Les dirigeants des îles du Pacifique se retrouvent lundi aux îles Palaos. Le rendez-vous annuel du Forum des îles du Pacifique, qui compte dix-huit membres, promettait d’être consacré au climat, à la nourriture et à la sécurité des populations. Dès l’ouverture, une autre question s’impose : la rivalité entre Taïwan et la Chine. Les hôtes le savent. Les partenaires invités aussi.
Un sommet insulaire pris dans une rivalité trop vaste
Les îles Palaos accueillent cette année le Forum. L’archipel fait partie des trois derniers États de la région à reconnaître Taipei. Pékin le vit mal. La Chine revendique la souveraineté de Taïwan. Elle a protesté contre l’invitation de l’île. La Chine, Taïwan et les États-Unis figurent parmi les partenaires invités au forum. Ils ne siègent pas à la réunion des dirigeants. La distinction existe sur le papier. Elle ne calme pas la colère diplomatique.
L’an dernier, le schéma avait été inverse. Les îles Salomon organisaient. L’opposition de la Chine et des îles Salomon avait abouti à l’exclusion de Taïwan et de toutes les parties extérieures à la région. Cette année, Palaos a choisi une autre ligne. Taipei est présent à titre de partenaire invité. Le ministre taïwanais des Affaires étrangères, Lin Chia-lung, est arrivé dimanche. La réaction de Pékin n’a pas tardé.
Une mise en garde sur les voyages et le tourisme
La Chine a riposté à cette arrivée en déclarant que les îles Palaos étaient un lieu dangereux pour les voyageurs. Le président de l’archipel, Surangel Whipps, l’a rapporté. Le mot n’est pas anodin. Les touristes chinois représentent la majorité des visiteurs aux Palaos, selon les données disponibles. Une alerte de ce type touche directement une économie insulaire dépendante des flux de visiteurs.
L’ambassade des États-Unis a accusé la Chine de tenter de se servir du tourisme comme d’une arme pour faire pression sur les Palaos.
Le tourisme devient ainsi un levier politique. Pas un détail de brochure. Un instrument. Les Palaos le savent : la majorité des visiteurs vient de Chine. Une consigne de prudence, même formulée de loin, peut vider les hôtels, les bateaux, les petits commerces. Le président Whipps a choisi de relayer l’information plutôt que de la laisser circuler sans commentaire. Il a aussi rappelé autre chose, plus large, plus politique.
Le Pacifique comme foyer, pas comme scène
Le Pacifique est notre foyer, pas un théâtre de rivalités géopolitiques.
Surangel Whipps, dimanche
La phrase a été prononcée lors d’une interview. Elle fixe le ton que l’hôte veut donner au sommet. Les priorités rappelées sont nettes : le changement climatique, la lutte contre le trafic de drogue, la sécurité alimentaire. Ce sont des sujets concrets pour des populations insulaires. Ce ne sont pas des abstractions diplomatiques. Les mêmes populations sont aussi confrontées à la hausse des prix du carburant et des denrées alimentaires provoquée par la guerre au Moyen-Orient.
Le climat reste, selon le président, la priorité du forum. La formule n’efface pas les tensions. Elle tente de les recadrer. Les dirigeants savent que les caméras se tourneront vers Taïwan et la Chine. Ils savent aussi que les atolls, les pêches, les récoltes et les factures d’essence ne disparaîtront pas pendant les discours.
Ce que l’hôte place en tête d’agenda
- changement climatique
- lutte contre le trafic de drogue
- sécurité alimentaire
- prix du carburant et des denrées, liés à la guerre au Moyen-Orient
La sécurité transnationale entre dans la salle
La sécurité devrait figurer en bonne place des discussions. Ce n’est pas seulement un thème de communiqué. Des policiers issus de plusieurs nations assureront la sécurité du forum. Cette présence constitue la première manifestation d’ampleur de la coopération policière à l’échelle du Pacifique. Le symbole est voulu. Le dispositif est visible.
L’Australie, plus grand pays membre, œuvre pour une plus grande autonomie de la région en la matière. Elle estime par exemple que la Chine n’a pas à disposer de forces de police à Kiribati et aux îles Salomon. L’argument porte sur qui protège, qui forme, qui stationne. Il porte aussi sur la capacité des États insulaires à garder la main sur leur propre ordre public.
Les dirigeants doivent également discuter d’une réponse maritime régionale face à la montée de la criminalité liée au trafic de drogue. La mer, ici, n’est pas seulement un horizon. C’est la route. C’est la faille. C’est l’espace où les petits États peinent à surveiller seules d’immenses zones économiques. Une réponse collective est donc mise sur la table, en même temps que la police du forum elle-même sert de première démonstration.
Washington en déplacement, deux capitales en retrait
Le secrétaire d’État adjoint américain Christopher Landau et le commandant de la garde côtière américaine, l’amiral Kevin Lunday, arriveront lundi aux îles Palaos. Le but annoncé est de renforcer les liens avec les pays de la région. Ils doivent ensuite se rendre aux îles Salomon et à Kiribati. Le calendrier américain épouse donc le sommet, puis deux étapes sensibles.
