Comment un rendez-vous né pour prolonger l’été dans une ville du sud-ouest a-t-il fini par devenir, pendant près de quatre décennies, le phare mondial du photojournalisme ? La question revient avec une gravité particulière ce lundi 31 août, au matin d’une disparition qui coupe net le fil d’une histoire commencée en 1989. Jean-François Leroy, fondateur et directeur historique de Visa pour l’image, s’est éteint des suites d’un cancer. Il avait 69 ans. Il est parti en pleine 38e édition de la rencontre qu’il avait bâtie, pierre après pierre, à Perpignan.
Une Absence Qui Change Le Visage Du Festival
Pour la première fois en trente-huit ans, cet ancien photographe n’était pas là samedi, le jour de l’inauguration. Le détail paraît mince. Il ne l’est pas. Ce festival est l’unique rendez-vous mondial entièrement consacré à la photographie de presse. Chaque année, il expose les plus grands photojournalistes. Et chaque année, jusqu’ici, Jean-François Leroy en était le visage, la voix, parfois le juge, souvent le passeur.
Toute l’équipe de Visa pour l’image – Perpignan et toute la famille de Jean-François Leroy ont fait connaître, lundi matin, cette mort. Le festival l’a écrit sur son compte Instagram. Sur X, le même message insiste sur une chose simple et lourde : il avait accompagné et mis en valeur des photojournalistes du monde entier. Pas une formule de circonstance. Une description de métier.
Malgré la maladie, il a participé de A à Z à la préparation de cette édition. Delphine Lelu, la directrice générale, l’a précisé clairement. Il n’était plus sur le perron le soir de l’ouverture. Il était encore dans le travail jusqu’au bout. Cette contradiction-là, entre le corps qui lâche et la volonté qui tient, dessine mieux que n’importe quel discours le personnage.
L’âme D’un Rendez-Vous Professionnel
Delphine Lelu le dit sans détour : c’est l’âme de ce festival. Il l’a porté à bout de bras depuis la première édition, en 1989. Il laisse un grand héritage. Il a toujours voulu que Perpignan soit un phare pour les photojournalistes. L’équipe, elle, promet de faire en sorte que le festival continue de briller. La phrase n’est pas un slogan. C’est une consigne de continuité, prononcée le jour même de la perte.
Jean-François Leroy n’était pas seulement un organisateur. Il était un ardent défenseur de la liberté d’information. Dans le monde du photojournalisme, ces mots ne sont pas abstraits. Ils parlent de terrain, de temps long, de coût, de risque, d’images qui ne se fabriquent pas en quelques secondes. Ils parlent aussi d’un métier souvent malmené, parfois nié, régulièrement concurrencé par des flux visuels sans auteur identifiable.
À Perpignan, depuis 1989, le festival est devenu un rendez-vous professionnel crucial. On y vient voir. On y vient montrer. On y vient se compter. Le photographe franco-iranien Reza, interrogé au moment des hommages, a parlé de l’hôte de « ce lieu de rencontre de la tribu des photojournalistes ». La formule colle. Une tribu a besoin d’un campement. Visa pour l’image a longtemps été ce campement.
Le réel contre-attaque — thème de la 38e édition, choisi alors que son fondateur savait déjà ce que la maladie lui prenait, et ce que les images générées menaçaient de prendre au métier.
Une Naissance Municipale, Un Destin International
À la fin des années 1980, rien n’annonçait encore une institution mondiale. La commune voulait fonder un événement culturel pour prolonger la saison estivale. Un geste local, presque touristique dans son intention première. Le festival a ensuite été parrainé par un grand magazine français et par son ancien directeur de rédaction, Roger Thérond. De cette alliance entre une ville du sud-ouest et un regard éditorial exigeant est né un objet rare : un festival de photo de presse, pas un salon d’images décoratives.
Le sud-ouest de la France n’est pas, au premier abord, le centre naturel de l’actualité mondiale. C’est précisément ce décalage qui a donné au rendez-vous sa force. On s’y extrait du bruit quotidien pour regarder, au calme, ce que le monde a produit d’images de presse. On y discute métier. On y révèle des noms. On y confirme des regards. Jean-François Leroy a tenu ce rôle pendant trente-huit éditions.
