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Keiko Fujimori Réclame Des Pouvoirs Contre Le Crime Au Pérou

Au pouvoir depuis un mois, Keiko Fujimori réclame au Congrès des pouvoirs extraordinaires contre le crime organisé. Homicides et extorsions explosent. Le Parlement va-t-il lui accorder 120 jours de décrets?

Quand un pays de trente-quatre millions d’habitants voit ses homicides plus que doubler en quelques années et ses plaintes pour extorsion s’envoler de façon vertigineuse, la question n’est plus seulement politique : elle devient existentielle pour la vie quotidienne. Vendredi, la présidente du Pérou, Keiko Fujimori, a transmis au Congrès une demande urgente de pouvoirs destinés à légiférer contre le crime organisé et à affronter la vague d’insécurité qui frappe Lima comme d’autres villes. Au pouvoir depuis un mois seulement, elle place ainsi le Parlement au centre d’un dilemme immédiat : lui accorder, ou non, la faculté d’émettre des décrets législatifs pendant cent vingt jours.

Une Demande De Pouvoirs Face À Une Crise Sécuritaire

Le Pérou traverse, selon les éléments présentés avec cette initiative, la pire crise sécuritaire depuis la fin du conflit armé interne qui s’est étendu de 1980 à 2000. Ce rappel historique n’est pas anodin. Il situe le moment présent dans une mémoire nationale encore vive, celle d’une période où l’État avait déjà dû affronter des organisations capables de défier l’autorité publique. Aujourd’hui, le défi n’est plus formulé de la même manière, mais le sentiment d’une perte de contrôle revient dans le discours officiel.

Les chiffres transmis avec la demande sont brutaux par leur simplicité. Les homicides dans le pays sont passés de mille en 2018 à deux mille six cents en 2025. Les plaintes pour extorsion, elles, sont passées de trois mille deux cents à vingt-six mille cinq cents. Derrière ces totaux, il y a des commerces pressurés, des familles intimidées, des quartiers où la présence de l’État paraît trop mince pour dissuader ceux qui tirent précisément là où il n’y a ni militaires ni policiers.

Ce que dit la demande. La présidente a saisi le pouvoir législatif d’une requête urgente afin de décréter des normes lui permettant de combattre les réseaux criminels. L’une des premières mesures envisagées consiste à désigner les organisations criminelles comme organisations terroristes.

Le Poids Des Chiffres Sur La Vie Quotidienne

Un homicide n’est jamais une statistique isolée. Passer de mille à deux mille six cents morts violentes en quelques années, c’est transformer le rapport des habitants à la rue, au commerce, au transport, à l’école du quartier. Une plainte pour extorsion n’est jamais un simple dossier administratif. Passer de trois mille deux cents à vingt-six mille cinq cents signalements, c’est avouer que le racket s’est installé comme une industrie parallèle, capable de se reproduire plus vite que les réponses ordinaires de l’État.

Lima n’est pas seule concernée. La demande vise aussi d’autres villes, ce qui indique que le phénomène n’est pas circonscrit à la capitale. L’insécurité circule, se déplace, cherche les interstices. C’est précisément cet argument que le Premier ministre, Luis Galarreta, a développé à la télévision : les délinquants défient l’État parce qu’ils cherchent les endroits où il n’y a ni militaires ni policiers pour tirer. La phrase est rude. Elle dessine une géographie du vide.

Les délinquants défient l’État parce qu’ils cherchent les endroits où il n’y a ni militaires ni policiers pour tirer. Les citoyens vont voir des réponses concrètes, et pour cela nous allons avoir besoin de ces pouvoirs.

Luis Galarreta, Premier ministre

En citant cette déclaration, le gouvernement ne promet pas seulement une réforme juridique. Il promet une visibilité. Les citoyens, dit-il, verront des réponses concrètes. Pour que ces réponses existent dans le calendrier annoncé, les pouvoirs demandés deviennent, dans le récit officiel, une condition technique autant qu’un choix politique.

Pourquoi Qualifier Les Bandes De Terroristes

Parmi les mesures envisagées figure une requalification lourde de sens : désigner les organisations criminelles comme organisations terroristes. Le mot n’est pas neutre. Il déplace le crime organisé du registre de la délinquance ordinaire vers celui d’une menace assimilée à une entreprise de terreur contre l’ordre public. Dans le cadre de la demande envoyée au Congrès, cette piste est présentée comme l’une des premières.