Le chef d’État des Kiribati, proches de Pékin, sera absent du sommet. Le Premier ministre des îles Salomon a dû se rétracter au dernier moment en raison d’une crise politique intérieure. Deux absences ne sont pas un détail de protocole. Elles dessinent la carte des alignments et des fragilités. Kiribati reste proche de Pékin. Les îles Salomon, elles, sortent d’une période où elles étaient le partenaire le plus proche de la Chine dans le Pacifique.
Jusqu’à la récente élection d’un Premier ministre qui s’est engagé à réexaminer un pacte de sécurité et à rétablir des relations avec les États-Unis et l’Australie, les îles Salomon incarnaient cet ancrage. Le réexamen promis n’est pas encore un aboutissement. Il suffit pourtant à modifier le climat diplomatique du forum. L’annulation de dernière minute, liée à une crise intérieure, ajoute l’incertitude intérieure à l’incertitude régionale.
L’essai de missile qui n’a pas produit de déclaration
Si le changement climatique doit rester la priorité du forum, l’essai de missile balistique mené par la Chine dans la région le mois dernier pourrait encore faire des remous. Le forum n’a pas publié de déclaration commune après cet essai. L’opposition des Kiribati et de Nauru l’a empêché. Les dirigeants doivent en rediscuter lors du sommet, a indiqué M. Whipps.
Un essai dans la région, pas de texte commun, deux États qui bloquent, un hôte qui promet d’y revenir : la séquence est courte et lourde. Elle montre que le forum n’est pas un chœur. Il est une table où le climat, la mer, la drogue et les missiles se disputent le même ordre du jour. Palaos, qui reconnaît Taipei, accueille cette table sous les yeux de Pékin, de Washington et des capitales insulaires.
Pourquoi Palaos pèse plus que sa taille
Reconnaître Taipei, dans cette région, n’est plus un geste banal. Trois États seulement tiennent encore cette ligne. Palaos est l’un d’eux et, cette année, l’hôte. Inviter Taïwan comme partenaire, même hors de la réunion des dirigeants, suffit à relancer la protestation chinoise. Exclure Taïwan l’an dernier, sous l’impulsion de la Chine et des îles Salomon alors organisatrices, avait déjà montré que le format du forum peut basculer d’une édition à l’autre.
Les partenaires invités — Chine, Taïwan, États-Unis — gravitent donc autour d’une réunion à laquelle ils n’appartiennent pas. Ils pèsent pourtant sur l’atmosphère. L’arrivée de Lin Chia-lung le dimanche a servi de déclencheur immédiat. La formule sur un lieu dangereux pour les voyageurs a suivi. Le tourisme, majoritairement chinois selon les données disponibles, est devenu le terrain de la riposte. L’ambassade des États-Unis a nommé le procédé : se servir du tourisme comme d’une arme pour faire pression sur les Palaos.
Ce que les îles disent vouloir traiter d’abord
Le président Whipps a tempéré. Il a rappelé le foyer contre le théâtre. Il a listé le climat, la drogue, l’alimentation. Il a inscrit aussi la vie chère liée à la guerre au Moyen-Orient : carburant et denrées. Ces points ne sont pas un décor. Dans des États dispersés sur l’océan, le prix du gasoil détermine la pêche, le transport inter-îles, l’école, l’hôpital. Le prix des aliments détermine le quotidien. Le trafic de drogue détermine la sécurité intérieure et maritime.
La sécurité alimentaire n’est donc pas un chapitre isolé. Elle croise le climat, qui menace récoltes et pêches. Elle croise la mer, devenue corridor de produits illicites. Elle croise la facture énergétique importée. Le forum des dix-huit membres est le lieu où ces fils sont censés se nouer. Lundi, ils devront cohabiter avec la question taïwanaise, avec l’absence de Kiribati, avec le désistement salomonais, avec la venue américaine et avec le souvenir d’un missile sans communiqué.
partenaires invités : Chine, Taïwan, États-Unis
arrivée taïwanaise : Lin Chia-lung, dimanche
arrivée américaine : Landau et Lunday, lundi
chef d’État des Kiribati
Premier ministre des îles Salomon, crise intérieure
Kiribati décrits comme proches de Pékin
Police du Pacifique, mer et drogues
La première manifestation d’ampleur d’une coopération policière à l’échelle du Pacifique se joue sur le périmètre même du sommet. Des policiers de plusieurs nations assurent la sécurité de la réunion. L’image est celle d’une région qui veut montrer qu’elle peut se protéger ensemble. L’Australie pousse cette autonomie. Elle refuse l’idée de forces de police chinoises à Kiribati et aux îles Salomon. Le débat n’est pas technique seulement. Il est politique.
À côté de la police du forum, les dirigeants doivent parler d’une réponse maritime régionale. La criminalité liée au trafic de drogue monte. Les espaces maritimes sont immenses. Les moyens nationaux sont inégaux. Une réponse collective est donc présentée comme nécessaire. Elle s’ajoute à la priorité climatique et à la priorité alimentaire. Elle s’ajoute aussi à la présence américaine de la garde côtière, incarnée par l’amiral Lunday, en route vers Palaos puis vers les îles Salomon et Kiribati.
