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Ouganda Kizza Besigye Très Faible Et De Nouveau Hospitalisé

Très faible, à peine capable de marcher ou de parler, l’opposant Kizza Besigye a quitté sa prison de Kampala pour l’hôpital. Son épouse parle de persécution. Ce qui se joue maintenant dépasse un simple transfert médical.

Comment un homme de soixante-dix ans, déjà épuisé par la détention, peut-il encore être traîné d’une cellule à un hôpital, puis renvoyé derrière les barreaux alors que son corps lâche ? C’est la question qui plane, depuis vendredi soir, autour de Kizza Besigye. L’opposant ougandais, jugé pour trahison dans son pays, est décrit comme très faible. Son épouse l’a annoncé tard dans la soirée, en dénonçant une persécution. Le geste médical n’efface pas le cadre politique. Il le rend seulement plus visible.

Un opposant de nouveau hospitalisé à Kampala

Kizza Besigye a été transféré vendredi soir de sa prison de Kampala vers un hôpital proche de la capitale. L’information vient de son épouse, Winnie Byanyima, directrice exécutive de l’Onusida. Elle n’a pas parlé d’une amélioration. Elle a décrit un homme encore très faible, qui a du mal à marcher, à parler, à écrire et même à tenir quoi que ce soit. Le détail est simple. Il est aussi accablant.

Ce n’est pas un incident isolé. C’est la quatrième fois que M. Besigye est hospitalisé depuis qu’il est en détention. Le rythme des allers-retours entre la prison et le soin dessine une trajectoire. On soigne assez pour que le procès continue. On ramène assez vite pour que la contrainte demeure. Entre les deux, le corps de l’accusé devient le théâtre d’un conflit plus large.

L’opposant a soixante-dix ans. Il a été le médecin personnel du président Yoweri Museveni, qui gouverne l’Ouganda depuis plus de quarante ans. Puis il a basculé. Depuis plus de vingt-cinq ans, il est dans le collimateur du pouvoir, précisément parce qu’il s’est rallié à l’opposition. Cette biographie n’est pas un décor. Elle explique pourquoi chaque hospitalisation est lue, dans son camp, comme autre chose qu’un simple épisode sanitaire.

Ce que dit le dernier transfert
Vendredi soir, prison de Kampala vers un hôpital proche de la capitale. État décrit : grande faiblesse, difficultés à marcher, parler, écrire et saisir un objet. Quatrième hospitalisation depuis le début de la détention.

Une trajectoire politique longue de plus de vingt-cinq ans

Avant d’être un détenu, Kizza Besigye a été un proche. Médecin personnel du chef de l’État, il a connu l’intérieur du pouvoir avant d’en devenir l’un des visages contestataires les plus persistants. Le basculement n’a pas été un caprice de saison. Il a ouvert une période de plus de vingt-cinq années durant lesquelles le gouvernement l’a considéré comme une menace.

Yoweri Museveni, lui, est toujours là. Plus de quarante ans à la tête du pays. Cette durée n’est pas un détail administratif. Elle donne à l’affaire Besigye sa densité. Un opposant vieillissant face à un pouvoir installé depuis des décennies. Un procès pour trahison. Une santé qui s’effondre. Une épouse qui parle de persécution. Les éléments s’empilent sans qu’il soit besoin d’en ajouter d’autres.

Dans ce face-à-face, l’âge de l’accusé n’est pas neutre. À soixante-dix ans, la détention n’a pas le même coût physique qu’à quarante. Marcher, parler, écrire, tenir un objet : ces gestes ordinaires deviennent des indicateurs. Quand ils vacillent, le débat juridique bascule vers une question plus brute. Un homme aussi faible peut-il encore être traité comme un accusé pleinement disponible pour sa propre défense ?

L’enlèvement au Kenya et le retour sous accusation

Le basculement le plus récent a commencé hors des frontières. En novembre 2024, Kizza Besigye a été enlevé lors d’un déplacement au Kenya. Il a ensuite réapparu en Ouganda. La séquence est courte à raconter. Elle est lourde à interpréter. Un opposant quitte le pays. Il disparaît. Il revient sous escorte judiciaire, traduit devant une cour martiale pour trahison.

L’accusation est précise dans sa gravité. Il est accusé d’avoir ourdi un complot contre M. Museveni. Devant une juridiction militaire, le mot trahison ne sonne pas comme une simple qualification pénale. Il place l’affaire au sommet de l’échelle politique. L’État ne parle plus d’un contradicteur. Il parle d’un ennemi intérieur.

