Il y a des visages que l’on associe tellement à un canapé, à un plateau, à une punchline du soir, qu’on finit par les croire indétachables de la télévision. Jean-Michel Maire a longtemps été de ceux-là. Pendant plus d’une décennie, il a occupé une place reconnaissable dans Touche pas à mon poste, assez pour que sa disparition des grilles paraisse, au premier regard, comme un trou dans le décor. Et pourtant, un an et demi après l’arrêt brutal de la chaîne qui accueillait l’émission, l’homme n’a pas suivi le mouvement vers W9. Il a choisi une autre carte, beaucoup plus lointaine, et une autre manière d’exister hors caméra.
Une silhouette de plateau devenue une silhouette d’ailleurs
Le 2 septembre 2026, Cyril Hanouna a rouvert le micro de TBT9 et a nommé, presque malgré lui, deux absences. Énora Malagré. Jean-Michel Maire. Deux noms qui, pour une partie du public, restent collés à l’histoire de l’émission-mère. L’animateur a ensuite assuré qu’il avait « eu des nouvelles » de son ancien chroniqueur. La formule qui a suivi a fait rire le plateau : Jean-Michel Maire serait devenu policier en Thaïlande, traquerait la nuit les hommes trop alcoolisés, et se serait même « incarcéré trois fois lui-même ». La blague a le goût des anciennes soirées. Elle a aussi le mérite de rappeler une chose simple. On parle encore de lui. On le cherche encore dans le décor. Mais le décor, lui, a changé de continent.
La réalité, telle qu’elle se dessine depuis juin 2025, est à la fois plus banale et plus radicale. Jean-Michel Maire s’est installé à Phuket. Il a annoncé qu’il ne serait pas dans TBT9. Il a parlé de retraite, d’expatriation, d’une distance de dix mille kilomètres. Puis, plutôt que d’ouvrir le bar de plage qu’il avait un temps imaginé, il a lancé un site de coaching média. Un an plus tard, l’activité est toujours là. Le chroniqueur n’a pas disparu. Il s’est déplacé.
Plus de dix ans dans le même fauteuil médiatique
Pour comprendre la bascule, il faut d’abord mesurer la durée. Jean-Michel Maire arrive dans Touche pas à mon poste en avril 2010, alors que le programme est encore sur France 4. Il suit ensuite les migrations de l’émission, de D8 à C8, avec des pauses, des retours, cette élasticité propre aux plateaux qui vivent au rythme des saisons et des contrats. Dans ce type d’émission, un chroniqueur n’est pas seulement un intervenant. Il devient une habitude pour le téléspectateur. Une voix. Une manière de rentrer dans le débat. Une présence que l’on reconnaît avant même d’avoir entendu la première phrase.
Cette longévité crée une illusion. On finit par croire que le métier consiste à rester visible. Or le métier, pour beaucoup de journalistes passés par le talk-show, consiste surtout à tenir. Tenir le rythme quotidien. Tenir la répétition. Tenir la proximité avec un animateur qui occupe tout l’espace. Tenir aussi le regard du public, qui confond souvent le personnage et la personne. Jean-Michel Maire a incarné cette ambiguïté pendant des années. On le voyait commenter, taquiner, rebondir. On savait moins ce qu’il ferait le jour où le plateau cesserait d’exister.
Ce jour est arrivé en mars 2025, avec la suppression de C8 et, dans le même mouvement, la disparition de l’émission. Pour une équipe habituée à l’urgence du direct, la bascule n’a pas seulement été professionnelle. Elle a été identitaire. Que reste-t-il d’un chroniqueur quand l’émission qui le définit n’a plus d’antenne ? Certains ont cherché un nouveau studio. D’autres ont attendu. Jean-Michel Maire a choisi la distance.
Repère. Arrivée dans l’émission en 2010, suivi des chaînes successives, arrêt du programme en 2025, installation à Phuket en juin 2025, lancement d’un site de coaching en septembre 2025, absence confirmée de TBT9 à la rentrée 2026.
Le refus de TBT9 n’était pas un caprice de plateau
Quand Cyril Hanouna relance une formule proche sur W9, une partie de l’ancienne équipe suit. C’est la logique des familles de plateau : on se déplace avec le navire. Jean-Michel Maire, lui, coupe le lien géographique. « Je ne serai pas avec Cyril dans TBT9. Je suis à 10 000 km, c’est un peu compliqué. » La phrase est courte. Elle dit presque tout. Pas d’attaque. Pas de règlement de comptes. Juste une distance devenue concrète.
