Et si l’avenir de Circle ne dépendait pas du vote du Congrès américain ? Alors que de nombreux investisseurs retiennent leur souffle en attendant le sort du CLARITY Act, les analystes de Bernstein viennent de rappeler que leur conviction reste intacte. L’objectif de cours à 140 dollars est maintenu, et le rating Outperform aussi. Une position claire qui surprend dans un marché où la réglementation dicte souvent le tempo.
Pourquoi Bernstein refuse de baisser ses ambitions sur Circle
Le 24 août 2026, l’équipe menée par Gautam Chhugani a publié une note qui mérite qu’on s’y arrête. Circle Internet Group clôturait la séance du vendredi précédent à 87,98 dollars. L’objectif de 140 dollars représente donc une hausse potentielle d’environ 59 %. Certes, ce chiffre reste inférieur à la cible précédente de 190 dollars fixée plus tôt dans l’année, mais le message est sans ambiguïté : la thèse d’investissement ne repose pas sur le passage du projet de loi de structure de marché crypto prévu pour la session de septembre.
Les analystes soulignent que le prochain cycle de croissance de Circle s’appuie sur des moteurs concrets et déjà visibles. Parmi eux figurent les paiements en stablecoin, les marchés de capitaux basés sur la blockchain, les actifs tokenisés et, plus surprenant, les paiements effectués par des agents logiciels autonomes. Autant de tendances qui, selon eux, continuent de progresser indépendamment du calendrier législatif.
Une reprise nette de l’offre d’USDC après des mois de stagnation
Après près de six mois de relative stabilité, l’offre d’USDC a bondi d’environ 1,7 milliard de dollars au cours de la seule dernière semaine. Ce retournement n’est pas anodin. Il survient alors que le stablecoin de Circle s’impose de plus en plus comme un actif collatéral central dans la finance décentralisée, les actions tokenisées, les marchés de prédiction et les contrats à terme perpétuels liés à des actifs du monde réel.
Bernstein estime que l’USDC représente déjà environ 80 % des volumes de trading et de finance sur les échanges décentralisés. Cette position dominante lui confère un avantage structurel difficile à contester à court terme. Dans le même temps, l’activité hors spéculation pure s’accélère. Le volume de transactions ajusté, qui exclut les bots et les opérations à haute fréquence, a atteint environ 11 000 milliards de dollars en 2025. À travers juillet 2026, ce rythme annualisé grimpait déjà à près de 17 000 milliards de dollars, soit une progression d’environ 60 % sur un an.
Chiffre clé : +1,7 milliard de dollars d’USDC en une semaine après presque six mois de stagnation.
Des volumes qui confirment une adoption réelle
Ces chiffres ne relèvent pas d’une simple statistique de marché. Ils illustrent une bascule progressive vers des usages plus institutionnels et plus diversifiés. Circle a multiplié les initiatives pour faciliter l’accès des entreprises et des institutions à l’USDC. En juillet, la société a obtenu l’aval de l’Office of the Comptroller of the Currency pour créer Circle National Trust, une banque de confiance nationale sous supervision fédérale. Cette structure lui permet d’offrir des services de garde d’actifs numériques et, potentiellement, de gérer les réserves qui garantissent l’USDC au sein d’une entité réglementée.
Du côté des banques, Standard Chartered a ouvert un accès direct de mint et de redemption d’USDC pour ses clients institutionnels. Une intégration avec Fireblocks permet désormais de gérer les soldes USDC sur plusieurs blockchains et de convertir les paiements en monnaies locales via le Circle Payments Network. Fireblocks a indiqué que les stablecoins représentaient 69 % du volume de transactions sur sa plateforme au deuxième trimestre. Circle, de son côté, a rapporté que son réseau de paiements atteignait un volume annualisé de 14,7 milliards de dollars à la fin de la même période.
Les paiements par agents autonomes : un nouveau terrain de jeu
L’un des aspects les plus intéressants de la thèse Bernstein concerne les paiements machine-to-machine. Circle a lancé en mai son Agent Stack, une infrastructure permettant aux agents logiciels de détenir des actifs, de découvrir des services et d’effectuer des paiements programmables. Dès le deuxième trimestre, plus de 900 services payants utilisaient déjà cette plateforme. Et 99,3 % du volume de paiements agents via le protocole x402 se réglait en USDC.
