centaine de kilomètres en aval du désastre.
Les autorités des deux pays restent sans nouvelles de plus de trois mille personnes. Les derniers bilans officiels, encore très provisoires, font état d’un total de sept cent quatre-vingt-dix-sept corps exhumés depuis mercredi de la boue et des décombres : sept cent quatre-vingt-un côté népalais, seize sur le versant tibétain. Des centaines de personnes ont déjà été secourues et évacuées. Cela n’efface pas l’absence de nouvelles pour deux mille cinq cent deux personnes au Népal et cinq cent quarante-six en Chine, dont des centaines d’étrangers.
Ce que les chiffres disent déjà
797 corps retrouvés • près de 800 morts déjà recensés • plus de 3 000 disparus • 250 dépouilles arrivées jusqu’à Chitwan • une centaine d’ouvriers recherchés dans un tunnel.
Des Familles Qui Cherchent Un Visage Dans Les Morgues
Familles et proches des disparus se pressent dans les hôpitaux et les morgues. Ils tentent de retrouver leurs êtres chers, notamment à Bharatpur, dans le sud du Népal. Là, des images de cadavres défilent sur un écran. Ce dispositif, douloureux, est devenu un passage obligé. On y vient avec une photo, un souvenir, une conviction. On en repart souvent sans certitude.
Shobha Adhikary en est persuadée : le corps sans vie couché le long d’une rivière est celui de son ami d’enfance. Elle l’assure à un volontaire. La ressemblance, pour elle, ne laisse pas de doute. Le volontaire, lui, rappelle la règle. Seule une identification par ADN permettra de s’assurer de l’identité de la victime.
C’est clair, ça lui ressemble.
Shobha Adhikary, proche d’un disparu
Cette scène résume le travail en cours. Un long et difficile travail, mené sous la pression du temps. Les corps se dégradent. Les locaux manquent. Les familles veulent un nom. Les autorités doivent aussi protéger la santé publique. Ces exigences ne s’alignent pas naturellement. Elles s’entrechoquent.
À Bharatpur, la morgue ne peut accueillir qu’une vingtaine de dépouilles. Les infrastructures sont sous-dimensionnées par rapport au nombre de corps. Les autorités ont dû entreposer les cadavres dans des locaux sous air conditionné de l’association des commerçants. Ce détail matériel dit l’ampleur du désastre mieux qu’un discours. On improvise des chambres froides là où l’on rangeait autrefois des marchandises.
Inhumer Sans Attendre Le Nom, Pour Des Raisons Sanitaires
Dimanche, pour des raisons sanitaires, les autorités népalaises ont commencé à enterrer des victimes sans même attendre l’identification des dépouilles. Lundi, le pays enterre donc ses morts alors que les recherches continuent. Ces inhumations ont lieu après prélèvement d’un échantillon ADN, ont précisé les autorités. Pour les victimes de confession hindoue, la mesure est présentée comme provisoire.
Elle permettra à leurs familles, après identification formelle, d’exhumer les corps et de les brûler, comme le veut la tradition. L’État tente ainsi de concilier urgence sanitaire et rite funéraire. Le compromis est fragile. Il repose sur des numéros, des prélèvements, des registres, et sur la promesse qu’un jour le nom reviendra au corps.
À Devghat, dans le même district, des victimes encore non identifiées ont été inhumées. La police a disposé des numéros sur leur lieu de sépulture. Plusieurs dizaines de ces numéros étaient entreposés et prêts à l’emploi. La geste est administrative. Elle est aussi d’une extrême solitude. Un chiffre à la place d’un prénom. Une tombe en attendant une certitude.
De nombreux corps ont été récupérés et ils ont commencé à se décomposer.
Amrit Bahadur Rai, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères
Cette justification pèse lourd. Elle ne nie pas la douleur des familles. Elle constate un fait biologique et logistique. Trop de corps. Pas assez de places. Une chaleur, une humidité, une attente qui accélèrent la décomposition. Enterrer sans nom n’est pas présenté comme un choix politique. C’est présenté comme une contrainte de santé publique.
Le Tunnel Du Barrage, Espoir Fragile Des Secours
Au nord, les sauveteurs espèrent retrouver vivants des ouvriers dans un tunnel du chantier du barrage hydroélectrique de Trishuli-3. Ils seraient une centaine, selon les autorités. Dimanche, des sauveteurs sont descendus avec des cordes en rappel dans le tunnel. Ils ont tenté d’entrer en contact avec ses occupants. Ils n’ont pas obtenu de réponse, ont fait savoir les services du Premier ministre.