Dans le petit monde de la télévision française, ce genre de décision se lit souvent comme une mise à l’écart ou comme une brouille. Ici, le récit disponible pointe plutôt vers un choix de vie. Prendre sa retraite du direct quotidien. Quitter la France. S’installer en Thaïlande. Ces trois mouvements, pris ensemble, changent le statut de l’ancien chroniqueur. Il n’est plus un absent temporaire. Il devient un expatrié qui parle encore, de loin, le langage des médias.
On peut y voir une fatigue. On peut y voir une stratégie. On peut y voir les deux. Après quinze années à peu près dans le même écosystème, l’idée de recommencer un autre quotidien, avec d’autres horaires, d’autres enjeux de chaîne, d’autres rapports de force, n’a rien d’évident. Le plateau donne une adrenaline. Il donne aussi une dépendance. Partir, c’est accepter de perdre cette adrenaline-là.
Phuket, ou le contraire d’un canapé de talk-show
Phuket n’est pas un décor neutre. L’île attire depuis longtemps une population d’expatriés européens, des retraités, des entrepreneurs nomades, des personnes qui veulent reculer le bruit sans forcément disparaître du monde connecté. Pour un homme de télévision, le contraste est presque trop net pour ne pas être symbolique. D’un côté, les néons, les régies, les débriefs, les polémiques du soir. De l’autre, la mer, le décalage horaire, une ville qui ne connaît pas votre face de chroniqueur.
S’installer là-bas en juin 2025, quelques mois seulement après la fin de C8, donne le sentiment d’une bascule nette. Pas une parenthèse d’été. Un déménagement. Dans les récits d’expatriation tardive, on retrouve souvent la même mécanique : on part parce que le cadre habituel s’est fissuré, et on reste parce que le nouveau cadre, même imparfait, rend le retour plus coûteux. Jean-Michel Maire n’a pas seulement changé d’adresse. Il a changé de rythme social.
Vivre à dix mille kilomètres de Paris, c’est aussi vivre à l’écart des dîners où l’on recycle les mêmes rumeurs. C’est échapper, au moins en partie, à cette économie de la visibilité qui transforme chaque silence en spéculation. Le public, lui, continue de poser la même question : que devient-il ? La question dit moins de curiosité biographique que d’habitude. On veut savoir si le personnage a survécu à la disparition de l’émission.
Je ne serai pas avec Cyril dans TBT9. Je suis à 10 000 km, c’est un peu compliqué.
Jean-Michel Maire
La blague du policier et ce qu’elle révèle vraiment
Le 2 septembre 2026, deux jours après le lancement de la nouvelle saison de TBT9, Cyril Hanouna a donc transformé l’absence en sketch. Jean-Michel Maire policier en Thaïlande. Des rondes de nuit. Des hommes trop ivres. Trois incarcérations dont il serait lui-même l’objet. Sur un plateau, ce type de phrase fonctionne parce qu’elle est absurde et précise à la fois. Elle donne une image. Elle crée un gag. Elle permet de parler de quelqu’un sans entrer dans le détail de sa vie réelle.
Le problème, c’est que l’image ne tient pas. Intégrer la police royale thaïlandaise suppose, en principe, la nationalité. Un chroniqueur français fraîchement installé à Phuket n’entre pas dans ce cadre comme on change de chronique. La vanne dit donc autre chose que ce qu’elle prétend dire. Elle dit que l’animateur veut garder le nom dans la conversation. Elle dit que l’ancien complice reste une référence interne. Elle dit surtout que, pour le public de l’émission, Jean-Michel Maire n’a pas encore basculé dans l’oubli.
Il y a aussi, dans cette plaisanterie, une manière de traiter la reconversion des anciens. Quand quelqu’un quitte le direct, le plateau a tendance à le recycler en personnage de légende. On invente un métier improbable. On force le trait. On transforme une absence en anecdote. C’est plus confortable que d’admettre qu’un chroniqueur peut simplement vouloir une autre vie, plus calme, plus artisanale, moins exposée.
Jean-Michel Maire, de son côté, n’a pas besoin de ce costume. Son activité réelle est moins spectaculaire et, paradoxalement, plus cohérente avec son parcours. Il ne joue pas au policier. Il vend de l’expérience. Il transforme des années de plateau en matière transmissible.