Requalifier, ce n’est pas seulement changer une étiquette. C’est ouvrir un autre régime de normes, un autre rythme d’action, un autre langage pour justifier l’intervention de l’État. Le texte de la requête ne développe pas ici le détail de chaque article futur. Il pose néanmoins le principe : les réseaux criminels doivent pouvoir être combattus avec des instruments à la hauteur de ce que le gouvernement décrit comme un défi lancé à l’État.

Cette bascule sémantique s’inscrit dans une promesse de campagne déjà connue. Keiko Fujimori avait annoncé qu’elle lutterait contre la délinquance d’une main de fer. Une fois investie, le 28 juillet, elle a précisé que les militaires conduiraient la lutte contre la criminalité afin de reprendre le contrôle dans les zones où agissent des extorqueurs, des narcotrafiquants et d’autres bandes. La demande de vendredi donne une traduction parlementaire à cette orientation.

Indicateur 2018 2025
Homicides dans le pays 1 000 2 600
Plaintes pour extorsion 3 200 26 500
Population du Pérou 34 millions d’habitants

Un Calendrier Parlementaire En Deux Chambres

La demande n’est pas un décret déjà signé. Elle devra être examinée par la Chambre des députés et par le Sénat péruvien. Si les deux chambres approuvent l’initiative, le gouvernement pourra émettre des décrets législatifs pendant cent vingt jours. Tout le dispositif tient donc à un vote, puis à un second vote. Sans double feu vert, les pouvoirs extraordinaires restent une intention.

Cent vingt jours, ce n’est pas une législature entière. C’est une fenêtre. Assez longue pour produire un paquet de normes. Assez courte pour rester présentée comme une réponse d’urgence. Le gouvernement parle de nécessité. Le Parlement, lui, devra dire si cette nécessité justifie de déléguer, pour quatre mois, une part du travail de légiférer.

Le caractère urgent de la saisine n’efface pas le filtre bicaméral. Au contraire, il le rend plus visible. Chaque chambre devient un passage obligé. Les citoyens, déjà confrontés à la hausse des homicides et des extorsions, assisteront donc à une séquence institutionnelle aussi politique que technique : arguments de sécurité d’un côté, contrôle législatif de l’autre.

Des Militaires En Première Ligne

Dans son discours d’investiture, la présidente a annoncé que les militaires conduiraient la lutte contre la criminalité. L’objectif déclaré est de reprendre le contrôle dans les zones où agissent des extorqueurs, des narcotrafiquants et d’autres bandes. La formule relie trois figures du désordre : le racket, le trafic de drogue, les groupes armés de droit commun. Elle confie aux forces armées un rôle de reconquête territoriale.

Ce choix s’accorde avec le diagnostic du Premier ministre. Si les auteurs de tirs cherchent les lieux sans militaires ni policiers, alors la réponse imaginée consiste à remplir ces lieux. Non seulement par la police, mais par une conduite militaire de l’offensive. L’État, dans ce récit, ne doit plus laisser de zones grises où le crime organise sa propre souveraineté parallèle.

La demande de pouvoirs législatifs vient appuyer cette orientation. Légiférer vite, c’est pouvoir aligner le droit sur le dispositif de terrain. Désigner des organisations criminelles comme terroristes, c’est potentiellement modifier le cadre dans lequel militaires et policiers interviendront. Rien, dans les éléments communiqués, n’entre dans le détail opérationnel des patrouilles. En revanche, le principe politique est clair : la main de fer promise pendant la campagne doit maintenant trouver des outils juridiques.

L’Ombre D’Alberto Fujimori

Keiko Fujimori est la fille de l’ancien président Alberto Fujimori, au pouvoir de 1990 à 2000. Elle a pris ses fonctions le 28 juillet. Pendant la campagne, elle a promis de lutter contre la délinquance d’une main de fer, à l’image de son père décédé, condamné pour violations des droits humains. Cette filiation n’est pas un détail biographique ajouté après coup. Elle structure la manière dont la nouvelle présidente présente son autorité.

Le père incarne, dans ce récit de campagne, une fermeté face au désordre. Il incarne aussi, par la condamnation rappelée ici, un passé judiciaire lourd. Les deux faces coexistent dans la phrase même qui relie la fille à l’héritage paternel. L’article de la demande actuelle ne rouvre pas le procès du passé. Il montre toutefois que la nouvelle présidence s’autorise explicitement cette comparaison de méthode : frapper fort, vite, avec l’État en première ligne.

