Imaginez un chiffre. 70 100. Ce n’est plus une statistique, c’est une ville entière rayée de la carte. Une ville de familles, d’enfants, de rêves brisés. Depuis l’attaque du 7 octobre 2023, la bande de Gaza ne compte plus ses morts : elle les additionne, jour après jour, même sous un cessez-le-feu censé tout arrêter.
Ce samedi, le ministère de la Santé du territoire a franchi un cap symbolique et glaçant. Plus de soixante-dix mille personnes ont perdu la vie dans cette guerre qui, deux ans après son déclenchement, continue de marquer les consciences du monde entier.
Un bilan qui ne cesse de grimper malgré la trêve
Le cessez-le-feu est entré en vigueur le 10 octobre dernier. Un accord fragile, arraché après d’intenses négociations américaines. Pourtant, six semaines plus tard, les armes n’ont pas totalement cessé de parler.
354 Palestiniens ont été tués depuis le début de cette prétendue pause. Des tirs isolés, disent certains. Des violations caractérisées, répondent les autres. Dans les deux camps, on s’accuse mutuellement de rompre la trêve.
Au cours des seules 48 dernières heures, deux nouveaux corps ont été admis dans les hôpitaux déjà débordés de Gaza. L’un d’eux gisait encore sous les décombres, témoignage muet d’une guerre qui continue de tuer même quand elle prétend s’être tue.
La hausse récente du bilan – près de 300 corps supplémentaires identifiés – s’explique par la lente et douloureuse vérification des victimes ensevelies sous des tonnes de béton. Chaque nouvelle identification est une famille qui apprend, des mois après, qu’un proche ne rentrera jamais.
Des chiffres qui dépassent l’entendement
70 100 morts. Essayons de visualiser.
- C’est plus que la population entière de villes comme La Rochelle ou Annecy.
- C’est l’équivalent de deux stades de France remplis… et vidés à jamais.
- C’est près de 3 % de la population totale de la bande de Gaza avant le conflit.
Derrière chaque numéro, il y a un visage, une histoire, une mère qui pleure, un enfant qui n’ira plus à l’école. Le territoire, déjà l’un des plus densément peuplés au monde, porte désormais les stigmates d’une catastrophe humanitaire sans précédent.
« Le meurtre de tant de civils, le déplacement répété d’une population entière et l’obstruction à l’aide humanitaire ne devraient jamais être acceptables. »
Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU
Ce samedi, à l’occasion de la Journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, le patron de l’ONU n’a pas mâché ses mots. Il a qualifié le cessez-le-feu de « lueur d’espoir », tout en rappelant qu’il reste extrêmement précaire.
Un cessez-le-feu à géométrie variable
Sur le papier, l’accord semblait clair : arrêt des hostilités, libération progressive des otages, échange de prisonniers, retour des corps. Dans les faits, chaque point est sujet à interprétation, à accusations croisées.
Du côté des otages israéliens : 20 survivants ont été libérés, 26 corps rendus. Sur les 251 enlevés le 7 octobre 2023, il en resterait donc très peu entre les mains du Hamas – ou sous les décombres.
En échange, Israël a relâché près de 2 000 prisonniers palestiniens et restitué des centaines de corps. Un troc macabre qui illustre à lui seul l’ampleur du drame.
Une crise humanitaire qui ne prend pas de pause
Même quand les bombes se taisent, la souffrance continue. Les hôpitaux fonctionnent au ralenti, les médicaments manquent, l’eau potable est rationnée. Les enfants grandissent dans un paysage de ruines.
Des quartiers entiers ont été rasés. Des écoles, des universités, des mosquées, des marchés : plus rien ne ressemble à ce que c’était il y a deux ans. La reconstruction, quand elle commencera, prendra des décennies.
Et pendant ce temps, les camions d’aide humanitaire attendent parfois des jours entiers aux points de passage. Chaque retard coûte des vies.
Le 7 octobre, point de départ d’une spirale infernale
Tout a commencé par une attaque d’une ampleur inédite. 1 221 morts côté israélien, majoritairement des civils. Des familles massacrées dans leurs maisons, des jeunes fauchés lors d’un festival de musique. Des images qui ont choqué le monde.
La réponse israélienne fut massive, immédiate, et n’a jamais vraiment cessé, même après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu. Deux ans plus tard, les deux peuples paient encore le prix de cette journée maudite.
Et maintenant ?
La question hante tous les observateurs. Ce cessez-le-feu tiendra-t-il ? Les violations resteront-elles « limitées » ou déboucheront-elles sur une reprise totale des hostilités ?
Antonio Guterres l’a dit : il faut maintenant « travailler de bonne foi à des solutions qui rétablissent et soutiennent le droit international ». Des mots forts, mais qui, sur le terrain, peinent à se traduire en actes concrets.
En attendant, à Gaza, on continue de compter les morts. 70 100 aujourd’hui. Peut-être plus demain. Et chaque nouveau chiffre rappelle que la paix, la vraie, reste encore très loin.
Parce que derrière les négociations, les communiqués et les accusations, il y a des êtres humains. Des dizaines de milliers d’êtres humains qui ne reviendront jamais.









