Imaginez des milliers d’internautes connectés chaque soir, rivés à leurs écrans, suivant en direct des scènes qui basculent progressivement du divertissement vers l’horreur. C’est précisément ce qui s’est produit en France avec deux streamers dont le parcours judiciaire vient de connaître un tournant décisif à Nice.
Un procès qui interroge les limites du streaming en direct
Les faits rapportés lors de l’audience à Nice ont mis en lumière une affaire particulièrement sombre impliquant des violences et humiliations diffusées sur des plateformes de streaming. Deux jeunes hommes, connus sous leurs pseudos en ligne, font face à des réquisitions sévères de la part de la procureure.
Cette affaire dépasse le simple cadre d’un dérapage isolé pour révéler un système plus profond de maltraitance orchestré devant des caméras. Les audiences ont permis de retracer des mois de contenus problématiques qui ont captivé une audience massive en France.
« On a fait du bien à plein de gens. On [ne] voyait pas le mal » a déclaré l’un des prévenus lors de l’audience, une phrase qui résume peut-être mieux que toute autre l’aveuglement face aux conséquences de leurs actes.
Les réquisitions de la procureure Maud Marty
La procureure Maud Marty a demandé des peines significatives à l’encontre d’Owen Cenazandotti, alias Naruto, âgé de 27 ans, et de Safine Hamadi, dit Safine, 24 ans. Pour le premier, elle a requis 30 mois de prison dont un an ferme à domicile avec bracelet électronique, accompagné d’une amende de 30 000 euros.
Concernant Safine, les réquisitions portent sur 18 mois de prison avec sursis probatoire et 15 000 euros d’amende. Ces demandes reflètent la gravité des faits jugés par le tribunal niçois.
Au-delà des sanctions classiques, la procureure a insisté sur un bannissement numérique à vie pour les deux hommes. Cette mesure inédite viserait à les empêcher définitivement de publier sur les plateformes, soulignant le caractère systématique des agissements reprochés.
Il ne s’agit pas d’un dérapage ou d’une provocation, mais bien d’un système de maltraitance humaine.
La procureure Maud Marty
Les faits au cœur des accusations
Les deux streamers étaient jugés pour des violences physiques et des humiliations infligées à deux hommes : Raphaël Graven, connu sous le pseudo Jean Pormanove ou JP, et Stéphane G., alias Coudoux. Ce dernier est un quadragénaire placé sous curatelle.
Les actes reprochés incluaient des gifles, des coups de pied, des coups de fouet ou encore des coups de batte de baseball. Ces violences se déroulaient durant des milliers d’heures de diffusion en direct entre 2023 et 2025, d’abord sur Twitch puis sur Kick.
La tragédie a culminé en août 2025 lorsque Raphaël Graven est décédé près de Nice. Son corps inerte a été découvert en direct pendant une session de live, un événement qui a choqué des spectateurs du monde entier.
Le déroulement des lives et leur impact
Ces sessions de streaming attiraient en moyenne 20 000 internautes chaque soir, entre 21h00 et minuit. À son apogée, la chaîne sur Kick était la plus regardée en France. Des influenceurs, chanteurs et même des footballeurs ont participé à ces contenus.
Les revenus générés étaient conséquents : jusqu’à 6 000 euros par mois pour les protagonistes, parfois davantage pour Naruto. Cette dimension financière ajoute une couche supplémentaire à l’analyse de ces événements.
Les audiences ont permis d’entendre les versions des prévenus. Naruto a expliqué qu’ils pensaient faire du bien aux gens et ne voyaient pas le mal dans leurs actions. Safine, son ami d’enfance qui l’avait rejoint pour animer la chaîne, a affirmé avoir tenté de prendre ses distances et se sentir aujourd’hui « pas fier ».
L’enquête sur la plateforme Kick
Parallèlement au procès de Nice, une enquête se déroule à Paris concernant la plateforme australienne Kick. Les investigations visent à déterminer si la plateforme a rémunéré les deux hommes et quels mécanismes de modération elle a mis en place face à ces dérives.
Cette dimension internationale souligne les défis posés par les plateformes de streaming qui opèrent à travers les frontières et les juridictions.
