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L Intelligence Artificielle Au Cinéma Outil Extraordinaire À Apprivoiser

Le directeur de la Mostra refuse la peur paralysante face à l intelligence artificielle. Il parle d un outil extraordinaire, d un danger réel et d une expérience déjà projetée hors compétition. Reste à savoir qui tiendra vraiment le cadre.

Faut-il reculer devant une machine capable d’inventer des images, ou apprendre à la diriger comme on a appris à diriger une caméra, une salle de montage, un plateau ? À la veille de l’ouverture du plus ancien festival de cinéma du monde, le directeur artistique de la Mostra de Venise, Alberto Barbera, a choisi une réponse nette : pour ne pas être submergé, il faut se demander comment utiliser cette technologie et mettre un outil qu’il juge extraordinaire au service des créateurs.

Venise Face À L Intelligence Artificielle

Le propos n’est pas un slogan de communication. Il intervient dans un climat déjà chargé. Jusqu’ici, a-t-il développé, les interventions publiques sur l’intelligence artificielle ont surtout été marquées par la peur. Peur d’un impact négatif sur l’ensemble du genre humain. Peur des conséquences professionnelles. Peur pour les droits d’auteur. Peur pour l’image des artistes. Cette litanie d’inquiétudes n’est pas niée. Elle est simplement replacée dans un autre cadre : celui d’un outil extrêmement puissant et révolutionnaire, qu’il serait dangereux d’abandonner aux seuls discours d’alarme.

La thématique n’arrive pas à Venise comme une surprise. Elle a déjà traversé le dernier festival de Cannes, en mai. Deux lignes se dessinent alors, et elles continuent de structurer le débat à l’approche de la 83e édition de la Mostra, qui s’ouvre mercredi et se poursuit jusqu’au 12 septembre.

Deux festivals, deux tonalités

À Cannes, le directeur Thierry Frémaux s’était exprimé contre le recours à l’intelligence artificielle. Le festival se rangeait, selon lui, du côté des professionnels de l’industrie du cinéma dont les emplois sont menacés. Ce positionnement a le mérite de la clarté. Il nomme une angoisse concrète : des métiers, des savoir-faire, des équipes, des chaînes de production qui se sentent exposés.

Pourtant, le même Cannes a programmé un documentaire du réalisateur oscarisé de Traffic, Steven Soderbergh, consacré à John Lennon et Yoko Ono. Ce film comportait des images générées par intelligence artificielle, visuellement dérangeantes. L’écart est instructif. D’un côté, une déclaration de principe protectrice. De l’autre, une œuvre déjà confrontée à la matière nouvelle, avec le trouble visuel que cela peut produire.

Ce que le calendrier dit déjà
Cannes a posé la question en mai. Venise la reprend à l’ouverture de sa 83e édition. Entre les deux, le débat n’a pas disparu : il a seulement changé de rive.

Alberto Barbera ne nie pas le danger. Il refuse en revanche que la peur soit le seul mode d’emploi. L’intelligence artificielle, dit-il, est aussi un outil extraordinaire. Extraordinaire, extrêmement puissant, révolutionnaire. Les mots s’accumulent volontairement. Ils servent à contrer une habitude de langage qui réduit la technologie à une menace globale, indifférenciée, presque mythologique.

Be Brave, une expérience hors compétition

Lors de cette 83e Mostra, sera présenté hors compétition Be Brave, un documentaire italien consacré à Renzo Rosso, fondateur de la marque de jeans Diesel. Le film a été entièrement réalisé grâce à l’intelligence artificielle. Alberto Barbera a qualifié l’initiative d’expérience très intéressante.

Le statut hors compétition n’est pas un détail. Il permet d’exposer sans transformer immédiatement l’expérience en prétendant à la palme. On montre. On observe. On discute. Le festival n’affirme pas que cette méthode doit devenir la norme. Il affirme qu’elle existe, qu’elle a produit un objet filmique, et qu’il serait absurde de l’ignorer.

