Qui aurait imaginé qu’un courtier en ligne américain puisse afficher près de 200 millions de dollars de revenus trimestriels tout en maintenant sa division crypto à un niveau aussi discret ? C’est exactement ce qui s’est produit chez Webull lors du deuxième trimestre 2026. Les chiffres sont là, officiels, et ils racontent une histoire bien plus nuancée que le simple titre « record » ne le laisse paraître.
Un trimestre historique porté par les marchés traditionnels
Le 19 août 2026, lors de la conférence téléphonique des résultats, Anthony Denier, président et administrateur de Webull, a dévoilé un chiffre que le rapport financier officiel ne détaillait pas : environ 2,25 millions de dollars générés par le trading de cryptomonnaies. Ce montant représente un peu plus de 1 % du chiffre d’affaires total de 198,8 millions de dollars. Autant dire une goutte d’eau dans un océan de liquidités.
Pourtant, ce trimestre reste historique. Le chiffre d’affaires a grimpé de 51 % par rapport à la même période de 2025 et de 24 % par rapport au trimestre précédent. Les revenus liés au trading ont progressé de 66 % pour atteindre 147,7 millions de dollars. La majorité de cette performance s’explique par l’activité sur les actions et les options, qui ont généré environ 112 millions de dollars, soit 56 % du total.
Les volumes parlent d’eux-mêmes. Le volume notionnel des actions a bondi de 73 % pour atteindre 279 milliards de dollars. Les contrats d’options ont augmenté de 68 % pour s’établir à 213 millions. Le nombre moyen quotidien d’opérations génératrices de revenus a progressé de 62 % pour atteindre 1,6 million. Ces chiffres illustrent clairement où se situe aujourd’hui le moteur de croissance de Webull.
L’impact des nouvelles règles de day trading
Une partie de cette dynamique trouve son origine dans un changement réglementaire intervenu le 4 juin 2026. La FINRA a remplacé les anciennes exigences de marge liées au pattern day trading par de nouvelles normes intraday. L’ancienne désignation de « pattern day trader » basée sur le nombre de trades et le minimum de 25 000 dollars de capital ont été abandonnés. Les courtiers disposent toutefois jusqu’au 20 octobre 2027 pour finaliser la transition.
Webull a affirmé que sa plateforme technologique était prête dès le premier jour d’application. La direction a clairement établi un lien entre cette évolution réglementaire et l’augmentation de l’activité, même si elle n’a pas quantifié précisément la contribution de ce changement aux revenus du trimestre. Pour de nombreux traders actifs, la suppression de cette contrainte a représenté une libération, et les volumes en témoignent.
« Pour la première fois depuis environ neuf mois, je commence à voir les nuages se dissiper dans l’activité crypto. »
— Anthony Denier, président de Webull
Le crypto, encore un acteur secondaire
Malgré cette lueur d’espoir exprimée par Anthony Denier, les chiffres restent sans ambiguïté. Les 2,25 millions de dollars de revenus crypto correspondent à environ 1,1 % du total trimestriel. À titre de comparaison, les actions et options ont rapporté près de cinquante fois plus. Webull n’a pas communiqué les revenus crypto du trimestre précédent ni ceux de la même période en 2025, ce qui rend difficile toute mesure précise d’une éventuelle reprise.
Cette situation n’est pas isolée. D’autres courtiers américains ont également constaté une faiblesse persistante de l’activité crypto. Certains ont même vu leurs revenus dans ce segment diminuer fortement, même lorsque le chiffre d’affaires global atteignait des niveaux records. La leçon est claire : une performance exceptionnelle en actions et options peut largement compenser un crypto encore en demi-teinte.
Le sentiment de la direction reste prudent. Anthony Denier a qualifié l’activité crypto de « décevante » au cours des derniers trimestres, tout en notant une amélioration récente. Cette déclaration relève d’une observation qualitative et non d’une guidance chiffrée. Les investisseurs devront attendre les prochains résultats pour vérifier si ces « nuages qui se dissipent » se traduisent réellement par une hausse mesurable des revenus.
Dépôts et retraits crypto : une ouverture progressive
L’un des développements les plus attendus concerne la possibilité pour les utilisateurs de déposer et retirer des cryptomonnaies. Jusqu’à présent, l’activité restait largement confinée aux achats et ventes à l’intérieur de la plateforme. L’introduction progressive de transferts vers des portefeuilles externes change la donne. Les clients pourront désormais faire circuler leurs actifs entre Webull et le monde extérieur.
