Quand le sol cède sous les pieds de centaines d’hommes et de femmes qui creusent à la main pour survivre, le drame devient soudain, brutal et sans appel. Mardi dernier, dans l’ouest de la Centrafrique, à quelques encablures de la frontière camerounaise, la mine artisanale de Zamboyé a basculé dans le chaos. Une portion entière de terrain s’est détachée, ensevelissant des dizaines de mineurs sous des tonnes de terre et de boue. Le bilan officiel parle déjà de quarante-neuf vies perdues. Pourtant, sur place, les voix locales murmurent que le chiffre réel pourrait être bien plus lourd. Ce qui s’est passé à Zamboyé n’est pas un accident isolé. C’est le symptôme d’un système minier artisanal qui, depuis des années, laisse des familles entières exposées à des risques mortels.
Un chantier immense devenu piège mortel
Le site de Zamboyé, connu localement sous le nom de Moscou-RCA, s’étend sur une vaste zone à ciel ouvert. Il borde la rivière Kadeï, ce cours d’eau qui trace la frontière entre la Centrafrique et le Cameroun. Des centaines d’orpailleurs y travaillent chaque jour, creusant à la recherche de paillettes d’or dans des conditions extrêmes. Mardi, une partie du sol s’est soudainement effondrée. Une vidéo, dont l’authenticité a pu être vérifiée, montre clairement le moment où la terre se détache et engloutit des mineurs sur son passage. Le spectacle est glaçant. Des corps disparaissent sous la masse, des cris s’élèvent, puis le silence et la poussière.
Le ministre centrafricain des Mines et de la Géologie, Rufin Benam-Beltoungou, s’est rendu sur place dès mercredi. Il a annoncé un premier bilan officiel de quarante-neuf morts. Parmi eux, trente-quatre Centrafricains, treize Camerounais et deux Tchadiens. Sept blessés ont été évacués vers l’hôpital de Baboua, situé à une cinquantaine de kilomètres. Ces chiffres, pourtant, sont immédiatement contestés par des sources locales. Beaucoup affirment que de nombreuses personnes restent portées disparues, probablement encore ensevelies sous les décombres. Le chantier est désormais fermé. Il est impossible de redescendre dans la mine. Les recherches, déjà difficiles, ont été stoppées jeudi.
Les pluies qui aggravent le désastre
Les intempéries des derniers jours ont transformé le fond de la mine en un véritable lac de boue. L’eau s’est accumulée, rendant toute tentative de sauvetage encore plus périlleuse. L’effondrement s’est même poursuivi après le premier éboulement. Chaque heure qui passe rend l’espoir de retrouver d’éventuels survivants plus ténu. Sur le site, de nombreux renforts de sécurité ont été déployés. Parmi eux, des effectifs du groupe paramilitaire russe Wagner étaient visibles jeudi. Leur présence souligne l’importance stratégique et sécuritaire de cette zone frontalière, mais elle ne change rien à la réalité du terrain : le sol reste instable, le fond inondé, les accès interdits.
Le ministre a tenu à rappeler les dangers inhérents aux exploitations minières non conventionnelles. Certains chantiers présentent des conditions de sécurité particulièrement dangereuses. Ces paroles, prononcées sur les lieux mêmes du drame, sonnent comme un aveu. Car Zamboyé n’est pas un cas unique. Mi-juin déjà, un éboulement similaire avait fait plusieurs dizaines de morts dans la mine d’or de Bé-Mbari, également située à la frontière avec le Cameroun, dans le département de Nana-Mambéré. Deux accidents majeurs en quelques semaines, dans la même région, sur le même type de sites. La question qui se pose est simple et terrible : qu’a-t-on réellement fait pour empêcher que cela se reproduise ?
La voix de la société civile
Crescent Beninga, porte-parole du Groupe de travail de la société civile, ne mâche pas ses mots. « Ce n’est pas la première fois qu’on assiste à l’éboulement du sol sur un site minier », rappelle-t-il. Puis il ajoute, avec une amertume palpable : « La question qu’on se pose est : qu’est-ce que nous avons fait pour que cela ne puisse pas se reproduire ? La réponse est que rien n’a été fait. » Ces propos résonnent comme un réquisitoire. Quand on regarde les images qui circulent, il apparaît évident qu’il aurait fallu interdire purement et simplement l’accès à ces sites pendant la saison des pluies. Les sols gorgés d’eau deviennent instables. Les parois se fissurent. Les éboulements se multiplient. Pourtant, les orpailleurs continuent d’affluer, poussés par la nécessité de gagner de quoi vivre.