Renzo Rosso n’est pas un personnage de fiction. C’est un industriel de la mode, une figure publique, un récit de marque. Confier ce récit à une chaîne entièrement assistée par intelligence artificielle interroge la frontière entre documentaire, portrait, communication et laboratoire formel. Barbera n’entre pas dans une analyse technique du film. Il en retient le caractère d’expérience. Le mot compte. Une expérience n’est pas une doctrine. Elle est un terrain.

Si nous ne commençons pas à nous poser ces questions, nous risquons d’être submergés par l’intelligence artificielle.

Alberto Barbera

Être submergé, dans cette phrase, ne signifie pas seulement être remplacé. Cela signifie perdre la capacité de décider. Le verbe est hydrique, presque physique. La vague arrive. On peut la subir. On peut aussi apprendre à nager, à construire une digue, à utiliser le courant. L’image n’est pas développée par le directeur artistique, mais elle habite son vocabulaire : apprivoiser, contrôler, exploiter, mettre au service.

Contrôler l outil, exploiter le possible

Alberto Barbera estime qu’il est temps de se demander deux choses. D’une part, comment on peut contrôler cet outil, qui doit être rigoureusement encadré du point de vue législatif, éthique et moral. D’autre part, comment exploiter les potentialités extraordinaires de cette technologie inédite. L’intelligence artificielle représenterait à la fois un danger et un avantage.

Le double mouvement évite le piège binaire. Ni interdiction magique, ni fascination naïve. Un cadre. Puis un usage. Le cadre d’abord, parce que sans lui l’usage dévore le métier, le droit, le visage. L’usage ensuite, parce qu’un cadre sans usage n’est qu’une peur administrée.

Le législatif, l’éthique et le moral ne sont pas trois synonymes. Le législatif concerne la règle écrite, les contrats, les droits d’auteur, la responsabilité d’une image générée. L’éthique concerne les pratiques professionnelles, ce qu’une équipe accepte de déléguer, ce qu’un festival accepte de montrer. Le moral concerne une exigence plus large, presque anthropologique : que fait-on de l’image d’un être humain, vivant ou disparu, lorsqu’une machine peut la recomposer ?

Ces trois plans apparaissent déjà dans le diagnostic initial de Barbera. L’impact sur le genre humain. Les aspects professionnels. Les droits d’auteur. L’image des artistes. Rien n’est inventé autour de cette liste. Elle suffit à occuper longtemps une industrie qui vit de contrats, de visages et de récits.

Ce que la peur a déjà nommé

La peur professionnelle est la plus immédiate. Montage, effets visuels, habillage, documentation d’archives, même certaines étapes de l’écriture peuvent être accélérées ou déplacées. Dire cela n’est pas dresser un tableau technique nouveau. C’est relire ce que le directeur de Cannes a déjà formulé : des emplois menacés. Venise n’efface pas cette menace. Elle refuse d’en faire le seul horizon.

La peur des droits d’auteur porte sur la matière première. Qui possède une image calculée à partir de milliers d’autres images ? Qui possède une voix reconstituée ? Qui possède le style d’un opérateur, d’un chef décorateur, d’un monteur ? Barbera mentionne explicitement les droits d’auteur parmi les motifs d’inquiétude. Il n’offre pas de solution juridique. Il demande un encadrement rigoureux.

La peur de l’image des artistes est plus intime. Un visage peut être copié, vieilli, rajeuni, placé dans une scène qu’il n’a jamais tournée. Un disparu peut sembler revenir. Le documentaire de Steven Soderbergh sur John Lennon et Yoko Ono, avec ses images générées visuellement dérangeantes, a déjà donné un exemple public de ce trouble. Le dérangement n’est pas un accident de parcours. Il est le symptôme d’une frontière déplacée.

Danger
Emplois, droits, visages, saturation des images, perte de contrôle.
Avantage
Outil puissant, formes inédites, service aux créateurs, ce qui n’était pas possible.

Alberto Barbera tient les deux colonnes ouvertes. Danger et avantage. Contrôle et exploitation des potentialités. La phrase n’est pas un équilibre de communication. Elle est une méthode : d’abord les questions, ensuite l’usage.

Mettre la machine au service des créateurs

Si, en revanche, nous nous demandons comment utiliser cette technologie, cela signifie que nous la mettons au service des artistes, des créateurs, des réalisateurs, comme quelque chose qui est sans précédent, qui permet de réaliser ce qui jusque-là n’était pas possible. Telle est la deuxième jambe du raisonnement.

