Imaginez fuir une guerre dévastatrice, laisser derrière soi maison, famille et souvenirs, pour trouver enfin un refuge dans un pays en paix. Pourtant, pour de nombreuses femmes ukrainiennes, cette quête de sécurité se transforme en un nouveau cauchemar. Quatre ans après le début du conflit, un rapport alarmant met en lumière une réalité brutale : même au cœur de l’Union européenne, la violence persiste sous diverses formes.
Depuis février 2022, plus de 2,5 millions de femmes et de filles ont quitté l’Ukraine pour échapper à l’invasion russe. Elles ont bénéficié d’une protection temporaire dans les États membres de l’UE, un dispositif censé leur offrir sécurité et stabilité. Mais la promesse d’un havre de paix semble bien fragile face aux chiffres révélés récemment.
Une vulnérabilité persistante malgré la protection européenne
Les données collectées montrent une situation préoccupante. Une femme ukrainienne sur quatre a vécu au moins un épisode de violence physique ou sexuelle depuis le déclenchement du conflit. Ce taux dépasse largement celui observé dans la population féminine générale de l’UE, soulignant une vulnérabilité accrue pour ce groupe spécifique.
Parmi celles qui ont été victimes, la majorité des incidents se sont produits non pas en Ukraine ni durant le trajet, mais bien dans les pays d’accueil européens. Soixante-deux pour cent des cas rapportés ont eu lieu dans l’un des vingt-sept États membres, contre seulement neuf pour cent pendant la fuite vers l’UE. Ces chiffres interrogent directement l’efficacité des mécanismes de protection mis en place.
Les formes multiples de violence subies
La violence ne se limite pas à l’agression physique. Elle prend des visages multiples, souvent insidieux. Le harcèlement sexuel touche cinquante et un pour cent des femmes interrogées depuis le début de la guerre. Vingt-trois pour cent ont en outre été victimes de harcèlement sexuel en ligne, un phénomène amplifié par la visibilité accrue des réfugiées sur les réseaux sociaux et les plateformes d’entraide.
Ces agressions verbales ou physiques se manifestent parfois simplement parce qu’elles parlent ukrainien en public. Cinquante-quatre pour cent des répondantes ont subi des réactions hostiles, des insultes ou des agressions liées à leur langue, particulièrement en République tchèque et en Pologne, pays frontaliers qui ont accueilli le plus grand nombre de réfugiés.
Malgré les protections offertes par l’UE, de nombreuses femmes souffrent de graves violations, d’autres ne se sentent pas en sécurité.
Directrice de l’agence européenne des droits fondamentaux
Cette citation illustre parfaitement le décalage entre les intentions politiques et la réalité vécue au quotidien. Les femmes interrogées expriment un sentiment d’insécurité permanent, qui entrave leur reconstruction personnelle.
Les risques d’exploitation au cœur de l’accueil
La précarité économique accentue les dangers. Près d’une femme sur quatre a reçu des offres douteuses de transport, de logement ou d’emploi. Ces propositions, présentées comme de l’aide, cachent souvent des intentions abusives, menant à des situations d’exploitation ou de traite.
Pour celles qui ont trouvé un emploi, la situation reste fragile. Beaucoup travaillent sans contrat clair, sans horaires définis ni garanties sociales. Cette absence de cadre légal les rend particulièrement vulnérables à des abus de pouvoir, des retenues salariales injustifiées ou des conditions de travail indignes.
- Offres abusives de logement ou d’emploi : près de 25 % des cas
- Absence de contrat de travail formel pour de nombreuses salariées
- Risques accrus de dépendance financière envers des tiers mal intentionnés
Ces éléments créent un cercle vicieux : la nécessité de subvenir à ses besoins pousse à accepter des situations risquées, augmentant encore l’exposition à la violence.
Le traumatisme de la guerre et l’accès aux soins
La guerre laisse des traces profondes. Beaucoup de ces femmes ont assisté à des horreurs ou les ont subies directement avant de fuir. Pourtant, près d’un tiers d’entre elles n’ont pas accès à des services de santé mentale adaptés. Le traumatisme reste enfoui, sans accompagnement professionnel suffisant pour le surmonter.
Les barrières linguistiques, la méconnaissance des systèmes de santé locaux et parfois la peur de stigmatisation empêchent de nombreuses réfugiées de chercher de l’aide. Ce manque de soutien psychologique prolonge la souffrance et complique l’intégration dans la société d’accueil.
