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Enquête Allemande Sur Deux Sabotages Du Réseau Électrique

Mardi, deux postes électriques allemands ont été visés le même jour. Explosifs artisanaux à l’est, court-circuit volontaire à l’ouest. Aucune revendication. Les enquêteurs avancent deux pistes… et cherchent un lien.

Deux sites, une même journée, aucune revendication. Mardi, le réseau électrique allemand a de nouveau été pris pour cible. Mercredi, les autorités ont confirmé ouvrir des enquêtes, dont une piste antiterroriste, après deux attaques distinctes contre des postes électriques. L’une à l’est, près de la frontière polonaise. L’autre à l’ouest. Aucune n’a plongé le pays dans le noir à grande échelle. Pourtant, le fonctionnement de centrales voisines a été perturbé, et le message politique, lui, a immédiatement occupé la scène publique.

Quand le courant devient une cible politique

Un poste électrique n’est pas un détail technique. C’est un nœud. C’est par lui que circule l’énergie d’une centrale, d’un bassin industriel, d’un quartier, d’une région. Le ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie, Herbert Reul, l’a dit sans détour : viser un tel site, c’est s’attaquer au pays, à l’économie, au mode de vie, à nous tous. La formule est lourde. Elle résume le basculement d’une affaire de câbles et de transformateurs vers une affaire d’ordre public et, potentiellement, d’ordre constitutionnel.

Les faits, tels que les autorités les relatent, tiennent en deux scènes. À Jänschwalde, dans l’est, des explosifs artisanaux ont été tirés tôt mardi sur un site qui distribue l’électricité provenant d’une centrale au charbon. À Bergheim, dans l’ouest, des auteurs inconnus ont délibérément provoqué un court-circuit dans un poste de l’opérateur Amprion en s’en prenant à des câbles aériens. Deux méthodes. Deux géographies. Un même jour.

Ce que l’on sait déjà
Deux incidents mardi. Enquête antiterroriste ouverte sur le premier. Court-circuit volontaire confirmé sur le second. Pas de coupure de courant à grande échelle. Perturbation de centrales voisines. Aucune revendication publique au moment des annonces.

Jänschwalde, l’est, les explosifs

Le premier incident se situe à Jänschwalde, à l’est du pays, près de la frontière polonaise. Le site visé distribue l’électricité issue d’une centrale au charbon. Tôt mardi, des explosifs artisanaux ont été tirés contre cette installation. L’information, reprise par les autorités mercredi, a suffi à faire basculer le dossier dans un registre particulier : la police a ouvert une enquête antiterroriste.

Près de Jänschwalde, à environ 150 kilomètres de Berlin, plusieurs engins explosifs ont été découverts mardi matin au poste électrique de Preilack. Au moins l’un d’entre eux a explosé. Les autres n’ont pas fonctionné. Ce détail compte. Il dit à la fois la gravité de l’intention et l’échec partiel de l’exécution. Il dit aussi que les enquêteurs ne travaillent pas seulement sur un dégât constaté, mais sur une préparation, un dispositif, une tentative répétée sur un même lieu.

Sur ce cas précis, la police du Land de Brandebourg à Potsdam a indiqué avoir ouvert une enquête pour formation d’une organisation terroriste, outre les soupçons de perturbation de services publics, de déclenchement d’une explosion à l’aide d’explosifs et de destruction d’équipements de travail essentiels. La qualification n’est pas anodine. Elle dépasse le simple vandalisme. Elle inscrit l’acte dans une logique collective, organisée, durable.

Un poste électrique est un centre névralgique de notre vie quotidienne.

Herbert Reul, ministre de l’Intérieur de Rhénanie-du-Nord-Westphalie

La centrale au charbon n’est pas un simple décor industriel. Elle rappelle la structure encore mixte du système énergétique allemand, où des unités thermiques restent des points d’appui du réseau. Attaquer le poste qui en distribue le courant, c’est viser un maillon précis : pas forcément la production elle-même, mais la capacité à faire circuler cette production. C’est une logique de sabotage d’infrastructure, telle que les autorités la décrivent.