Un mois après l’entrée en fonction, la saisine du Congrès agit comme un premier test. Non pas un test abstrait de popularité, mais un test de traduction : une promesse de campagne peut-elle devenir, en quatre mois de décrets possibles, un arsenal contre les réseaux criminels ? La réponse n’appartient plus seulement au palais. Elle appartient aux deux chambres.

El Niño, L’Autre Urgence Du Gouvernement

Outre la lutte contre l’insécurité, Keiko Fujimori espère promulguer des mesures pour faire face au phénomène climatique El Niño. Les experts anticipent qu’il pourrait être le plus intense jamais enregistré, avec des pluies et des chaleurs extrêmes. La demande de pouvoirs ne se limite donc pas au crime. Elle embrasse une double urgence : celle des bandes et celle du climat.

Pluies extrêmes, chaleurs extrêmes : le vocabulaire est celui du débordement. Un État déjà confronté à la hausse des homicides et des extorsions devrait, dans le même temps, anticiper des chocs naturels d’une ampleur présentée comme inédite. D’où l’intérêt, pour l’exécutif, de disposer d’une faculté de décréter des normes pendant cent vingt jours. La fenêtre unique servirait deux fronts.

Le phénomène El Niño n’est pas décrit ici comme une hypothèse lointaine. Il est anticipé comme pouvant être le plus intense jamais enregistré. Cette formulation place le gouvernement dans une logique de préparation accélérée. Les mêmes chambres qui statueront sur le crime organisé statueront, en pratique, sur la capacité de l’exécutif à agir vite aussi sur le climat.

Deux urgences, une même fenêtre

  • Combattre les réseaux criminels par des normes d’exception temporaires.
  • Préparer le pays à un El Niño annoncé comme potentiellement record.
  • S’appuyer sur un examen par les députés puis par les sénateurs.
  • Disposer, en cas d’accord, de 120 jours de décrets législatifs.

Lima Et Les Autres Villes Sous Pression

La vague d’insécurité n’est pas présentée comme un problème exclusivement capitalin. Lima est nommée, mais d’autres villes le sont aussi. Cette extension géographique compte. Elle empêche de réduire la crise à un dossier de grande métropole. Elle invite à penser un archipel de tensions urbaines, où les mêmes logiques d’extorsion et de violence peuvent se répéter avec des intensités variables.

Dans un pays de trente-quatre millions d’habitants, la densité des villes crée des marchés pour le racket. Un commerce qui paie, un autre qui résiste, un troisième qui se tait : l’extorsion se nourrit de cette économie de la peur. La multiplication des plaintes, de trois mille deux cents à vingt-six mille cinq cents, peut signifier à la fois une explosion du phénomène et une plus grande disposition à signaler. Les deux lectures peuvent coexister. Reste le fait brut : le volume a basculé.

Les homicides, de mille à deux mille six cents, donnent une autre mesure, plus définitive. On ne discute pas un mort comme on discute une plainte. L’augmentation dit qu’une part du conflit quotidien se règle par les armes. D’où l’insistance officielle sur les lieux sans militaires ni policiers. Le vide institutionnel devient, dans ce discours, le terrain de chasse du crime.

Ce Que Change Une Délégation De Cent Vingt Jours

Émettre des décrets législatifs pendant cent vingt jours, ce n’est pas gouverner hors du droit. C’est gouverner avec un droit produit plus rapidement par l’exécutif, après habilitation du Parlement. La nuance est essentielle. Le Congrès reste le seuil. Sans lui, pas de fenêtre. Avec lui, l’exécutif gagne un tempo.

Ce tempo est précisément ce que le gouvernement dit manquer face à des réseaux qui, eux, n’attendent pas la fin d’un débat ordinaire pour s’étendre. L’argument de l’urgence sert à justifier la délégation. L’argument du contrôle sert à rappeler que deux chambres doivent encore dire oui. Entre les deux, le pays observe.

Les normes envisagées doivent permettre de combattre les réseaux criminels. L’une des premières pistes, encore une fois, est la désignation des organisations criminelles comme organisations terroristes. D’autres mesures pourront suivre, y compris sur le front climatique. Le paquet n’est pas publié ici article par article. Il est annoncé comme un besoin de moyens juridiques à la hauteur de la crise.