La plus haute juridiction du pays a ensuite ordonné qu’il soit jugé devant une juridiction civile. Ce basculement de forum n’efface pas l’accusation. Il en change le décor. D’une cour martiale à un prétoire civil, le dossier reste le même : un opposant historique, un chef d’État au pouvoir depuis plus de quarante ans, une accusation de complot, une détention qui entame le corps.

Entre l’enlèvement, la réapparition et le procès, le récit officiel et le récit familial ne se superposent pas. L’épouse parle de persécution. Les autorités maintiennent le cadre de la trahison. Au milieu, un homme de soixante-dix ans que l’on déplace vendredi soir vers un hôpital parce qu’il est trop faible pour tenir debout comme avant.

Ce que Winnie Byanyima a écrit sur X

Winnie Byanyima n’a pas choisi un langage flou. Elle a décrit des symptômes concrets. Son mari est encore très faible. Il a du mal à marcher. Il a du mal à parler. Il a du mal à écrire. Il a même du mal à tenir quoi que ce soit. Quatre verbes du quotidien. Quatre signes d’un affaiblissement qui n’est plus seulement médical. Il devient politique dès qu’on le relie au procès.

Il est encore très faible. Il a du mal à marcher, à parler, à écrire et même à tenir quoi que ce soit.

Winnie Byanyima

Ces phrases ont été publiées sur X. Elles ne relèvent pas d’un communiqué institutionnel froid. Elles viennent d’une épouse qui est aussi une figure internationale, à la tête de l’Onusida. Le double statut compte. Elle parle depuis l’intimité d’un couple. Elle parle aussi depuis une position publique. Le message atteint donc deux publics à la fois : ceux qui suivent le sort d’un homme, et ceux qui observent la manière dont un État traite un adversaire malade.

Le ton n’est pas celui d’une simple mise à jour sanitaire. Il est celui d’une alerte. Un transfert vers l’hôpital n’est pas présenté comme une victoire humanitaire. Il est présenté comme la conséquence d’un traitement trop lourd pour un organisme déjà à bout. Dans cette lecture, soigner n’absout pas. Soigner documente.

La quatrième hospitalisation depuis la détention

Le chiffre quatre n’est pas anodin. Une hospitalisation peut être un accident. Deux peuvent encore passer pour une fragilité. Quatre, depuis le début de la détention, dessinent une continuité. Le corps de Kizza Besigye ne tient plus le rythme que lui impose la procédure. Chaque sortie vers l’hôpital dit la même chose : l’état de santé n’est pas stabilisé.

Fin juillet, l’opposant s’était évanoui lors d’une audience. Il s’était emporté contre la décision du tribunal de lui imposer des avocats. Puis il avait été placé en soins intensifs. La scène mêle le juridique et le physique. Un homme se met en colère. Son corps cède. On le conduit aux urgences du système hospitalier. Le procès, lui, ne s’arrête pas vraiment.

Le 8 août, il était retourné en prison contre l’avis des médecins, selon son épouse. La date compte parce qu’elle montre la vitesse du retour. Des soins intensifs à la cellule, l’intervalle est court. Trop court, dit la famille. Suffisant, du point de vue de ceux qui veulent que l’affaire avance. Le procès avait continué en son absence.

Continuer un procès sans l’accusé, lorsqu’il est trop malade pour comparaître, n’est pas un détail de calendrier. C’est un choix de méthode. On affirme que la justice doit suivre son cours. On affirme, en face, qu’une justice qui ignore le corps de l’accusé n’est déjà plus tout à fait une justice. Les deux lectures s’affrontent sur le même dossier.

Fin juillet

Évanouissement à l’audience, colère contre des avocats imposés, soins intensifs.

8 août

Retour en prison contre l’avis des médecins, procès poursuivi en son absence.

Pourquoi faire traîner un homme malade

Vendredi, Winnie Byanyima a formulé la question que beaucoup d’observateurs se posaient déjà. Pourquoi faire traîner un homme malade d’un endroit à l’autre ? Pourquoi le contraindre à un procès alors qu’il est trop malade pour se défendre ? La formulation est directe. Elle ne demande pas une interprétation savante. Elle demande une justification.

Pourquoi faire traîner un homme malade d’un endroit à l’autre. Pourquoi le contraindre à un procès alors qu’il est trop malade pour se défendre.

