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Ethiopie Vers Un Régime Présidentiel Sous Abiy Ahmed

Quatre mille délégués ont plaidé à Addis Abeba pour fusionner Premier ministre et président. Absent des débats, Abiy Ahmed pourrait obtenir le poste. Ce que cela change vraiment reste ouvert.

Et si le prochain tournant politique de l’Éthiopie ne se jouait plus seulement dans les urnes, mais dans la redéfinition même de la fonction qui dirige le pays ? Après plusieurs semaines de discussions, un dialogue national a plaidé pour la création d’un régime présidentiel. Ce projet pourrait renforcer les prérogatives et le contrôle du Premier ministre Abiy Ahmed sur un État d’Afrique de l’Est d’environ cent trente millions d’habitants. L’enjeu n’est pas abstrait. Il touche la manière dont le pouvoir exécutif serait désormais incarné, choisi et exercé.

Ce Que Le Dialogue National A Réellement Décidé

M. Abiy, cinquante ans, dirige le pays depuis 2018. Sa formation politique, le Parti de la prospérité, a largement remporté les élections législatives de juin, avec plus de quatre-vingt-dix pour cent des sièges, dans un climat marqué par la répression des voix dissidentes et des médias. Ces élections ont été suivies d’un dialogue national promis depuis plusieurs années. Quelque quatre mille délégués se sont réunis dans la capitale, Addis Abeba, pour discuter des nombreux défis du pays, en particulier de ses profondes divisions ethniques et des conflits armés en cours, notamment dans les deux régions les plus peuplées.

Au terme d’un mois de discussions parfois animées, qui s’est achevé le 22 août, les délégués ont soutenu à une écrasante majorité les projets visant à fusionner la fonction de Premier ministre et de président, jusqu’alors largement honorifique, en une nouvelle présidence exécutive. Le projet pourrait être soumis au Parlement dès sa rentrée en octobre. La plupart des observateurs estiment que M. Abiy, absent du dialogue, obtiendra le poste si le projet aboutit, car le nouveau président sera choisi par un Parlement dominé par ses partisans.

Repère

Quatre mille délégués. Un mois de débats. Une majorité écrasante pour fusionner deux fonctions jusqu’ici distinctes. Un calendrier parlementaire possible dès octobre.

Pourquoi Cette Fusion Des Fonctions Est Au Centre Du Débat

Jusqu’ici, le président occupait une place largement honorifique. Le Premier ministre concentrait déjà l’essentiel de l’action gouvernementale. Fusionner les deux fonctions revient à créer une seule figure au sommet, une présidence exécutive, plutôt que de maintenir une distinction entre un rôle symbolique et un rôle de conduite quotidienne des affaires. Les délégués ont appuyé cette voie à une écrasante majorité. Ce n’est pas un détail de vocabulaire. C’est un changement de architecture institutionnelle.

Cela créera un « pays plus unifié pour surmonter les défis auxquels la nation est actuellement confrontée », a déclaré Tiglu Melese, secrétaire général de la chambre haute du Parlement. Cette formule pose l’unité comme objectif. Elle présente la réforme comme un instrument pour affronter ce que le pays traverse déjà : divisions ethniques profondes, conflits armés, tensions persistantes. L’argument officiel n’est donc pas seulement technique. Il est politique et national.

Cela créera un pays plus unifié pour surmonter les défis auxquels la nation est actuellement confrontée.

Tiglu Melese, secrétaire général de la chambre haute du Parlement

Mais les opposants à cette réforme craignent que ce système ne permette au chef de l’exécutif de renforcer son emprise sur le pays, à l’instar du Turc Recep Tayyip Erdogan lorsqu’il est passé du poste de Premier ministre à une présidence exécutive nouvellement créée en 2014. Le parallèle n’est pas anodin. Il sert à nommer une crainte précise : le basculement d’un équilibre vers une concentration plus nette du pouvoir au sommet.

Cela va « concentrer le pouvoir entre les mains d’un seul individu », craint l’analyste politique Befekadu Hailu. Cette phrase résume le contre-argument le plus direct. D’un côté, l’unité proclamée. De l’autre, la concentration redoutée. Le dialogue national a tranché en faveur du projet. Il n’a pas éteint cette opposition d’interprétations.