Des alignments qui bougent, des sièges qui se vident
Les îles Salomon étaient le partenaire le plus proche de la Chine dans le Pacifique. Une élection a changé le discours officiel. Le nouveau Premier ministre s’est engagé à réexaminer un pacte de sécurité et à rétablir des relations avec les États-Unis et l’Australie. Ce basculement annoncé explique en partie pourquoi Washington enchaîne Palaos, îles Salomon et Kiribati. Il explique aussi pourquoi l’absence de dernière minute, pour cause de crise politique intérieure, pèse sur la lecture du sommet.
Kiribati, proches de Pékin, n’enverra pas son chef d’État. Le même Kiribati, avec Nauru, avait déjà empêché une déclaration commune après l’essai de missile balistique chinois du mois dernier. L’hôte dit que les dirigeants doivent en rediscuter. Le climat reste prioritaire, répète-t-il. L’essai, lui, reste sur la table. Deux vérités coexistent : celle des priorités insulaires et celle des rapports de force qui les entourent.
Le fil diplomatique depuis l’an dernier
L’édition précédente avait fermé la porte à Taïwan et aux parties extérieures à la région. L’opposition chinoise et salomonaise avait suffi. Cette édition rouvre un espace de présence pour Taipei, limité au statut de partenaire invité, hors réunion des dirigeants. Pékin proteste contre l’invitation de l’île. Palaos assume d’être l’un des trois derniers États régionaux à reconnaître Taipei. Le contraste entre les deux années donne au sommet de lundi sa charge politique.
Entre les deux éditions, le tourisme palauan, majoritairement chinois selon les données disponibles, est devenu un point de pression explicite. Entre les deux éditions, un essai de missile balistique chinois dans la région n’a pas produit de déclaration du forum. Entre les deux éditions, les îles Salomon ont changé de Premier ministre et de discours sur un pacte de sécurité. Le forum des dix-huit n’a pas changé de nom. Le décor, lui, a bougé.
Ce qui se joue lundi, sans ajouter d’autre intrigue
Lundi, les dirigeants se réunissent aux Palaos. Les partenaires invités sont là, autour, pas dans la salle des chefs. Un ministre taïwanais est déjà sur place depuis dimanche. Deux responsables américains arrivent le jour même, avant les îles Salomon et Kiribati. Un chef d’État kiribati est absent. Un Premier ministre salomonais s’est retiré. Des policiers de plusieurs nations encadrent le forum. Le climat, la drogue, l’alimentation et les prix liés à la guerre au Moyen-Orient sont les priorités énoncées par l’hôte.
Le même hôte a dit que le Pacifique est un foyer, pas un théâtre de rivalités géopolitiques. Il a aussi rapporté l’avertissement chinois sur un lieu dangereux pour les voyageurs. Il a indiqué que l’essai de missile reviendrait dans les discussions, après l’échec d’une déclaration commune bloquée par Kiribati et Nauru. Rien de plus n’est nécessaire pour comprendre la tension de l’ouverture. Rien de moins non plus : chaque élément cité pèse déjà sur la réunion.
Les populations insulaires, elles, restent confrontées à la hausse des prix du carburant et des denrées. Elles restent exposées au climat. Elles restent exposées au trafic. Le forum dit vouloir parler d’elles. Les capitales extérieures parlent aussi d’elles, souvent pour parler d’autre chose. Palaos tente de tenir les deux discours en même temps : celui du foyer et celui de la reconnaissance de Taipei. C’est précisément ce qui rend l’ouverture de ce sommet si dense.
Repères pour suivre les discussions
Le Forum des îles du Pacifique réunit dix-huit membres. L’hôte est Palaos. Taïwan est partenaire invité, comme la Chine et les États-Unis, sans siéger à la réunion des dirigeants. Lin Chia-lung est arrivé dimanche. Christopher Landau et Kevin Lunday arrivent lundi. L’Australie, plus grand pays membre, défend une autonomie policière régionale et conteste des forces de police chinoises à Kiribati et aux îles Salomon. Une réponse maritime au trafic de drogue est à l’agenda.
Les îles Salomon ne seront pas représentées par leur Premier ministre, retenu par une crise intérieure, après avoir été le partenaire le plus proche de la Chine dans le Pacifique, puis avoir vu l’élection d’un chef de gouvernement décidé à réexaminer un pacte de sécurité et à renouer avec les États-Unis et l’Australie. Kiribati, proches de Pékin, n’enverra pas son chef d’État. Nauru et Kiribati avaient déjà empêché un texte commun sur l’essai de missile. Whipps dit que le sujet reviendra. Il dit aussi que le climat doit rester premier.
Voilà le cadre, tel qu’il est donné à l’ouverture. Pas un autre. Celui d’un archipel hôte, d’une reconnaissance de Taipei, d’une riposte sur le tourisme, d’une phrase sur le foyer, d’une police régionale encore inédite à cette échelle, d’absences politiques et d’un missile sans déclaration. Les dirigeants commencent lundi. Les priorités insulaires et les pressions extérieures entreront dans la même pièce.