Une Présidence Encore Jeune, Un Dossier Déjà Ancien

Un mois de pouvoir, et déjà une demande urgente au Congrès. Le contraste est voulu. Il dit que l’équipe arrivée le 28 juillet ne considère pas l’insécurité comme un dossier que l’on peut laisser mûrir. Il dit aussi que la campagne n’est pas close dans les têtes : la main de fer promise doit commencer à prendre forme.

Pourtant, les courbes citées ne datent pas d’un mois. Elles relient 2018 à 2025. Elles racontent une dégradation plus longue que le début de mandat. La nouvelle présidence hérite d’une tendance. Elle choisit d’y répondre par une habilitation législative courte et intense, plutôt que par le seul rythme habituel des lois.

Luis Galarreta, en insistant sur les réponses concrètes que les citoyens vont voir, fixe un critère de jugement. Pas seulement des textes. Des effets visibles. Le gouvernement accepte d’être évalué à cette aune, à condition d’obtenir d’abord les pouvoirs demandés. Le Parlement, s’il accorde ces pouvoirs, acceptera d’être associé à cette évaluation.

Le Souvenir Du Conflit Armé Interne

Parler de la pire crise sécuritaire depuis la fin du conflit armé interne de 1980-2000, c’est convoquer une mémoire nationale particulière. Cette période a laissé des traces institutionnelles, sociales, familiales. S’y référer aujourd’hui, ce n’est pas déclarer que l’on revient au même conflit. C’est dire que le niveau d’alarme retrouve une intensité comparable, dans un tout autre contexte de bandes, d’extorsions et de narcotrafic.

La comparaison sert d’échelle. Elle donne du poids à la demande. Elle explique pourquoi le gouvernement estime insuffisants les outils ordinaires. Elle éclaire aussi le recours possible à une qualification terroriste pour des organisations criminelles : le langage de l’exception n’est pas étranger à l’histoire récente du pays, même si les acteurs d’aujourd’hui ne sont pas ceux d’hier.

Cette mémoire impose en même temps une vigilance de lecture. L’ancien président Alberto Fujimori a été condamné pour violations des droits humains. La fille qui s’en réclame pour la fermeté hérite donc d’un récit clivé. La demande actuelle ne tranche pas ce débat mémoriel. Elle s’en sert comme d’un horizon de méthode : l’État ne doit pas reculer là où le crime avance.

Extorsion, Narcotrafic, Bandes : Trois Visages D’Un Même Défi

Le discours d’investiture énumère des extorqueurs, des narcotrafiquants et d’autres bandes. La demande au Congrès parle de réseaux criminels et d’organisations à requalifier. Les mots varient, le diagnostic converge : ce n’est pas un délinquant isolé que l’exécutif dit vouloir frapper, c’est une architecture.

L’extorsion apparaît comme le phénomène le plus spectaculairement documenté par les plaintes. Le narcotrafic apparaît comme une économie illégale capable de financer la violence. Les autres bandes occupent le reste du spectre, assez flou pour couvrir des réalités urbaines diverses, assez précis pour justifier une reconquête de zones. Les militaires, selon l’annonce d’investiture, doivent conduire cette reconquête.

Dans les villes, ces trois visages peuvent se croiser. Un même territoire peut connaître le racket du commerçant, le passage de la drogue et la présence d’un groupe armé de quartier. C’est cette superposition qui rend, aux yeux du gouvernement, insuffisante une réponse fragmentée. D’où l’appel à des normes transversales, produites vite, pendant cent vingt jours si le Parlement y consent.

Ce Que Les Citoyens Sont Invités À Attendre

Le Premier ministre l’a dit sans détour : les citoyens vont voir des réponses concrètes. La phrase crée une créance. Elle transforme la procédure parlementaire en prologue d’une démonstration publique. Si les chambres refusent, la démonstration est reportée. Si elles acceptent, le compte à rebours de cent vingt jours commence.

Concrètes, les réponses devront l’être dans les rues de Lima et d’autres villes, là où l’absence de militaires et de policiers est présentée comme une invitation à tirer. Concrètes, elles devront l’être aussi dans la capacité de l’État à traiter un El Niño potentiellement record. Sécurité et climat se trouvent ainsi liés par un même besoin de normes rapides.

Rien n’indique, dans les éléments disponibles, le contenu exact de chaque décret futur. L’essentiel, à ce stade, est le principe de l’habilitation. Le reste s’écrira après le vote, si vote positif il y a. Le suspense institutionnel est donc réel. Il ne porte pas sur le diagnostic officiel, déjà tranché, mais sur le feu vert législatif.