Du bar de plage au site de coaching
En septembre 2025, l’ancien chroniqueur a parlé publiquement de sa nouvelle vie. Le premier fantasme avait la couleur d’une carte postale : ouvrir un bar sur la plage. L’image est tentante. Elle correspond à ce que beaucoup projettent sur la Thaïlande. Une retraite solaire. Des verres. Une clientèle de passage. Une rupture nette avec les studios. Puis l’idée a reculé. À la place, un projet plus proche de son métier d’origine : un site de coaching média.
Le glissement est intéressant. Le bar aurait été une sortie de scène. Le coaching est une reconversion. Dans un cas, on quitte le langage des médias. Dans l’autre, on le déplace. Jean-Michel Maire a expliqué vouloir « transmettre » son savoir « sans langue de bois ». La formule sent le positionnement commercial, bien sûr. Elle dit aussi une lassitude du jargon et des non-dits de plateau. Après des années à commenter les autres, il propose d’accompagner ceux qui veulent exister devant une caméra, un micro, un jury, un public.
Un an plus tard, le site est toujours actif. L’homme s’y présente comme journaliste, chroniqueur, consultant, coach. La liste n’est pas anodine. Elle empile les casquettes pour élargir la cible. Un particulier. Une artiste. Un chef d’entreprise. Une créatrice de contenu. Un politique. Un fan de jeux télévisés. Une étudiante. Autrement dit, à peu près tous ceux qui ont peur de parler, de se montrer, de rater une prise de parole.
Le direct quotidien, le canapé collectif, la dépendance à une chaîne et à une émission.
La parole, l’expérience du plateau, le conseil, le contact avec des profils exposés.
Pourquoi le coaching média attire tant d’anciens de l’antenne
Il n’y a rien de mystérieux dans ce choix. Le coaching média est devenu l’une des reconversions les plus fréquentes pour celles et ceux qui ont longtemps vécu sous les lumières. On y vend moins une méthode magique qu’une proximité. Le client n’achète pas seulement des conseils de diction. Il achète l’idée d’avoir en face de lui quelqu’un qui a déjà traversé le feu. Quelqu’un qui sait ce que produit un silence trop long, un sourire faux, une réponse trop préparée, une émotion mal cadrée.
Pour Jean-Michel Maire, le terrain est naturel. Des années de chronique forment l’œil. On apprend à repérer les tics. On apprend à sentir quand une personne se protège. On apprend aussi, parfois trop bien, comment une phrase peut être tournée pour faire de l’audience. Transmettre cela « sans langue de bois », si l’intention est tenue, peut avoir une vraie valeur. Beaucoup de personnalités, d’entrepreneurs ou de créateurs arrivent aujourd’hui dans l’espace public sans jamais avoir appris à y tenir.
Le format visio, de son côté, arrange tout le monde. Le coach reste à Phuket. Le client reste à Paris, Lyon, Bruxelles ou ailleurs. Le décalage horaire devient un détail d’agenda. La géographie cesse d’être un obstacle. C’est précisément ce qui rend cette reconversion plus crédible que le bar de plage. Elle permet de partir sans se couper complètement du marché français.
Il y a toutefois une ironie. L’homme qui quitte les plateaux continue de vivre, d’une certaine manière, de l’idée du plateau. Il n’est plus regardé par des centaines de milliers de téléspectateurs. Il aide d’autres personnes à supporter ce regard. La télévision ne le porte plus. Elle reste son matériau.
Le personnage public et la vie privée, une frontière toujours poreuse
Dans la présentation de son activité, revient aussi une formule plus sulfureuse, déjà associée à son image depuis longtemps : celle d’un homme qui aurait multiplié les conquêtes. Qu’on la prenne au second degré, comme une légende de plateau, ou au premier, comme un trait de personnage, elle dit la difficulté qu’ont les chroniqueurs à séparer biographie et branding. Sur un talk-show, la vie personnelle devient souvent un accessoire de conversation. Hors antenne, elle continue de circuler comme une carte d’identité.