Des données indépendantes confirment cette avance. Un rapport de Keyrock avait déjà montré, en mai, que des agents d’intelligence artificielle avaient réglé 73 millions de dollars répartis sur 176 millions de transactions en douze mois, avec 98,6 % de ces paiements effectués en USDC. Circle a complété son offre avec des Agent Wallets, un marketplace d’agents et des outils de nanopaiements. Les développeurs peuvent fixer des plafonds de dépenses, des listes d’autorisations et d’autres contrôles, tout en laissant les agents exécuter des transactions USDC sans validation humaine systématique.
Nous pensons que ce cycle de croissance est indépendant de l’adoption du Clarity Act lors de la session de septembre.
Équipe Bernstein, note du 24 août 2026
Le CLARITY Act ne change pas la donne selon Bernstein
La réglementation reste évidemment une variable majeure. Les législateurs américains continuent de négocier le traitement des récompenses sur les stablecoins et la structure globale du marché des actifs numériques. Pourtant, Bernstein estime qu’un échec du CLARITY Act n’altérerait pas fondamentalement son scénario. Si le Sénat ne soutient pas le texte lors du vote attendu autour du 15 septembre, les analystes anticipent une intervention plus rapide de la SEC et de la CFTC pour fournir des orientations réglementaires.
Sur la question sensible des récompenses, deux scénarios sont envisagés. En cas d’échec du projet de loi, les programmes de récompenses de tiers continueraient de fonctionner selon le modèle actuel. En cas d’adoption, les récompenses seraient davantage liées à l’activité des clients plutôt qu’à la simple détention passive d’un solde. Dans les deux cas, Bernstein juge la structure compatible avec le développement de l’USDC.
Cette position n’est pas nouvelle. Dès le mois de mai, le broker avait soutenu la posture réglementaire de Circle après l’avancée d’un langage limitant le rendement de type dépôt sur les soldes passifs. Les analystes estimaient alors que ces restrictions éviteraient une pure concurrence par les taux d’intérêt, ce qui allégeait la pression sur Circle.
Une concurrence qui s’intensifie mais reste gérable
Circle n’évolue pas dans un vide concurrentiel. Open USD, avec sa structure de consortium qui redistribue une partie de l’économie des réserves aux participants, propose un modèle différent. Mizuho avait d’ailleurs abaissé sa recommandation à Underperform en juillet et ramené son objectif à 50 dollars, citant précisément la pression potentielle sur les marges de Circle.
Heath Tarbert, président de Circle, a répondu en soulignant que la liquidité de l’USDC, ses intégrations existantes et son infrastructure réglementaire restaient difficiles à reproduire rapidement. La société multiplie en parallèle les partenariats. Un accord avec le japonais JCB prévoit des tests d’USDC pour des transferts de trésorerie d’entreprise avant une éventuelle utilisation chez les commerçants. Des collaborations avec Kakao et Toss explorent le règlement en stablecoin et les paiements programmables en Corée du Sud. L’USDC a également intégré la plateforme de garde d’actifs numériques de BNY en juin, permettant aux clients institutionnels de minter, racheter, détenir et transférer le stablecoin via la banque.
Points de vigilance concurrentielle
- Modèle Open USD et redistribution des revenus de réserve
- Pression potentielle sur les marges soulignée par certains brokers
- Avantage de liquidité et d’intégration encore favorable à l’USDC
Les conditions de liquidité mondiale jouent en faveur des stablecoins
Bernstein place également son analyse dans un contexte macroéconomique plus large. Le Bitcoin a bénéficié d’une demande pour des actifs rares, tandis que les stablecoins deviennent une destination alternative pour les dollars au moment où le Trésor américain émet davantage de dettes à court terme. Cette dynamique de liquidité globale offre un vent porteur supplémentaire aux émetteurs de stablecoins réglementés comme Circle.
Dans un environnement où les institutions cherchent à optimiser la gestion de trésorerie et où les agents autonomes commencent à générer des flux de paiements réels, l’USDC occupe une position privilégiée. Sa présence dominante dans les volumes décentralisés, ses accords bancaires et sa capacité à s’adapter aux évolutions réglementaires forment un ensemble cohérent aux yeux des analystes.