Quand vous regardez les images qui circulent sur les réseaux sociaux, cela va de soi qu’on devait interdire l’accès à ces sites pendant la saison des pluies.
La Centrafrique est l’un des pays les plus pauvres au monde. Ses sols, en revanche, sont d’une richesse exceptionnelle. Or, diamants, autres minerais : tout attire. Beaucoup d’exploitations se font de manière illégale, hors de tout contrôle étatique. Les conditions de travail y sont rudimentaires. Pas de soutènement digne de ce nom, pas de matériel de sécurité adapté, pas de formation aux gestes qui sauvent. Les mineurs avancent à la force des bras, souvent pieds nus dans la boue, exposés à chaque instant à un effondrement. Zamboyé n’est que le dernier chapitre d’une longue série de drames annoncés.
Un bilan encore incertain
Les quarante-neuf morts officiellement recensés constituent déjà un bilan lourd. Mais les sources locales insistent : de nombreuses personnes restent introuvables. Certaines familles attendent encore des nouvelles. D’autres ont déjà commencé le deuil sans avoir pu récupérer les corps. Dans ces conditions, chaque chiffre avancé doit être pris avec prudence. Les recherches ont été interrompues non seulement à cause de l’instabilité du terrain, mais aussi parce que les pluies continuent de remplir le fond de la mine. Descendre reviendrait à risquer de nouvelles vies. Les autorités ont choisi la prudence. La mine est fermée provisoirement. Combien de temps durera cette fermeture ? Nul ne le sait encore.
Les sept blessés transportés à Baboua reçoivent des soins. Leur état exact n’a pas été détaillé publiquement. On sait seulement qu’ils ont pu être évacués. Pour les familles des disparus, l’attente est atroce. Dans les villages environnants, la nouvelle s’est répandue comme une traînée de poudre. Beaucoup d’orpailleurs venaient de loin, attirés par la réputation du site Moscou-RCA. Des Camerounais, des Tchadiens, des Centrafricains se côtoyaient chaque jour dans les galeries et les trous à ciel ouvert. Le drame a frappé sans distinction de nationalité.
Les risques structurels de l’orpaillage artisanal
L’orpaillage artisanal en Centrafrique repose sur des méthodes ancestrales adaptées à la pauvreté des moyens. On creuse à la main, on lave le gravier dans des bassines, on cherche la pépite qui changera le quotidien. Mais ces méthodes, lorsqu’elles s’appliquent à grande échelle sur des sites déjà fragilisés, deviennent mortelles. Les pluies de saison transforment les sols en pièges. Les parois des excavations, non consolidées, cèdent sous leur propre poids. Les éboulements se produisent sans prévenir. À Zamboyé comme à Bé-Mbari quelques semaines plus tôt, le scénario est le même : une masse de terre qui s’écroule, des dizaines de vies emportées, des familles détruites.
Le ministre des Mines a souligné une nouvelle fois ces dangers. Il a rappelé que certains chantiers présentent des conditions de sécurité particulièrement dangereuses. Ce rappel, aussi nécessaire soit-il, arrive après le drame. Il ne peut pas faire revenir les disparus. Il ne peut pas consoler les familles. Il ne peut pas non plus résoudre à lui seul le problème de fond : l’absence de contrôle effectif sur de nombreux sites. Beaucoup d’exploitations fonctionnent en dehors de tout cadre légal. L’État n’a pas toujours les moyens, ni parfois la volonté, de les surveiller de près. Résultat : les mineurs restent exposés, saison après saison.
La frontière, un espace particulièrement sensible
La localisation de Zamboyé n’est pas anodine. Située aux abords de la rivière Kadeï, elle se trouve exactement à la limite entre deux pays. Cette position frontalière attire des travailleurs de plusieurs nationalités. Elle complique aussi les opérations de secours et de contrôle. Les renforts de sécurité déployés jeudi, y compris ceux liés au groupe Wagner, montrent que la zone est considérée comme stratégique. Pourtant, la présence de forces armées ne suffit pas à stabiliser un sol qui s’effondre. Elle ne remplace pas non plus les mesures de prévention qui auraient dû être prises avant la saison des pluies.