Le coaching, par nature, touche à l’intime. On y parle de confiance, de trac, de désir d’être vu, de peur d’être ridicule. Un ancien chroniqueur qui vend cette intimité-là marche sur une ligne fine. Il doit donner suffisamment de lui-même pour paraître vrai, sans recycler les codes du divertissement qui l’ont rendu célèbre. C’est tout l’enjeu d’une reconversion de ce type : rester reconnaissable sans rester prisonnier du personnage.
On peut supposer que le public de TPMP n’est pas nécessairement le public du site. Une partie des anciens téléspectateurs viendra par nostalgie. Une autre ignorera complètement qui il était. Entre les deux, il y a ceux qui cherchent un nom connu pour se rassurer. Dans le marché du conseil, la notoriété reste une monnaie. Même érodée, même déplacée à l’autre bout du monde, elle continue de valoir quelque chose.
Ce que la fin de C8 a changé pour toute une génération de chroniqueurs
L’histoire de Jean-Michel Maire ne se comprend pas seulement comme une trajectoire individuelle. Elle s’inscrit dans une séquence plus large : la fin d’une chaîne, la dislocation d’une émission-totem, le recyclage partiel de l’équipe ailleurs. Quand un programme quotidien occupe autant d’espace pendant autant d’années, sa disparition laisse des gens sans décor. Certains retrouvent un micro. D’autres basculent vers la radio, les réseaux, la production, le conseil. D’autres encore s’éloignent.
Le cas Maire est précieux parce qu’il refuse le scénario le plus attendu. Il ne rejoint pas la version suivante. Il ne tente pas non plus une grande déclaration de rupture. Il part. Cette discrétion relative, dans un univers qui vit de la surenchère, a quelque chose de déroutant. On attendait une polémique. On trouve une valise et un site internet.
Il faut aussi rappeler que les chroniques quotidiennes usent. Elles usent la voix, le sommeil, le rapport aux autres, parfois le rapport à soi. On peut aimer le direct et vouloir n’en plus faire. On peut rester fidèle à un animateur et refuser de recommencer le même rituel sous un autre sigle. Les deux positions ne s’excluent pas. Elles coexistent souvent chez les mêmes personnes, jusqu’au jour où l’une l’emporte.
L’expatriation comme réponse à la saturation médiatique
Partir en Thaïlande n’est pas un geste rare. Des Français le font à tout âge, pour des raisons fiscales, climatiques, amoureuses, professionnelles ou simplement existentielles. Dans le cas d’une figure de télévision, le geste prend une autre densité. Il devient une réponse à la saturation. Trop de plateaux. Trop de commentaires. Trop de rumeurs. Trop de soirées où l’on parle de personnes absentes comme s’elles étaient encore dans la pièce.
Phuket offre une distance réelle. Pas seulement un week-end loin de Paris. Une autre heure. Une autre langue dans la rue. Une autre manière d’être anonyme. Pour quelqu’un dont le visage a circulé pendant des années, l’anonymat n’est pas un détail. C’est une ressource. On y retrouve le droit de marcher sans être immédiatement ramené à une punchline ancienne.
Cela ne signifie pas que la vie là-bas soit un conte. L’expatriation a ses rudes évidences : l’administration, le décalage avec les proches, la tentation du entre-soi, le risque de transformer le départ en fuite permanente. Mais elle a aussi cette vertu simple : elle interrompt le réflexe. On n’est plus disponible pour le plateau du soir. On n’est plus dans le couloir. On n’est plus dans la conversation automatique.
Jean-Michel Maire semble avoir misé sur cet interruption-là, tout en gardant un fil. Le fil, c’est le coaching. Une activité assez légère pour se pratiquer à distance, assez liée à son passé pour rester crédible, assez ouverte pour ne pas dépendre d’une grille de programmes.
Rester actif sans rester exposé
Il y a une phrase, dans le récit de cette reconversion, qui mérite d’être isolée : l’activité lui permet de rester actif. Derrière l’évidence, on entend une angoisse très répandue chez les personnalités de télévision. Que faire de soi quand les caméras s’éteignent ? Le métier n’enseigne pas seulement à parler. Il enseigne à être convoqué. On attend le conducteur. On attend l’appel. On attend le créneau. Quand tout cela s’arrête, le silence n’est pas seulement professionnel. Il est existentiel.