Le service n’est pas l’abandon. Un outil au service d’un réalisateur reste un outil. La caméra n’a pas remplacé le regard. Le montage numérique n’a pas remplacé le rythme. Barbera parle d’apprivoiser. Apprivoiser suppose une relation, une durée, une discipline. On n’apprivoise pas en fermant les yeux. On n’apprivoise pas non plus en niant la force de l’animal.

Ce qui jusque-là n’était pas possible : la formule est vaste. Elle peut désigner une reconstruction d’archives, une variation formelle, une économie de moyens, une image trop coûteuse ou trop dangereuse à produire autrement. Le directeur artistique ne dresse pas le catalogue. Il affirme seulement qu’il existe un inédit. L’inédit, dans un festival, a toujours eu droit de cité, même lorsqu’il dérange.

Be Brave fonctionne ici comme un signal. Entièrement réalisé grâce à l’intelligence artificielle, le documentaire n’est pas caché. Il est montré hors compétition. Qualifié d’expérience très intéressante, il sert moins de modèle que de preuve d’existence. On peut discuter sa réussite. On ne peut plus discuter son arrivée.

Vendredi, une conversation publique

Le festival vénitien organise également vendredi une conférence à laquelle participera la star hollywoodienne George Clooney. Elle promet de réunir des figures majeures issues des arts et des industries créatives, de l’intelligence artificielle et de la technologie afin de discuter de la forme que pourrait prendre l’avenir de la créativité.

Le plateau annoncé mélange volontairement les mondes. Arts. Industries créatives. Intelligence artificielle. Technologie. L’avenir de la créativité n’y est pas traité comme un thème décoratif. Il est le titre même de la discussion. George Clooney y apporte une visibilité internationale. Les autres figures, non détaillées dans les propos rapportés, sont définies par leurs champs : création, industrie, technique.

Placer cette conférence dans le calendrier de la Mostra a une fonction. Le festival ne se contente pas de projeter un documentaire généré. Il ouvre une scène de paroles. Barbera, en amont, a déjà fixé l’axe : comment contrôler, comment exploiter. La conférence peut élargir, contredire, préciser. Elle ne part pas de nulle part.

Il est temps de se demander deux choses : comment contrôler cet outil, qui doit être rigoureusement encadré du point de vue législatif, éthique et moral, et comment exploiter les potentialités extraordinaires de cette technologie inédite.

Alberto Barbera

Le mot rigoureusement pèse. L’encadrement n’est pas un vœu vague. Il est présenté comme une condition. Sans lui, l’outil extraordinaire redevient seulement extraordinaire, c’est-à-dire disproportionné par rapport aux règles existantes.

Le plus vieux festival et la nouveauté brute

La Mostra aime rappeler son âge. Plus vieux festival de cinéma au monde. Cette ancienneté n’interdit pas la nouveauté. Elle la met à l’épreuve. Un festival ancien possède une mémoire des ruptures : le parlant, la couleur, la télévision, le numérique, les plateformes. Chaque rupture a produit les mêmes familles de phrases. On parlera de la mort d’un art. On parlera d’un outil. On parlera d’un métier à défendre.

Alberto Barbera inscrit l’intelligence artificielle dans cette histoire sans la banaliser. Il dit révolutionnaire. Il dit sans précédent. Il dit aussi danger. La tradition vénitienne, ici, n’est pas de sanctuariser le passé. Elle est de donner une scène à ce qui arrive, y compris lorsqu’arrive un documentaire entier né d’une chaîne artificielle.

Montrer Be Brave hors compétition, convoquer George Clooney et des figures des arts, de l’industrie et de la technique, parler d’apprivoisement plutôt que d’interdit : ces gestes dessinent une politique de festival. Une politique n’est pas une loi. Elle est une manière d’accueillir le réel.

Cannes a dit non, Venise pose des questions

Réduire le débat à une opposition Cannes contre Venise serait excessif. Les deux événements n’ont pas le même calendrier, le même rôle, la même déclaration. Mais les deux paroles publiques existent, et elles ne disent pas la même chose au même moment.

