Imaginez être enterré vivant sous des tonnes de terre, dans l’obscurité totale, avec pour seule compagnie le bruit lointain des drones et l’espoir qu’un accord diplomatic se conclue avant que l’oxygène ne manque. C’est la réalité terrifiante que vivent actuellement plusieurs dizaines de combattants du Hamas, coincés depuis des semaines dans le réseau de tunnels sous la zone de Rafah.
Ce que beaucoup ignoraient jusqu’à récemment est désormais au cœur de négociations ultra-sensibles. Des combattants des Brigades al-Qassam, la branche armée du Hamas, se retrouvent piégés dans des galeries souterraines situées derrière les lignes israéliennes. Leur sort est devenu un dossier prioritaire pour les médiateurs internationaux.
La situation est d’autant plus explosive qu’elle pourrait, à elle seule, faire basculer la fragile trêve en vigueur. Un échec des discussions risquerait de relancer les hostilités à grande échelle.
Les estimations varient selon les sources. Un responsable du Hamas basé dans la bande de Gaza parle de 60 à 80 combattants encore en vie, répartis dans plusieurs tunnels. Début novembre, l’émissaire américain Steve Witkoff évoquait le chiffre de 200 personnes coincées. La différence s’explique probablement par les pertes subies ces dernières semaines.
L’armée israélienne a d’ailleurs annoncé avoir neutralisé plus d’une vingtaine de personnes tentant de s’échapper des tunnels dans le secteur de Rafah au cours de la semaine précédente. Ces déclarations ont poussé le Hamas à sortir de son silence.
« Les discussions et les contacts avec les médiateurs et les Américains se poursuivent dans le but de résoudre la crise »
Un dirigeant du Hamas, sous couvert d’anonymat
Quatre acteurs principaux sont mobilisés : l’Égypte, le Qatar, la Turquie et les États-Unis. Le Caire joue un rôle central, notamment via son chef du renseignement, le général Hassan Rachad, qui a reçu des délégations ces derniers jours.
L’objectif affiché est clair : obtenir un passage sûr pour ces combattants vers des zones de Gaza non contrôlées par l’armée israélienne, probablement au nord de la « Ligne jaune » qui marque la limite du repli des troupes.
Une source proche d’un pays médiateur résume la philosophie de l’accord envisagé :
« La proposition actuelle leur accorderait un passage sûr vers des zones non contrôlées par Israël, afin de garantir que cette question ne devienne pas un point de friction menant à de nouvelles violations du cessez-le-feu ou à son effondrement. »
Du côté israélien, la ligne reste très dure. Un porte-parole gouvernemental déclarait début novembre que le Premier ministre Benjamin Netanyahu n’autorisait en aucun cas « le passage en sécurité de terroristes du Hamas ». Il réaffirmait la volonté de démanteler totalement les capacités militaires du mouvement palestinien.
Contactées récemment, les autorités israéliennes n’ont pas souhaité commenter l’évolution éventuelle de cette position. Le silence parle parfois plus que les mots.
Plusieurs éléments rendent la situation particulièrement sensible :
Ces paramètres expliquent pourquoi les discussions se déroulent dans la plus grande discrétion et sous forte pression temporelle.
Pour comprendre l’ampleur du problème, il faut se rappeler l’importance stratégique du réseau souterrain. Construit sur des années, il a permis au Hamas de déplacer armes, combattants et commandement à l’abri des frappes aériennes.
Aujourd’hui, une partie de ce réseau est sous contrôle israélien, notamment dans la zone philadelphienne le long de la frontière égyptienne. Les combattants coincés se trouvent précisément dans ces secteurs où l’armée a établi des positions durables.
Cette situation n’est pas totalement inédite. Lors de conflits passés, des négociations discrètes ont parfois permis la sortie de combattants encerclés. Mais le contexte politique actuel, avec un gouvernement israélien parmi les plus à droite de l’histoire, complique considérablement tout compromis.
Chaque heure qui passe augmente la pression sur les médiateurs. Les réserves d’oxygène, d’eau et de nourriture s’amenuisent. Les communications deviennent aléatoires. La marge de manœuvre se réduit comme peau de chagrin.
Plusieurs scénarios circulent dans les cercles diplomatiques :
Aucun de ces scénarios ne satisfait pleinement les parties. C’est pourquoi les contacts se multiplient nuit et jour entre Le Caire, Doha, Ankara et Washington.
Derrière les calculs stratégiques, il y a des vies humaines. Des pères de famille, des frères, des fils. Des hommes qui, il y a quelques mois, combattaient encore et qui aujourd’hui dépendent de la bonne volonté de leurs adversaires et de la efficacité des diplomates.
Le temps presse. Chaque jour supplémentaire sous terre diminue leurs chances de survie. Chaque jour supplémentaire sans accord augmente le risque d’un embrasement général.
Dans cette partie d’échecs souterraine, le prochain mouvement pourrait déterminer non seulement le sort de quelques dizaines d’hommes, mais aussi celui de toute une population qui aspire à retrouver un semblant de normalité.
Les prochaines heures, peut-être les prochains jours, seront décisifs. Le monde retient son souffle, même si peu de gens savent exactement pourquoi.
À suivre de très près : cette crise méconnue pourrait devenir le détonateur inattendu d’une nouvelle phase du conflit. Les chancelleries sont en alerte. Les familles des combattants retiennent leur souffle. Et sous la terre de Gaza, le temps continue de s’écouler inexorablement.
Une chose est certaine : quelle que soit l’issue, cette épisode restera comme l’un des plus méconnus et pourtant l’un des plus révélateurs de la complexité extrême du conflit israélo-palestinien.
Bienvenue, Connectez-vous à votre compte.
Bienvenue, Créez votre nouveau compte
Un mot de passe vous sera envoyé par courrier électronique.