ActualitésCulture

Décès De Noël Godin Célèbre Entarteur Belge À 80 Ans

Noël Godin, le maître de la tarte à la crème qui visait les ego surdimensionnés, vient de disparaître. De Marguerite Duras à Bill Gates, son parcours unique laisse un héritage inattendu qui continue de questionner...

Quand un homme décide de combattre la vanité avec une simple tarte à la crème, le monde retient son souffle et sourit. Ce dimanche, au petit matin, Noël Godin a quitté la scène à l’âge de 80 ans. Sa compagne a confirmé la nouvelle, mettant fin à une existence entièrement dédiée à bousculer les ego trop enflés. L’annonce a résonné comme un dernier jet de crème sur l’actualité, rappelant que l’humour peut parfois être plus tranchant qu’un discours soigneusement préparé.

Un parcours unique entre humour et provocation douce

Né le 13 septembre 1945 à Liège, dans l’est de la Belgique, Noël Godin a grandi dans un environnement qui nourrissait déjà son regard critique. Humoriste et journaliste de cinéma, il a transformé une idée farfelue en signature personnelle. Sous le pseudonyme de Georges Le Gloupier, il a inventé une méthode simple et spectaculaire pour rappeler aux puissants qu’ils restaient des êtres humains. Sa phrase fétiche résonnait comme un cri de ralliement : « Entartons les pompeux cornichons ! »

Cette formule n’était pas qu’un slogan. Elle résumait toute une philosophie. Godin estimait que certaines personnalités, trop vaniteuses, méritaient un rappel à l’ordre pâtissier. La tarte à la crème devenait alors un outil de démocratie humoristique, accessible à tous et impossible à ignorer. Le geste était rapide, salissant, mais jamais violent au sens classique du terme. Il provoquait le rire tout en forçant la réflexion.

Les origines d’une vocation inattendue

Tout a commencé dans l’imagination fertile d’un journaliste de cinéma. Godin s’amusait à répandre de fausses informations dans une revue belge spécialisée. Un jour, il invente que son double fictif, Georges Le Gloupier, a lancé une tarte au visage du cinéaste Robert Bresson. Dans un numéro suivant, il imagine que Marguerite Duras décide de venger le réalisateur. Selon cette fiction, l’écrivaine surprend Le Gloupier sur la terrasse du café Flore à Paris et lui renvoie la politesse pâtissière.

Le ton était donné. L’histoire circulait, amusait, et préparait le terrain. Lorsque Marguerite Duras se rend en Belgique, Godin passe du faux au réel. Le 11 novembre 1969, une tarte à la crème s’écrase sur le visage de la romancière. Ce geste devient le premier d’une longue série. La frontière entre invention et réalité s’efface. L’entarteur est né.

Ce passage du fantasme à l’action révèle une intelligence rare. Godin ne se contentait pas d’écrire des blagues. Il les incarnait. Il transformait une blague de magazine en performance publique. Cette capacité à faire basculer le fictif dans le tangible marque encore aujourd’hui son originalité. Peu d’humoristes ont osé une telle cohérence entre leurs mots et leurs actes.

Les cibles les plus célèbres de l’entarteur

Au fil des décennies, la liste des « pompeux cornichons » s’est allongée. Bill Gates a reçu sa tarte en 1998. L’image du milliardaire américain couvert de crème a fait le tour du monde. Bernard-Henri Lévy a été visé à plusieurs reprises. Godin a confié avoir personnellement entarté l’intellectuel français huit fois. D’autres personnes, inspirées par son exemple, ont multiplié les gestes similaires à travers la planète.

En 1997, il organise l’entartage de Nicolas Sarkozy, alors futur président. Cette fois, il reste volontairement en retrait. Il confie la mission à des complices, craignant d’être reconnu. Cette prudence montre qu’il mesurait parfaitement les risques. L’action devait frapper les esprits, pas forcément aboutir à une confrontation directe chaque fois.

Chaque intervention suivait la même logique. La personnalité choisie était jugée trop pleine d’elle-même. La tarte intervenait comme un égalisateur social temporaire. Le moment de l’impact créait une égalité soudaine entre le puissant et le simple citoyen armé de pâtisserie. Le rire qui suivait était libérateur pour certains, gênant pour d’autres.

« Entartons les pompeux cornichons ! » – la devise qui a guidé toute une existence dédiée à écorner les certitudes.

Une méthode devenue signature internationale

Godin n’a jamais revendiqué l’invention exclusive du jet de tarte. Il a cependant perfectionné l’art et lui a donné une dimension politique et culturelle. L’entartage n’était plus un simple canular. Il devenait un commentaire social. En choisissant des figures de l’élite intellectuelle, économique ou politique, il soulignait les écarts entre le discours et la réalité humaine.

