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Etf Novateurs : Les Firmes Crypto Rejettent Le Cadre Unique

Grayscale, a16z et le CCI ont écrit à la SEC le dernier jour de la consultation. Leur message est net : un seul cadre pour tous les ETF « novateurs » pourrait figer le marché. Ce qui se joue ensuite reste ouvert.

Et si le prochain tournant du marché des fonds cotés ne tenait pas à un cours, mais à une définition ? La question paraît technique. Elle l’est. Elle n’en est pas moins décisive. Trois voix influentes du secteur numérique ont choisi le dernier jour d’une consultation fédérale pour le dire clairement : traiter tous les produits « novateurs » comme une seule famille, c’est confondre des risques différents et ralentir des véhicules déjà encadrés.

Le 31 août, Grayscale Investments, le fonds de capital-risque a16z et le Crypto Council for Innovation ont déposé des lettres distinctes. Elles ne demandent pas l’absence de règles. Elles demandent une lecture au cas par cas. Derrière ce désaccord de méthode se joue la manière dont les États-Unis classeront, divulgueront et feront coter les fonds qui touchent aux cryptoactifs, au levier, aux contrats d’événement ou aux actifs privés.

Un examen ouvert, pas une interdiction déguisée

L’autorité de marché a lancé la consultation le 30 juin. Elle voulait des avis sur la qualification en société d’investissement, les conditions de portefeuille, les informations à fournir et le calendrier d’enregistrement des fonds qui utilisent des actifs ou des stratégies encore peu familiers. Le texte n’imposait rien. Il n’interdisait aucun produit. Il ne fixait aucune date de décision. C’était une enquête, pas un décret.

Cette nuance compte. Trop souvent, le public entend « revue » et imagine un couperet. Ici, l’agence a plutôt ouvert un dossier : faut-il modifier la règle 6c-11, ajouter des plafonds de concentration, exclure certains sous-jacents, harmoniser les revues d’enregistrement et de cotation ? Les trois organisations ont répondu que le danger n’était pas l’innovation elle-même, mais l’étiquette trop large collée dessus.

Ce que la consultation n’a pas fait

Elle n’a créé ni règle nouvelle, ni délai obligatoire, ni restriction automatique. Elle a seulement demandé si un cadre unique pour les produits dits novateurs serait utile. La réponse des trois acteurs : non, pas sous cette forme.

Trois lettres, une même exigence de granularité

A16z a insisté sur la structure économique de chaque produit. Un fonds qui détient un actif numérique déjà largement coté, avec des pratiques de garde et de divulgation établies, n’est pas le jumeau d’un véhicule très levier ou d’un panier d’actifs privés peu liquides. Coller la même étiquette, c’est mélanger des questions de valorisation, de liquidité et de conservation qui n’ont pas la même gravité.

Grayscale a suivi une logique proche. L’asset manager refuse des conditions de portefeuille ou des exigences de disclosure supplémentaires uniquement parce qu’un régulateur qualifie le produit de « nouveau ». Un fonds qui a déjà un historique de conformité doit continuer à être lu à travers les règles de sa structure juridique et de ses actifs, pas à travers un slogan.

Le CCI, de son côté, a plaidé pour un traitement comparable entre ETF et autres produits négociés en Bourse. Des informations claires pour l’investisseur, oui. Un filet trop large qui retarderait des produits autrement éligibles, non. La différence de ton entre les trois textes est réelle. Le fond, lui, converge.

Évaluer un produit selon ses risques concrets, et non selon le mot « novateur », voilà le fil conducteur des trois contributions.

Pourquoi le mot novateur pose problème

Le terme est commode. Il est aussi flou. Il peut recouvrir un spot bitcoin déjà connu du grand public, un fonds à levier élevé sur une action unique, un contrat lié à un événement, un produit tokenisé ou un véhicule exposé à des titres privés. Ces objets n’ont ni la même profondeur de marché, ni la même facilité de pricing, ni les mêmes enjeux de garde.

A16z l’a souligné en s’appuyant sur l’infrastructure désormais régulée des marchés crypto, sur des pratiques de disclosure plus matures et sur des normes de cotation génériques. Ces éléments, selon la firme, distinguent certains produits d’actifs numériques des fonds qui portent des titres privés ou des stratégies très levier. Le message n’est pas « tout se vaut ». C’est l’inverse : rien ne se vaut, donc rien ne doit être traité en bloc.

Grayscale a précisé un point souvent mal compris. Dire qu’un produit crypto établi ne doit pas subir un régime spécial n’équivaut pas à prétendre que tous les tokens présentent le même risque qu’un fonds classique. Cela signifie seulement que le régulateur doit d’abord nommer le risque, puis seulement ensuite décider d’une condition supplémentaire.

