Imaginez un produit d’investissement qui promettait enfin de faire entrer le staking Ethereum dans les comptes-titres classiques, sans passer par des plateformes crypto parfois complexes. Pendant près d’un an, VanEck a travaillé sur un ETF qui devait détenir du stETH, le token de liquid staking de Lido, et redistribuer les récompenses de validation du réseau. Puis, le 14 octobre 2026, tout s’est arrêté net. L’asset manager a demandé à la SEC de retirer purement et simplement le dossier. Aucune action n’a jamais été émise, aucun prospectus préliminaire n’a circulé, et le projet est mort avant même d’avoir vu le jour.
Un retrait discret qui fait beaucoup de bruit
Le 14 octobre 2026, VanEck Digital Assets a déposé un document officiel demandant le retrait de la déclaration d’enregistrement de son VanEck Lido Staked Ethereum ETF. Le numéro de dossier 333-290918 disparaît ainsi des radars. La société invoque la règle 477 de la Securities Act de 1933, une procédure classique qui permet de retirer une demande tant qu’elle n’est pas devenue effective. Matthew A. Babinsky, vice-président de VanEck Digital Assets, a signé le document. La phrase clé est limpide : la société « n’a plus l’intention de procéder à la distribution prévue » des parts du fonds.
Ce qui frappe, c’est l’absence totale d’explication. Pas un mot sur les raisons du changement de stratégie. Pas la moindre mention d’un produit de remplacement. Pas non plus d’indication sur d’éventuels obstacles réglementaires ou de marché. Le fonds n’a jamais émis d’actions, n’a jamais vendu de titres et n’a jamais distribué de prospectus préliminaire. Il n’y a donc aucun investisseur à rembourser, aucun actif à liquider. Le projet s’éteint aussi discrètement qu’il était né un an plus tôt, le 16 octobre 2025.
Ce que le fonds devait réellement offrir
L’idée de départ était séduisante. Contrairement aux ETF Ethereum spot classiques qui se contentent de détenir de l’ETH, le produit VanEck visait à tracker le prix du stETH après déduction des frais de gestion. Le stETH est le token émis par le protocole Lido lorsqu’un utilisateur dépose de l’ETH pour le staker. Grâce à un mécanisme de rebasing, le solde de stETH augmente automatiquement au fur et à mesure que les récompenses de staking s’accumulent. L’investisseur aurait donc pu, via un simple compte de courtage traditionnel, s’exposer à la fois au prix de l’Ethereum et aux rendements du staking, le tout dans un cadre réglementé.
VanEck avait confié le benchmark à MarketVector, son affilié. Le fonds devait rester passif : pas de tentatives de timing de marché, pas de trading actif pour éviter les pertes. Les détails opérationnels restaient incomplets au moment du retrait. Le ticker boursier n’était pas encore choisi, les noms des dépositaires non plus. Le prospectus original soulignait pourtant les risques : pénalités de validateurs, failles de smart contracts, problèmes de liquidité, fluctuations de la valeur de marché de l’Ethereum. Les récompenses n’étaient jamais garanties.
En résumé, le projet VanEck Lido Staked Ethereum ETF devait :
- Détenir exclusivement du stETH de Lido
- Suivre le prix du token après frais
- Permettre l’accumulation des récompenses de staking
- Être accessible via les comptes-titres classiques
- Rester un véhicule d’investissement purement passif
L’accueil enthousiaste de l’écosystème Lido
En octobre 2025, lorsque VanEck avait déposé sa demande initiale, la Lido Ecosystem Foundation avait salué l’initiative. Kean Gilbert, responsable des relations institutionnelles, y voyait la preuve d’un intérêt croissant pour des produits de staking capables de répondre aux exigences des investisseurs institutionnels. À l’époque, Lido affichait plus de 2 milliards de dollars de récompenses distribuées depuis son lancement et une valeur totale verrouillée proche de 40 milliards de dollars. Ces chiffres, il faut le rappeler, correspondaient à la situation d’octobre 2025 et non à une valorisation actuelle.
Le token de gouvernance LDO avait même connu un petit rallye d’environ 7 % juste après l’annonce de la registration. Mais attention : le fonds n’aurait jamais détenu de LDO. Il s’agissait bien uniquement de stETH. Les deux tokens jouent des rôles radicalement différents. L’un représente la gouvernance du protocole, l’autre matérialise l’ETH staké et les récompenses qui s’y rattachent.
