Imaginez un instant : une femme qui a connu les fastes d’un empire, l’exil brutal, la perte d’un mari et d’un pays, et qui, des décennies plus tard, continue de porter la voix d’un peuple qu’elle n’a jamais cessé d’aimer. Farah Pahlavi, l’ancienne impératrice d’Iran, s’exprime aujourd’hui avec une clarté et une détermination qui forcent le respect. Dans un contexte où l’Iran traverse l’une des périodes les plus tumultueuses de son histoire récente, ses paroles résonnent comme un appel à la raison et à la souveraineté.
Un message clair depuis l’exil : l’Iran décide de son destin
Installée à Paris depuis plus de quarante ans, Farah Pahlavi refuse de laisser les puissances étrangères dicter l’avenir de son pays natal. Pour elle, la question est simple : le peuple iranien doit être au centre de toutes les décisions qui le concernent. Les intérêts géopolitiques des grandes nations, aussi légitimes soient-ils pour elles, ne doivent pas primer sur les aspirations profondes des Iraniens.
Cette position n’est pas nouvelle, mais elle prend aujourd’hui une résonance particulière. Alors que le pays fait face à des bouleversements majeurs, l’ancienne souveraine insiste sur un principe fondamental : la légitimité d’un avenir iranien ne peut venir que de l’intérieur de ses frontières.
Soutenir le peuple, pas les stratégies internationales
Farah Pahlavi ne se contente pas de formules générales. Elle précise ce que devrait être, selon elle, l’attitude de la communauté internationale. Le soutien doit aller directement au peuple iranien, à ses droits fondamentaux les plus élémentaires : choisir librement ses dirigeants, s’exprimer sans crainte, vivre dans la dignité et accéder à la prospérité.
Elle va plus loin en appelant à accompagner une transition pacifique. Ce mot revient plusieurs fois dans ses déclarations : pacifique. Dans un pays où la violence a trop souvent marqué les pages de l’histoire récente, cette insistance sur la non-violence apparaît comme une boussole essentielle.
« Accompagnez une transition pacifique, encouragez le respect des droits humains. Un Iran libre, stable et en paix serait un partenaire pour le monde et non une source de tension. »
Ces mots traduisent une vision lucide et pragmatique. Un Iran apaisé et respectueux des libertés ne serait pas seulement un bénéfice pour ses citoyens, mais aussi pour l’ensemble de la région et au-delà.
La mort de Khamenei : un tournant historique, mais pas la fin automatique du régime
Trois jours après le début d’une offensive militaire d’envergure menée conjointement par Israël et les États-Unis contre l’Iran, la disparition du guide suprême Ali Khamenei marque un moment d’une gravité exceptionnelle. Farah Pahlavi le reconnaît sans détour : cet événement est historique.
Pendant des décennies, le régime a privé les Iraniens de libertés essentielles, isolé le pays sur la scène internationale et fragilisé ses institutions. La figure centrale du pouvoir vient de disparaître, mais l’ancienne impératrice met en garde contre tout optimisme simpliste.
La mort d’un homme, même aussi influent soit-il, ne détruit pas mécaniquement un système entier. Les structures du régime sont toujours en place, solidement ancrées. Le vrai changement, insiste-t-elle, ne pourra venir que du peuple lui-même.
« Les structures du régime demeurent. Le basculement ne pourra venir que du peuple iranien, qui souhaite très majoritairement en finir avec le régime des mollahs. »
Cette analyse lucide évite les pièges de l’enthousiasme immédiat. Elle rappelle que les transitions politiques réussies demandent bien plus qu’un vide au sommet de l’État.
L’unité du peuple et la transition ordonnée : la clé du succès
Selon Farah Pahlavi, l’élément décisif réside dans la capacité des Iraniens à s’unir autour d’un projet commun. Une transition pacifique, ordonnée et surtout souveraine vers un véritable État de droit. Elle évoque à ce sujet le travail que prépare actuellement son fils Reza Pahlavi, exilé aux États-Unis.
Cette référence familiale n’est pas anodine. Elle place la famille Pahlavi dans une posture de continuité historique et de proposition constructive pour l’avenir. Mais l’accent reste mis sur la volonté collective des citoyens iraniens.
L’avenir ne doit pas être dicté par la violence ou le chaos, répète-t-elle. Seule la volonté libre des Iraniens peut dessiner un chemin viable et durable.
Un appel solennel à la retenue face à la violence
Dans un contexte où les tensions militaires et internes sont à leur comble, Farah Pahlavi s’adresse directement aux autorités actuelles en Iran. Elle les exhorte à faire preuve de retenue et à éviter toute effusion de sang supplémentaire.
