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Afghanistan : Femmes Rentrees dIran Retrouvent Espoir Travail

De retour forcé d'Iran, Fatima, 21 ans, devient l'unique soutien de sa famille dans une usine de Mazar-e-Sharif. Comment des femmes afghanes retrouvent-elles un semblant d'espoir malgré les interdictions talibanes ? La suite révèle des initiatives inattendues...

Imaginez une jeune femme de 21 ans, contrainte de quitter le pays qui l’avait accueillie pendant quatre ans, revenant dans un Afghanistan en pleine crise où l’avenir semble bouché. Pourtant, contre toute attente, elle trouve un emploi qui lui redonne un peu d’espoir. C’est l’histoire de milliers de femmes afghanes rentrées d’exil qui tentent aujourd’hui de reconstruire leur vie.

Des retours massifs qui bouleversent l’Afghanistan

Depuis la fin de l’année 2023, plus de six millions d’Afghans vivant au Pakistan et en Iran ont dû rentrer dans leur pays. Beaucoup de ces retours se sont faits de manière forcée, suite à des politiques plus strictes dans ces pays voisins. Cette vague massive augmente considérablement la pression sur un marché du travail déjà fragile dans un Afghanistan confronté à l’une des plus graves crises humanitaires au monde.

Parmi ces retours, de nombreuses femmes comme Fatima Ibrahimi ont vu leur quotidien complètement transformé. Fatima, âgée de 21 ans, a vécu quatre années en Iran où elle travaillait dans des serres ou comme couturière. Mais lorsque Téhéran a durci sa position envers les Afghans, elle et sa famille ont dû partir. À leur arrivée il y a environ un an, la situation en Afghanistan paraissait toujours aussi difficile.

« Nous sommes six dans ma famille et je suis la seule à travailler. »

Ces mots de Fatima résument parfaitement la réalité de nombreux foyers afghans. Dans un pays où les opportunités sont rares, particulièrement pour les femmes, chaque emploi devient une bouée de sauvetage. Le Haut-Commissariat aux Réfugiés prévoit que deux millions d’autres Afghans pourraient encore rentrer cette année, accentuant les défis économiques et sociaux.

Le défi de l’emploi formel pour les ménages rentrés

Selon des données récentes du Programme des Nations unies pour le développement, seulement 3 % des ménages revenus en Afghanistan comptent une personne avec un emploi formel. Ce chiffre alarmant met en lumière l’ampleur du problème. Fatima et sa famille avaient initialement quitté l’Afghanistan faute de travail. Leur retour n’a pas immédiatement amélioré les choses, plongeant la jeune femme dans un sentiment d’incertitude profonde.

Cependant, une lueur d’espoir est apparue grâce à une initiative soutenue par l’ONU. Fatima a été engagée dans une usine de conditionnement de fruits secs à Mazar-e-Sharif, dans le nord du pays. Cette usine, appelée TAK, emploie 400 personnes, dont 40 % sont des Afghans rentrés d’Iran ou du Pakistan. La majorité de ces employés sont des femmes, ce qui constitue une avancée notable dans un contexte où les restrictions sont nombreuses.

Chaque jour, Fatima passe huit heures à trier des raisins secs. Pour ce travail, elle gagne 200 afghanis, soit environ 2,6 euros. Ce salaire modeste représente pourtant un pilier pour sa famille de six personnes. Elle porte un voile vert et un masque pendant ses heures de labeur, symbolisant à la fois la tradition et les mesures de protection dans cet environnement de production alimentaire.

« Comme les femmes ne sont pas autorisées à faire des études en Afghanistan, c’est une opportunité pour travailler. »

Fatima Ibrahimi

Cette déclaration de Fatima met en évidence les barrières éducatives imposées aux femmes dans le pays. Privées d’accès à l’enseignement supérieur et à de nombreuses activités, elles trouvent dans ces emplois une forme d’émancipation relative et un moyen de contribuer économiquement au foyer.

L’usine TAK, un modèle d’intégration pour les migrants rentrés

Jamil Rahimi, propriétaire de l’usine TAK, explique que son entreprise vise à fournir du travail aux concitoyens rentrés des pays voisins. L’objectif est clair : permettre à ces personnes de revenir à une vie normale. Il encourage d’autres entrepreneurs à suivre cet exemple et à créer des opportunités similaires à travers l’Afghanistan.

L’usine bénéficie du soutien du Programme des Nations unies pour le développement, qui fournit une aide pour la formation du personnel. Cette collaboration entre secteur privé et organisations internationales montre une voie possible pour atténuer les effets de la crise. Alexander de Croo, administrateur du Pnud, a visité l’usine récemment et a souligné l’importance d’utiliser prudemment l’investissement privé, même s’il ne résout pas tout.

Face à la réduction drastique de l’aide humanitaire internationale, ces partenariats deviennent cruciaux. Ils permettent aux personnes revenues et aux déplacés de gagner en autonomie et en indépendance. Barham Salih, Haut-Commissaire de l’ONU aux réfugiés, a également plaidé en ce sens lors de ses interventions.