Le silence dans le tunnel pèse autant que la boue à l’extérieur. L’objectif est maintenant d’élargir la brèche, notamment avec des explosifs, pour permettre à des sauveteurs équipés de masques à oxygène d’entrer. Quelque quatre-vingts sauveteurs népalais sont mobilisés pour tenter d’extraire les ouvriers. Ils sont assistés d’équipes venues d’Inde, de Chine et de Corée du Sud.
Cette opération concentre une part de l’espoir encore possible. Ailleurs, dans les villages ravagés, cinq jours après, retrouver un survivant dans la mer de boue devient moins probable. Dans le tunnel, l’incertitude reste ouverte. Personne n’a répondu. Cela ne signifie pas encore, à ce stade, que plus personne n’est en vie. Cela signifie que le contact n’a pas été établi.
Des sauveteurs sont descendus en rappel. Aucune réponse n’a été obtenue. Une centaine d’ouvriers sont recherchés.
Élargir la brèche, y compris avec des explosifs. Entrer avec des masques à oxygène. Quatre-vingts sauveteurs népalais, plus des équipes étrangères.
Une Nouvelle Montée Des Eaux Menace Les Equipes
Le travail des sauveteurs est placé sous la menace d’un nouveau désastre. Côté chinois, des secouristes qui interviennent au Tibet ont été déplacés vers un lieu sûr après la formation d’un nouveau lac de barrage, provoquée par un glissement de terrain, d’après les médias d’État. Le paysage continue de bouger. Un glissement crée un lac. Un lac peut céder. Une crue peut en suivre une autre.
Au Népal, les autorités ont appelé à la prudence en raison de l’augmentation du débit de la rivière Bhotekoshi, dans le district de Rasuwa, au nord. Les conditions restent périlleuses. Les équipes avancent malgré tout. Elles savent que le terrain n’est pas stable. Elles savent aussi que chaque heure compte pour les ouvriers du tunnel et pour l’identification des corps déjà retrouvés.
La région est isolée. Elle est aussi fréquentée. Alpinistes et pèlerins y viennent d’habitude pour d’autres raisons que celles-ci. La présence de nombreux étrangers parmi les disparus s’explique par cet attrait. La frontière himalayenne n’était pas seulement une ligne administrative. C’était un passage, un lieu de chantier, un lieu de marche, un lieu de foi.
Chitwan, Plus De Cent Kilomètres En Aval
Le district de Chitwan n’était pas le théâtre initial de la rupture. Il en est devenu l’un des aboutissements. Quelque deux cent cinquante cadavres y ont été conduits par la puissance des flots, plus d’une centaine de kilomètres en aval. Bharatpur, dans le sud du Népal, concentre désormais une partie du deuil collectif. On y identifie, on y compare, on y attend.
Devghat, dans le même district, accueille des inhumations de victimes non identifiées. Les numéros posés par la police sur les sépultures permettent de garder une trace. Sans cette trace, l’exhumation future prévue pour les familles hindoues deviendrait impossible. Le numéro n’est pas un nom. Il est le fil qui doit relier plus tard le corps à une famille.
La distance parcourue par les corps complique encore l’identification. Un visage vu près d’une rivière du sud peut appartenir à une personne disparue bien plus au nord. Les proches se déplacent. Ils regardent un écran. Ils se penchent au-dessus d’une berge. Ils parlent à un volontaire. Ils entendent que l’ADN tranchera.
L’Identification Par Adn, Seule Certitude Annoncée
Le volontaire qui répond à Shobha Adhikary formule une limite nette. La ressemblance ne suffit pas. Seule une identification par ADN permettra de s’assurer de l’identité. Les autorités ont indiqué que les inhumations interviennent après prélèvement d’un échantillon. Le protocole cherche à ne pas fermer définitivement la possibilité d’un nom.
Ce travail est titanesque en raison de l’ampleur du désastre. Il faut prélever, conserver, comparer, retrouver des familles, parfois de l’autre côté de la frontière, parfois parmi des étrangers. Il faut le faire pendant que d’autres équipes creusent la boue, surveillent une rivière dont le débit augmente, et préparent l’entrée dans un tunnel resté muet.
Les hôpitaux et les morgues deviennent des salles d’attente du deuil. On n’y vient pas seulement pour un constat médical. On y vient pour savoir si la personne disparue est déjà là, parmi les corps ramenés par l’eau. L’écran de Bharatpur, où défilent des images de cadavres, est l’un des instruments de cette recherche. Il est aussi l’une de ses épreuves.
Un Glacier Qui S’Effondre, Une Rivière Qui Change De Nature
La cause avancée par experts et scientifiques est l’effondrement d’un énorme glacier. L’image est simple et terrible. Une masse se rompt. L’eau accumulée ou libérée bascule. Une rivière paisible devient un fleuve en furie. Des villages entiers sont ravagés. La boue et les débris recouvrent ce qui était habitable.
