Le premier projet validé : un programme de cuisson propre en Birmanie
Le projet approuvé concerne la Birmanie, où une initiative financée par une entreprise sud-coréenne vise à remplacer les foyers de cuisson traditionnels ouverts – souvent alimentés au bois ou au charbon de bois – par des modèles plus efficaces en combustible. Ce type d’intervention cherche à diminuer la consommation de bois, donc les émissions de CO2 associées, tout en améliorant la qualité de l’air intérieur pour les familles.
En effet, selon des estimations mondiales, une grande partie de la population mondiale dépend encore de ces méthodes de cuisson polluantes. Ces foyers libèrent des particules fines et d’autres polluants qui affectent la santé respiratoire et contribuent aux émissions globales de gaz à effet de serre. Le passage à des cuisinières améliorées réduit la quantité de combustible nécessaire pour préparer les repas, limitant ainsi la déforestation locale et les rejets atmosphériques.
La Corée du Sud, en investissant dans ce programme, obtiendra des crédits carbone correspondants aux réductions d’émissions vérifiées. Ces crédits lui permettront d’ajuster à la baisse son bilan national d’émissions, aidant ainsi à respecter ses objectifs climatiques sans nécessairement transformer son économie intérieure de manière aussi drastique.
Comment fonctionne le mécanisme des crédits carbone sous l’accord de Paris ?
L’accord de Paris introduit la possibilité pour les pays de coopérer via des marchés carbone. Un pays qui dépasse ses cibles de réduction peut vendre l’excédent de ses efforts à un autre pays en difficulté pour atteindre les siennes. Typiquement, les nations développées ou industrialisées achètent ces crédits auprès de pays en développement où les réductions sont souvent plus abordables.
Ce système évite le double comptage : les réductions ne sont déclarées qu’une seule fois, soit par le pays hôte du projet, soit par l’acheteur des crédits, grâce à des règles strictes de transparence. Le mécanisme onusien supervise l’ensemble pour garantir l’intégrité environnementale.
Dans ce cas précis, les réductions réalisées en Birmanie via les cuisinières efficientes seront créditées à la Corée du Sud, contribuant à son bilan global. Cela illustre parfaitement comment un investissement extérieur peut générer des bénéfices climatiques partagés.
Les avantages multiples attendus de ces projets
Au-delà de la simple réduction des émissions, ces initiatives apportent des co-bénéfices concrets. En Birmanie, les familles bénéficient d’un air intérieur plus sain, ce qui diminue les risques de maladies respiratoires chroniques, particulièrement chez les femmes et les enfants qui passent beaucoup de temps près des foyers.
La protection des forêts locales représente un autre atout majeur. Moins de bois coupé pour la cuisson signifie moins de pression sur les écosystèmes, favorisant la préservation de la biodiversité et le maintien des puits de carbone naturels. Ces aspects contribuent à une transition plus juste et inclusive vers une économie bas-carbone.
Le chef de l’ONU Climat a salué cette avancée, soulignant que de telles opportunités existent dans toutes les régions. Il a insisté sur la mise en place de protections environnementales robustes, de normes rigoureuses et d’un système de recours clair pour assurer l’intégrité, l’inclusivité et l’efficacité du marché carbone onusien.
« Les opportunités offertes par ce marché carbone des Nations Unies dans toutes les régions sont immenses, en particulier maintenant que des mesures de protection environnementale solides, des normes rigoureuses et un système de recours clair sont en place pour garantir l’intégrité, l’inclusivité et l’efficacité. »
Cette déclaration reflète l’optimisme officiel face à un outil perçu comme un levier puissant pour accélérer l’action climatique mondiale.
Les critiques récurrentes et les risques d’écoblanchiment
Malgré ces promesses, le mécanisme suscite de vives critiques. Certains observateurs y voient un moyen pour les pays riches d’éviter des réductions domestiques ambitieuses en se contentant d’acheter des crédits à l’étranger. Cela pourrait créer un passe-droit, où l’on paie pour apparaître en conformité sans transformer réellement ses pratiques polluantes.