Le coaching répond à cette angoisse de façon plus douce que le retour à l’antenne. On continue de parler. On continue d’être utile. On continue d’avoir des rendez-vous. Mais on n’est plus jugé chaque soir par une audience massive. On n’est plus tributaire d’une décision de chaîne. On n’est plus obligé de commenter l’actualité sous contrainte de rythme. Pour un homme qui a vécu plus de dix ans dans cette contrainte, le changement de température est considérable.
Travailler en visioconférence depuis la Thaïlande, c’est aussi accepter une forme d’invisibilité choisie. Les clients voient le visage. Le grand public, beaucoup moins. Cette demi-retraite a un avantage rare dans les médias : elle permet de vieillir hors du zoom permanent. On peut changer de vie sans devoir justifier chaque semaine le moindre déplacement.
Ce que le public cherche vraiment derrière « que devient-il »
Les articles sur les anciens chroniqueurs répondent presque toujours à la même demande. On veut une chute ou un rebond. On veut savoir si la personne a « réussi » sa sortie. On veut une image nette : échec, renaissance, disparition, come-back. La vie réelle est plus poreuse. Jean-Michel Maire n’a pas basculé dans le néant. Il n’a pas non plus inventé une seconde carrière spectaculaire. Il a réduit la focale.
Cette réduction dérange un peu, parce qu’elle refuse le roman. Pas de grand conflit public avec Cyril Hanouna. Pas de retour fracassant. Pas de série de confidences amères. Juste un homme qui n’est plus dans le studio, que l’on mentionne encore, et qui vend désormais des conseils à ceux qui veulent entrer dans la lumière ou y survivre. C’est moins romanesque qu’une reconversion en policier de nuit. C’est aussi plus plausible.
Le public aime les légendes parce qu’elles ferment l’histoire. Un chroniqueur devenu flic à Phuket, cela se raconte en une phrase. Un chroniqueur devenu coach à distance, cela demande d’accepter qu’une vie médiatique puisse se terminer en pointillé. Or c’est précisément ce que font beaucoup d’anciens de l’antenne. Ils ne disparaissent pas. Ils se rétrécissent à une activité, à une ville, à un cercle.
Hanouna, Maire, et la mémoire d’une émission
En regrettant l’absence de Jean-Michel Maire et d’Énora Malagré, Cyril Hanouna a fait ce que font les animateurs quand une nouvelle saison commence : il a convoqué les fantômes utiles. Une émission héritière a besoin de continuité. Les noms anciens servent de pont. Ils rappellent au téléspectateur que le canapé d’aujourd’hui descend d’un autre canapé. Même si le décor a changé, même si la chaîne a changé, la famille est censée rester lisible.
Que Hanouna ait « eu des nouvelles » de Maire n’a rien d’étonnant. Les liens de plateau survivent souvent aux grilles. On s’appelle. On se raconte. On plaisante. On transforme l’éloignement en sketch pour que l’absence ne pèse pas. Dans cet échange-là, l’ancien chroniqueur reste un personnage de l’émission, même s’il n’y siège plus. C’est le privilège et le piège des longues collaborations : on quitte l’antenne plus vite qu’on ne quitte le récit.
Pour Jean-Michel Maire, cette mention a un double effet. Elle le maintient dans l’actualité. Elle le ramène aussi, malgré lui, dans un cadre dont il s’est extrait. Chaque fois que son nom revient dans TBT9, une partie du public oublie Phuket et revoit le chroniqueur. La reconversion réelle passe au second plan. La légende de plateau reprend le dessus.
Transmettre sans langue de bois, une promesse plus difficile qu’il n’y paraît
Promettre de transmettre « sans langue de bois » est devenu un slogan banal. Tout le monde le dit. Peu de gens le tiennent. Dans le coaching média, la tentation inverse est permanente. On vend des recettes. On aplatit les personnalités. On apprend aux gens à ressembler à ce que l’on croit attendu. Un ancien de talk-show sait mieux que d’autres combien ces recettes peuvent être cyniques. Il sait aussi combien elles marchent.
Le vrai enjeu, pour Jean-Michel Maire, n’est donc pas seulement de trouver des clients. Il est de décider ce qu’il refuse d’enseigner. Est-ce qu’on apprend à quelqu’un à occuper l’espace, ou à ne pas se trahir en l’occupant ? Est-ce qu’on prépare une personne à survivre à une séquence hostile, ou à la rechercher ? Ces questions-là dépassent le marketing du site. Elles touchent à l’éthique d’un métier que le chroniqueur a pratiqué de l’intérieur.