Une Séquence Politique À Suivre Chambre Par Chambre

La Chambre des députés examinera. Le Sénat examinera. Cette banalité procédurale devient le cœur de l’actualité. Car c’est là que se décide si l’exécutif pourra légiférer par décrets pendant quatre mois. Chaque hémicycle pèse le même poids décisif : l’un ne suffit pas. Les deux sont nécessaires.

On peut lire cette exigence comme un garde-fou. On peut la lire aussi comme un risque de délai, précisément ce que le gouvernement dit vouloir éviter. Les deux lectures sont compatibles avec les faits connus. Elles expliquent la tonalité d’urgence de la saisine de vendredi.

Keiko Fujimori, présidente depuis le 28 juillet, joue ici une partie de crédibilité précoce. Un mois après l’investiture, elle demande au Parlement de lui faire confiance sur le régalien. Le Parlement, de son côté, doit décider s’il transforme cette confiance en délégation temporaire. Le pays, lui, continue de compter les homicides et les extorsions.

Ce Que L’On Sait, Ce Que L’On Ne Sait Pas Encore

On sait que la présidente a demandé vendredi des pouvoirs pour légiférer contre le crime organisé et l’insécurité. On sait que le Pérou compte trente-quatre millions d’habitants. On sait que la crise sécuritaire est présentée comme la pire depuis la fin du conflit armé interne. On sait que les homicides sont passés de mille à deux mille six cents, et les plaintes pour extorsion de trois mille deux cents à vingt-six mille cinq cents.

On sait qu’une requalification des organisations criminelles en organisations terroristes figure parmi les premières mesures envisagées. On sait que Luis Galarreta a justifié le besoin de pouvoirs par le défi lancé à l’État et par la promesse de réponses concrètes. On sait que députés et sénateurs doivent approuver pour ouvrir une période de cent vingt jours. On sait qu’El Niño, annoncé comme pouvant être le plus intense jamais enregistré, fait partie du même espoir de normes rapides.

On ne sait pas encore si les deux chambres diront oui. On ne connaît pas le texte intégral de chaque futur décret. On ne dispose pas, dans cette séquence, du détail opérationnel des déploiements militaires annoncés à l’investiture. L’honnêteté d’un récit fidèle consiste à s’arrêter net devant ces limites, tout en déployant pleinement ce qui a déjà été dit.

Une Main De Fer Cherche Maintenant Un Cadre Légal

La campagne avait un slogan de méthode : la main de fer. L’investiture a eu un choix d’acteurs : les militaires en conduite de la lutte. Vendredi a eu un geste institutionnel : la demande au Congrès. Les trois temps s’enchaînent. Ils racontent une présidence qui veut compresser le délai entre la parole et la norme.

Le cadre légal recherché n’est pas éternel. Cent vingt jours seulement, si habilitation il y a. Cette limite temporelle est aussi une rhétorique. Elle dit l’exception sans dire la permanence. Elle permet à l’exécutif de demander beaucoup, tout en présentant la durée comme bornée. Au Parlement de juger si la borne suffit à équilibrer le transfert.

Dans les villes, pendant ce temps, la vie continue sous la pression des chiffres. Deux mille six cents homicides. Vingt-six mille cinq cents plaintes pour extorsion. Des réseaux qui, selon le Premier ministre, choisissent les angles morts de l’État. Des citoyens invités à attendre des gestes visibles. Un climat menaçant, en plus des armes. Peu de séquences politiques condensent autant d’urgences en un seul dossier parlementaire.

La suite s’écrira dans les hémicycles. Pas dans les communiqués. Tant que la Chambre des députés et le Sénat n’auront pas tranché, les pouvoirs restent une requête. Une requête déjà lourde de sens, parce qu’elle dit comment une présidente en fonction depuis un mois entend gouverner le régalien : vite, fort, et, si le Congrès l’accepte, par décrets.

Au fond, le débat qui s’ouvre n’oppose pas seulement une présidente et un Parlement. Il met en regard deux temporalités : celle des réseaux qui occupent les vides, et celle des institutions qui doivent encore voter pour accélérer. C’est dans cet écart que se joue, pour Lima et pour les autres villes, le premier grand rendez-vous de ce mandat commencé le 28 juillet.

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