Le nœud juridique : société d’investissement ou pas

La consultation a posé une question centrale. Un produit qui investit surtout dans des actifs qui ne sont pas des valeurs mobilières peut-il tout de même être une société d’investissement au sens de la loi de 1940 ? Le test objectif est connu : si les titres d’investissement dépassent 40 % de l’actif total non consolidé, hors titres d’État et liquidités, l’émetteur peut entrer dans le champ. Un test subjectif s’ajoute, qui regarde l’activité, les représentations publiques, la gestion et les sources de revenu.

Les trois organisations se sont opposées à une modification de ces tests destinée à capturer automatiquement les produits cotés qui détiennent des non-titres. Une telle bascule toucherait les commodity trusts et une partie des véhicules crypto structurés hors de la loi de 1940. Ce n’est pas un détail de jargon. C’est le choix du régime de gouvernance, d’enregistrement et de protection applicable.

Les produits spot crypto utilisent souvent une structure de trust adossé à une matière première, plutôt qu’un fonds ouvert enregistré comme société d’investissement. L’autorité elle-même a longtemps parlé d’exchange traded products, ou ETP, pour les véhicules bitcoin au comptant autorisés en janvier 2024, plutôt que d’ETF au sens strict. La distinction ne décide pas si le produit peut coter sur une Bourse nationale. Elle décide comment il est gouverné.

Point de débat Position des trois acteurs
Test 40 % / test subjectif Ne pas les tordre pour attraper automatiquement les non-titres
Libellé ETF A16z : réserver le mot aux fonds ouverts ; Grayscale : coller à l’économie du produit ; CCI : mieux divulguer le statut
Conditions de portefeuille Pas de règles extra parce que le produit est dit novateur
Revue d’enregistrement et cotation Mieux coordonner les deux canaux, calendriers plus lisibles

ETF, ETP : une étiquette qui n’est pas anodine

A16z a proposé de réserver le mot ETF aux fonds ouverts enregistrés sous la loi de 1940. Grayscale n’est pas d’accord. Pour l’asset manager, l’étiquette devrait coller aux caractéristiques économiques du produit, pas à l’emballage juridique. Le CCI a choisi une troisième voie : garder le vocabulaire du marché, mais obliger une divulgation plus nette sur le fait qu’un produit est, ou n’est pas, une société d’investissement enregistrée.

Cette querelle de mots peut sembler académique. Elle oriente pourtant la lecture des investisseurs. Un épargnant qui entend ETF pense souvent à un fonds ouvert, à une création-rachat en nature, à un régime connu. Un ETP en trust commodity n’offre pas exactement les mêmes protections ni les mêmes mécaniques. Clarifier sans tout relabeler brutalement, c’est précisément ce que le CCI cherche à obtenir.

Dans la pratique, le marché utilise déjà les deux termes de façon poreuse. Cette porosité aide la communication commerciale. Elle brouille aussi la compréhension des droits. D’où l’intérêt d’une phrase simple dans le prospectus : voici le régime, voici ce qu’il protège, voici ce qu’il ne protège pas. Pas besoin, selon ces acteurs, de changer la loi pour écrire cette phrase.

Deux divisions, deux horloges, un même produit

Les documents de fonds sont généralement relus par la division de la gestion d’investissement. Les propositions de cotation passent par la division des marchés. Un émetteur peut donc lever les doutes sur son prospectus et rester dans le flou sur la possibilité de lister le produit. A16z a demandé une coordination des deux revues et des délais prévisibles. Sans cela, l’incertitude se déplace, elle ne disparaît pas.

Grayscale et le CCI ont défendu un autre outil : une discussion confidentielle facultative avant le dépôt public. L’idée n’est pas de court-circuiter le contrôle. C’est d’identifier tôt un problème de droit ou de disclosure, pour éviter les allers-retours et les reports évitables. L’autorité garderait le pouvoir d’exiger des changements, de bloquer l’effectivité d’un enregistrement ou de refuser un dépôt de règle de Bourse.

Ce type de pré-dépôt n’a rien d’exotique dans d’autres procédures. Il réduit le théâtre public des amendements successifs. Il n’enlève rien à la transparence finale, puisque le dossier public demeure. Pour des produits où la moindre phrase sur la garde ou la valorisation peut tout décaler, gagner quelques semaines de clarté n’est pas un luxe.

Le précédent des normes génériques de septembre 2025

Le débat s’inscrit après l’adoption, en septembre 2025, de normes de cotation génériques pour les parts de trusts adossés à des matières premières. Ces standards permettent à certains produits crypto au comptant d’arriver sur le marché sans un changement de règle spécifique à chaque produit. Le temps de revue d’un fonds qualifié peut ainsi passer d’environ 240 jours à près de 75 jours. Encore faut-il satisfaire l’enregistrement, la garde, la disclosure et les exigences de la Bourse.