« Le monde observe », prévient-elle. Toute nouvelle vague de répression ne ferait qu’approfondir les divisions et retarder le processus de réconciliation nationale qui semble indispensable pour panser les plaies du pays.
Cet appel à la retenue n’est pas une simple formule diplomatique. Il traduit une conscience aiguë des cycles infernaux dans lesquels l’Iran s’est parfois enfermé : répression, contestation, répression accrue, désespoir grandissant.
Un écho aux manifestations de janvier : plus de retour en arrière possible
Quelques semaines plus tôt, dans un précédent entretien, Farah Pahlavi avait déjà affirmé que la contestation populaire massive survenue en janvier marquait un point de non-retour. Les Iraniens, selon elle, sortiraient vainqueurs de cette confrontation inégale.
Les images et les témoignages qui ont filtré à l’époque montraient une mobilisation exceptionnelle à travers tout le pays. Mais la réponse des autorités a été d’une violence extrême.
Des ONG spécialisées ont documenté une répression d’une ampleur inédite. Des milliers de morts sont évoqués, une tuerie de masse selon certains observateurs indépendants. Ces chiffres glaçants renforcent l’urgence d’une transition qui rompe définitivement avec la logique répressive.
Pourquoi les paroles de Farah Pahlavi comptent aujourd’hui
Dans un paysage politique iranien fragmenté, où les voix dissonantes sont rares, l’ancienne impératrice conserve une forme de légitimité historique. Elle incarne une période que beaucoup d’Iraniens, surtout les plus jeunes, n’ont connue que par les récits familiaux ou les documentaires.
Mais son discours dépasse la nostalgie. Il se projette vers l’avenir en posant des principes clairs : souveraineté populaire, non-violence, État de droit, réconciliation. Ces notions résonnent particulièrement dans un pays épuisé par des décennies de tensions internes et externes.
Son insistance sur le fait que l’Iran doit rester maître de son destin évite l’écueil d’une posture interventionniste qui serait immédiatement rejetée par une grande partie de la population.
Les défis immenses qui attendent l’Iran
La disparition du guide suprême intervient dans un moment où le pays subit une pression militaire extérieure sans précédent. Les institutions sont fragilisées, l’économie souffre depuis longtemps, et la société reste profondément divisée par les traumatismes accumulés.
Construire une transition pacifique dans ce contexte relève d’un défi colossal. Il faudra rétablir la confiance entre citoyens, entre générations, et entre différentes composantes de la société iranienne.
Farah Pahlavi le sait. C’est pourquoi elle répète que l’unité autour d’un projet commun sera déterminante. Sans cette cohésion minimale, le risque de chaos ou de nouveau cycle autoritaire reste très élevé.
Vers un Iran partenaire et respecté sur la scène internationale
L’ancienne souveraine dessine également les contours d’un Iran futur qui pourrait renouer avec le monde. Un pays stable, respectueux des droits humains et tourné vers la prospérité deviendrait un acteur positif au Moyen-Orient et au-delà.
Aujourd’hui source de tensions et de crises régionales, l’Iran pourrait demain incarner une voie de développement et de dialogue. Cette perspective, bien que lointaine, motive sans doute en partie les appels répétés à la retenue et à la transition ordonnée.
Farah Pahlavi ne se fait pas d’illusion sur la difficulté du chemin. Mais elle refuse le fatalisme. Pour elle, l’histoire iranienne n’est pas condamnée à se répéter indéfiniment sous le signe de la répression et de l’isolement.
Un héritage personnel au service d’un projet collectif
Derrière ces déclarations se dessine aussi le parcours d’une femme qui a traversé l’histoire de son pays dans ses moments les plus lumineux et les plus sombres. Épouse du dernier shah, témoin de la modernisation accélérée des années 1960-1970, puis exilée après la révolution de 1979, Farah Pahlavi porte en elle une mémoire longue.
Cette expérience unique lui confère une forme de hauteur de vue. Elle ne parle pas en tant que simple opposante. Elle parle en tant que personne qui a connu le pouvoir, ses illusions et ses dérives, et qui souhaite aujourd’hui éviter à son pays de retomber dans les mêmes écueils.
Son message, en ce début d’année 2026, arrive à un moment charnière. L’Iran est à la croisée des chemins. Les mois qui viennent seront décisifs pour savoir si le pays bascule vers plus de liberté ou s’enfonce dans une nouvelle spirale de violence.
Farah Pahlavi, depuis Paris, continue de croire en la capacité du peuple iranien à écrire lui-même la suite de son histoire. Un message d’espoir, mais aussi de responsabilité collective.
Et dans cette voix qui refuse de se taire, beaucoup d’Iraniens, peut-être, reconnaissent encore une part de leur aspiration la plus profonde : vivre enfin libres, dans un pays qui leur appartient vraiment.