Winnie Byanyima

Le mot qu’elle a choisi ensuite est plus dur encore. Ce n’est pas de la justice. C’est de la persécution. En opposant les deux termes, elle refuse le vocabulaire officiel du prétoire. Un procès peut porter le nom de justice et fonctionner, selon elle, comme une machine à épuiser. La distinction n’est pas juridique au sens étroit. Elle est morale et politique.

Elle a aussi appelé à ce que son mari soit envoyé à Genève pour recevoir des soins appropriés. Le nom de la ville n’est pas anodin. Genève évoque un ailleurs médical, un cadre hors de la prison de Kampala, hors de l’hôpital proche de la capitale, hors du circuit qui, depuis des mois, relie la détention et le soin sans jamais rompre vraiment la contrainte. Demander Genève, c’est demander une rupture de ce circuit.

L’année dernière, elle avait déjà dénoncé un complot pour tuer M. Besigye de la part du président ougandais. Le propos d’alors et le propos de vendredi se répondent. D’un côté, l’accusation d’un dessein mortel. De l’autre, le constat d’un homme très faible, déplacé encore une fois, incapable de tenir un objet. Entre les deux déclarations, le temps a passé. L’état de santé, lui, n’est pas devenu plus rassurant.

Le procès pour trahison et le basculement vers le civil

Être jugé pour trahison n’est pas une accusation parmi d’autres. Dans un pays dirigé depuis plus de quarante ans par le même président, le mot pèse d’un poids particulier. Il suggère que l’opposant n’a plus seulement contesté. Il aurait cherché à frapper le sommet. C’est exactement ce que recouvre l’accusation d’avoir ourdi un complot contre M. Museveni.

La cour martiale a d’abord accueilli cette affaire. Une juridiction militaire pour un civil politique : le choix du forum dit déjà quelque chose du regard porté sur l’accusé. Puis la plus haute juridiction du pays a ordonné un jugement devant une juridiction civile. Le déplacement d’une enceinte à l’autre est présenté comme une correction. Il n’efface pas le chef d’accusation. Il n’efface pas non plus la détention.

Imposer des avocats à l’accusé a déclenché, fin juillet, une colère assez forte pour précéder un évanouissement. Le point de friction n’était donc pas seulement médical. Il était procédural. Qui parle au nom de Besigye ? Qui décide de sa défense ? Quand un tribunal impose des conseils, l’accusé peut y voir une dépossession. Quand cet accusé s’effondre ensuite, la dépossession cesse d’être seulement juridique.

Le procès a continué en son absence. Cette phrase, à elle seule, résume le cœur du désaccord. Pour les autorités judiciaires, l’absence de l’intéressé n’arrête pas la machine. Pour la famille, une machine qui avance pendant que l’accusé est trop faible pour se défendre n’est plus une audience équitable. Les deux positions s’adossent aux mêmes faits. Elles n’en tirent pas la même conclusion.

Une répression politique qui s’étend au-delà d’un seul nom

Le cas Besigye n’arrive pas dans un vide. L’Ouganda connaît ces derniers mois une répression politique croissante. L’armée a notamment arrêté des figures de l’opposition et des avocats. Cette phrase élargit le cadre. On n’est plus seulement devant le destin d’un homme de soixante-dix ans. On est devant une séquence nationale.

Cette armée est dirigée par le propre fils de M. Museveni, le général Muhoozi Kainerugaba. Le lien familial entre le chef de l’État et le chef de l’armée donne à la répression une couleur particulière. Le pouvoir politique et le pouvoir militaire ne sont pas seulement alliés. Ils sont parentés. Dans ce paysage, arrêter des opposants et des avocats n’apparaît pas comme un accident de parcours.

Les avocats, dans une telle séquence, ne sont pas des figurants. Quand le barreau est touché, c’est la possibilité même de se défendre qui se rétrécit. Le souvenir des conseils imposés à Besigye prend alors un autre relief. Un accusé en colère contre des avocats qu’il n’a pas choisis. Des avocats arrêtés ailleurs dans le pays. Deux faits distincts. Une même atmosphère.

Les figures de l’opposition arrêtées ces derniers mois dessinent un climat. Besigye n’est plus seulement un ancien médecin devenu adversaire historique. Il est aussi le symbole le plus âgé, le plus usé, le plus hospitalisé d’une contestation que le pouvoir entend contenir. Son corps malade devient, malgré lui, un argument dans ce climat.