Le liquid staking constitue une pièce essentielle de l’infrastructure Ethereum. Voir un acteur traditionnel comme VanEck s’y intéresser montrait que le marché évoluait.
Cette déclaration, faite à l’époque par un responsable de la fondation Lido, résume bien l’espoir qui entourait le projet. Aujourd’hui, ce même espoir s’est volatilisé sans que quiconque sache exactement pourquoi.
Le contexte réglementaire qui a changé la donne
Pour comprendre l’environnement dans lequel ce projet a vu le jour, il faut remonter à août 2025. La Division of Corporation Finance de la SEC avait publié un staff statement sur certaines activités de liquid staking. Le texte indiquait que, selon la structure retenue, le dépôt d’actifs crypto et l’émission de tokens de réception de staking pouvaient, dans certains cas, ne pas relever des exigences d’enregistrement des titres fédéraux. La distinction était nette entre les services purement administratifs et ceux qui impliquaient des efforts managériaux ou entrepreneuriaux susceptibles de créer un contrat d’investissement.
VanEck avait explicitement mentionné cette guidance dans son prospectus d’octobre 2025. Le sponsor estimait que ses activités de staking envisagées étaient cohérentes avec l’interprétation du staff. Mais le même document reconnaissait qu’une lecture différente de la réglementation pourrait créer des risques juridiques pour le fonds et ses prestataires. Cette prudence n’était pas anodine. La guidance de la SEC ne constituait en aucun cas une approbation générale de tous les produits de liquid staking, encore moins un feu vert automatique pour des ETF détenant ces tokens.
Dans le même temps, VanEck n’était pas resté inactif sur d’autres fronts. En août 2025, la société avait aussi déposé une déclaration d’enregistrement pour un ETF lié au JitoSOL, le token de liquid staking de l’écosystème Solana. Le retrait d’octobre 2026 ne concerne que le dossier Lido. Les autres demandes de fonds crypto de VanEck restent, a priori, en cours.
Pourquoi ce retrait maintenant ?
C’est la question que tout le monde se pose. Après avoir attendu près de douze mois, pourquoi jeter l’éponge sans la moindre justification publique ? Plusieurs hypothèses circulent dans les milieux spécialisés, même si aucune n’est confirmée. La première concerne la complexité technique et opérationnelle de la détention de stETH dans un cadre ETF. Le rebasing, les éventuels slashing events, la liquidité du token sur les marchés secondaires, la relation avec les validateurs Lido : tout cela représente une couche de risques que les ETF Ethereum spot classiques n’ont pas à gérer.
Une deuxième piste évoque l’évolution de la demande institutionnelle. Les flux sur les ETF Bitcoin et Ethereum spot ont connu des phases d’euphorie suivies de périodes plus calmes. Peut-être VanEck a-t-il jugé que le moment n’était plus opportun pour lancer un produit encore plus niche. Une troisième possibilité touche à la concurrence. D’autres acteurs pourraient préparer des structures différentes, plus simples ou plus directement liées à l’ETH staké sans passer par un protocole tiers.
Enfin, on ne peut exclure des discussions privées avec le régulateur. Même si le staff statement d’août 2025 avait ouvert une porte, rien n’indique que la SEC était prête à laisser un ETF détenir massivement un token de liquid staking. Le silence de VanEck sur les motifs laisse le champ libre à toutes les interprétations.
Points clés à retenir sur le retrait
| Date du dépôt initial | 16 octobre 2025 |
| Date du retrait | 14 octobre 2026 |
| Numéro de dossier | 333-290918 |
| Actions émises | Aucune |
| Explication fournie | Aucune |
Les implications pour le liquid staking institutionnel
Le retrait de VanEck ne tue pas le liquid staking. Lido reste de loin le plus grand protocole de staking liquide sur Ethereum. Des milliers d’investisseurs particuliers et institutionnels continuent d’utiliser stETH au quotidien. Ce qui change, c’est le calendrier d’entrée de ces produits dans les enveloppes réglementées traditionnelles. Les ETF stakés purement « on-chain » via un protocole tiers semblent plus difficiles à faire approuver que les structures plus directes.