Le Poids Des Élections De Juin Sur La Suite

Le Parti de la prospérité a largement remporté les élections législatives de juin, avec plus de quatre-vingt-dix pour cent des sièges. Ce résultat place le Parlement sous une domination nette des partisans du Premier ministre. Or le nouveau président, si le projet aboutit, sera choisi par ce Parlement. La plupart des observateurs en déduisent que M. Abiy obtiendra le poste. Il n’était pas présent au dialogue. Il n’a pas besoin de l’être pour que la logique institutionnelle soit lisible.

Le climat de ces élections a été marqué par la répression des voix dissidentes et des médias. Cette donnée fait partie du tableau. Elle éclaire pourquoi certains regardent le projet de présidence exécutive avec une méfiance particulière. Un Parlement déjà largement acquis, une opposition contrainte, des médias sous pression : le passage à une fonction unique au sommet peut alors être lu comme un renforcement supplémentaire, et non comme une simple clarification des organigrammes.

Le dialogue national lui-même avait été promis depuis plusieurs années. Il arrive après le scrutin, pas avant. Il se tient dans la capitale. Il réunit environ quatre mille délégués. Il discute des défis du pays. Il aboutit à une recommandation institutionnelle majeure. Cette séquence compte autant que le contenu de la recommandation. Elle dit dans quel ordre les événements se sont enchaînés.

Depuis

2018

Abiy Ahmed dirige le pays

Juin

+ de 90 %

des sièges pour le Parti de la prospérité

Dialogue

4 000

délégués à Addis Abeba

Fin des débats

22 août

soutien massif à la fusion des fonctions

Gouvernance Démocratique Et Limites Du Processus

L’Éthiopie, deuxième pays du continent, est confrontée à des insurrections armées en Oromia et en Amhara, et un regain de tensions dans la région septentrionale du Tigré fait ressurgir le spectre d’une nouvelle guerre, après celle qui avait ravagé la région entre 2020 et 2022 et fait plus de six cent mille morts. Ces faits constituent le décor immédiat de la réforme envisagée. Un changement de régime institutionnel se discute pendant que des armes parlent encore dans plusieurs régions.

Les critiques de ce dialogue national — qui a exclu les groupes armés et a été boycotté par les principaux partis d’opposition — affirment qu’il n’a guère permis de répondre à ces défis. L’exclusion et le boycott ne sont pas des notes de bas de page. Ils définissent qui était dans la salle et qui n’y était pas. Quatre mille délégués peuvent produire une majorité écrasante. Ils ne peuvent pas, à eux seuls, transformer l’absence des acteurs exclus en présence.

Le dialogue ne peut garantir les deux plus grands besoins du pays : une paix et une stabilité durables, et une gouvernance démocratique.

Merera Gudina, président d’une alliance de partis d’opposition, qui n’a pas participé aux débats

Merera Gudina formule ainsi un double manque. Paix durable. Gouvernance démocratique. Selon lui, le dialogue ne peut garantir ni l’une ni l’autre. Cette position vient d’une alliance de partis d’opposition restée hors de la salle. Elle ne contredit pas le fait que les délégués présents ont voté massivement pour la présidence exécutive. Elle conteste la capacité de ce cadre à répondre aux besoins jugés les plus grands.

Les recommandations « devraient être complétées par des négociations de paix entre le gouvernement, les groupes armés et les partis politiques d’opposition pour faire taire les armes », a plaidé de son côté Naga Tesfaye, expert en consolidation de la paix ayant servi de facilitateur lors du dialogue. Ici, la critique n’est pas seulement externe. Elle vient d’un facilitateur du processus. Elle ne nie pas le dialogue. Elle le juge insuffisant s’il reste isolé.

Faire taire les armes : la formule est concrète. Elle relie le chantier institutionnel au chantier sécuritaire. Fusionner Premier ministre et président ne règle pas, à elle seule, les insurrections en Oromia et en Amhara. Elle ne dissipe pas non plus, à elle seule, le spectre d’une nouvelle guerre au Tigré. C’est précisément ce que soulignent ceux qui demandent des négociations complémentaires.

Addis Abeba, Statut Spécial Et Débats Houleux

Les débats ont parfois été houleux, notamment sur la question très sensible du statut spécial de la capitale. La région Oromia, qui l’englobe, la revendique depuis de nombreuses années. Cette revendication n’est pas née avec le dialogue. Elle s’y est invitée. Elle a rendu certaines séances animées. Elle montre que le dialogue n’a pas seulement porté sur l’architecture du sommet de l’État. Il a aussi heurté des questions territoriales et symboliques.