Le corps comme dernière scène publique

Il a du mal à marcher. Il a du mal à parler. Il a du mal à écrire. Il a du mal à tenir quoi que ce soit. Revenir à ces quatre difficultés, c’est comprendre que l’espace public de Kizza Besigye s’est réduit à son corps. Plus de tribune pleinement maîtrisée. Plus de geste sûr. Plus d’écriture fluide. Reste un homme que l’on déplace, que l’on soigne, que l’on ramène.

Un opposant qui ne peut plus écrire perd une part de sa voix. Un opposant qui ne peut plus parler la perd autrement. Un opposant qui ne peut plus marcher dépend de ceux qui le transportent. Dans une affaire de trahison, cette dépendance n’est pas seulement humaine. Elle est stratégique. Celui qui décide du lieu — prison, hôpital, prétoire — décide aussi du rythme du récit.

Vendredi soir, le lieu choisi a été l’hôpital proche de la capitale. Pas Genève. Pas encore. L’épouse réclame cette destination. Pour l’heure, le circuit reste ougandais : Kampala, prison, hôpital voisin. Le soin existe. L’éloignement n’existe pas. C’est précisément cet entre-deux que Winnie Byanyima refuse d’appeler justice.

On peut lire cette hospitalisation comme une preuve que l’État n’abandonne pas totalement le détenu à sa cellule. On peut la lire, à l’inverse, comme la preuve que le détenu n’est maintenu en vie que dans un périmètre contrôlé. Les faits connus autorisent les deux lectures. Ils n’en imposent aucune. Ils imposent seulement de ne pas séparer le bulletin de santé du bulletin politique.

Un ancien médecin face à la médecine du pouvoir

Il y a une ironie cruelle, et elle est entièrement contenue dans la biographie connue. Kizza Besigye a été médecin. Il a même été le médecin personnel de Yoweri Museveni. Aujourd’hui, c’est son propre corps qui est discuté, évalué, déplacé, renvoyé. L’homme qui soignait se trouve du côté de ceux que l’on soigne sous contrainte.

Cette inversion n’a pas besoin d’être brodée. Elle saute aux yeux. Un médecin de soixante-dix ans que l’on ramène en prison contre l’avis des médecins, selon son épouse. La phrase se suffit à elle-même. Elle dit le conflit entre deux autorités : l’autorité sanitaire et l’autorité carcérale. Dans ce dossier, la seconde a déjà gagné au moins une manche, celle du 8 août.

La quatrième hospitalisation relance la même tension. On admet que l’état est grave. On transfère. On ne dit pas, du côté familial, que les conditions d’un vrai rétablissement sont réunies. On dit le contraire. On dit la faiblesse, l’incapacité, l’épuisement. On dit Genève. On dit persécution. On dit que le procès continue alors que l’homme ne peut plus se défendre.

Le fait qu’il soit médecin donne aussi un autre poids à la demande de soins appropriés. Ce n’est pas seulement une famille qui implore. C’est l’entourage d’un homme formé à reconnaître un organisme à bout. Quand Winnie Byanyima décrit l’impossibilité de tenir un objet, elle ne parle pas en images. Elle parle d’un déficit fonctionnel observable.

Ce que change, et ce que ne change pas, un transfert de nuit

Un transfert vendredi soir n’est pas une libération. Ce n’est pas non plus, à ce stade, un exil sanitaire vers Genève. C’est un déplacement d’un point A carcéral vers un point B hospitalier, tous deux proches de la capitale. La géographie reste courte. Le contrôle reste proche. L’annonce familiale reste alarmante.

Ce qui change, c’est le décor immédiat. Un lit à la place d’une cellule. Des soignants à la place des surveillants, du moins dans la pièce. Ce qui ne change pas, c’est le dossier. Trahison. Complot allégué contre le président. Procès qui a déjà avancé sans l’accusé. Quatrième alerte médicale. Une épouse qui refuse le mot justice.

Ce qui ne change pas non plus, c’est le climat national décrit ces derniers mois : arrestations d’opposants, arrestations d’avocats, armée dirigée par le fils du président. Dans ce climat, l’hospitalisation d’un détenu célèbre n’apaise rien. Elle relance la question de la ligne entre châtiment, procédure et épuisement.

Les observateurs attentifs le savent : les affaires politiques se jouent souvent après l’audience, dans la manière dont on traite le corps de l’accusé. Ici, le corps parle malgré lui. Il parle par sa faiblesse. Il parle par ses évanouissements. Il parle par ses retours en prison. Il parle enfin par cette nouvelle nuit d’hôpital près de Kampala.