Le tissage de tapis, une autre source d’espoir à Nahr-e-Shahi

À quelques kilomètres de l’usine de fruits secs, dans la localité de Nahr-e-Shahi, un centre de tissage de tapis offre une seconde chance à d’autres femmes afghanes. Construit par le HCR et l’ONG Acted, ce centre a redonné du sens à la vie de jeunes filles comme Aydin Sadat, 18 ans.

Rentrée il y a quelques mois, Aydin raconte avoir beaucoup pleuré et perdu le moral à son arrivée. Elle disait à sa famille qu’ils ne pouvaient pas vivre ici et qu’il fallait retourner en Iran. Les restrictions imposées par les autorités talibanes pèsent lourdement : interdiction d’études universitaires pour les femmes, mais aussi de se promener dans les parcs ou de pratiquer du sport.

Aujourd’hui, Aydin tisse des tapis après avoir suivi une formation. Son moral s’est amélioré, elle a trouvé des amis et bénéficie même d’un suivi psychologique.

« Mon moral s’est amélioré, j’ai trouvé des amis ici. Notre formateur nous aide, j’ai pu voir un psychothérapeute et du point de vue économique la vie continue », confie-t-elle avec une pointe d’optimisme retrouvé. Elle espère que d’autres migrants, particulièrement les filles revenues du Pakistan ou d’Iran, pourront bénéficier d’une aide similaire.

Saliha Ahmadzai, directrice du centre, insiste sur le manque cruel d’emplois pour les femmes. La pauvreté s’intensifie jour après jour, rendant ces initiatives d’autant plus vitales. Le centre représente un espace où ces femmes peuvent non seulement gagner leur vie mais aussi reconstruire un tissu social et émotionnel.

Le quotidien des femmes afghanes face aux restrictions

Dans l’Afghanistan d’aujourd’hui, les femmes naviguent entre traditions, interdictions et nécessité économique. Les autorités talibanes limitent sévèrement leurs droits : pas d’études supérieures, restrictions sur les déplacements et les activités de loisir. Dans ce contexte, chaque opportunité de travail devient précieuse et porteuse d’espoir.

Fatima et Aydin incarnent cette résilience. L’une trie des raisins secs huit heures par jour pour nourrir sa famille, l’autre tisse des tapis tout en retrouvant le sourire grâce à des compagnes de travail et un soutien psychologique. Leurs histoires se répètent chez des milliers d’autres rentrées d’exil.

Le marché du travail afghan peine à absorber ces retours massifs. Les emplois formels restent rares, particulièrement pour les femmes qui font face à des barrières supplémentaires. Les initiatives locales soutenues par des organisations internationales tentent de combler ce vide, mais l’ampleur de la tâche reste immense.

Le rôle clé des organisations internationales

Le Programme des Nations unies pour le développement et le Haut-Commissariat aux Réfugiés jouent un rôle central. Ils forment le personnel, financent des projets et plaident pour des partenariats avec le secteur privé. Leur présence sur le terrain à Mazar-e-Sharif démontre une approche concrète face à la réduction de l’aide internationale.

Alexander de Croo et Barham Salih ont tous deux insisté sur la nécessité de rendre les personnes autonomes. L’investissement privé, bien qu’insuffisant seul, peut être utilisé de manière prudente pour créer des emplois durables. Ces discours soulignent une transition nécessaire de l’aide d’urgence vers des solutions de développement.

Initiative Lieu Impact
Usine TAK Mazar-e-Sharif 400 emplois dont 40% rentrés
Centre de tissage Nahr-e-Shahi Formation et emploi pour femmes

Ce tableau illustre simplement l’ampleur des projets en cours. Chaque initiative cible directement les besoins des populations rentrées, en priorisant les femmes souvent les plus vulnérables.

Les émotions complexes du retour

Le retour n’est pas seulement une question économique. Il s’accompagne de déceptions, de larmes et d’un long processus d’adaptation. Aydin Sadat décrit avoir pleuré abondamment à son arrivée, perdant tout moral. Beaucoup de jeunes filles partagent ce sentiment de déception face à une réalité plus dure que prévu.

Pourtant, le travail agit comme un catalyseur. Il structure les journées, crée des liens sociaux et apporte un revenu, même modeste. Fatima devient le seul soutien financier de sa famille de six personnes. Ce rôle renforce sa détermination malgré les difficultés.

Les formateurs et psychothérapeutes présents dans ces centres contribuent à apaiser les traumatismes du déplacement forcé. Ils aident les femmes à reconstruire leur confiance et à envisager un avenir possible, même dans un contexte contraint.

Perspectives et appels à l’action

Jamil Rahimi lance un appel aux autres entrepreneurs : suivre l’exemple de l’usine TAK pour intégrer les Afghans rentrés. Cette vision collective pourrait multiplier les opportunités à travers le pays. Le secteur privé, allié aux organisations internationales, représente une piste prometteuse.