Bergheim, l’ouest, le court-circuit

Le second incident se déroule à Bergheim, dans l’ouest. Là, pas d’explosifs mentionnés par les autorités dans les mêmes termes. La méthode relatée est autre : des auteurs inconnus s’en prennent à des câbles aériens et provoquent volontairement un court-circuit dans un poste électrique de l’opérateur Amprion. Le ministre Herbert Reul a tranché mercredi : « C’était un acte criminel. Ce n’était pas un interrupteur défectueux, c’était intentionnel. »

Il a ajouté qu’il existait « un soupçon initial de sabotage dirigé contre l’ordre constitutionnel ». La formule place l’événement au-dessus d’un simple dégât matériel. Elle suggère que la cible n’est pas seulement un équipement, mais le cadre politique et juridique dans lequel cet équipement fonctionne. Un réseau électrique n’est pas neutre. Il porte le quotidien, l’économie, la continuité de l’État.

Aucune des deux attaques n’a entraîné de coupure de courant à grande échelle. Ce point est essentiel pour mesurer l’effet immédiat. Il l’est aussi pour comprendre la stratégie possible des auteurs, si stratégie il y a : perturber, signaler, frapper un symbole, sans nécessairement chercher le black-out national. Les autorités précisent toutefois que le fonctionnement de centrales électriques voisines a été perturbé. L’impact n’est donc pas nul. Il est local, technique, opérationnel.

Est

Jänschwalde / Preilack
Explosifs artisanaux. Au moins une explosion. Enquête pour organisation terroriste.

Ouest

Bergheim / Amprion
Attaque de câbles aériens. Court-circuit volontaire. Soupçon d’atteinte à l’ordre constitutionnel.

Deux pistes, un même jour, un possible lien

Lors d’une conférence de presse à Düsseldorf, Herbert Reul a indiqué que les enquêteurs étudient deux pistes possibles : un sabotage téléguidé par un État étranger, et un acte d’extrémiste de gauche. Il a également précisé que les autorités enquêtent sur un possible lien entre les deux incidents, survenus le même jour à Bergheim et à Jänschwalde.

Deux pistes ne veulent pas dire deux certitudes. Elles veulent dire que le dossier n’est pas refermé sur une seule lecture. D’un côté, le pays a déjà été confronté, ces derniers mois, à des attaques répétées contre ses infrastructures énergétiques, certaines revendiquées par des militants d’extrême gauche. De l’autre, l’Allemagne, soutien majeur de l’Ukraine face à l’invasion russe, est également visée par des projets de sabotage qu’elle attribue à Moscou, ce que le Kremlin réfute catégoriquement.

Le texte public des autorités, tel qu’il est rendu, ne tranche pas. Il juxtapose. Il demande du temps. Il refuse, en apparence, de réduire l’affaire à un seul camp. C’est précisément ce qui rend la séquence politique : le même geste technique — frapper un poste, un câble, un transformateur — peut être lu comme action militante intérieure ou comme opération inspirée de l’extérieur. Les enquêteurs, selon le ministre, regardent les deux.

Quiconque vise un tel site s’attaque à notre pays, à notre économie, à notre mode de vie, à nous tous.

Herbert Reul

Le souvenir proche des incendies et du groupe Volcan

Ces derniers mois, plusieurs attaques ayant provoqué des incendies ont eu lieu dans la région de Berlin, souvent revendiquées par des militants d’extrême gauche. Le 3 janvier, l’incendie criminel d’une installation électrique revendiqué par le groupe « Vulkangruppe » — le « groupe Volcan » — avait plongé dans le noir plus de 100 000 personnes à Berlin. Ce précédent pèse. Il donne une mesure concrète de ce qu’une attaque ciblée peut produire dans une capitale.

Ce groupe d’extrême gauche avait déjà revendiqué une douzaine d’attaques depuis 2011, dont une en mars 2024 ayant visé une usine Tesla près de la capitale allemande, où des lignes électriques alimentant le site avaient été incendiées. Jamais les autorités n’ont identifié les auteurs de ces actions, des complices ou des membres du groupuscule. L’impunité relative, ou du moins l’absence d’interpellations publiques identifiées, nourrit le sentiment d’une menace qui revient, change de méthode, mais vise souvent le même objet : le courant.