Cette lecture scientifique n’enlève rien à la dimension humaine. Elle aide seulement à comprendre la soudaineté. En un instant, le paysage bascule. Les habitants, les ouvriers du chantier, les voyageurs, les pèlerins se retrouvent pris dans le même mouvement. De part et d’autre de la frontière, Népal et versant tibétain, le bilan se construit par fragments.
Depuis mercredi, les corps sont exhumés de la boue et des décombres. Le chiffre de sept cent quatre-vingt-dix-sept reste provisoire. Il peut bouger. Les autorités le présentent ainsi. Près de huit cents morts sont déjà liés à la catastrophe. Plus de trois mille personnes restent sans nouvelles. Ces deux réalités coexistent : un décompte des morts déjà retrouvés, un décompte plus vaste des absents.
Des Secours Internationaux Autour D’Un Chantier Endommagé
Le tunnel du barrage hydroélectrique de Trishuli-3 n’est pas un détail parmi d’autres. C’est l’un des points où l’on peut encore parler de sauvetage plutôt que de seulement de récupération. Une centaine d’ouvriers y seraient bloqués. Quatre-vingts sauveteurs népalais y sont mobilisés. Des équipes d’Inde, de Chine et de Corée du Sud les assistent.
La méthode décrite est successive. D’abord la descente en rappel. Ensuite la tentative de contact. Puis, faute de réponse, le projet d’élargir la brèche, notamment avec des explosifs. Enfin l’entrée de sauveteurs équipés de masques à oxygène. Chaque étape suppose que le terrain le permette encore, alors même que le débit de la Bhotekoshi augmente et qu’un lac de barrage s’est formé côté tibétain.
Les services du Premier ministre ont rendu public l’échec du premier contact. Cette information, sèche, oriente la suite. On ne parle plus seulement d’approcher le tunnel. On parle de l’ouvrir davantage. L’usage d’explosifs, mentionné pour élargir la brèche, montre que l’accès actuel ne suffit pas pour une entrée sécurisée des équipes.
Santé Publique Et Rite Hindou Face Aux Corps
Les autorités ont précisé le cadre des inhumations. Prélèvement d’ADN d’abord. Enterrement ensuite. Caractère provisoire pour les victimes de confession hindoue. Promesse d’exhumation et de crémation après identification formelle. La tradition n’est pas écartée. Elle est différée. Ce différé est au cœur de la décision de dimanche et des enterrements de lundi.
Amrit Bahadur Rai, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, a justifié la démarche par la décomposition déjà entamée de nombreux corps récupérés. La phrase est factuelle. Elle décrit un état. Elle explique pourquoi l’on n’attend plus. Elle n’efface pas le choc pour ceux qui reconnaissent, ou croient reconnaître, un proche au bord d’une rivière.
La morgue de Bharatpur, limitée à une vingtaine de places, a rendu visible le décalage entre le nombre de corps et les moyens. Les locaux climatisé de l’association des commerçants sont devenus un relais. À Devghat, les numéros de sépulture tiennent lieu d’identité temporaire. Tout cela forme une chaîne improvisée : écran, prélèvement, chambre froide de fortune, tombe numérotée.
Plus De Trois Mille Absents, Dont De Nombreux Etrangers
Le chiffre des disparus dépasse celui des morts déjà retrouvés. Plus de trois mille personnes restent portées disparues de part et d’autre de la frontière. Deux mille cinq cent deux au Népal. Cinq cent quarante-six en Chine. Parmi elles, des centaines d’étrangers. La région isolée de l’Himalaya attire habituellement alpinistes et pèlerins. Cette fréquentation se lit désormais dans la composition des absents.
Malgré les centaines de personnes déjà secourues et évacuées, les autorités des deux pays restent sans nouvelles de ces milliers d’autres. L’écart entre les sauvés et les disparus entretient l’attente. Il entretient aussi la présence des familles dans les hôpitaux et les morgues. Tant qu’un nom n’est pas posé, l’absence n’est pas close.
Les étrangers disparus ajoutent une dimension diplomatique au travail déjà décrit par le ministère des Affaires étrangères. Identifier, prévenir, restituer, éventuellement inhumer puis exhumer : chaque étape concerne aussi des familles hors du Népal. Le protocole ADN devient alors un langage commun, au-delà des frontières et des langues.
| Lieu ou sujet | Elément connu |
|---|---|
| Népal | 781 corps recensés côté népalais, 2 502 disparus |
| Versant tibétain | 16 corps, 546 disparus |
| Chitwan | environ 250 corps arrivés plus de 100 km en aval |
| Tunnel Trishuli-3 | une centaine d’ouvriers, aucune réponse dimanche |
Ce Que Change Lundi Dans Le Deuil Collectif
Lundi n’est pas seulement un jour de plus après mercredi. C’est le jour où le Népal enterre des victimes sans attendre la fin des secours ni l’identification complète. Le calendrier sanitaire a pris le pas sur le calendrier des familles. Les deux restent liés par l’échantillon ADN et, pour les hindous, par la possibilité d’une exhumation ultérieure.