Aucune date de finalisation n’a été annoncée. La liste des actifs supportés et les régions concernées par le déploiement initial restent également inconnues. Anthony Denier a simplement indiqué que la fonctionnalité était introduite de manière graduelle. L’impact potentiel sur les volumes de trading demeure donc incertain, mais l’ouverture d’un tel canal représente clairement une étape importante pour renforcer l’attractivité de l’offre crypto.
Il faut rappeler que Webull avait rétabli le trading de cryptomonnaies sur sa plateforme américaine en août 2025, après avoir consolidé ses différentes entités crypto. L’entreprise propose également des contrats à terme sur cryptomonnaies grâce à un partenariat avec Coinbase Derivatives. Ces éléments montrent une volonté de reconstruire progressivement une offre complète, même si les résultats financiers restent encore modestes.
L’Europe comme nouveau terrain de jeu
Sur le plan international, Webull a obtenu en juillet 2026 l’autorisation de fournir des services de conservation réglementés de cryptomonnaies dans l’Union européenne, dans le cadre du règlement MiCAR. La filiale européenne prévoit de lancer ses opérations crypto fin 2026, en commençant par les Pays-Bas avant d’étendre progressivement sa présence.
Cette expansion européenne pourrait constituer un levier de croissance supplémentaire. Le marché européen, désormais mieux structuré grâce à MiCAR, attire de nombreux acteurs qui cherchent à opérer dans un cadre clair. Pour Webull, il s’agit d’une opportunité de diversifier ses sources de revenus et de réduire sa dépendance au marché américain, où la concurrence reste particulièrement intense.
Le timing est intéressant. Alors que le segment crypto américain montre encore des signes de faiblesse, l’ouverture progressive du marché européen pourrait offrir une respiration bienvenue. Reste à voir si les volumes générés de l’autre côté de l’Atlantique suffiront à faire basculer significativement la contribution du crypto dans les comptes consolidés.
Un retour au bénéfice trimestriel solide
Au-delà des revenus, Webull a également renoué avec la rentabilité. Le résultat net attribuable à la société s’est établi à 24,4 millions de dollars, contre une perte de 28,3 millions un an plus tôt. Le résultat avant impôts a atteint 34,7 millions de dollars, à comparer à une perte de 21,4 millions lors du même trimestre de 2025.
En données ajustées, le bénéfice net est monté à 43,2 millions de dollars, contre 15,4 millions précédemment. Le résultat opérationnel ajusté a atteint 62,6 millions de dollars, soit une marge opérationnelle ajustée de 31,5 %. Ces indicateurs montrent une amélioration structurelle de la rentabilité, bien au-delà d’un simple effet de volume.
Les actifs des clients ont progressé de 79 % pour atteindre 28,5 milliards de dollars. Le nombre d’utilisateurs enregistrés a augmenté de 13 % pour s’établir à 28,2 millions, tandis que les comptes financés ont grimpé de 8 % à 5,13 millions. Ces métriques de base confirment que la croissance de l’activité s’accompagne d’une base de clients en expansion.
| Indicateur | T2 2026 | Évolution |
|---|---|---|
| Chiffre d’affaires total | 198,8 M$ | +51 % YoY |
| Revenus trading | 147,7 M$ | +66 % |
| Revenus crypto (approx.) | 2,25 M$ | ~1,1 % du total |
| Résultat net | 24,4 M$ | retour au profit |
| Actifs clients | 28,5 Md$ | +79 % |
| Comptes financés | 5,13 M | +8 % |
Ce que révèlent vraiment ces résultats
Le contraste entre la performance globale et la contribution crypto invite à plusieurs lectures. Premièrement, Webull a réussi à bâtir un modèle de courtage robuste qui ne dépend plus d’un cycle crypto favorable. Les actions et les options ont pris le relais de manière convaincante, et les nouvelles règles de day trading ont amplifié cette dynamique.
Deuxièmement, le crypto reste une option de croissance plutôt qu’un pilier actuel. La direction le traite comme un levier supplémentaire, aux côtés de l’expansion internationale, de l’intelligence artificielle et des services institutionnels. Cette approche pragmatique évite de surestimer un segment encore volatile et cyclique.