Il faut insister sur la durée. Trente-huit ans, ce n’est pas une parenthèse culturelle. C’est une génération entière de photographes passés par Perpignan, regardés, exposés, parfois révélés. Reza le résume ainsi : il a eu un grand impact sur le métier de photojournalisme et révélé de nombreux talents internationaux. Son impact va perdurer. La phrase est au futur. Elle n’est pas un vœu. C’est un constat de transmission.
Reza n’est pas un témoin anonyme. Il est l’auteur d’un portrait iconique du commandant afghan Ahmed Massoud, assassiné en 2001. Quand un tel regard dit que Leroy a révélé des talents, il parle d’un système de reconnaissance professionnelle, pas d’une simple amitié de festival.
Ce Que Disent Les Hommages De Lundi
Les hommages ont plu lundi. Ils célébraient l’homme et, à travers lui, une certaine idée du métier. Une agence de presse internationale a déploré la perte d’un inlassable défenseur du photojournalisme. Au fil des éditions, Jean-François Leroy a laissé le souvenir d’un professionnel passionné, doté d’un instinct rare pour repérer et révéler de nouveaux talents. Ces mots viennent de Claudia Rahola, directrice d’un service photo. Ils collent au portrait déjà dessiné par l’équipe du festival.
Il avait accompagné et mis en valeur des photojournalistes du monde entier.
On peut lire cette phrase comme un éloge. On peut aussi la lire comme une définition de fonction. Accompagner, ce n’est pas seulement accrocher des tirages. C’est choisir, défendre, parfois bousculer, souvent exposer ce que d’autres circuits ignorent. Mettre en valeur, c’est donner une scène à des images qui, autrement, resteraient dans les carnets, les disques durs, les rédactions pressées.
Le festival n’est pas un musée du souvenir. C’est un lieu de rencontre professionnelle. Reza parle de tribu. Une tribu se reconnaît à ses codes, à ses absents, à ses morts. Lundi, la tribu a perdu son hôte historique. Le mot « hôte » compte. Un fondateur peut rester distant. Un hôte reçoit. Il ouvre. Il tient la table. Il décide qui s’assoit près de la lumière.
Le Réel Contre-Attaque, Un Dernier Mot D’ordre
Témoignage de ses exigences par rapport au rôle de l’image dans l’information, Jean-François Leroy lançait, pour la 38e édition, un avertissement sur les trucages visuels engendrés par l’intelligence artificielle. Le thème n’était pas un habillage de communication. Il s’intitulait : Le réel contre-attaque.
Le mot d’ordre était explicite. Face aux images générées par IA, défendre le travail de terrain, sa lenteur et son coût. Trois termes, trois résistances. Le terrain contre le studio virtuel. La lenteur contre la génération instantanée. Le coût contre l’illusion d’une image gratuite, disponible, indéfiniment reproductible.
Ce thème, choisi pour l’édition pendant laquelle il est mort, donne à la disparition une résonance particulière. L’homme qui défendait le réel photographié s’efface au moment même où le festival interroge la fabrique artificielle des images. Il n’est pas nécessaire d’ajouter de symbole. Le calendrier suffit.
Défendre le travail de terrain, ce n’est pas une nostalgie. C’est une position sur l’information. Une image de presse n’est pas seulement un motif visuel. Elle est le résultat d’une présence. Quelqu’un est allé quelque part. Quelqu’un a attendu. Quelqu’un a payé le déplacement, le temps, parfois le danger. Jean-François Leroy voulait que cette économie-là reste visible, lisible, défendable.
| Ce Qu’il A Porté | Ce Que L’édition Rappelle |
|---|---|
| Le festival depuis 1989 | La 38e édition en cours à Perpignan |
| La liberté d’information | L’avertissement contre les trucages visuels |
| La révélation de talents | Le travail de terrain, sa lenteur, son coût |
| Perpignan comme phare | La promesse de continuité de l’équipe |
Un Ancien Photographe Devenu Passeur
Avant d’être le directeur historique du festival, Jean-François Leroy était photographe. Ce détail change la lecture de tout le reste. Il ne venait pas du seul monde de l’événementiel. Il savait ce que signifie faire une image, la porter, la défendre, la perdre parfois dans le flux. Quand un ancien photographe construit un festival de photojournalisme, il ne construit pas seulement un calendrier d’expositions. Il construit un abri pour une pratique.