Ce raccourci n’efface pas les chemins d’enregistrement différents. Grayscale a récemment retiré trois projets sur des altcoins dont l’enregistrement n’était jamais devenu effectif, alors que d’autres de ses produits poursuivaient leur parcours. L’anecdote est utile. Elle rappelle qu’un cadre plus générique n’égale pas un tampon automatique. Elle rappelle aussi que le goulot d’étranglement n’est plus seulement la cotation, mais parfois le statut du dossier d’enregistrement.

Pour les équipes produit, la leçon est simple. Un calendrier plus court n’a de valeur que s’il est lisible de bout en bout. Si la Bourse peut coter plus vite mais que le prospectus reste en suspens, l’investisseur ne voit rien changer. D’où l’insistance d’a16z sur la coordination interne de l’agence.

Ce que la règle 6c-11 fait, et ce qu’on voudrait lui faire faire

La règle 6c-11 permet aujourd’hui à des ETF éligibles de fonctionner sans une exemption individuelle. Elle ne bride pas, en général, les actifs ou les stratégies qu’un fonds peut poursuivre. D’autres règles de marché s’appliquent malgré tout. La consultation a demandé s’il fallait y ajouter des restrictions de portefeuille, des plafonds de concentration ou des exclusions d’actifs.

Pour les trois organisations, c’est précisément là que le bas blesse. Transformer une règle d’efficacité opérationnelle en liste noire d’actifs « novateurs » changerait sa nature. Cela reviendrait à traiter le mot nouveau comme un facteur de risque autonome, alors que le risque vit dans la liquidité, le levier, la valorisation, la garde et les conflits d’intérêts.

On peut le dire autrement. Un plafond de concentration peut avoir du sens pour un sous-jacent illiquide. Il n’a pas le même sens pour un actif largement négocié, avec une infrastructure de conservation déjà scrutée. Une exclusion générale des contrats d’événement ou des actifs privés peut sembler prudente. Elle peut aussi pousser l’innovation hors des véhicules les plus transparents.

Crypto, levier, privés, événements : quatre familles, quatre questions

Le périmètre de la consultation était large : cryptoactifs, instruments de matières premières, stratégies sur action unique, levier accru, produits liés à la blockchain, actifs privés, contrats d’événement. Ranger tout cela sous une même rubrique, c’est commode pour un questionnaire. C’est dangereux pour une politique.

Un produit bitcoin au comptant pose surtout des questions de garde, de création-rachat et de tracking. Un fonds à fort levier sur une seule action pose des questions de path dependency, de coûts de rollover et de compréhension retail. Un véhicule exposé à du private equity pose des questions de valorisation peu fréquente et de liquidité du panier. Un contrat d’événement pose des questions de nature même du sous-jacent et de surveillance du marché de prédiction.

Mélanger ces dossiers dans un seul paquet « novelty » revient à appliquer le remède du plus fragile au plus mature, ou l’inverse. Ni l’un ni l’autre n’est satisfaisant. Les lettres le disent avec des accents différents, mais la conclusion est la même : la granularité n’est pas un caprice d’émetteur, c’est une condition de cohérence.

Quatre risques à ne pas confondre

  • Liquidité du sous-jacent et qualité du marché secondaire
  • Fiabilité de la valorisation et fréquence des prix
  • Modèle de garde, de règlement et de création-rachat
  • Niveau de levier et lisibilité pour l’investisseur non professionnel

Ce que le président de l’agence a mis en avant

Lors de l’annonce de la revue, Paul Atkins a lié l’innovation à un cadre « cohérent, transparent et efficace ». L’agence a aussi rappelé la croissance du marché américain des ETF, passé de plus de 4 000 milliards de dollars d’encours en 2019 à plus de 12 000 milliards à la fin de 2025. Ces deux phrases dessinent le dilemme. Le succès du véhicule ETF rend tentant d’y faire entrer toujours plus de stratégies. Ce succès rend aussi plus coûteuse une erreur de calibration.

Un cadre trop rigide peut pousser des stratégies hors Bourse, vers des formats moins visibles. Un cadre trop lâche peut exposer des investisseurs à des mécaniques qu’ils croient familières alors qu’elles ne le sont pas. Entre les deux, les trois organisations proposent une voie : garder les tests existants, améliorer la coordination interne, offrir un pré-dépôt optionnel, exiger des disclosures précises plutôt que des interdits généraux.

Cette voie n’est pas neutre. Elle avantage les émetteurs qui ont déjà des équipes juridiques éprouvées et un historique de conformité. Elle laisse davantage de travail au staff pour distinguer un risque réel d’un simple effet de nouveauté. Elle a toutefois le mérite de coller à la réalité d’un marché où le mot ETF recouvre aujourd’hui des objets très différents.