Addis Abeba n’est pas un décor neutre. C’est le lieu où les quatre mille délégués se sont réunis. C’est aussi un objet de dispute. Le statut spécial de la capitale concentre des mémoires, des appartenances et des revendications. Quand une région qui l’englobe la revendique depuis de nombreuses années, chaque phrase sur l’unité nationale se heurte à une géographie contestée.

Les discussions parfois animées ont duré un mois. Elles se sont achevées le 22 août. Le soutien à la fusion des fonctions a été écrasant. Cela n’efface pas le caractère houleux de certains échanges. Une majorité peut être nette sans que les sujets sensibles soient apaisés. Le statut de la capitale en est l’illustration la plus claire dans le récit de ces débats.

Ce qui a rendu la salle électrique

  • le statut spécial d’Addis Abeba
  • la revendication portée depuis des années par la région Oromia
  • des visions opposées de l’État éthiopien
  • des divisions ethniques présentées comme profondes

Une Salle Rare Pour Un Pays Habitué À L’Autorité

Certains participants ont toutefois salué cette initiative comme un rare exemple de débat ouvert dans un pays habitué à un régime autoritaire. Le mot « rare » compte. Il ne dit pas que tout a été résolu. Il dit que le simple fait de réunir des paroles divergentes a été ressenti, par une partie des présents, comme inhabituel.

Rassembler pour la toute première fois des groupes ayant des visions opposées de l’État éthiopien a été en soi un exercice réussi.

Alamrew Yirdaw, participant et membre d’un parti d’opposition en Amhara

Alamrew Yirdaw insiste sur le « en soi ». Le succès, dans cette phrase, n’est pas encore la paix. Ce n’est pas encore la réforme adoptée. C’est le rassemblement de groupes aux visions opposées de l’État. Venant d’un membre d’un parti d’opposition en Amhara, cette lecture souligne une fissure interne au camp critique : boycott d’un côté, participation et reconnaissance partielle de l’exercice de l’autre.

La vice-présidente de la commission du dialogue, Hirut Gebreselassie, « espère que les questions litigieuses concernant l’État éthiopien seront progressivement résolues, que la méfiance mutuelle entre les gens diminuera et que la paix s’instaurera peu à peu grâce à ce processus de dialogue ». L’adverbe compte encore : progressivement, peu à peu. Aucune promesse de bascule soudaine. Une hypothèse de sédimentation lente.

Espérer n’est pas constater. Hirut Gebreselassie formule une direction. Les questions litigieuses restent litigieuses. La méfiance mutuelle est nommée comme un fait. La paix est située dans un après possible, lié au processus. Cette parole officielle du dialogue cohabite avec celle de Merera Gudina, qui juge que le cadre ne peut garantir ni la paix durable ni la gouvernance démocratique.

Ce Que Changerait Une Présidence Exécutive

Si le projet aboutit, deux fonctions distinctes n’en feront plus qu’une. Le président ne sera plus une figure largement honorifique. Le Premier ministre ne sera plus le seul centre opérationnel face à un chef de l’État symbolique. Une seule présidence exécutive porterait les prérogatives. Le contrôle sur le pays, selon les craintes exprimées, pourrait s’en trouver renforcé.

Le nouveau président serait choisi par un Parlement dominé par les partisans d’Abiy Ahmed. Cette règle de désignation pèse autant que le titre nouveau. Elle explique pourquoi la plupart des observateurs estiment que M. Abiy obtiendra le poste. Le dialogue peut avoir discuté de l’architecture. Le Parlement, lui, déciderait de la personne.

Le calendrier est serré et lisible. Fin des discussions le 22 août. Possible soumission au Parlement dès sa rentrée en octobre. Entre les deux, pas de mystère procédural majeur dans les éléments connus : une recommandation issue d’une majorité écrasante de délégués, puis un passage devant une assemblée déjà largement acquise au Parti de la prospérité.

Les partisans de la réforme parlent d’un pays plus unifié pour surmonter les défis actuels. Les opposants parlent d’une concentration du pouvoir entre les mains d’un seul individu. Les deux lectures partent du même geste institutionnel. Elles n’en tirent pas la même conséquence politique.

Le Parallèle Turc Et La Peur D’Une Emprise Accrue

Le rappel de Recep Tayyip Erdogan n’est pas une comparaison décorative. En 2014, le passage du poste de Premier ministre à une présidence exécutive nouvellement créée a servi, pour les opposants éthiopiens à la réforme, de miroir. Ils craignent que le chef de l’exécutif renforce son emprise sur le pays selon une trajectoire déjà observée ailleurs.