On peut imaginer que son expérience soit précieuse pour des profils très différents. Un chef d’entreprise qui doit affronter une interview. Une créatrice de contenu qui bascule vers des formats plus longs. Un politique qui veut cesser de parler comme une fiche. Une étudiante qui prépare un oral. Un amateur de jeux télévisés qui rêve d’un plateau. Tous n’ont pas le même besoin. Tous, en revanche, cherchent souvent la même chose : ne pas se vider en public.
Une nouvelle vie, mais pas une disparition
Le mot retraite, utilisé au moment du départ, prête à confusion. Jean-Michel Maire n’a pas cessé de travailler. Il a cessé d’être un salarié du direct. La distinction compte. Beaucoup d’anciens de la télévision disent partir et continuent d’apparaître partout. D’autres disent rester et s’effacent. Ici, le mouvement est inverse. L’homme annonce qu’il s’éloigne, puis construit une activité discrète, exportable, autonome.
Cette autonomie est sans doute le vrai luxe de sa situation actuelle. Plus de chaîne à convaincre. Plus de case horaire à défendre. Plus de nécessité d’être drôle à heure fixe. Le travail existe encore, mais il n’appartient plus à une machine collective. Il tient dans un écran, un rendez-vous, une conversation. Pour quelqu’un qui a passé des années dans le bruit organisé d’un plateau, ce recentrage a la force d’un changement de climat.
Alors, que devient Jean-Michel Maire ? Il devient précisément ce que le public a du mal à imaginer pour un chroniqueur célèbre : un homme encore vivant hors du studio. Installé à Phuket. Occupé à transmettre. Mentionné de temps à autre par ceux qui ont repris le flambeau. Ni disparu, ni de retour. Simplement ailleurs.
Ce que cette trajectoire dit de notre rapport aux visages de télévision
Nous avons pris l’habitude de traiter les chroniqueurs comme des personnages de feuilleton. Tant qu’ils sont à l’antenne, nous suivons leurs phrases, leurs accrochages, leurs allusions. Quand ils s’en vont, nous voulons un épisode supplémentaire. La vie hors champ nous paraît illégitime, ou incomplète. Comme s’il manquait une chute. Comme si une existence n’était réelle qu’à condition d’être commentée.
Le départ de Jean-Michel Maire force à lâcher ce réflexe. Il n’offre pas de grand récit. Il offre une géographie. Une île. Un métier d’accompagnement. Une blague d’animateur qui tente de le ramener dans le cadre. Entre ces trois éléments, chacun peut choisir sa version. La plus fidèle est aussi la moins spectaculaire : un journaliste de plateau a décidé que le plateau n’était plus le centre.
Dans quelques années, son nom reviendra peut-être autrement. Un passage surprise. Un livre. Un silence plus long. Un retour. Ou rien de tout cela. L’intérêt de sa situation actuelle, c’est précisément qu’elle n’est plus écrite par une grille de programmes. Elle appartient enfin à autre chose qu’à l’actualité du soir.
En attendant, Phuket continue d’être à dix mille kilomètres des studios. Cyril Hanouna continue de faire tourner une émission qui ressemble à celle d’avant sans être tout à fait la même. Et Jean-Michel Maire, lui, continue de transformer en conseil ce qu’il a longtemps pratiqué en public. Ce n’est pas une légende de policier nocturne. C’est une reconversion. Plus sèche. Plus banale. Et, pour cela, plus vraie.
Ce qu’il faut retenir
- Le chroniqueur historique de Touche pas à mon poste n’a pas rejoint TBT9.
- Il vit à Phuket depuis juin 2025 et travaille désormais à distance.
- La piste du bar de plage a cédé la place à un site de coaching média lancé en septembre 2025.
- La blague du policier thaïlandais relève du sketch de plateau, pas d’une reconversion réelle.
Au fond, l’histoire n’est pas seulement celle d’un homme qui part. C’est celle d’un métier qui laisse peu de place à l’après, jusqu’au jour où l’après s’impose. Jean-Michel Maire a choisi d’habiter cet après-là au soleil, derrière un écran, loin du canapé qui l’avait défini. On peut trouver cela trop sage. On peut le trouver habile. On peut simplement y voir un homme qui, après avoir commenté le spectacle des autres, a décidé de ne plus en être l’un des décors.









