Des soldats au cœur du conflit : entre espoir de retour et quête de justice
La guerre a transformé la vie de millions d’Ukrainiens, et les soldats restent en première ligne de cette réalité brutale. À Zaporijjia, une cité qui comptait environ 700 000 habitants avant l’invasion, la proximité du front – à quelques dizaines de kilomètres seulement – rend les combats palpables au quotidien. Les militaires interrogés confient leurs aspirations personnelles, loin des stratégies globales, centrées sur la famille et la reconnaissance des torts subis.
Pour l’un d’eux, un homme de 37 ans connu sous son nom de guerre Tourouk, la véritable victoire se résume à un retour sain et sauf auprès des siens. Cette simplicité touche profondément, rappelant que derrière les uniformes se cachent des pères, des frères, des fils confrontés à l’incertitude permanente.
L’évolution technologique du champ de bataille
Les affrontements ont radicalement changé depuis les premiers mois de 2022. Les combats intenses et mobiles des débuts ont laissé place à une guerre plus statique, marquée par une dépendance croissante aux technologies sans pilote. Tourouk observe que les systèmes de drones sont en constante modernisation, rendant le front plus imprévisible et dangereux.
Selon les autorités ukrainiennes, les drones causent désormais près de 80 % des dommages sur la ligne de contact. Cette révolution technologique force les deux camps à innover sans relâche, avec des adaptations rapides en matière de détection, de brouillage et de contre-mesures. Les soldats sur le terrain vivent cette évolution au jour le jour, où un petit appareil volant peut décider du sort d’une position entière.
Cette omniprésence des drones transforme non seulement les tactiques militaires, mais aussi la psychologie des combattants. La menace invisible venue du ciel ajoute une couche de stress constant, obligeant à une vigilance accrue même lors des moments de repos relatif.
Les efforts diplomatiques en cours : une lueur d’espoir incertaine
Depuis 2025, les initiatives diplomatiques ont repris avec force, impulsées notamment par le président américain Donald Trump. Des rounds de discussions se sont tenus à Istanbul, Abou Dhabi et Genève, réunissant les parties impliquées dans le conflit. Pourtant, malgré ces rencontres, aucun progrès décisif n’a émergé pour l’instant.
Les exigences russes restent fermes, incluant la cession de territoires encore contrôlés par l’Ukraine dans la région de Donetsk, cœur des combats actuels. Kiev rejette catégoriquement ces conditions, maintenant sa position sur l’intégrité territoriale. Cette impasse prolonge l’incertitude, et pour beaucoup de soldats, la paix semble encore lointaine.
Je ne me risquerai pas à juger de la manière dont toute cette histoire va se terminer.
Un soldat ukrainien à Zaporijjia
Cette prudence reflète le sentiment général : après tant d’années de lutte, les prédictions deviennent risquées. Le président russe a répété que les objectifs seraient poursuivis par la force si la diplomatie échouait, maintenant la pression sur le terrain.
La progression russe vers Zaporijjia et les contre-attaques ukrainiennes
Ces derniers mois, les forces russes ont avancé en direction de Zaporijjia, une ville qui se trouvait autrefois bien éloignée des lignes ennemies. Aujourd’hui, elles se situent à environ 30 kilomètres au sud, changeant la donne pour les habitants et les défenseurs. La Russie contrôle près de 20 % du territoire ukrainien, incluant des parties des quatre régions annexées, en plus de la Crimée prise en 2014.
En réponse, Kiev a annoncé récemment la reprise de territoires dans le sud, avec des contre-attaques en cours revendiquant plusieurs centaines de kilomètres carrés. Ces gains, bien que limités, montrent une résilience persistante et une capacité à reprendre l’initiative par moments.
Le front reste fluide dans cette zone, avec des mouvements tactiques constants. Les soldats sur place vivent cette dynamique, alternant entre défense acharnée et opportunités de contre-offensive.
Visions personnelles de la victoire : au-delà du retour à la maison
Certains soldats nourrissent des ambitions plus larges pour l’issue du conflit. Un combattant de 50 ans, surnommé Irlandets en raison de sa barbe rousse et de ses lunettes, rêve d’une Ukraine revenue à ses frontières de 1991. Il évoque des réparations de la part de l’agresseur, ainsi qu’une intégration pleine et entière dans l’Union européenne et l’OTAN.
Pour lui, ce combat vise à protéger les générations futures : ses enfants ne devraient pas avoir à prendre les armes plus tard. Il espère reprendre sa vie civile, diriger à nouveau sa maison d’édition spécialisée dans les livres pour enfants, un métier paisible contrastant avec la réalité actuelle.
La quête de justice au cœur des motivations
Un autre soldat, Jigoul, âgé de 39 ans, met l’accent sur la notion de justice. Il insiste sur le fait que l’Ukraine n’a pas initié cette guerre, et que la reconnaissance des erreurs par la population adverse représenterait une forme de réparation morale.
Ce n’est pas nous qui avons commencé cette guerre (…) pour moi la justice serait que la population de l’ennemi comprenne qu’ils ont tort.
Jigoul, soldat ukrainien
Cette perspective dépasse le militaire pour toucher à l’humain : il s’agit de faire admettre la réalité des faits, de briser le déni qui alimente selon lui la poursuite du conflit. Cette aspiration à une compréhension mutuelle reste un rêve distant dans un contexte de propagande intense des deux côtés.
Les témoignages de ces hommes illustrent la complexité des sentiments sur le front : fatigue accumulée, attachement à la patrie, mais aussi une détermination à ne pas laisser les sacrifices être vains. Chaque jour passé loin de chez soi renforce ce mélange d’espoir et de résignation.
La vie quotidienne dans une ville proche du front
Zaporijjia, avec ses infrastructures industrielles et sa position stratégique, subit régulièrement des frappes. Les habitants et les militaires cohabitent dans une tension permanente, où les sirènes d’alerte font partie du quotidien. Pourtant, la résilience ukrainienne se manifeste dans la continuité des services essentiels et le maintien d’une vie sociale malgré tout.
Les soldats, entre deux missions, partagent ces moments de répit pour exprimer leurs pensées les plus intimes. Leurs paroles, simples et sincères, rappellent que la guerre n’est pas seulement une affaire de territoires, mais aussi d’existences bouleversées.
Quatre ans après le déclenchement de l’invasion, le conflit reste marqué par une usure mutuelle. Les avancées technologiques, les efforts diplomatiques et les combats acharnés coexistent sans résolution claire en vue. Les soldats de Zaporijjia incarnent cette réalité : ils se battent pour un avenir où rentrer à la maison ne serait plus un rêve, mais une évidence, et où la justice viendrait clore un chapitre douloureux.
Leur voix, portée depuis le front, invite à réfléchir sur le coût humain de cette guerre interminable. Chaque témoignage ajoute une couche à la compréhension globale, soulignant que derrière les cartes et les communiqués se trouvent des individus avec des espoirs, des peurs et une soif de normalité.
Dans cette attente prolongée, l’espoir persiste, fragile mais tenace. Rentrer sain et sauf, obtenir justice, reconstruire une vie : ces mots simples résument l’essence de leur lutte quotidienne. Et tant que ces aspirations resteront vivaces, la détermination ukrainienne continuera de porter le pays vers un horizon incertain mais obstinément défendu.
La guerre en Ukraine, entrée dans sa cinquième année, continue de modeler des destins individuels et collectifs. À Zaporijjia, comme ailleurs sur le front, les soldats persistent, portés par ces rêves de retour et de reconnaissance. Leur histoire, faite de courage et d’humanité, mérite d’être entendue au-delà des lignes de front.