Les deux attaques de mardi n’ont pas été revendiquées. C’est un fait. Il empêche d’aligner automatiquement les nouveaux dossiers sur les anciens communiqués. Il n’empêche pas les enquêteurs de comparer les modes opératoires, les zones, les calendriers. Un incendie de lignes près d’une usine, un poste qui alimente une ville, un court-circuit sur des câbles aériens, des engins artisanaux tirés contre un site de distribution : la famille des cibles reste celle des infrastructures critiques.

Pourquoi un poste électrique n’est jamais « seulement » un poste

Herbert Reul a insisté sur le caractère quotidien de ces installations. Un poste électrique concentre la tension, oriente les flux, relie la production et la consommation. Le mettre hors service, même partiellement, même sans black-out national, c’est introduire de l’incertitude dans un système conçu pour la continuité. Les autorités disent que le fonctionnement de centrales voisines a été perturbé. La phrase est technique. Elle décrit pourtant une contagion : on ne frappe pas un point isolé, on dérègle un voisinage énergétique.

Dans le langage des enquêteurs, apparaissent des infractions en chaîne : perturbation de services publics, explosion à l’aide d’explosifs, destruction d’équipements de travail essentiels, formation d’une organisation terroriste, soupçon de sabotage contre l’ordre constitutionnel. Cette accumulation juridique raconte la gravité que l’État accorde au geste. Elle raconte aussi la difficulté à classer d’emblée l’affaire dans une case unique.

L’ouest et l’est ne vivent pas le même paysage énergétique, mais ils partagent la même vulnérabilité : des nœuds visibles, des câbles aériens, des clôtures, des transformateurs. L’attaque de Bergheim s’en prend à des câbles aériens. Celle de Jänschwalde s’en prend à un site de distribution lié à une centrale au charbon. Deux portes d’entrée vers le même réseau.

Les qualifications évoquées par les autorités

  • Enquête antiterroriste sur le premier incident
  • Formation d’une organisation terroriste (Brandebourg)
  • Perturbation de services publics
  • Déclenchement d’une explosion à l’aide d’explosifs
  • Destruction d’équipements de travail essentiels
  • Soupçon initial de sabotage dirigé contre l’ordre constitutionnel (Rhénanie-du-Nord-Westphalie)

Le contexte ukrainien, Moscou, le démenti

L’Allemagne est présentée, dans le récit des autorités et des faits publics rappelés mercredi, comme un soutien majeur de l’Ukraine face à l’invasion russe. Dans le même mouvement, elle est dite visée par des projets de sabotage qu’elle attribue à Moscou. Le Kremlin réfute catégoriquement. Cette séquence n’est pas une preuve des deux attaques de mardi. Elle est le décor géopolitique dans lequel ces attaques sont désormais lues.

Un sabotage « téléguidé par un État étranger » est l’une des deux pistes citées par Herbert Reul. L’autre est l’acte d’extrémiste de gauche. Les deux peuvent coexister dans le travail d’enquête. Elles ne peuvent pas, à ce stade, être présentées comme des conclusions. Le ministre parle de pistes. Les attaques ne sont pas revendiquées. Le lien entre Bergheim et Jänschwalde est recherché, pas démontré dans les éléments rendus publics.

Cette prudence officielle n’empêche pas la gravité du ton. « Acte criminel. » « Intentionnel. » « Centre névralgique. » « Nous tous. » Le vocabulaire choisit d’élargir la victime. Ce n’est plus seulement Amprion, plus seulement un poste de Preilack, plus seulement une centrale au charbon. C’est le pays. C’est l’économie. C’est le mode de vie.

Ce que change l’absence de black-out national

Aucune des deux attaques n’a entraîné de coupure de courant à grande échelle. La phrase protège, en apparence, le récit d’un pays qui tient. Elle ne doit pas faire oublier le 3 janvier à Berlin, où plus de 100 000 personnes s’étaient retrouvées dans le noir après un incendie criminel revendiqué. L’écart entre les deux situations est précisément ce que les autorités surveillent : la capacité d’un acte local à devenir un événement urbain, puis national.