Befekadu Hailu résume cette peur en une formule courte : concentrer le pouvoir entre les mains d’un seul individu. Après un scrutin à plus de quatre-vingt-dix pour cent des sièges, après un climat marqué par la répression des voix dissidentes et des médias, cette formule trouve un écho immédiat chez ceux qui n’ont pas confiance dans le verrouillage des contre-pouvoirs.

Le dialogue national n’a pas dissipé cette lecture. Il l’a même, d’une certaine manière, rendue plus urgente. Car le projet n’est plus seulement une hypothèse de salon. Il a reçu le soutien écrasant des délégués réunis à Addis Abeba. Il peut arriver devant le Parlement en octobre. La crainte cesse d’être théorique dès que le calendrier se précise.

Oromia, Amhara, Tigré : Le Pays Derrière La Réforme

Parler de régime présidentiel sans parler des régions en conflit reviendrait à vider le sujet. L’Éthiopie fait face à des insurrections armées en Oromia et en Amhara. Ce sont les deux régions les plus peuplées, précisément celles que le dialogue devait aussi aborder à travers les défis du pays. Les armes n’ont pas attendu la fin du mois de discussions pour peser sur le réel.

Dans le Tigré, au nord, un regain de tensions fait ressurgir le spectre d’une nouvelle guerre. Entre 2020 et 2022, le conflit avait ravagé la région et fait plus de six cent mille morts. Ce chiffre n’est pas un arrière-plan lointain. Il explique pourquoi chaque mouvement institutionnel est lu, sur place, à travers la possibilité d’un retour de la guerre.

Le dialogue a exclu les groupes armés. Les principaux partis d’opposition l’ont boycotté. Les critiques en concluent qu’il n’a guère permis de répondre aux défis de la paix et de la stabilité. Naga Tesfaye, pourtant facilitateur, demande que les recommandations soient complétées par des négociations de paix entre le gouvernement, les groupes armés et les partis politiques d’opposition.

La réforme du sommet de l’État et la recherche d’un silence des armes avancent donc sur deux rails distincts. L’un a produit une majorité écrasante pour une présidence exécutive. L’autre reste, selon plusieurs voix citées, inachevé tant que les acteurs exclus ou absents ne sont pas parties prenantes d’une négociation.

Ce Que Les Voix Du Dialogue Ont Dit, Et Ce Qu’Elles N’Ont Pas Tranché

Tiglu Melese voit dans le projet un pays plus unifié face aux défis. Hirut Gebreselassie espère une résolution progressive des questions litigieuses, une baisse de la méfiance, une paix qui s’installe peu à peu. Alamrew Yirdaw considère que rassembler des visions opposées de l’État a été, en soi, un exercice réussi. Merera Gudina estime que le dialogue ne peut garantir ni la paix durable ni la gouvernance démocratique. Befekadu Hailu craint la concentration du pouvoir. Naga Tesfaye veut des négociations pour faire taire les armes.

Ces phrases ne s’annulent pas. Elles coexistent. Elles décrivent un même mois de discussions vu depuis des places différentes : chambre haute, commission du dialogue, opposition participante, opposition absente, analyse politique, facilitation. Le lecteur n’a pas à choisir une seule de ces phrases pour comprendre l’événement. Il a à les tenir ensemble.

Ce que le dialogue a tranché, c’est le soutien écrasant à la fusion des fonctions. Ce qu’il n’a pas tranché, c’est la guerre des interprétations sur les effets de cette fusion. Unité contre concentration. Exercice réussi contre incapacité à garantir la paix. Espoir d’un apaisement progressif contre exigence de négociations complémentaires.

Voix Lecture du moment
Tiglu Melese un pays plus unifié pour surmonter les défis
Befekadu Hailu concentration du pouvoir chez un seul individu
Merera Gudina ni paix durable ni gouvernance démocratique garanties
Naga Tesfaye compléter par des négociations pour faire taire les armes
Alamrew Yirdaw réussite déjà dans le rassemblement des visions opposées
Hirut Gebreselassie espoir d’une paix et d’une confiance qui viennent peu à peu

Octobre, Le Parlement Et La Personne Du Président

Le projet pourrait être soumis au Parlement dès sa rentrée en octobre. Cette phrase ouvre une séquence plus institutionnelle que rhétorique. Les délégués ont recommandé. Les députés devront, le cas échéant, transformer la recommandation en règle. Le Parlement est dominé par les partisans d’Abiy Ahmed. La désignation du nouveau président, si la réforme passe, emprunterait ce canal.