Le contexte de la mort de Raphaël Graven
Raphaël Graven est mort après plus de 12 jours de diffusion vidéo en direct des violences. Malgré le choc mondial provoqué par la découverte de son corps en live, l’enquête sur les circonstances exactes de son décès a été classée sans suite en février dernier suite aux conclusions de l’autopsie.
Cette décision n’efface cependant pas les questions soulevées par la diffusion prolongée de ces contenus problématiques.
Chronologie simplifiée des événements
- 2023-2025 : Diffusions régulières sur Twitch puis Kick
- Août 2025 : Décès de Raphaël Graven en direct
- Février 2026 : Classement sans suite de l’enquête sur la mort
- Juillet 2026 : Audience à Nice et réquisitions de la procureure
- 5 août 2026 : Date prévue pour le jugement
Cette chronologie permet de mieux appréhender la durée sur laquelle se sont étalés ces faits et les différentes étapes judiciaires qui ont suivi.
Les réactions des prévenus lors du procès
Les déclarations des deux hommes au tribunal ont révélé des positions contrastées. Tandis que l’un maintient une forme de déni sur la perception du mal causé, l’autre exprime des regrets et une volonté de distanciation. Ces témoignages apportent un éclairage humain sur des individus qui ont construit une audience importante autour de contenus extrêmes.
Le fait que Safine ait rejoint son ami d’enfance pour animer la chaîne montre comment des liens personnels peuvent s’inscrire dans des dynamiques plus larges de production de contenu en ligne.
Les implications d’un bannissement numérique
La demande de bannissement numérique à vie constitue une mesure forte et relativement nouvelle dans le paysage judiciaire français. Elle vise à couper définitivement les prévenus de l’espace digital où ils ont exercé leurs activités.
Cette sanction soulève des questions sur la possibilité effective de faire respecter une interdiction totale de publication sur internet, dans un environnement où les identités multiples et les plateformes internationales abondent.
Elle reflète néanmoins la volonté des autorités de marquer une limite claire entre liberté d’expression et protection des individus contre la maltraitance diffusée en masse.
Le public et la responsabilité collective
Avec une audience moyenne de 20 000 personnes par soirée, ces lives ont fédéré une communauté importante. La présence de personnalités du monde du divertissement, de la musique ou du sport dans ces diffusions interroge la responsabilité des spectateurs et des participants occasionnels.
Le succès commercial de ces contenus, mesuré en milliers d’euros mensuels, met en évidence les mécanismes économiques qui peuvent encourager la production de contenus sensationnalistes ou extrêmes.
Vers le jugement du 5 août
Le tribunal rendra sa décision le 5 août. Cette date est attendue avec attention par tous ceux qui suivent l’évolution de cette affaire, tant elle pourrait poser des précédents importants concernant la régulation des contenus en direct sur internet.
Les réquisitions de la procureure donnent un aperçu des orientations possibles, mais le jugement final reste entre les mains des magistrats.
Cette affaire illustre les défis posés par l’évolution rapide des technologies de diffusion en direct et la nécessité d’adapter le cadre légal à ces nouvelles réalités.
Les aspects humains derrière les pseudos
Au-delà des alias en ligne comme Naruto, Safine, Jean Pormanove ou Coudoux, cette histoire met en scène des individus réels avec leurs parcours, leurs amitiés et leurs vulnérabilités. Stéphane G. était placé sous curatelle, élément qui souligne la vulnérabilité de certaines victimes.
Raphaël Graven a passé plus de 12 jours sous les projecteurs avant sa mort, une exposition continue qui pose question sur l’impact psychologique et physique de telles diffusions prolongées.
Les plateformes face à leurs responsabilités
L’enquête parisienne sur Kick met en lumière le rôle des plateformes dans la modération des contenus. Questions sur les rémunérations accordées et sur les outils mis en place pour détecter et stopper les dérives sont au cœur des investigations.
Ces éléments rappellent que la responsabilité ne repose pas uniquement sur les créateurs de contenu mais aussi sur les infrastructures techniques qui les hébergent et les monétisent.
Dans un écosystème où la concurrence entre plateformes est féroce, l’équilibre entre croissance et sécurité reste un défi majeur pour l’industrie du streaming.
Réflexions sur la société du spectacle numérique
Cette affaire invite à une réflexion plus large sur notre rapport collectif à l’image et au direct. Lorsque des violences deviennent du contenu divertissant pour des milliers de personnes, où se situent les frontières éthiques ?