Saliha Ahmadzai, de son côté, met en garde contre l’intensification de la pauvreté. Le manque d’emplois pour les femmes constitue un vrai défi qu’il faut adresser urgemment. Chaque initiative, si modeste soit-elle, compte dans ce combat quotidien.

Les histoires de Fatima et Aydin ne sont pas isolées. Elles reflètent la réalité de millions d’Afghans rentrés qui cherchent à se réinventer. Malgré les restrictions, malgré la crise, des îlots d’espoir émergent grâce à la détermination individuelle et au soutien collectif.

L’impact sur les familles et la société

Quand une femme comme Fatima travaille, toute la famille en bénéficie. Six personnes dépendent de ses 200 afghanis quotidiens. Ce revenu permet de couvrir des besoins essentiels et maintient une certaine stabilité. Multiplié par des centaines d’employées, cet effet se fait sentir dans les communautés locales.

Dans les centres de tissage, les amitiés naissent, les compétences se transmettent. Ces espaces deviennent plus que des lieux de production : ils sont des refuges où l’on partage expériences et espoirs. La dimension psychologique du travail y est primordiale.

La société afghane dans son ensemble ressent les conséquences de ces retours massifs. La pression sur les ressources, les services et le marché de l’emploi demande des réponses innovantes. Les projets soutenus par l’ONU illustrent une approche qui allie humanitaire et développement.

Les fruits secs et l’artisanat traditionnel

L’usine de conditionnement de raisins secs valorise une production locale typiquement afghane. Les femmes y contribuent à la chaîne de valeur agroalimentaire, un secteur qui pourrait se développer davantage. Le tri minutieux des fruits demande concentration et dextérité, compétences que beaucoup possèdent déjà de par leur expérience en Iran.

Le tissage de tapis, quant à lui, s’inscrit dans une longue tradition artisanale afghane. Ces tapis sont réputés pour leur qualité et pourraient trouver des débouchés sur les marchés internationaux si les conditions le permettaient. Les femmes y perpétuent un savoir-faire tout en gagnant leur vie.

Ces deux activités illustrent la diversité des opportunités créées. De la transformation alimentaire à l’artisanat, les projets s’adaptent aux compétences et aux besoins locaux.

Défis persistants et résilience quotidienne

Malgré ces avancées, les défis restent nombreux. La crise humanitaire globale, les restrictions sur les femmes, l’instabilité économique : tout cela pèse lourdement. Pourtant, des femmes comme Fatima et Aydin montrent une résilience remarquable. Elles transforment l’adversité en motivation.

Leur parcours depuis l’exil jusqu’à ces emplois symbolise un voyage intérieur aussi bien qu’extérieur. De la déception initiale à la reconstruction progressive, chaque étape compte. Les organisations internationales accompagnent ce processus avec formation et soutien.

Les appels lancés par les responsables sur place visent à élargir ces initiatives. Si plus d’entrepreneurs s’engagent, si l’aide se concentre sur l’autonomisation, alors le nombre de femmes bénéficiaires pourrait augmenter significativement.

Un avenir encore incertain mais porteur d’espoir

L’Afghanistan reste confronté à d’immenses difficultés. Les retours forcés continuent, la pauvreté progresse. Pourtant, dans les usines et ateliers du nord du pays, des histoires individuelles écrivent un chapitre différent. Celui de femmes qui refusent de baisser les bras.

Fatima triant ses raisins, Aydin tissant ses tapis : ces images simples incarnent une volonté farouche de vivre dignement. Leur courage inspire et rappelle que même dans les contextes les plus durs, des opportunités peuvent naître.

Le soutien international, l’engagement du secteur privé et la détermination des Afghanes elles-mêmes forment un trio essentiel. Ensemble, ils tissent les fils d’un espoir fragile mais bien réel pour des milliers de familles.

En suivant le quotidien de ces travailleuses, on mesure à la fois la profondeur des problèmes et la force des solutions locales. Chaque journée de travail est une victoire discrète contre la désespérance. Et dans un pays qui en a tant besoin, ces victoires comptent double.

Les mois à venir diront si ces initiatives pourront se multiplier et toucher davantage de femmes rentrées. Pour l’heure, Fatima, Aydin et leurs collègues continuent leur labeur avec cette détermination tranquille qui force le respect. Leur histoire est celle d’une résilience afghane qui, malgré tout, refuse de s’éteindre.

À travers ces récits, on comprend mieux les enjeux humains derrière les statistiques de retours massifs. Chaque femme employée représente une famille stabilisée, une communauté renforcée. Le chemin vers une vie normale reste long, mais des premiers pas encourageants sont faits à Mazar-e-Sharif et Nahr-e-Shahi.

La situation évolue jour après jour. Les organisations continuent leur travail sur le terrain, les entrepreneurs explorent de nouvelles pistes, et les femmes afghanes démontrent chaque matin leur capacité à s’adapter et à avancer. Dans cette dynamique, l’espoir trouve sa place, modeste mais tenace.

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