M. Abiy était absent du dialogue. Cette absence n’efface pas sa centralité. Depuis 2018, il dirige le pays. En juin, sa formation a emporté plus de quatre-vingt-dix pour cent des sièges. À cinquante ans, il resterait, selon la plupart des observateurs, le bénéficiaire naturel du nouveau poste. L’architecture changerait de nom. La personne au sommet, dans cette lecture majoritaire chez les observateurs, ne changerait pas.

Renforcer les prérogatives et le contrôle : c’est précisément ce que le projet, tel qu’il est présenté par ses critiques, rend possible. Unifier le pays pour surmonter les défis : c’est précisément ce que le projet, tel qu’il est présenté par un responsable de la chambre haute, rend souhaitable. Le Parlement d’octobre, s’il est saisi, n’arbitrera pas seulement un texte. Il arbitrera entre ces deux récits.

Divisions Ethniques, Visions De L’État, Méfiance

Les quatre mille délégués n’étaient pas réunis pour un exercice cosmétique. Ils avaient devant eux des divisions ethniques décrites comme profondes. Ils avaient devant eux des conflits armés en cours. Ils avaient devant eux des visions opposées de l’État éthiopien. Alamrew Yirdaw le dit sans détour : ces visions se sont trouvées, pour la toute première fois selon lui, dans une même salle.

Hirut Gebreselassie nomme la méfiance mutuelle entre les gens. Elle espère qu’elle diminuera. Elle espère que les questions litigieuses concernant l’État seront progressivement résolues. Cette langue de la commission du dialogue est une langue du temps long. Elle contraste avec l’urgence des insurrections et avec le spectre d’une nouvelle guerre au Tigré.

Le statut spécial de la capitale reste l’un de ces points litigieux. La région Oromia la revendique depuis de nombreuses années. Le débat a été houleux. Rien dans le déroulé public de ces discussions n’indique que cette revendication se soit éteinte parce qu’une majorité s’est dégagée sur la présidence exécutive. Deux dossiers peuvent avancer à des vitesses différentes. Ici, ils l’ont fait.

Un pays habitué à un régime autoritaire a vu, selon certains participants, un rare exemple de débat ouvert. Cette observation ne transforme pas le climat des élections, marqué par la répression des voix dissidentes et des médias. Elle ajoute une couche. Dedans, un exercice inhabituel. Autour, un espace public sous contrainte. Les deux descriptions appartiennent au même mois éthiopien.

Ce Qui Reste Ouvert Après Le 22 Août

Le 22 août a clos un mois de discussions. Il n’a pas clos le pays. Les insurrections en Oromia et en Amhara demeurent. Les tensions au Tigré demeurent. Les groupes armés n’étaient pas dans le dialogue. Les principaux partis d’opposition l’ont boycotté. Les recommandations existent. Les négociations de paix réclamées par Naga Tesfaye, elles, restent un complément à venir, non un acquis.

Le régime présidentiel n’est pas encore en vigueur. Il est plaidé. Il est majoritairement soutenu par les délégués. Il peut arriver au Parlement en octobre. Entre le plaidoyer et la règle, il reste un passage. Ce passage dépend d’une assemblée où le Parti de la prospérité détient plus de quatre-vingt-dix pour cent des sièges issus du scrutin de juin.

L’Éthiopie compte environ cent trente millions d’habitants. Elle est le deuxième pays du continent. Ces ordres de grandeur donnent le poids de la décision. Une présidence exécutive n’est pas un ajustement de protocole dans un petit théâtre. C’est un geste de sommet dans un État vaste, divisé, confronté à des guerres internes récentes et présentes.

Abiy Ahmed dirige depuis 2018. Il a cinquante ans. Il était absent du dialogue. Il pourrait, si le projet aboutit, incarner la nouvelle fonction. Les prérogatives changeraient de cadre. Le contrôle, selon les uns, servirait l’unité. Selon les autres, il servirait l’emprise. Le texte à venir, s’il vient, devra habiter cette contradiction plutôt que la dissoudre.

Le dialogue national a donc produit tout à la fois une recommandation claire et un désaccord durable sur sa signification. Claire, parce que la majorité des délégués a voulu fusionner Premier ministre et président. Durable, parce que la paix, la gouvernance démocratique, le statut d’Addis Abeba et la place des absents n’ont pas quitté la scène. C’est dans cet entre-deux que le Parlement d’octobre, s’il est saisi, écrira la suite.

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