Sa technique restait artisanale. Une tarte à la crème, un moment d’opportunité, et le geste. Pas de matériel sophistiqué. Pas de violence physique au-delà de la salissure. L’efficacité résidait dans le contraste entre le sérieux de la cible et le ridicule de la situation. Les images circulaient rapidement, amplifiant le message bien au-delà du lieu de l’action.

Des imitateurs ont repris le flambeau un peu partout. Godin observait ces prolongements avec un mélange de fierté et de distance. Il savait que son idée avait dépassé sa personne. L’entartage était devenu un langage universel pour exprimer le refus de la pompe excessive.

Le regard porté sur sa propre disparition

En 2021, lors d’un entretien, Godin évoquait déjà l’après. Il confiait : « À vrai dire quand il ne sera plus là, je serai désemparé. » Cette phrase, rapportée par sa compagne après son décès, prend aujourd’hui une résonance particulière. L’homme qui avait passé sa vie à défier les certitudes des autres s’interrogeait sur le vide que laisserait son absence.

Sa compagne, Sylvie Broodthaers, a annoncé la nouvelle lundi, confirmant que le décès était survenu tôt dimanche matin. L’information a rapidement circulé, ramenant sur le devant de la scène un personnage que beaucoup avaient un peu oublié, mais dont les gestes restaient gravés dans les mémoires.

Ce moment de silence autour de sa mort contraste avec le bruit joyeux de ses interventions. Plus de tarte volante. Plus de crème sur des vestes impeccables. Seulement le souvenir d’un homme qui avait choisi l’humour comme arme de choix contre l’orgueil.

L’héritage d’un humoriste hors normes

Noël Godin laisse derrière lui bien plus qu’une série d’anecdotes croustillantes. Il a prouvé qu’une action simple, répétée avec constance, pouvait interroger durablement le rapport au pouvoir et à l’image. Dans un monde où les personnalités cultivent soigneusement leur apparence, le geste de la tarte rappelait la fragilité de toute construction médiatique.

Son travail de journaliste de cinéma nourrissait sans doute cette sensibilité. Il observait les mises en scène, les postures, les discours. Puis il intervenait pour les faire basculer. La salle de rédaction et la rue se rejoignaient dans une même démarche critique.

Aujourd’hui, en relisant son parcours, on mesure la cohérence de son engagement. De la fiction publiée dans une revue belge jusqu’aux actions réelles contre des figures internationales, tout s’enchaîne avec une logique implacable. L’imaginaire a précédé l’acte. L’acte a ensuite nourri de nouvelles légendes.

Première action

11 novembre 1969 – Marguerite Duras

Action médiatisée

1998 – Bill Gates

Record personnel

Huit fois Bernard-Henri Lévy

Pourquoi son geste continue de parler

Dans une époque saturée d’images contrôlées, l’entartage conserve une force symbolique intacte. Il est difficile de garder sa dignité officielle lorsque la crème coule le long du visage. Le moment force une humanité brutale, presque enfantine. Godin avait compris cette puissance.

Il ne cherchait pas à détruire. Il cherchait à désacraliser. Les « pompeux cornichons » n’étaient pas des ennemis à abattre, mais des figures à remettre à leur juste place, celle d’êtres faillibles. La tarte accomplissait ce travail en quelques secondes.

Cette approche douce et pourtant radicale explique la longévité de son souvenir. Des décennies après la première action, les photos et les récits circulent encore. Ils rappellent qu’un citoyen ordinaire, armé d’une pâtisserie, peut créer un événement international.

Une vie entièrement dédiée à un principe

De Liège à Paris, des salles de rédaction aux terrasses de cafés, Noël Godin a suivi une ligne droite. L’humour comme critique sociale. La crème comme révélateur. Le rire comme outil de lucidité. Peu d’artistes peuvent se vanter d’une telle unité entre intention et réalisation.

Son alias Georges Le Gloupier lui permettait de distancier le geste tout en l’assumant pleinement. Le double fictif ouvrait un espace de liberté. Godin pouvait préparer, organiser, parfois se retirer, tout en laissant le personnage principal occuper le devant de la scène.

Cette théâtralisation de l’action politique par le rire constitue peut-être son apport le plus durable. Il a montré qu’on pouvait contester sans haine, frapper sans blesser durablement, et faire rire tout en faisant réfléchir.

Le silence après le dernier jet

Avec sa disparition, une voix particulière s’est tue. Plus de préparatifs secrets. Plus de listes de cibles potentielles. Plus de phrases assassines lancées avec un sourire. Le monde des personnalités vaniteuses a perdu son plus constant et malicieux contradicteur.

Pourtant, l’idée reste vivante. Chaque fois qu’une figure publique semble trop pleine d’elle-même, le souvenir de la tarte à la crème peut ressurgir. Godin a planté une graine. Elle continue de germer dans l’imaginaire collectif.

