Un blackout internet sans précédent en pleine guerre
Depuis le début des frappes aériennes israéliennes et américaines, les autorités iraniennes ont imposé une coupure massive d’internet. Selon les observations d’un organisme indépendant surveillant la connectivité mondiale, le niveau d’accès reste autour de 1 % de ce qu’il est habituellement. Ce blackout dépasse désormais les 120 heures, transformant le pays en une zone où l’information est rare et les communications presque impossibles.
Les Iraniens, habitués depuis longtemps aux restrictions en ligne, se retrouvent cette fois dans une situation extrême. Recevoir un appel de l’étranger relève du miracle, les messages vocaux ne passent plus, et même les textos simples mettent un temps fou à arriver, quand ils arrivent. Dans les grandes villes comme Téhéran, les habitants décrivent une connexion erratique : elle apparaît quelques instants avant de disparaître à nouveau.
Les difficultés quotidiennes pour s’informer et communiquer
Pour beaucoup, l’absence d’internet signifie l’impossibilité de suivre l’évolution du conflit. Les frappes ont commencé un samedi, et très vite, l’accès au web mondial a été bloqué. Les réseaux sociaux internationaux, déjà souvent inaccessibles en temps normal, sont devenus totalement hors de portée. Les Iraniens se tournent alors vers les rares moments où une connexion furtive apparaît pour envoyer un message rapide à leurs proches.
Un résident de Téhéran raconte que le débit est si faible que même les outils habituels pour contourner les restrictions ne fonctionnent plus. Dans l’ouest du pays, à Boukan, un habitant explique que la connexion se fait et se défait sans cesse, rendant toute utilisation sérieuse impossible. Les VPN, ces réseaux privés virtuels qui permettent d’habitude de passer outre les filtres, sont devenus inefficaces face à cette coupure quasi totale.
Les voyageurs iraniens qui ont réussi à quitter le pays pour la Turquie témoignent d’une réalité encore plus dure : des routes parcourues sans aucun signal, sans GPS, sans possibilité de s’orienter via les applications mobiles. Google Maps, Waze, tout cela est devenu inutile sans connexion.
« La situation est déplorable. Ça se connecte et se déconnecte. La connexion est tellement lente que les VPN ne fonctionnent pas. »
Un habitant de Boukan
Un contrôle historique renforcé en temps de crise
L’Iran a développé au fil des années une expertise remarquable en matière de contrôle numérique. Même en période calme, l’accès à de nombreux sites et applications étrangères est limité ou aléatoire. Facebook, Instagram, YouTube : ces plateformes sont souvent bloquées ou très difficiles d’accès. Les citoyens ont appris à vivre avec, en utilisant des VPN pour contourner ces barrières.
Mais en temps de crise, les autorités passent à la vitesse supérieure. Ce blackout n’est pas une première. Il rappelle les coupures massives imposées lors des grandes manifestations en janvier, ou pendant le conflit de douze jours avec Israël en juin 2025. À chaque fois, l’objectif semble le même : limiter la circulation des informations, empêcher la coordination de mouvements sociaux, et contrôler le récit des événements.
Les opérateurs télécoms locaux jouent un rôle actif dans cette stratégie. Ils menacent désormais d’actions judiciaires contre quiconque tente de se connecter au web mondial. Cet environnement de plus en plus restrictif crée une atmosphère où même essayer de s’informer devient risqué.
L’intranet national comme unique recours
Face à cette coupure, de nombreux Iraniens n’ont d’autre choix que de se rabattre sur l’intranet national, mis en place depuis 2016. Ce réseau fermé permet d’accéder à des services locaux : banques, sites gouvernementaux, applications approuvées. Mais il isole complètement les utilisateurs du reste du monde. Pas de nouvelles internationales, pas de réseaux sociaux ouverts, pas de YouTube ou de WhatsApp.
Cette solution technique sert de soupape minimale : elle maintient certaines activités essentielles, comme les paiements en ligne ou les communications internes limitées. Pourtant, elle accentue le sentiment d’isolement. Les Iraniens se retrouvent dans une bulle numérique contrôlée par l’État, loin de la réalité globale.
Les tentatives de contournement et leurs limites
Malgré les restrictions, certains cherchent désespérément des alternatives. Les terminaux Starlink, ces connexions par satellite développées par une entreprise américaine, ont été perturbés lors des précédentes crises. Interdits en Iran, ils représentent pourtant une lueur d’espoir pour beaucoup. Mais les autorités ont démontré leur capacité à les bloquer efficacement.
Les brefs moments de connexion deviennent précieux. Quelques minutes par jour suffisent parfois pour envoyer un message rassurant à la famille ou vérifier si les frappes ont touché un quartier proche. Mais ces fenêtres sont rares, et le risque de surveillance plane constamment.
Les autorités ont aussi perturbé les appels internationaux. Les lignes fixes et mobiles peinent à passer les frontières numériques. Cette coupure touche tous les aspects de la vie : travail à distance, études en ligne, simple besoin de parler à un proche expatrié.
Les impacts économiques et sociaux profonds
Les précédentes coupures ont déjà montré les dégâts. Lors du blackout de janvier, l’économie a subi des pertes massives, estimées à des dizaines de millions d’euros par jour. Les entreprises, déjà sous pression des sanctions internationales, ont vu leurs activités paralysées. Les demandes d’indemnisation ont afflué, et même des voix internes ont critiqué ces mesures.
Le fils du président en exercice avait alors appelé publiquement à lever les restrictions, arguant qu’elles creusaient un fossé entre le pouvoir et la population. Les conséquences sociales sont lourdes : frustration, anxiété, sentiment d’abandon. En pleine guerre, ne pas savoir ce qui se passe dehors amplifie la peur et l’incertitude.
Aujourd’hui, avec le conflit en cours, ces effets se multiplient. Les petites entreprises dépendant du web mondial souffrent, les échanges commerciaux sont bloqués, et la vie quotidienne devient un parcours du combattant.
Un outil de contrôle en temps de guerre
Ce blackout n’est pas seulement technique ; il est stratégique. En coupant l’accès, les autorités limitent la diffusion d’images des frappes, des destructions, ou des réactions populaires. Elles empêchent aussi la coordination de toute forme de contestation interne. L’environnement devient orwellien, où même tenter de se connecter expose à des menaces judiciaires.
Les Iraniens, résilients, trouvent parfois des astuces de dernière minute. Mais la lenteur, l’instabilité et les menaces rendent tout effort épuisant. Le pays semble déconnecté du monde, et ses habitants plongés dans un brouillard informationnel.
Alors que les frappes continuent, cette coupure prolongée pose des questions sur l’avenir. Combien de temps durera-t-elle ? Quelles seront les conséquences durables sur la société iranienne ? Une chose est sûre : dans ce silence forcé, chaque message qui passe devient un acte de résistance infime.
La population iranienne fait face à une double épreuve : les dangers physiques du conflit, et cette asphyxie numérique qui isole encore plus. Dans un pays où l’information a toujours été un enjeu majeur, ce blackout marque une nouvelle étape dans le contrôle total du flux numérique. Les Iraniens attendent, dans l’ombre, que la lumière revienne sur leurs écrans.