Les images qui circulent donnent la mesure de l’ampleur du chantier. Une immense excavation à ciel ouvert, des centaines de silhouettes qui s’affairent, puis soudain le sol qui se détache. Le contraste est saisissant. D’un côté, l’espoir d’un gain minier. De l’autre, la réalité d’un risque permanent. Dans un pays où la pauvreté pousse des milliers de personnes vers ces sites, le calcul est vite fait : mieux vaut risquer sa vie pour un peu d’or que de n’avoir rien du tout. Ce raisonnement, humainement compréhensible, conduit pourtant à des tragédies répétées.
Ce que révèle le silence après l’accident
Jeudi, les recherches étaient à l’arrêt. L’effondrement s’était poursuivi. Les pluies avaient inondé le fond. Impossible de descendre. Le chantier fermé. Les autorités ont agi. Elles ont constaté. Elles ont annoncé un bilan. Elles ont rappelé les risques. Mais sur le terrain, le sentiment qui domine est celui d’un recommencement. Mi-juin, Bé-Mbari. Aujourd’hui, Zamboyé. Demain, peut-être un autre site. Crescent Beninga le dit clairement : rien n’a été fait pour empêcher la répétition. Les images des réseaux sociaux montrent des conditions de travail qui auraient dû alerter bien avant. Pourtant, les accès sont restés ouverts pendant la saison des pluies.
Cette absence de mesures préventives concrètes interroge. Interdire l’accès aux sites les plus dangereux pendant les périodes critiques n’aurait pas coûté cher. Cela aurait peut-être sauvé des vies. Au lieu de cela, on se retrouve une fois de plus à compter les morts, à transporter les blessés, à déployer des forces de sécurité autour d’un trou rempli d’eau et de boue. Le cycle se perpétue. Les sols riches de Centrafrique continuent d’attirer. Les contrôles restent insuffisants. Les éboulements se multiplient.
Les nationalités mêlées dans le drame
Sur les quarante-neuf morts officiels, trente-quatre étaient Centrafricains, treize Camerounais et deux Tchadiens. Ce mélange de nationalités illustre bien la réalité des sites miniers frontaliers. Les travailleurs viennent d’où ils peuvent, attirés par la perspective d’un revenu. Ils partagent les mêmes conditions précaires, les mêmes risques, le même sort lorsque le sol cède. Les familles, de part et d’autre de la frontière, se retrouvent endeuillées. Les procédures de rapatriement des corps, lorsqu’elles sont possibles, s’annoncent complexes. Pour ceux qui restent disparus, l’incertitude est encore plus cruelle.
L’hôpital de Baboua a accueilli les sept blessés. À une cinquantaine de kilomètres du site, cet établissement devient le premier maillon de la chaîne de soins. On ignore pour l’instant la gravité exacte de leurs blessures. On sait seulement qu’ils ont pu être extraits et transportés. Pour les autres, ceux qui sont restés sous la terre, le temps a déjà joué contre eux. L’eau, la boue, l’instabilité continue du terrain rendent toute nouvelle tentative de sauvetage extrêmement dangereuse. Les autorités ont choisi de ne pas prendre ce risque supplémentaire.
Un appel répété à plus de vigilance
Le ministre Rufin Benam-Beltoungou a insisté sur les risques liés aux exploitations non conventionnelles. Ces mots, prononcés sur les lieux du drame, ont une portée particulière. Ils reconnaissent implicitement que certains sites sont particulièrement dangereux. Ils appellent à une prise de conscience. Mais une prise de conscience sans mesures concrètes reste lettre morte. Interdire l’accès pendant la saison des pluies, comme le suggère Crescent Beninga, serait une première étape simple et immédiate. Renforcer les contrôles, exiger des conditions minimales de sécurité, former les orpailleurs aux gestes de base : autant de pistes qui existent depuis longtemps mais qui peinent à se concrétiser sur le terrain.