Ce que signifie concrètement l’objectif de 140 dollars
À 87,98 dollars en clôture du 21 août, le titre Circle a déjà progressé de plus de 5 % ce jour-là. L’objectif de 140 dollars implique une revalorisation significative, mais reste ancré dans une vision de croissance progressive plutôt que dans un scénario purement spéculatif. Bernstein reconnaît que le chemin n’est pas exempt de risques, notamment concurrentiels et réglementaires, tout en estimant que les fondamentaux d’adoption compensent largement ces incertitudes.
Les analystes ont également précisé que Gautam Chhugani détient des positions longues sur plusieurs cryptomonnaies et que le cabinet ou ses affiliés ont entretenu des relations d’affaires, y compris de banque d’investissement, avec Circle au cours des douze derniers mois. Cette transparence fait partie du cadre habituel des notes de recherche.
Une thèse qui résiste au bruit réglementaire
En définitive, le message de Bernstein est clair : le cycle de croissance actuel de Circle s’appuie sur des usages concrets qui se développent déjà. Qu’il s’agisse de l’expansion de l’offre d’USDC, de la hausse des volumes ajustés, des partenariats institutionnels ou de l’émergence des paiements par agents, les signaux pointent vers une adoption plus large que la simple spéculation crypto.
Le sort du CLARITY Act reste important pour le secteur dans son ensemble. Mais pour Circle spécifiquement, les analystes estiment que l’échec ou le succès du texte n’invaliderait pas leur scénario. Dans un marché souvent sensible aux annonces politiques, cette lecture plus structurelle apporte une perspective différente et mérite d’être suivie de près dans les semaines à venir.
Les prochains mois diront si la reprise de l’offre d’USDC se confirme et si les volumes de transactions hors trading continuent d’accélérer. En attendant, Bernstein a choisi de maintenir le cap. Pour les investisseurs qui s’intéressent au secteur des stablecoins réglementés, cette conviction affichée constitue un point de repère utile, même si chaque situation reste unique et que les risques de marché demeurent présents.
Circle continue de construire son infrastructure, d’élargir ses canaux de distribution et de se positionner sur des cas d’usage émergents. Que le Congrès vote ou non en septembre, les fondations posées ces derniers mois semblent, selon Bernstein, suffisamment solides pour soutenir la thèse d’une poursuite de la croissance. L’objectif de 140 dollars reste donc le cap affiché, avec un potentiel de revalorisation qui attire l’attention dans un contexte encore volatile.
Au-delà des chiffres et des objectifs de cours, c’est la nature même de la demande pour l’USDC qui évolue. D’un outil principalement utilisé dans l’écosystème crypto, il s’affirme progressivement comme une pièce d’infrastructure financière plus large. Les banques, les plateformes de garde, les agents autonomes et les réseaux de paiement y contribuent chacun à leur manière. Cette diversification des sources de demande constitue, aux yeux des analystes, le véritable moteur du prochain cycle.
Dans un environnement où la liquidité mondiale cherche des destinations et où la tokenisation progresse, les stablecoins réglementés occupent une place particulière. Circle, avec sa part de marché actuelle et ses avancées réglementaires, se trouve en position de force pour en profiter. La note de Bernstein ne prétend pas que tout soit acquis, mais elle souligne que les freins éventuels liés au CLARITY Act ne devraient pas, selon eux, inverser la dynamique en cours.
Les investisseurs resteront attentifs aux prochains indicateurs : évolution de l’offre d’USDC, volumes de transactions, nouveaux partenariats et, bien sûr, les développements législatifs de septembre. Pour l’heure, le message du broker est celui de la continuité. L’objectif de 140 dollars tient, le rating Outperform aussi, et la conviction s’appuie sur des données d’adoption plutôt que sur un simple espoir réglementaire.
Cette approche plus fondamentale contraste avec certaines lectures purement politiques du secteur. Elle rappelle que derrière les débats de Washington, des flux réels se mettent en place et que les entreprises capables de les capturer peuvent construire une croissance durable. Circle, aux yeux de Bernstein, fait partie de celles-là. Reste à voir si le marché suivra cette lecture dans les mois qui viennent.