Les mots qui restent après l’annonce de vendredi

Plusieurs mots, désormais, restent collés à cette affaire. Trahison. Persécution. Très faible. Genève. Cour martiale. Juridiction civile. Aucun de ces mots n’est décoratif. Chacun ouvre une porte. Trahison ouvre le dossier pénal. Persécution ouvre le dossier politique. Très faible ouvre le dossier médical. Genève ouvre le dossier du lieu de soin. Les deux juridictions ouvrent le dossier de la procédure.

Winnie Byanyima a choisi de les faire tenir ensemble. Elle n’a pas isolé la fièvre d’un côté et le prétoire de l’autre. Elle a dit qu’on faisait traîner un homme malade. Elle a dit qu’on le contraignait à un procès alors qu’il était trop malade pour se défendre. Elle a dit que ce n’était pas de la justice. Dans cette construction, le bulletin médical n’est plus une annexe. Il est le cœur de l’argument.

Ce n’est pas de la justice. C’est de la persécution.

Winnie Byanyima

L’année précédente, le mot était plus extrême encore : un complot pour tuer, attribué au président ougandais. Vendredi, le registre est celui de l’épuisement constaté. Les deux déclarations n’ont pas la même température. Elles ont la même direction. Elles accusent le pouvoir de ne pas seulement juger un adversaire, mais de le défaire par le temps, le déplacement et la maladie.

Le gouvernement, dans les éléments connus de cette séquence, inscrit l’affaire dans le registre du complot et de la trahison. L’enlèvement au Kenya, la réapparition en Ouganda, la comparution, l’accusation contre Museveni : tout cela forme le récit d’État. Le récit familial forme l’autre versant. Entre les deux, le lecteur n’a pas besoin d’inventer. Il a déjà trop de matière.

Ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas encore

On sait que Kizza Besigye a soixante-dix ans. On sait qu’il a été le médecin personnel de Yoweri Museveni. On sait qu’il a rejoint l’opposition il y a plus de vingt-cinq ans et qu’il est depuis dans le collimateur du gouvernement. On sait qu’il a été enlevé en novembre 2024 au Kenya, puis qu’il a réapparu en Ouganda. On sait qu’il a été traduit devant une cour martiale pour trahison, accusé d’un complot contre le président.

On sait que la plus haute juridiction a ordonné un procès civil. On sait qu’il s’est évanoui fin juillet après s’être emporté contre des avocats imposés. On sait qu’il a été placé en soins intensifs, puis renvoyé en prison le 8 août contre l’avis des médecins, selon son épouse. On sait que le procès a continué sans lui. On sait que vendredi soir, pour la quatrième fois depuis sa détention, il a été hospitalisé.

On sait enfin ce que Winnie Byanyima a dit : très faible, difficultés à marcher, parler, écrire, tenir un objet, demande de soins à Genève, accusation de persécution, souvenir d’un complot pour tuer dénoncé l’année dernière. On sait aussi que le pays vit une répression politique croissante, avec des arrestations d’opposants et d’avocats, sous une armée dirigée par le général Muhoozi Kainerugaba, fils du président.

On ne sait pas, à ce stade, si Genève sera accordé. On ne sait pas combien de temps durera ce nouveau séjour à l’hôpital. On ne sait pas si le procès attendra un rétablissement réel. Ces inconnues n’autorisent pas à combler les blancs. Elles autorisent seulement à regarder ce qui est déjà là : un homme très faible, un pouvoir très ancien, un procès très lourd, une famille qui refuse le mot justice.

Une affaire qui se lit désormais à voix basse

Il faut parfois baisser la voix pour entendre ce que dit un dossier comme celui-ci. Pas parce que les faits manquent. Parce qu’ils sont assez durs pour se passer d’emphase. Un opposant de soixante-dix ans. Quatre hospitalisations. Un évanouissement à l’audience. Un retour en prison contre l’avis médical, selon son épouse. Un procès qui avance sans lui. Une nouvelle nuit à l’hôpital.

La tentation, dans ce genre de séquence, est de conclure trop vite. De crier au martyre ou, à l’inverse, de s’en tenir au seul chef d’accusation. Les éléments disponibles demandent autre chose : tenir ensemble le médical et le politique, le familial et l’étatique, le passé de médecin et le présent de détenu. Rien de tout cela n’est contradictoire. Tout cela cohabite dans le même homme.