Cet abri a duré. Il a survécu aux modes, aux crises de la presse, aux mutations techniques, aux doutes sur l’avenir du métier. Il a installé Perpignan sur la carte mentale des photojournalistes du monde entier. Pas comme une capitale politique. Comme un phare, le mot choisi par Delphine Lelu pour dire l’ambition de Leroy.
Un phare ne produit pas la mer. Il signale. Il oriente. Il dit où l’on peut encore aborder. Pour beaucoup de photographes, Visa pour l’image a été ce signal : ici, le métier existe encore comme conversation collective, pas seulement comme commande isolée.
Perpignan, Une Scène Devenue Nécessaire
La ville n’était pas destinée, par géographie seule, à accueillir « l’unique festival mondial consacré à la photo de presse ». C’est le travail de trente-huit années qui a rendu cette évidence artificielle naturelle. On dit maintenant Perpignan comme on dit le lieu où se voient les images de l’année. Cette association ne s’est pas faite toute seule. Elle a un auteur principal.
La commune, à l’origine, voulait prolonger la saison estivale. Le festival a prolongé bien davantage : la visibilité d’un métier. Il a donné une date, un lieu, une solennité à des images trop souvent consommées en défilement. Accrocher une photographie de presse au mur, c’est déjà une prise de position. Cela force le regard à s’arrêter. Jean-François Leroy a fait de cet arrêt une institution.
Les plus grands photojournalistes y exposent. Des talents moins connus y apparaissent. Le mélange n’est pas accidentel. L’instinct rare pour repérer et révéler, évoqué dans les hommages, explique cette double porte : les confirmés et les nouveaux, les regards installés et les regards qui arrivent.
La Maladie, Le Travail, L’inauguration Manquée
Il s’est éteint des suites d’un cancer. La maladie n’a pas empêché la préparation complète de l’édition. Elle a empêché, pour la première fois, la présence à l’inauguration de samedi. Entre ces deux faits, il y a toute une éthique du service : aller jusqu’au bout du travail public, même quand le corps ne suit plus le rite officiel.
On peut imaginer ce que représente, pour une équipe, d’ouvrir la 38e édition sans l’homme qui a ouvert les trente-sept précédentes. On n’a pas besoin d’inventer des scènes. L’absence suffit. Elle est historique à l’échelle du festival. Elle est devenue, deux jours plus tard, définitive.
Lundi matin. Le festival en cours. La ville encore dans le temps des expositions. Et l’annonce. Cette coïncidence n’est pas une mise en scène. C’est le hasard cruel des calendriers. Visa pour l’image continue ses jours d’ouverture pendant que son fondateur n’y est plus. L’équipe dit qu’elle fera briller le festival. Elle le dit le jour où la lumière principale s’éteint.
Liberté D’information Et Exigence De L’image
Défendre la liberté d’information, pour un directeur de festival de photojournalisme, ce n’est pas seulement signer des déclarations. C’est choisir des images qui dérangent, qui documentent, qui obligent. C’est tenir un lieu où le photojournalisme n’est pas un genre décoratif parmi d’autres, mais une pratique d’information.
L’avertissement sur les trucages visuels engendrés par l’IA s’inscrit dans cette ligne. Si n’importe quelle image peut être produite sans terrain, alors le statut de la photographie de presse bascule. Le festival de cette année pose la question de front. Jean-François Leroy l’a posée avec lui, jusqu’à la préparation dernière.
Le réel contre-attaque. La formule est combative. Elle suppose un réel attaqué. Elle suppose aussi qu’on peut encore le défendre. Par des images faites quelque part, par quelqu’un, à un coût, dans une durée. Cette conviction-là traverse toute la biographie publique de Leroy telle que les hommages la racontent.
Ce Que Signifie Révéler Un Talent
Révéler un talent international, dans ce métier, ce n’est pas seulement offrir un cadre au mur. C’est donner une légitimité. Une exposition à Visa pour l’image dit à une rédaction, à une agence, à un public : ce regard compte. Reza affirme que nombreux sont ceux qui sont passés par cette reconnaissance. Claudia Rahola parle d’un instinct rare. Deux voix, une même observation.