À Bergheim, le court-circuit est décrit comme volontaire. À Preilack, au moins un engin a explosé, d’autres ont échoué. L’échec partiel n’annule pas l’intention. Il la documente. Il offre aux enquêteurs des objets, des restes, une scène. Il offre aussi, politiquement, l’image d’une menace qui prépare plus qu’elle ne réussit pleinement — pour l’instant.

Le réseau allemand, comme tout grand réseau interconnecté, vit de redondances. C’est sans doute l’une des raisons pour lesquelles un geste hostile peut perturber des centrales voisines sans éteindre une région entière. Cette résilience technique n’efface pas la question politique : pourquoi frapper maintenant, pourquoi deux sites le même jour, pourquoi des méthodes différentes.

Extrême gauche, infrastructures, répétition

Les autorités rappellent que l’Allemagne a été confrontée ces derniers mois à des attaques répétées contre ses infrastructures énergétiques, certaines revendiquées par des militants d’extrême gauche. La répétition est le mot important. Elle transforme des faits isolés en série. Elle transforme une enquête locale en dossier national. Elle transforme un poste électrique en symbole.

Le groupe Vulkangruppe apparaît dans ce rappel parce qu’il a revendiqué une douzaine d’attaques depuis 2011, parce qu’il a revendiqué l’incendie de janvier à Berlin, parce qu’il a revendiqué, en mars 2024, une action contre des lignes alimentant une usine Tesla près de la capitale. Et parce que, selon les éléments publics, jamais les autorités n’ont identifié les auteurs, des complices ou des membres du groupuscule. L’ombre dure plus longtemps que la flamme.

Relier automatiquement mardi à cette généalogie serait une invention. Les deux attaques n’ont pas été revendiquées. Les enquêteurs étudient aussi l’hypothèse d’un sabotage téléguidé par un État étranger. Tenir les deux phrases ensemble, c’est respecter le dossier tel qu’il est présenté : ouvert, double, inquiet.

Le même jour, deux Landes, une question d’unité

Jänschwalde relève du Brandebourg. Bergheim relève de la Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Deux polices, deux ministres de l’Intérieur régionaux, deux communications. Mercredi, c’est notamment Herbert Reul qui a donné le ton public à Düsseldorf. À Potsdam, la police du Brandebourg a avancé la qualification de formation d’une organisation terroriste. La carte fédérale allemande impose cette fragmentation administrative. Le réseau électrique, lui, ne s’arrête pas à la frontière d’un Land.

D’où l’intérêt, souligné par le ministre, d’examiner un possible lien entre les deux incidents. Un lien n’est pas une preuve de commandement unique. C’est d’abord une hypothèse de calendrier : pourquoi mardi, deux fois, est et ouest. C’est ensuite une hypothèse de cible : pourquoi des postes, pourquoi la distribution, pourquoi le courant. C’est enfin une hypothèse de message : frapper le même jour pour faire entendre que le réseau entier est exposé.

Les autorités n’ont pas dit avoir trouvé ce lien. Elles ont dit l’étudier. Dans un dossier d’infrastructures critiques, cette phrase suffit à maintenir la tension. Elle empêche de classer Bergheim d’un côté et Jänschwalde de l’autre comme deux faits divers séparés par cinq cents kilomètres.

Artisanat explosif et câbles aériens

Les méthodes décrites ne sont pas identiques. D’un côté, des explosifs artisanaux tirés contre un site, plusieurs engins découverts, au moins une explosion, d’autres échecs. De l’autre, une action sur des câbles aériens destinée à provoquer un court-circuit. L’une fait penser à une préparation d’engins. L’autre fait penser à une intervention directe sur le réseau visible. Les deux visent le même type d’objet : un poste, un flux, une continuité.