Ce que les investisseurs devraient regarder, au-delà du sigle

Pour un particulier, le débat peut sembler lointain. Il ne l’est pas. Le régime juridique change la nature des droits, la fréquence des rachats, le rôle de l’authorized participant, le traitement fiscal potentiel et la façon dont un sinistre de garde serait géré. Deux produits qui cotent côte à côte sur le même écran peuvent donc n’avoir presque rien de commun une fois le capot ouvert.

Une checklist minimale reste utile. Le produit est-il une société d’investissement enregistrée ? Quel est le sous-jacent exact, et non le récit marketing ? Comment la valeur liquidative est-elle calculée lorsque le marché du sous-jacent ferme ou se fracture ? Qui conserve les actifs, et selon quel standard ? Le levier est-il structurel, et que se passe-t-il après une journée extrême ?

Les lettres du 31 août ne remplacent pas cette lecture. Elles demandent simplement que le régulateur n’ajoute pas une couche de conditions indistinctes qui donnerait un faux sentiment d’homogénéité. Mieux vaut un prospectus exigeant qu’une étiquette rassurante.

Le calendrier qui n’existe pas encore

La consultation s’est close le 31 août. L’agence doit maintenant lire les commentaires. Elle peut publier un guide, proposer des amendements, ajuster les procédures internes du staff, ou ne rien faire dans l’immédiat. Toute proposition de règle formelle exigerait un nouveau processus public avant de devenir contraignante. Aucune date de réponse n’a été annoncée.

Cette absence de deadline est à double tranchant. Elle évite la précipitation. Elle prolonge aussi l’incertitude pour des émetteurs qui doivent décider s’ils lancent un produit sous le droit actuel ou s’ils attendent un éventuel durcissement. Dans un marché où les fenêtres de cotation se referment vite, l’attente a un coût.

Les lettres ne changent donc rien, à ce stade, aux règles des ETF ni à celles des ETP crypto. Elles sont des recommandations. Les traiter comme une décision serait une erreur de lecture. Les ignorer serait une autre erreur : elles viennent d’acteurs qui structurent une part significative de l’offre et qui connaissent, parfois douloureusement, les délais d’enregistrement.

Une lecture politique, sans en faire trop

Le dossier n’est pas seulement technique. Il touche à la place des États-Unis dans la course aux véhicules d’investissement sur actifs numériques. Un régime trop lent ou trop flou pousse certains projets vers d’autres places. Un régime trop accueillant attire la critique dès qu’un produit se comporte mal en période de stress. L’équilibre n’est pas un slogan. Il se construit dossier par dossier.

Les trois organisations le savent. Elles ne demandent pas un laissez-passer. Elles demandent que la nouveauté cesse d’être un critère autonome. C’est une position d’industrie, évidemment. Elle n’en est pas moins argumentée. Le régulateur peut la retenir en partie, la refuser, ou la traduire en guidance ciblée. Rien n’est écrit.

En attendant, le marché continue de coter, de retirer, de relancer. Des normes génériques existent déjà pour une partie des trusts commodity. Des enregistrements restent bloqués pour d’autres. Cette coexistence un peu bancale est le vrai décor de la consultation. Elle explique pourquoi le mot « novateur » irrite autant : trop de réalités différentes se cachent derrière.

Ce qu’il faut retenir sans se perdre dans le jargon

Trois acteurs majeurs ont dit non à un moule unique. Ils ont dit oui à une analyse par risque. Ils ont dit non à une capture automatique des produits non-titres par la loi de 1940. Ils ont dit oui à plus de coordination interne et, pour deux d’entre eux, à un pré-dépôt confidentiel optionnel. Ils ont divergé sur le droit d’utiliser le mot ETF. Ils se sont rejoints sur l’essentiel : la disclosure doit suivre le produit, pas l’étiquette.

Le dossier est désormais entre les mains de l’agence. Elle peut transformer ces avis en doctrine, les classer, ou les recycler dans une proposition plus tardive. Pour les épargnants, le bon réflexe ne change pas. Lire le régime. Lire le sous-jacent. Lire la garde. Lire le levier. Le sigle sur l’écran ne suffit plus, s’il a jamais suffi.

Au fond, la consultation de l’été 2026 n’a pas tranché le destin des ETF novateurs. Elle a seulement rendu visible un désaccord de méthode. Faut-il réguler la nouveauté comme une catégorie, ou réguler des risques nommés un par un ? Tant que cette question reste ouverte, chaque nouveau prospectus sera aussi un test politique. Et c’est précisément pour cela que ces trois lettres, déposées à la dernière heure, méritent d’être lues jusqu’au bout.

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