Un faible recours aux autorités et aux structures d’aide
Très peu de victimes portent plainte. La méfiance envers les institutions, la peur des représailles ou simplement l’ignorance des démarches à suivre expliquent ce silence. Les organismes d’aide aux réfugiés, pourtant présents, ne sont pas toujours sollicités non plus.
Ce sous-signalement rend la prise en charge encore plus difficile. Sans plaintes formelles, les autorités peinent à identifier les auteurs et à mettre en place des mesures préventives efficaces. Il en résulte un sentiment d’impunité qui décourage davantage les victimes de parler.
Les violences subies avant l’arrivée en UE
Trente-neuf pour cent des femmes ont vécu des violences encore en Ukraine. Dans de nombreux cas, les auteurs étaient liés aux forces russes. Interrogatoires humiliants, agressions physiques ou sexuelles : ces expériences marquent durablement les survivantes.
Ces traumatismes initiaux s’ajoutent aux difficultés rencontrées ensuite en Europe. Le cumul des violences rend la guérison plus complexe et nécessite une approche globale, tenant compte à la fois du passé et du présent.
Appel à une action renforcée des États membres
Face à cette situation, l’urgence est claire. Les pays d’accueil doivent intensifier leurs efforts pour garantir protection, soutien et justice. Cela passe par une meilleure sensibilisation des services publics, une formation accrue des forces de l’ordre et un accès facilité aux soins psychologiques.
Il faut également renforcer les dispositifs contre l’exploitation et la traite des êtres humains. Des campagnes d’information en ukrainien, des lignes d’écoute anonymes et des accompagnements juridiques gratuits pourraient encourager les victimes à briser le silence.
Les États membres de l’UE doivent faire en sorte que les femmes reçoivent protection, soutien et justice pour ce qu’elles ont enduré afin qu’elles puissent reconstruire leur existence.
Directrice de l’agence européenne
Cet appel résonne comme un ultimatum moral. Quatre ans après le début de la guerre, l’Europe ne peut plus fermer les yeux sur les souffrances de celles qu’elle a accueillies.
Vers une meilleure intégration et prévention
L’intégration réussie passe par la reconnaissance des droits et la lutte contre toute forme de discrimination. Apprendre la langue locale, accéder à des formations professionnelles qualifiantes et bénéficier d’un logement stable sont des étapes essentielles pour retrouver autonomie et dignité.
Les associations locales et les communautés ukrainiennes déjà installées jouent un rôle clé dans cet accompagnement. Leur proximité et leur compréhension culturelle facilitent souvent les premiers pas vers une vie plus sereine.
Un enjeu humain et européen majeur
Cette crise humanitaire dépasse les frontières ukrainiennes. Elle interroge les valeurs mêmes de l’Union européenne : solidarité, égalité et protection des plus vulnérables. Ignorer ces violences reviendrait à trahir l’accueil initial offert aux réfugiés.
Les chiffres sont là, implacables. Ils exigent une réponse collective, rapide et coordonnée. Chaque jour passé sans action renforce le sentiment d’abandon chez ces femmes qui ont déjà tant perdu.
En conclusion, derrière les statistiques se cachent des histoires personnelles déchirantes. Des mères, des filles, des sœurs qui cherchaient simplement la paix et qui continuent de lutter. Il est temps que l’Europe transforme sa générosité initiale en protection réelle et durable, pour que le refuge ne soit pas synonyme de nouvelle épreuve.
Points clés à retenir :
- 1 femme ukrainienne sur 4 victime de violence physique ou sexuelle depuis 2022
- 62 % des incidents dans les pays d’accueil de l’UE
- 51 % confrontées au harcèlement sexuel
- 54 % victimes de réactions hostiles liées à la langue ukrainienne
- Manque criant d’accès aux soins psychologiques pour près d’un tiers
Ces éléments soulignent l’ampleur du défi. La route vers une véritable sécurité reste longue, mais elle commence par une prise de conscience collective et des mesures concrètes dès maintenant.
Pour aller plus loin, il convient de rappeler que ces femmes ne demandent pas la charité, mais le respect de leurs droits fondamentaux. Un respect qui passe par des actions visibles et efficaces de la part des autorités européennes et nationales.
L’avenir de ces réfugiées dépend en grande partie de la capacité de l’UE à transformer les alertes en changements réels. Espérons que ce rapport serve d’électrochoc et non d’enterrement de première page.