Le mot « artisanaux » compte. Il décrit des dispositifs qui ne sont pas présentés comme de l’armement militaire lourd, mais comme des engins fabriqués. Il n’enlève rien à la qualification antiterroriste ouverte sur le premier incident. Il oriente plutôt vers une économie de moyens, une accessibilité, une volonté de frapper sans disposer nécessairement d’un arsenal sophistiqué.

Les câbles aériens, eux, sont la part exposée du système. On les voit. On peut les atteindre. On peut y provoquer un court-circuit. Le ministre a écarté l’hypothèse d’un interrupteur défectueux. L’intention, telle qu’il la nomme, est le cœur juridique de Bergheim.

« Ordre constitutionnel » : une formule qui élève l’enjeu

Le soupçon initial de sabotage dirigé contre l’ordre constitutionnel n’est pas une formule de communiqué anodin. Il dit que l’État régional considère que l’attaque ne vise pas seulement un bien, mais le cadre dans lequel la société se gouverne. L’électricité y entre comme condition de la vie ordinaire, de l’économie, des institutions.

Herbert Reul a choisi d’élargir encore : le pays, l’économie, le mode de vie, nous tous. Cette rhétorique d’inclusion fait de chaque foyer un destinataire du dossier. Elle transforme une enquête technique en affaire civique. Elle prépare aussi l’opinion à des mesures, à des contrôles, à une vigilance autour des sites sensibles.

Rien, dans les éléments publics, ne décrit ces mesures. Rien n’invente un plan. On reste sur le constat : deux attaques, deux enquêtes qui se parlent, deux pistes, un ministre qui refuse de réduire l’événement à un accident.

Ce que l’on ne sait pas encore

On ne connaît pas les auteurs. On n’a pas de revendication. On n’a pas de lien établi entre Bergheim et Jänschwalde, seulement une recherche de lien. On n’a pas de conclusion entre piste étrangère et piste d’extrême gauche. On n’a pas identifié, dans le rappel historique, les membres du Vulkangruppe. Ces absences sont le vrai moteur de l’enquête. Elles expliquent le ton grave et le manque de récit fermé.

On sait, en revanche, le calendrier : mardi pour les faits, mercredi pour la parole publique. On sait les lieux : Jänschwalde, Preilack, Bergheim. On sait les opérateurs ou les fonctions : distribution depuis une centrale au charbon à l’est, poste Amprion à l’ouest. On sait l’effet immédiat : pas de black-out à grande échelle, mais des centrales voisines perturbées. On sait les qualifications : antiterroriste, organisation terroriste, ordre constitutionnel.

Entre ces deux listes, le travail des polices. Entre ces deux listes, aussi, la mémoire des incendies berlinois et des lignes brûlées près d’une usine Tesla. Le présent ne copie pas forcément le passé. Il s’y compare.

Repères de lecture

Mardi : deux attaques. Mercredi : enquêtes et conférence de presse. Est : explosifs, Preilack, Brandebourg. Ouest : câbles, Amprion, Bergheim. Horizon : infrastructures énergétiques déjà visées ces derniers mois. Double hypothèse : État étranger ou extrémisme de gauche. Démenti de Moscou sur les projets qui lui sont attribués.

Infrastructures critiques, vie quotidienne, économie

Le ministre a nommé l’économie. Un poste électrique n’alimente pas seulement des lampes. Il tient des chaînes de production, des hôpitaux, des réseaux numériques, des transports, des entrepôts. Même sans coupure nationale, une perturbation de centrales voisines rappelle que le système est un tissu. Tirer un fil, c’est risquer de froisser la pièce entière.

Le mode de vie, autre mot choisi à Düsseldorf, désigne précisément cette banalité du courant : ouvrir un robinet d’eau pressurisée, faire rouler un train, tenir une chambre froide, garder une usine en ligne. Attaquer le courant, c’est attaquer cette banalité. C’est pourquoi le discours public refuse le registre du seul dégât industriel.

Les infrastructures critiques sont devenues, dans le langage des autorités, le théâtre d’une conflictualité nouvelle. Tantôt revendiquée par des militants, tantôt attribuée à des projets étrangers, tantôt laissée sans signature. Mardi s’inscrit dans cette zone grise. Mercredi tente de la nommer sans la refermer.