Sa compagne a choisi la simplicité pour annoncer le départ. Pas de longs discours. Une confirmation claire. L’homme qui avait passé sa vie à créer du bruit joyeux s’en est allé dans la discrétion du petit matin. Le contraste est saisissant et, d’une certaine manière, fidèle à son esprit.

Ce que l’on retient aujourd’hui

Noël Godin restera comme celui qui a osé. Celui qui a transformé une blague de magazine en performance récurrente. Celui qui a mis de la crème sur le visage de Marguerite Duras, de Bill Gates, de Bernard-Henri Lévy et de tant d’autres. Celui qui a fait de la tarte un symbole.

Dans les années à venir, son nom reviendra probablement chaque fois qu’un ego trop visible sera rappelé à l’ordre par un geste humoristique. L’entarteur a tracé un sillon. D’autres peuvent le prolonger, à leur manière.

Pour l’instant, le silence s’installe. Un silence respectueux, teinté de sourire. Car même dans la mort, Noël Godin continue de provoquer une réaction ambiguë : un peu de tristesse, beaucoup de reconnaissance, et ce petit rire intérieur qui dit que, parfois, la meilleure réponse à la pompe reste une bonne tarte à la crème bien placée.

L’homme de Liège a accompli son cycle. De l’invention littéraire à l’action réelle, de la première tarte de 1969 aux dernières interventions, il a tenu son rôle jusqu’au bout. Le rideau est tombé. La scène reste imprégnée de l’odeur sucrée de la crème et du souvenir d’un rire qui n’avait peur de rien.

En refermant ce chapitre, on se souvient surtout de la liberté qu’il s’était octroyée. Une liberté de regard, une liberté de geste, une liberté de ton. Dans un monde souvent trop sérieux, trop contrôlé, trop soucieux de son image, Noël Godin aura été l’homme qui rappelait que tout peut basculer d’un simple mouvement de bras armé d’une pâtisserie.

Sa disparition n’efface pas les images. Elle les fixe au contraire. Elles resteront comme des preuves qu’un individu déterminé peut, avec les moyens les plus modestes, créer un événement qui traverse les frontières et les époques. L’entarteur a réussi son pari. Il a fait de la vanité une cible mobile, et de la tarte à la crème une réponse universelle.

Aujourd’hui, tandis que les hommages se multiplient discrètement, on imagine volontiers Georges Le Gloupier quelque part, préparant encore une tarte invisible pour un dernier « pompeux cornichon » imaginaire. L’esprit de Noël Godin n’a probablement pas fini de circuler. Il continue de souffler, léger et malicieux, sur les fronts trop lisses de ceux qui se prennent trop au sérieux.

Le 13 septembre 1945 marquait une naissance. Ce dimanche d’août 2026, un départ. Entre les deux dates, une vie entière consacrée à un seul et même combat joyeux. Peu d’existences peuvent se vanter d’une telle clarté de propos. Noël Godin savait exactement ce qu’il voulait faire. Il l’a fait. Et le monde en a ri, s’en est indigné, s’en est souvenu.

Voilà l’essentiel. Un homme, une idée, une tarte. Et des décennies de cohérence. Dans le paysage de l’humour contemporain, cette trajectoire reste singulière. Elle mérite d’être racontée encore et encore, non pas pour glorifier la provocation gratuite, mais pour rappeler qu’il existe des manières inventives, légères et efficaces de questionner le pouvoir et l’image.

La crème a séché depuis longtemps sur les vestes des cibles. Les photos jaunes un peu. Mais le principe demeure. Chaque fois qu’une personnalité trop confiante apparaît, le souvenir de Godin peut surgir. Et avec lui, l’envie de sourire. Parce que, finalement, même les plus grands ont une face qui peut accueillir une tarte.

C’est peut-être cela, le plus beau legs de Noël Godin. Il a rendu acceptable, presque nécessaire, le droit de se moquer des vanités excessives. Il a donné une forme concrète à ce droit. Une forme douce, collante, et terriblement mémorable. Les générations futures auront toujours cette référence sous la main. Une référence belge, humoristique, et résolument anti-pompe.

Le café Flore, la terrasse belge, les conférences de presse, les rencontres internationales : tous ces lieux ont un jour accueilli le geste. Aujourd’hui, ils accueillent le souvenir. Un souvenir qui sent encore un peu la vanille et le sucre, et qui porte en lui une leçon simple : ne jamais se prendre trop au sérieux, car quelqu’un, un jour, pourrait arriver avec une tarte.

Noël Godin a terminé son chemin. L’entarteur a reposé ses armes pâtissières. Mais l’idée, elle, continue sa route. Légère, malicieuse, indestructible. Comme une tarte bien lancée qui n’atteint jamais vraiment le sol.

Passionné et dévoué, j'explore sans cesse les nouvelles frontières de l'information et de la technologie. Pour explorer les options de sponsoring, contactez-nous.