Un instinct ne se décrète pas. Il se vérifie sur la durée. Trente-huit éditions offrent précisément cette durée. On ne « révèle » pas par accident pendant presque quatre décennies. On construit un œil. On accepte de se tromper parfois. On tient une ligne. Le festival est devenu, à force, un filtre de confiance pour une profession entière.
La tribu dont parle Reza a besoin de tels filtres. Le photojournalisme est un métier dispersé, souvent solitaire sur le terrain, collectivement fragile ensuite. Un festival qui sert de campement annuel recoud ce qui, le reste de l’année, s’effiloche.
Un Héritage Que L’équipe Promet De Porter
Delphine Lelu le formule au nom de ceux qui restent : il nous laisse un grand héritage. La phrase pourrait s’arrêter là. Elle continue par un engagement. On va faire en sorte que le festival continue de briller. Autrement dit : la disparition de l’âme n’autorise pas l’extinction du phare.
Un héritage, dans un festival, ce n’est pas une statue. C’est une méthode. Choisir des expositions. Défendre le terrain. Accueillir la tribu. Tenir Perpignan comme point de ralliement. Refuser que l’image d’information se dissolve dans le flux généré. Tout cela peut se poursuivre sans l’homme. Rien de cela n’existerait de la même façon sans lui.
La famille et l’équipe ont annoncé ensemble. Ce « ensemble » compte aussi. Le festival n’était pas un objet privé. Il n’était pas non plus une machine impersonnelle. Il tenait par une personne et par ceux qui, autour d’elle, ont accepté de porter le même niveau d’exigence.
Pourquoi Cette Disparition Déborde Le Seul Calendrier Culturel
On pourrait classer l’événement dans la rubrique des deuils culturels. Ce serait incomplet. Visa pour l’image n’est pas seulement un festival. C’est un outil professionnel. Sa disparition d’âme touche donc le métier autant que la ville. Les photojournalistes du monde entier dont parle le festival sur X perdent un accompagnateur. Les publics perdent un passeur. La liberté d’information perd un défenseur identifié.
Il avait 69 ans. L’âge dit la génération. Celle qui a vu le photojournalisme papier, puis le basculement numérique, puis l’arrivée des images synthétiques. Tenir un festival unique au monde sur cette période, c’est avoir traversé toutes les mutations sans abandonner le principe : une image de presse vient d’un réel rencontré.
Les hommages de lundi ne racontent pas une carrière administrative. Ils racontent une passion professionnelle. Le mot revient. Passionné. Inlassable. Âme. Hôte. Phare. Ce champ lexical n’est pas anodin. Il décrit quelqu’un qui n’a pas délégué le sens du rendez-vous.
Ce Que Le Public Voit Quand Il Entre Dans Le Festival
Le visiteur de Perpignan voit des accrochages. Derrière les accrochages, il y a une sélection. Derrière la sélection, il y a une idée de ce que l’information visuelle doit encore être. Jean-François Leroy a incarné cette idée jusqu’à la 38e édition comprise, y compris dans sa préparation intégrale malgré la maladie.
Exposer les plus grands n’empêche pas d’ouvrir la porte aux moins visibles. C’est même tout l’équilibre d’un festival qui se veut à la fois vitrine et révélateur. L’instinct de découverte n’a de valeur que s’il cohabite avec le respect des regards déjà reconnus. Les témoignages convergent vers cette double compétence.
Le public, lui, reçoit un condensé d’année visuelle. Des conflits, des sociétés, des visages, des territoires. Le festival transforme le flux en exposition. Il rend le photojournalisme fréquentable sans le rendre inoffensif. Telle est, en substance, la promesse tenue depuis 1989.
Une Continuité Annoncée, Une Absence Irréversible
Le festival continue. C’est le propre des institutions vivantes : elles survivent à leurs fondateurs, ou elles s’effondrent. L’équipe affirme la première voie. Elle le fait le jour même de la mort, ce qui donne à l’affirmation une urgence plutôt qu’une sérénité. On ne parle pas de lendemain quand le matin vient d’être déchiré. On parle de devoir.