Les villages entiers ravagés par la boue et les débris n’offrent plus, cinq jours après, le même espoir de rescapés. Le tunnel, lui, reste un lieu d’intervention prioritaire. La rivière Bhotekoshi, dont le débit augmente dans le district de Rasuwa, rappelle que le danger n’est pas figé. Côté tibétain, le nouveau lac de barrage a déjà contraint des secouristes à se déplacer vers un lieu sûr.
Dans cet intervalle, une femme se penche vers un corps au bord de l’eau et dit reconnaître un ami d’enfance. Un volontaire répond que l’ADN seul tranchera. Un écran fait défiler des images à Bharatpur. Une police pose des numéros à Devghat. Un ministre explique que les corps commencent à se décomposer. Toutes ces scènes appartiennent au même événement.
La Frontière Comme Ligne De Secours Et De Deuil
La crue s’est produite à la frontière avec la Chine. Le bilan se lit des deux côtés. Seize corps sur le versant tibétain. Sept cent quatre-vingt-un côté népalais. Cinq cent quarante-six disparus en Chine. Deux mille cinq cent deux au Népal. Les équipes chinoises interviennent au Tibet. Des équipes chinoises assistent aussi, avec l’Inde et la Corée du Sud, les sauveteurs népalais autour du tunnel.
La frontière ne sépare pas seulement deux administrations. Elle traverse une même région de montagne, isolée, où un glacier qui s’effondre peut tout emporter d’un versant à l’autre, puis bien plus loin encore, jusqu’à Chitwan. L’eau n’a pas respecté la carte. Les corps non plus. Les familles non plus, qui se déplacent vers les morgues du sud.
Le caractère titanesque des tâches vient de cette dispersion. Retrouver, identifier, inhumer, secourir, surveiller une nouvelle montée des eaux, élargir une brèche de tunnel : tout cela se fait en même temps. Rien n’attend que le reste soit terminé. Lundi, l’enterrement a commencé pendant que le rappel dans le tunnel appartenait déjà à la veille.
Ce Qui Reste Ouvert Après Les Premiers Enterrements
Plusieurs incertitudes demeurent telles qu’elles ont été décrites. Le bilan officiel est encore très provisoire. Plus de trois mille personnes n’ont pas donné de nouvelles. Le contact avec les occupants du tunnel n’a pas été établi. Un lac de barrage s’est formé après un glissement de terrain. Le débit de la Bhotekoshi augmente. L’espoir de rescapés dans les villages de boue s’amoindrit.
Ce qui est déjà décidé, c’est la méthode funéraire d’urgence. Prélever. Enterrer. Numéroter. Laisser ouverte, pour les victimes de confession hindoue, la voie de l’exhumation et de la crémation. Ce qui est déjà visible, c’est l’insuffisance des morgues et le recours à des locaux de commerçants. Ce qui est déjà dit par une proche, c’est la conviction d’avoir reconnu un visage.
Le Népal enterre lundi des victimes de la crue dévastatrice. Il le fait sans même attendre leur identification ni la fin des opérations de secours. Les tâches restent titanesques en raison de l’ampleur du désastre. Entre une tombe numérotée, un écran de morgue et un tunnel sans réponse, le pays avance dans un deuil qui n’a pas encore tous ses noms.
Les sauveteurs continuent. Les familles continuent. Les autorités continuent d’enfouir ce qui ne peut plus attendre. Au-dessus de tout cela, la montagne n’a pas dit son dernier mot : un glacier s’est déjà effondré, une rivière s’est déjà déchaînée, un nouveau lac s’est déjà formé. La prudence appelée dans le district de Rasuwa n’est pas une formule. C’est la condition pour que les équipes puissent encore chercher ceux qui manquent.
Dans les jours qui ont suivi mercredi, on a d’abord compté les corps sortis de la boue. Puis on a compté les places en morgue. Puis on a compté les disparus. Puis on a compté les ouvriers du tunnel. Puis on a compté les numéros prêts pour les tombes. Chaque compte est incomplet. Ensemble, ils dessinent pourtant le visage actuel de la catastrophe himalayenne, de part et d’autre de la frontière.
Il reste le geste le plus simple et le plus difficile : regarder un corps, oser un nom, entendre que ce nom devra attendre l’ADN. Shobha Adhikary a osé. Le volontaire a retenu le nom. Entre les deux, le pays enterre. Non parce que l’histoire est finie. Parce que les corps, déjà, ne peuvent plus attendre que l’histoire soit finie.