Troisièmement, l’ouverture progressive des dépôts et retraits, combinée au lancement européen sous MiCAR, pourrait modifier progressivement l’équation. Si ces initiatives parviennent à attirer davantage d’activité, la part du crypto dans les revenus pourrait progresser sans pour autant devenir dominante à court terme.
Les points de vigilance pour les prochains trimestres
Plusieurs éléments méritent une attention particulière. Le premier concerne la traduction concrète de l’amélioration ressentie par Anthony Denier. Sans données comparables pour les trimestres précédents, il est difficile de mesurer l’ampleur réelle de la reprise. Les prochains résultats devront apporter plus de clarté.
Le deuxième point porte sur le déploiement des dépôts et retraits. Une ouverture trop lente ou trop limitée en termes d’actifs et de régions pourrait freiner l’impact sur les volumes. À l’inverse, une montée en charge réussie pourrait stimuler l’engagement des utilisateurs et, indirectement, les revenus de trading.
Enfin, le lancement européen fin 2026 constituera un test important. Le cadre MiCAR offre de la clarté réglementaire, mais la concurrence sur le continent s’intensifie. La capacité de Webull à se différencier et à conquérir des parts de marché déterminera en partie la trajectoire future de sa division crypto.
Une stratégie plus large que le seul crypto
Il serait réducteur de juger Webull uniquement à l’aune de sa performance crypto. L’entreprise a clairement recentré sa stratégie autour du trading actif, de l’expansion internationale, de l’intelligence artificielle et des services destinés aux institutions. Le crypto s’inscrit dans cette palette d’options de croissance, sans en constituer le cœur.
Cette diversification est probablement l’une des forces du modèle actuel. En s’appuyant sur des segments plus stables et plus prévisibles comme les actions et les options, Webull se donne les moyens de traverser les cycles baissiers du marché crypto sans remettre en cause sa rentabilité globale. Les résultats du deuxième trimestre 2026 en apportent une démonstration concrète.
Les investisseurs qui suivent le titre ont d’ailleurs réagi positivement. Le 20 août, l’action progressait d’environ 8,95 % pour atteindre 8,64 dollars. Même si les mouvements de court terme reflètent aussi des conditions de marché plus larges et des positionnements spéculatifs, cette réaction montre que le retour au bénéfice et la solidité des volumes traditionnels ont été bien accueillis.
Perspective : un crypto en reconstruction progressive
À ce stade, le scénario le plus réaliste pour Webull consiste en une reconstruction progressive de son offre crypto. Les dépôts et retraits, le partenariat sur les contrats à terme, le retour du trading aux États-Unis et le futur lancement européen forment autant de briques qui, mises bout à bout, peuvent créer un ensemble plus cohérent.
Rien n’indique cependant que le crypto devienne rapidement un contributeur majeur aux revenus. Les 2,25 millions de dollars du deuxième trimestre rappellent que le chemin reste long. Pour l’instant, la priorité semble être de consolider les fondations plutôt que de viser une croissance explosive.
Les prochains trimestres permettront de vérifier si les « nuages qui se dissipent » se transforment réellement en éclaircie durable. Les investisseurs auront notamment à l’œil l’évolution des volumes crypto, l’avancement du déploiement des transferts et les premiers résultats de l’offre européenne. En attendant, Webull continue de démontrer qu’un courtier peut prospérer même lorsque l’un de ses segments reste encore en retrait.
Cette capacité à générer des performances records grâce aux marchés traditionnels tout en maintenant une option de croissance dans le crypto constitue peut-être la leçon la plus intéressante de ce trimestre. Dans un environnement financier où les cycles se succèdent rapidement, la diversification et la solidité opérationnelle restent des atouts précieux. Webull semble avoir compris cette réalité et agit en conséquence.
Le temps dira si la reconstruction crypto aboutira à une contribution plus significative. Pour l’heure, les chiffres du deuxième trimestre 2026 dessinent le portrait d’une entreprise qui a su transformer un environnement réglementaire favorable et une activité soutenue sur les actions et options en une performance financière convaincante. Le crypto, quant à lui, attend encore son heure, même si les premiers signes d’amélioration commencent à apparaître à l’horizon.