Thierry Frémaux a choisi le camp des professionnels dont les emplois sont menacés. Alberto Barbera choisit la question de l’usage. L’un insiste sur la protection. L’autre insiste sur la maîtrise. Les deux parlent pourtant du même objet : une technologie déjà entrée dans les images, déjà capable de déranger un regard, déjà capable de porter un documentaire entier.

Le film de Steven Soderbergh à Cannes empêche d’ailleurs toute lecture trop simple. Un festival qui se range contre le recours à l’intelligence artificielle peut néanmoins projeter des images générées. La contradiction apparente est peut-être une coexistence. On peut craindre un outil et rencontrer déjà ses traces à l’écran.

Venise assume davantage la rencontre. Expérience très intéressante. Outil extraordinaire. Danger et avantage. Questions à poser sous peine d’être submergés. La rhétorique est plus ouverte. Elle n’est pas plus naïve, si l’on prend au sérieux l’appel à un encadrement législatif, éthique et moral.

L image, le métier, le droit

Trois nœuds reviennent. L’image des artistes. Les aspects professionnels. Les droits d’auteur. Autour d’eux gravite la question plus vaste d’un impact sur l’ensemble du genre humain, formulée par Barbera comme l’un des motifs de peur déjà entendus.

L’image des artistes n’est pas un accessoire de célébrité. Dans le cinéma, le visage est un matériau. Il est contractuel, lumineux, historique. Lorsqu’une machine peut le reproduire ou le déformer, c’est le matériau lui-même qui change de statut. Le dérangement visuel évoqué à propos du documentaire sur John Lennon et Yoko Ono donne une forme sensible à ce changement.

Les aspects professionnels concernent des personnes, pas seulement des postes. Une industrie n’est pas une abstraction. Elle est faite d’équipes, d’heures, de spécialisations. Dire que des emplois sont menacés, comme à Cannes, et dire qu’il faut mettre la technologie au service des créateurs, comme à Venise, ce n’est pas forcément se contredire. C’est parler depuis deux extrémités de la même chaîne : ceux qui exécutent, ceux qui signent, ceux qui organisent le festival où les films apparaissent.

Les droits d’auteur sont le langage par lequel le cinéma a longtemps convertile geste créatif en propriété. Si la matière générée brouille l’origine, le langage vacille. Barbera ne réécrit pas le code. Il demande que l’outil soit encadré. La demande est politique au sens large : sans règle, l’avantage annoncé devient une capture.

  • Législatif — la règle, le contrat, la responsabilité.
  • Éthique — ce qu’une profession accepte de déléguer.
  • Moral — ce que l’on doit au visage et à la mémoire.

Ces trois adjectifs, législatif, éthique, moral, sont ceux du directeur artistique. Les garder ensemble évite de croire qu’une loi suffira, ou qu’une bonne intention suffira, ou qu’un tabou moral suffira. L’outil extraordinaire demande les trois.

Une technologie inédite, un festival qui ouvre

Alberto Barbera parle d’une technologie inédite. L’adjectif coupe court à la tentation de dire que l’on a déjà tout vu. On a vu d’autres machines. On n’a pas encore vu, à cette échelle, une capacité à produire des images, des assemblages, des portraits, des documentaires entiers selon des chaînes nouvelles.

Be Brave n’est pas présenté comme le chef-d’œuvre de cette capacité. Il est présenté comme un cas. Le cas d’un documentaire italien sur Renzo Rosso, fondateur de Diesel, entièrement réalisé grâce à l’intelligence artificielle. Le cas d’une projection hors compétition. Le cas d’un mot du directeur : expérience très intéressante.

Intéressante : le terme est prudemment positif. Il n’est pas un blanc-seing esthétique. Il autorise la curiosité. Dans un festival, la curiosité est une forme de travail. On regarde pour savoir ce que l’œil accepte, ce que l’œil refuse, ce que l’œil ne sait plus classer.

Vendredi, la conférence élargit ce travail du regard à un travail de parole. George Clooney. Des figures majeures des arts, des industries créatives, de l’intelligence artificielle et de la technologie. L’avenir de la créativité comme objet de discussion. La promesse n’est pas celle d’une conclusion. Elle est celle d’une confrontation de langages.