La Centrafrique possède des ressources minières considérables. Cette richesse pourrait être une chance. Elle devient trop souvent un piège pour ceux qui n’ont d’autre choix que d’aller creuser. Les éboulements fréquents le rappellent avec une régularité tragique. Zamboyé s’ajoute à la liste. Bé-Mbari l’avait précédée de peu. D’autres sites, ailleurs dans le pays, connaissent probablement les mêmes fragilités. Tant que les conditions de travail resteront aussi précaires, tant que les contrôles resteront insuffisants, le risque de nouveaux drames restera élevé.
La mémoire des disparus et l’avenir des sites
Derrière chaque chiffre se cachent des vies. Quarante-neuf noms, au moins, inscrits désormais dans la mémoire collective de la région. Des familles qui ne reverront plus leurs proches. Des enfants qui grandiront sans père ou sans mère. Des villages qui porteront longtemps le poids de cette journée de mardi. Le site de Zamboyé est fermé provisoirement. Combien de temps ? Personne ne le dit. Ce qui est certain, c’est que la pression économique qui pousse les hommes et les femmes vers ces mines ne disparaîtra pas du jour au lendemain. L’or continuera d’attirer. Les sols continueront de céder si rien ne change en profondeur.
Les images de l’effondrement resteront gravées. Une masse de terre qui se détache, des centaines de personnes au travail, puis le vide. Ces secondes capturées disent plus que de longs discours. Elles disent la fragilité des conditions de travail. Elles disent l’urgence d’agir avant le prochain accident. Elles disent aussi la résilience de ceux qui, malgré tout, continuent de croire qu’un jour les mines pourront être exploitées sans que chaque pluie devienne une menace de mort.
Pourquoi ces drames se répètent
La question posée par Crescent Beninga reste sans réponse satisfaisante. Qu’a-t-on fait pour empêcher la répétition ? Rien, selon lui. Les faits semblent lui donner raison. Deux accidents majeurs en quelques semaines, dans la même zone frontalière, sur des sites d’orpaillage artisanal. Les conditions météorologiques de la saison des pluies sont connues. Les risques d’éboulement aussi. Pourtant, les sites restent accessibles. Les mineurs continuent d’y travailler. Le cycle se perpétue. Chaque nouvel accident ravive la même indignation, les mêmes appels à la vigilance, les mêmes constats d’impuissance relative.
Les sols de Centrafrique sont riches. Cette richesse attire. Elle attire aussi ceux qui n’ont pas les moyens de travailler dans des conditions sécurisées. L’exploitation illégale prospère là où le contrôle de l’État est faible. Les conséquences se mesurent en vies humaines. Zamboyé en est la dernière illustration. Le bilan officiel de quarante-neuf morts, contesté par des sources locales qui parlent de disparus encore ensevelis, ne fait que confirmer l’ampleur du problème. Les recherches stoppées, le site fermé, les pluies qui continuent : tout concourt à rendre la situation encore plus difficile.
Le rôle des autorités et des acteurs de terrain
Le déplacement du ministre des Mines et de la Géologie sur les lieux montre une volonté de présence. L’annonce de la fermeture provisoire est une décision concrète. Le rappel des risques liés aux exploitations non conventionnelles est nécessaire. Mais ces gestes, pour importants qu’ils soient, ne suffisent pas à transformer les conditions structurelles. Les renforts de sécurité, y compris ceux du groupe Wagner, assurent un contrôle du site après le drame. Ils ne préviennent pas le prochain. La société civile, à travers la voix de Crescent Beninga, continue de pointer du doigt l’absence de mesures préventives durables.
Interdire l’accès pendant la saison des pluies apparaît comme une mesure de bon sens. Elle n’a pas été appliquée à Zamboyé. Elle n’avait pas non plus empêché le drame de Bé-Mbari. Tant que cette logique préventive ne sera pas intégrée dans la gestion quotidienne des sites, les éboulements resteront une menace permanente. Les mineurs continueront de s’exposer. Les familles continueront de payer le prix le plus lourd. Le pays, déjà confronté à de multiples défis, continuera de perdre des vies dans des conditions qui auraient pu être évitées.