Jean-François Leroy ne sera plus à l’inauguration. Plus à aucune. Cette évidence brute doit être dite sans détour. Le rendez-vous qu’il a créé lui survit déjà, puisque l’édition est en cours. La question n’est donc plus l’existence immédiate du festival. Elle est la fidélité à la ligne : terrain, lenteur, coût, liberté d’information, révélation des talents.
Les photojournalistes qui exposent cette année le font dans un festival orphelin de son directeur historique. Les murs sont les mêmes. L’âme a changé de statut. Elle est devenue mémoire active, si l’équipe tient parole.
Le Sens D’un Mot : Professionnel
On a beaucoup dit « professionnel passionné ». Les deux mots se tiennent. Le professionnalisme sans passion devient administration. La passion sans professionnalisme devient caprice. Leroy, au vu des hommages, tenait les deux bouts. D’où l’autorité reconnue par des photographes et par des responsables de services photo.
Un rendez-vous professionnel crucial, c’est un lieu où l’on ne vient pas seulement consommer de la culture. On y vient parce que sa pratique en dépend, au moins un peu : visibilité, réseau, discussion, comparaison des regards. Visa pour l’image a occupé cette fonction depuis 1989. Son fondateur en était le garant visible.
Quand Reza parle d’impact sur le métier, il ne parle pas d’une émotion de soirée d’ouverture. Il parle d’une modification durable de la cartographie professionnelle. Des talents révélés, c’est des carrières infléchies. Des éditions répétées, c’est une norme qui s’installe : Perpignan comme passage.
Face Aux Images Sans Terrain
Les trucages visuels engendrés par l’IA ne sont pas un chapitre à part. Ils sont le dernier adversaire nommé par Leroy dans le cadre du festival. Après les crises économiques de la presse, après les mutations de diffusion, voici la possibilité d’images sans prise de vue. Le thème de 2026 dans le calendrier du festival — la 38e édition — répond à cela par une contre-attaque du réel.
Défendre la lenteur, aujourd’hui, est presque un geste politique de l’image. Tout pousse à l’instantané. Le photojournalisme de terrain pousse à l’inverse : attendre, revenir, comprendre, rester. Le coût n’est pas un détail comptable. C’est la preuve qu’une image a un prix parce qu’un réel a été abordé.
Jean-François Leroy a voulu que cette défense soit le mot d’ordre d’une édition entière. Il est mort pendant cette édition. Les deux faits s’éclairent l’un l’autre sans qu’on ait besoin d’en forcer le symbole. Le fondateur disparaît au moment où le festival dit que le réel doit encore pouvoir se faire voir.
Ce Qu’il Faut Retenir Sans Détour
Jean-François Leroy, 69 ans, fondateur et directeur historique de Visa pour l’image, est mort lundi 31 août au matin, des suites d’un cancer, à Perpignan, pendant la 38e édition du festival international du photojournalisme créé en 1989. Il était absent, pour la première fois, de l’inauguration de samedi. Il avait pourtant préparé l’édition de A à Z.
Il laisse un festival unique au monde consacré à la photo de presse, une ville transformée en phare pour les photojournalistes, une exigence sur le rôle de l’image dans l’information, et un dernier thème qui sonne comme un testament professionnel : le réel contre-attaque, contre les images générées, pour le travail de terrain, sa lenteur et son coût.
Les voix de Delphine Lelu, de Reza, de Claudia Rahola et de l’équipe du festival dessinent le même homme : passeur, défenseur, hôte, découvreur. L’équipe dit que le festival continuera de briller. Le public, les photographes et la ville verront si le phare tient sans celui qui l’a allumé.
En attendant, l’édition suit son cours. Les cimaises sont là. Les images de presse aussi. Il manque l’homme qui, depuis 1989, faisait de cette rencontre bien plus qu’une prolongation de saison estivale : une maison pour une tribu, et un argument vivant en faveur de la liberté d’information.
C’est ainsi que s’écrit, sans enjoliver, la fin d’un chapitre commencé il y a trente-huit ans dans le sud-ouest de la France. Un fondateur s’en va. Un festival reste. Entre les deux, un héritage que personne, désormais, ne pourra plus lui présenter en face, le soir d’une inauguration.