Ne pas être submergé

La formule la plus sombre de Barbera reste la plus utile. Si nous ne commençons pas à nous poser ces questions, nous risquons d’être submergés. Le risque n’est pas seulement technique. Il est politique et professionnel. Qui pose les questions ? Les festivals, les législateurs, les artistes, les industriels de la technologie, les équipes menacées ? Le directeur artistique de la Mostra répond implicitement : tout le monde, et maintenant.

Jusqu’ici, selon lui, la série d’interventions a été marquée par la peur. Cette observation n’invalide pas la peur. Elle constate un déséquilibre. Trop d’alarme, pas assez de mode d’emploi. Trop d’impact négatif imaginé de manière globale, pas assez de questions précises sur l’usage au service des créateurs.

Le service des créateurs n’efface pas le danger pour les métiers. Il déplace la priorité affichée : d’abord la création, ensuite l’outil. Un réalisateur qui utilise une technologie inédite pour faire ce qui n’était pas possible reste un réalisateur. Une industrie qui laisse la technologie décider à sa place n’est plus tout à fait une industrie de création. Entre les deux, Barbera installe l’apprivoisement.

Apprivoiser un outil extraordinaire, extrêmement puissant et révolutionnaire, ce n’est pas l’adorer. C’est refuser d’être submergé. C’est demander un cadre. C’est regarder Be Brave. C’est écouter, vendredi, une conversation où le cinéma, la technique et l’industrie se parlent sous le nom de l’avenir de la créativité.

Ce que Venise met sur la table

Au moment où la 83e édition s’ouvre mercredi jusqu’au 12 septembre, la Mostra n’annonce pas une révolution de règlement intérieur dans les propos rapportés. Elle annonce une attitude. Montrer. Discuter. Encadrer. Utiliser. Les verbes sont ceux d’Alberto Barbera, réordonnés.

Montrer un documentaire entièrement réalisé grâce à l’intelligence artificielle. Discuter de l’avenir de la créativité en présence de George Clooney et de figures des arts, de l’industrie et de la technologie. Encadrer législativement, éthiquement, moralement. Utiliser l’outil au service des artistes, des créateurs, des réalisateurs.

Cette attitude se distingue de la seule dénonciation d’un recours. Elle ne promet pas que les emplois seront sauvés par magie. Elle ne promet pas que les droits d’auteur seront clarifiés en une semaine de festival. Elle ne promet pas que l’image des artistes cessera d’être vulnérable. Elle promet une autre chose, plus modeste et plus exigeante : commencer à poser les questions avant que la vague ne décide à la place des festivals.

Le cinéma a toujours vécu avec des machines. La question n’est donc pas d’inventer un rapport aux machines. La question, telle que la formule le directeur artistique de la Mostra, est de savoir si celle-ci restera un outil ou deviendra un milieu dans lequel on étouffe. Extraordinaire ou submergeante. Au service des créateurs ou au-dessus d’eux.

Entre Cannes en mai et Venise en septembre, le débat n’a pas été tranché. Il a seulement trouvé, sur la lagune, une formulation moins défensive et plus opératoire. Comment contrôler. Comment exploiter. Comment éviter d’être submergés. Comment faire ce qui n’était pas possible, sans renoncer à ce qui rend un film encore imputable à un regard humain.

Alberto Barbera n’offre pas la carte complète de cet équilibre. Il en fixe les bornes. D’un côté la peur déjà entendue, légitime dans ses objets : humanité, métiers, droits, visages. De l’autre un outil extraordinaire qu’il serait vain de pretendere ignorer alors qu’un documentaire entier arrive hors compétition et qu’une conférence internationale s’ouvre dès vendredi.

Le plus vieux festival du monde, pour cette 83e édition, choisit donc d’apprivoiser plutôt que de détourner les yeux. Le choix n’efface pas le danger. Il refuse seulement que le danger soit la seule phrase disponible. Le reste se jouera dans les salles, dans les règles à venir, et dans la manière dont les créateurs accepteront, ou non, de garder la main sur un outil qui, déjà, sait fabriquer des images jusqu’au trouble.

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