Yoweri Museveni gouverne depuis plus de quarante ans. Kizza Besigye le conteste depuis plus de vingt-cinq. Ces deux durées expliquent pourquoi chaque fièvre devient un événement national. Elles expliquent aussi pourquoi Winnie Byanyima ne parle plus seulement d’un mari malade. Elle parle d’une méthode. Elle parle d’un homme que l’on fait circuler, trop faible pour marcher, trop faible pour se défendre.

Vendredi soir, le transfert a eu lieu. L’hôpital proche de Kampala a accueilli, une quatrième fois depuis la détention, cet accusé devenu patient. Le reste du récit, pour l’instant, tient dans les mots déjà prononcés. Persécution. Soins appropriés. Genève. Pas de justice. Autant de phrases courtes. Autant de portes ouvertes sur une affaire qui n’a pas fini de déplacer un homme d’un lieu à un autre.

Le fil qui relie la cellule, le prétoire et le lit d’hôpital

Si l’on tire le fil depuis novembre 2024, la ligne est continue. Enlèvement au Kenya. Réapparition en Ouganda. Cour martiale. Accusation de trahison. Renvoi vers une juridiction civile. Colère à l’audience. Évanouissement. Soins intensifs. Retour en prison le 8 août. Procès en l’absence de l’accusé. Nouvelle hospitalisation vendredi soir. Aucun de ces maillons n’a besoin d’être inventé. Ils s’enchaînent déjà.

Ce fil traverse trois espaces : la cellule, le prétoire, le lit. Dans chacun, Besigye n’a plus la même prise. En cellule, il dépend de l’administration pénitentiaire. Au prétoire, il dépend d’une procédure qui peut avancer sans lui et lui imposer des avocats. À l’hôpital, il dépend d’un soin qui, jusqu’ici, n’a pas empêché le retour derrière les barreaux. Trois dépendances. Un seul nom.

Winnie Byanyima tente de rompre ce fil en demandant Genève. Changer de ville, c’est changer d’espace. C’est sortir du triangle Kampala-prison-hôpital voisin. Tant que ce triangle tient, chaque amélioration possible reste encadrée par la possibilité d’un nouveau retour en détention. C’est cette possibilité que la famille désigne comme le vrai danger, plus encore que la seule fièvre du jour.

Le général Muhoozi Kainerugaba, les arrestations d’opposants, les avocats interpellés : ces éléments entourent le triangle sans s’y substituer. Ils rappellent que l’affaire Besigye n’est pas une exception hors sol. Elle se déroule dans un pays où la contestation se paie cash, et où le fils du président dirige l’armée. Le contexte n’excuse rien. Il n’invente rien. Il situe.

Une lecture humaine d’un dossier d’État

Au bout du compte, il reste une image très simple. Un homme de soixante-dix ans qui n’arrive plus à tenir un objet. Autour de lui, un procès pour trahison, un président au pouvoir depuis plus de quarante ans, une épouse qui dirige l’Onusida et qui parle de persécution, une armée familiale, une opposition sous pression. L’image est assez nette pour se passer de surinterprétation.

On peut refuser le mot persécution. On peut le reprendre. On ne peut pas écarter la description clinique donnée vendredi. Difficulté à marcher. Difficulté à parler. Difficulté à écrire. Difficulté à saisir. Quatre phrases comme quatre constantes. Elles ne tranchent pas le débat sur la culpabilité. Elles tranchent le débat sur la solidité de l’accusé. Cette solidité n’est plus là.

La question posée par Winnie Byanyima demeure donc ouverte, et c’est peut-être la seule qui compte vraiment après cette nouvelle hospitalisation. Pourquoi faire circuler un homme aussi faible ? Pourquoi le juger maintenant, dans cet état, alors qu’il ne peut plus assurer sa défense ? Le dossier pénal, lui, continuera son chemin. Le corps, vendredi soir, a dit qu’il n’était plus en mesure de suivre le même rythme.

Entre Kampala et l’hôpital proche de la capitale, Kizza Besigye n’a pas quitté le pays. Il n’a pas quitté l’affaire. Il n’a pas quitté le récit qui, depuis plus de vingt-cinq ans, l’oppose à Yoweri Museveni. Il a seulement changé de pièce. Une pièce plus blanche, plus médicale, plus provisoire. Et c’est précisément ce provisoire, répété pour la quatrième fois, qui donne à cette nuit de vendredi sa gravité durable.

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