Une richesse qui coûte trop cher
La Centrafrique figure parmi les nations les plus pauvres de la planète. Ses sous-sols, en revanche, regorgent de ressources convoitées. Cette contradiction fondamentale explique en partie pourquoi tant de personnes acceptent de risquer leur vie dans des mines artisanales. L’or représente une chance de revenus immédiats dans un contexte où les alternatives sont rares. Mais cette chance se paie parfois au prix fort. Les éboulements de Zamboyé et de Bé-Mbari le rappellent avec une force brutale. Des dizaines de morts en quelques semaines. Des blessés. Des disparus. Des familles brisées.
Les conditions de sécurité particulièrement dangereuses dénoncées par le ministre ne sont pas nouvelles. Elles sont connues. Elles sont documentées. Elles persistent. Les exploitations hors de tout contrôle étatique multiplient les risques. Quand le sol est déjà fragilisé par les pluies, le moindre mouvement peut tout faire basculer. À Zamboyé, c’est exactement ce qui s’est produit. Une portion de terrain s’est détachée. Des centaines de mineurs travaillaient à proximité. Le résultat est sous nos yeux : un bilan officiel de quarante-neuf morts, un site fermé, des recherches à l’arrêt, une frontière qui a vu des travailleurs de plusieurs nationalités disparaître sous la terre.
Ce qui reste après le silence
Jeudi, le site de Zamboyé était silencieux. Plus de coups de pioche. Plus de voix qui s’élèvent pour signaler une pépite. Seulement l’eau qui stagne au fond, la terre encore instable, les forces de sécurité qui surveillent. Les familles attendent des nouvelles qui, pour beaucoup, ne viendront plus. Les autorités ont fait leur constat. La société civile a fait entendre sa colère et son incompréhension. Le ministre a rappelé les dangers. Tout cela est nécessaire. Rien de tout cela ne ramène les disparus.
Le prochain chapitre de cette histoire se jouera peut-être sur un autre site, lors d’une autre saison des pluies, sous un autre ciel chargé. Ou alors, peut-être, quelque chose changera. Peut-être que les appels à interdire l’accès aux sites dangereux pendant les périodes critiques seront enfin entendus. Peut-être que des mesures concrètes de prévention verront le jour. Pour l’instant, à Zamboyé, il ne reste que le souvenir d’un sol qui a cédé et de vies qui se sont éteintes en quelques secondes. Un drame de plus dans une longue liste. Un avertissement de plus pour ceux qui veulent bien l’entendre.
Les sols riches de Centrafrique continueront d’attirer. Les hommes et les femmes continueront de creuser tant qu’ils n’auront pas d’autre horizon. La responsabilité de rendre ces sites moins mortels appartient à ceux qui ont le pouvoir d’agir. Après Zamboyé, après Bé-Mbari, après tant d’autres éboulements, la question reste posée avec la même urgence. Qu’est-ce qui a été fait pour que cela ne se reproduise plus ? Pour l’heure, la réponse de la société civile résonne encore : rien. Et c’est cette réponse, plus encore que le bilan des morts, qui devrait hanter les consciences.
Dans les jours et les semaines à venir, le site de Zamboyé restera fermé. Les familles continueront de chercher des réponses. Les autorités poursuivront peut-être leur réflexion sur les moyens de mieux sécuriser les exploitations artisanales. Les orpailleurs, ailleurs, continueront leur travail précaire. Le cycle de la pauvreté et du risque ne s’arrêtera pas d’un coup de décision ministérielle. Mais chaque drame comme celui de Zamboyé rend un peu plus visible l’urgence d’une autre approche. Une approche qui place la vie humaine au-dessus de la précipitation vers l’or. Une approche qui reconnaît enfin que certains sols, à certaines saisons, ne devraient simplement pas être creusés.
L’histoire de Zamboyé n’est pas seulement celle d’un accident. C’est celle d’un système qui laisse des centaines de personnes s’exposer chaque jour à des dangers connus et documentés. C’est celle d’une frontière où se croisent des destinées venues de plusieurs pays. C’est celle d’un ministre qui constate, d’une société civile qui s’indigne, d’un bilan qui s’alourdit, de recherches qui s’arrêtent, d’un site qui se ferme. C’est, surtout, celle d’un avertissement qui a déjà été lancé trop de fois sans être réellement entendu. Mardi, le sol a cédé. Les vies ont été emportées. Jeudi, le silence s’est installé. Demain, tout recommencera peut-être ailleurs, sauf si, enfin, quelque chose change vraiment.