Berlin, Tesla, la longue liste depuis 2011

Le rappel d’une douzaine d’attaques revendiquées depuis 2011 par le groupe Volcan n’est pas un hors-sujet. Il sert de mémoire institutionnelle. Il dit que la cible énergétique n’est pas née mardi. Il dit qu’une action de mars 2024 contre des lignes alimentant une usine Tesla près de la capitale appartient déjà à cette histoire. Il dit qu’un incendie de janvier a eu un effet de masse : plus de 100 000 personnes sans lumière à Berlin.

Cette mémoire ne désigne pas les auteurs de Jänschwalde ou de Bergheim. Elle éclaire le climat. Elle explique pourquoi une enquête antiterroriste peut être ouverte rapidement. Elle explique pourquoi un ministre parle d’ordre constitutionnel. Elle explique pourquoi le pays, soutien de l’Ukraine, entend aussi parler de projets de sabotage attribués à Moscou et démentis par le Kremlin.

Le fait que les autorités n’aient jamais identifié les auteurs, complices ou membres du groupuscule pèse d’un poids particulier. Il signifie qu’une partie de la menace reste anonyme. L’anonymat est une ressource. Il empêche la clôture narrative. Il force les enquêteurs à travailler sur des scènes, des engins, des câbles, des calendriers.

Lire les deux scènes sans les confondre

La tentation serait de fondre les deux attaques en un seul récit. Les autorités résistent à cette fusion tout en explorant un lien. C’est la position la plus fidèle aux faits publics : même jour, méthodes différentes, qualifications voisines, pistes plurielles. Jänschwalde porte des explosifs et une enquête pour organisation terroriste. Bergheim porte un court-circuit volontaire et un soupçon contre l’ordre constitutionnel. Les deux portent l’absence de revendication.

Cette discipline de lecture évite d’inventer un commando unique, un mobile unique, un État unique, un groupe unique. Elle laisse la place à l’enquête. Elle laisse aussi la place à la gravité : deux postes dans la même journée, ce n’est plus un incident isolé dans le discours public, même si chaque scène reste à établir.

Le lecteur, lui, reste avec une image simple et dure : le courant comme cible. Pas nécessairement le black-out comme trophée. Le nœud comme point faible. Le quotidien comme enjeu.

Une journée, deux enquêtes, un pays sous tension

Mercredi, l’Allemagne a donc dit qu’elle enquêtait. Elle a dit que le premier incident relevait d’une enquête antiterroriste. Elle a dit que le second n’était pas un accident. Elle a dit que deux pistes étaient sur la table. Elle a dit qu’un lien possible était examiné. Elle a rappelé les attaques de ces derniers mois, les revendications d’extrême gauche, le soutien à l’Ukraine, les projets attribués à Moscou, le démenti du Kremlin.

Tout le reste appartient encore aux polices de Potsdam, de Düsseldorf, aux spécialistes des explosifs artisanaux, aux équipes qui relèvent les traces sur des câbles aériens. Le réseau, lui, a tenu à grande échelle. Les centrales voisines ont été perturbées. Les mots politiques ont déjà circulé plus vite que le courant interrompu.

Un poste électrique, a dit le ministre, est un centre névralgique de la vie quotidienne. Mardi, deux de ces centres ont été visés. Mercredi, le pays a commencé à nommer l’attaque. Le nom exact des auteurs, lui, n’est pas encore dans le dossier public. C’est là que l’enquête commence vraiment, entre Preilack et Bergheim, entre une explosion qui a eu lieu et des engins qui n’ont pas fonctionné, entre un court-circuit volontaire et un silence de revendication.

Dans cet intervalle, une seule chose est tenue pour établie par les autorités : ce n’était pas un interrupteur défectueux. C’était intentionnel. Et quiconque vise un tel site, selon la formule désormais reprise, s’attaque à bien plus qu’un transformateur. Il s’attaque au pays, à l’économie, au mode de vie, à tous ceux qui, sans y penser, attendent encore que le courant passe.

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