Historiquement, des programmes similaires de cuisson améliorée ont rencontré des difficultés. Les méthodologies de calcul des réductions ont parfois surestimé les bénéfices réels. Par exemple, les utilisateurs abandonnent parfois les nouveaux équipements s’ils les jugent moins pratiques, ou si ceux-ci se dégradent rapidement sans maintenance adéquate.
Ces échecs passés alimentent les doutes sur la fiabilité des crédits générés. Les détracteurs craignent que le système ne serve davantage à verdir l’image des entreprises ou des États qu’à obtenir des baisses d’émissions authentiques et durables.
Un contexte plus large : l’évolution des marchés carbone internationaux
Ce premier projet s’inscrit dans un cadre validé lors de la COP29 en 2024. Des centaines d’autres initiatives attendent désormais leur approbation, signe que le mécanisme commence à prendre de l’ampleur. Le passage progressif d’anciens projets vers ce nouveau système onusien renforce la supervision centrale.
Les règles adoptées visent à corriger les faiblesses observées dans les mécanismes antérieurs. Une emphase est mise sur la vérification indépendante, la participation des communautés locales et la prévention des fuites d’émissions. Ces garde-fous sont essentiels pour bâtir la confiance dans le système.
En parallèle, les discussions internationales continuent sur la manière d’intégrer ces crédits dans les engagements nationaux. Certains pays envisagent de les utiliser pour combler des écarts dans leurs plans climatiques, tandis que d’autres préfèrent privilégier des actions domestiques.
Impacts sur les populations locales et la justice climatique
Pour les communautés en Birmanie, ce projet pourrait signifier un accès amélioré à des technologies de cuisson plus propres et plus économiques à long terme. Réduire la dépendance au bois de chauffe libère du temps, souvent consacré par les femmes à la collecte de combustible, pour d’autres activités comme l’éducation ou le travail rémunéré.
Cependant, le succès dépend de l’accompagnement : formation à l’utilisation, disponibilité de pièces de rechange, suivi régulier. Sans cela, les bénéfices risquent de s’évaporer rapidement, comme observé dans d’autres contextes similaires.
Sur le plan de la justice climatique, ce type de coopération Nord-Sud est vu comme un moyen de financer la transition dans les pays vulnérables. Pourtant, les critiques soulignent que les flux financiers restent modestes comparés aux besoins énormes des pays en développement pour s’adapter au réchauffement.
Perspectives d’avenir pour les crédits carbone onusiens
Avec ce premier feu vert, le marché carbone supervisé par l’ONU entre dans une phase opérationnelle. Des centaines de projets en attente pourraient bientôt générer des crédits, multipliant les opportunités de coopération internationale.
Les prochaines années seront décisives pour démontrer que ces mécanismes produisent des réductions réelles, mesurables et additionnelles. La transparence, l’intégrité environnementale et les bénéfices pour les populations locales seront scrutés de près par les observateurs et les militants.
Ce projet en Birmanie, modeste en apparence, symbolise un tournant. Il teste la capacité du système à allier efficacité climatique, développement durable et équité. Son évolution influencera fortement la confiance accordée à l’ensemble du mécanisme.
En conclusion, cette approbation ouvre une nouvelle ère pour la coopération climatique multilatérale. Elle rappelle que lutter contre le réchauffement exige des outils innovants, mais aussi une vigilance constante pour éviter les dérives. L’enjeu reste immense : transformer ces crédits en véritables leviers de décarbonation globale.
Pour atteindre les objectifs de l’accord de Paris, chaque réduction compte. Ce premier projet invite à suivre attentivement les résultats concrets sur le terrain, en Birmanie et ailleurs, pour juger de l’efficacité réelle de cette approche.