Les revenus substantiels générés par ces lives montrent comment l’attention peut se transformer en valeur économique, parfois au détriment des valeurs humaines fondamentales.
Cette histoire tragique nous rappelle que derrière chaque écran se trouvent des êtres humains, des victimes comme des acteurs, dont les destins s’entremêlent dans l’arène numérique.
Les mois de diffusion, les milliers d’heures de live, les coups répétés : tous ces éléments reconstruits lors du procès dressent un tableau préoccupant de ce que peut devenir le streaming lorsqu’il échappe à tout contrôle.
La procureure a insisté sur le caractère systématique des faits, rejetant l’idée d’un simple accident ou d’une provocation ponctuelle. Cette analyse guide les réquisitions prononcées.
Les défis de la preuve en matière de contenus numériques
Les enquêtes sur des faits diffusés en direct présentent des spécificités : enregistrements disponibles, témoignages de spectateurs, traces numériques abondantes. Ces éléments ont constitué le socle des débats à Nice.
La mort en direct de Raphaël Graven a évidemment marqué les esprits, même si l’enquête sur les causes du décès a été classée.
Cette distinction entre les violences reprochées et les circonstances exactes du décès illustre la complexité des affaires judiciaires liées au monde numérique.
Perspectives après le jugement
Quel que soit le verdict du 5 août, cette affaire laissera des traces dans le paysage médiatique français. Elle pourrait inspirer d’autres procédures et contribuer à faire évoluer les pratiques des créateurs comme des plateformes.
Pour les familles des victimes, pour la société dans son ensemble, ce procès représente une étape importante dans la reconnaissance des préjudices causés par ce type de contenus.
Les déclarations des prévenus, oscillant entre justification et regret, montrent la difficulté à appréhender pleinement les conséquences de ses actes lorsqu’ils sont médiatisés en continu.
L’importance de la protection des personnes vulnérables
Le fait que l’une des victimes était sous curatelle renforce l’exigence de protection particulière envers les personnes les plus fragiles face à l’exploitation potentielle via les outils numériques.
Cette dimension humaine doit rester au centre des débats sur la régulation du streaming et des contenus en ligne.
Les audiences à Nice ont permis de donner une voix à ces réalités souvent occultées derrière l’écran et les statistiques d’audience.
Un appel à la vigilance collective
Au final, cette affaire nous interpelle tous en tant que société : consommateurs de contenus, créateurs, plateformes, autorités. La frontière entre divertissement et maltraitance peut parfois sembler floue, mais les réquisitions prononcées à Nice rappellent qu’elle existe bel et bien.
En attendant le jugement du mois d’août, cette affaire continue de susciter réflexions et débats sur l’avenir du streaming responsable.
Les milliers d’heures de diffusion, l’audience massive, les revenus importants, la tragédie finale : tous ces éléments composent un dossier complexe qui dépasse largement le cadre individuel des prévenus.
La procureure a su mettre en lumière la dimension systémique des faits, proposant des sanctions à la hauteur des enjeux. Reste maintenant à connaître la décision finale des juges.
Cette histoire tragique servira peut-être de cas d’école pour mieux encadrer les pratiques de streaming en direct et protéger les individus contre les dérives les plus graves.
Dans un monde où tout peut être diffusé instantanément à des milliers de personnes, la responsabilité devient une notion centrale qu’il convient de réaffirmer constamment.
Les prochains mois seront déterminants pour voir comment la justice française répond à ces nouveaux défis sociétaux liés au numérique.
En conclusion de ce développement détaillé, l’affaire des streamers jugés à Nice marque un moment important dans la prise de conscience collective des risques associés à certains types de contenus en direct. Les réquisitions prononcées, le bannissement numérique demandé, l’enquête en cours sur la plateforme : autant d’éléments qui dessinent les contours d’une régulation plus stricte à venir.
Les victimes, les audiences, les créateurs : tous ont leur place dans cette réflexion nécessaire pour que le streaming reste un espace de créativité et de partage plutôt que de souffrance diffusée.
Le rendez-vous du 5 août sera suivi avec attention par tous ceux qui s’intéressent à ces questions cruciales pour notre société connectée.