Certains observateurs estiment que les prochains essais pourraient se concentrer sur des modèles où le staking est géré en interne par le sponsor de l’ETF, sans token intermédiaire. D’autres pensent que le marché attendra une clarification encore plus nette de la SEC avant de se relancer. En attendant, les investisseurs institutionnels qui veulent des récompenses de staking doivent encore passer par des solutions de custody spécialisées ou des fonds privés moins liquides.
Le contraste avec les ETF Bitcoin et Ethereum spot est frappant. Ces produits ont mis des années à voir le jour, mais une fois approuvés, ils ont attiré des flux massifs. Le liquid staking, lui, reste dans une zone grise plus complexe. Le fait qu’un acteur aussi expérimenté que VanEck ait préféré retirer sa demande plutôt que de la défendre jusqu’au bout en dit long sur les obstacles restants.
VanEck et sa stratégie crypto plus large
Il serait excessif de conclure que VanEck tourne le dos aux actifs numériques. La société a multiplié les initiatives ces dernières années. Elle a été parmi les premiers à proposer des produits liés au Bitcoin, puis à l’Ethereum. Le dépôt d’un dossier JitoSOL en août 2025 montrait clairement une volonté d’explorer le liquid staking au-delà d’Ethereum. Le retrait du seul dossier Lido ne signifie donc pas un abandon global de la thèse staking.
Il est possible que VanEck préfère attendre des conditions de marché plus favorables ou une architecture technique différente. Il est aussi possible que des discussions internes aient conduit à prioriser d’autres thématiques. Dans un secteur où les coûts de mise en conformité et de custody sont élevés, chaque projet doit prouver sa viabilité économique avant le lancement. Un ETF stETH aurait nécessité des accords spécifiques avec Lido, des mécanismes de gestion des rewards, et une communication claire auprès des investisseurs sur les risques de smart contract. Tout cela a un prix.
Ce que cela change pour les investisseurs particuliers
Pour l’investisseur lambda qui suit l’actualité crypto depuis son compte de courtage, la nouvelle change peu de choses dans l’immédiat. Les ETF Ethereum spot continuent d’exister. Ceux qui veulent du staking doivent toujours passer par des plateformes spécialisées, des wallets auto-custodians ou des solutions de staking liquid. L’espoir d’une exposition « one-click » via un ticker familier s’éloigne pour le moment.
Cela ne signifie pas que le staking reste réservé aux initiés. De nombreuses solutions grand public se sont développées. Mais elles n’offrent pas le même niveau de protection réglementaire ni la même simplicité fiscale qu’un ETF coté. L’arrivée d’un produit VanEck aurait pu accélérer l’adoption en rendant le concept accessible à des millions de comptes-titres. Son abandon freine cette dynamique sans pour autant l’arrêter complètement.
Les plus attentifs noteront que le prix du stETH suit de près celui de l’ETH, avec un léger écart lié aux mécanismes de liquidité et aux anticipations de récompenses. Au moment où ces lignes sont écrites, le marché crypto dans son ensemble connaît une phase de consolidation. Les variations quotidiennes de plusieurs points de pourcentage rappellent que la volatilité reste le compagnon permanent de ces actifs.
Les leçons à tirer de cet épisode
Premier enseignement : même les projets les plus aboutis peuvent être abandonnés sans préavis. Un an de travail, des échanges avec le régulateur, une communication positive de l’écosystème Lido, tout cela n’a pas suffi. Deuxième leçon : le liquid staking institutionnel n’est pas encore un produit mature aux yeux de tous les acteurs. Les risques techniques et juridiques pèsent encore trop lourd pour certains.
Troisième point : la transparence reste limitée. VanEck a respecté les formes légales en retirant sa demande, mais le marché aurait sans doute apprécié quelques éléments de contexte. Dans un univers où la confiance est un actif rare, le silence prolongé nourrit les spéculations. Quatrième observation : la concurrence entre protocoles de liquid staking continue. Lido reste leader, mais d’autres solutions émergent régulièrement. Un ETF lié à un protocole concurrent pourrait un jour voir le jour sous une forme différente.
Enfin, cet épisode rappelle que la régulation américaine avance à son rythme. Les staff statements apportent de la clarté, mais ils ne remplacent pas une approbation formelle de produits complexes. Les sponsors d’ETF doivent encore naviguer dans une zone d’incertitude relative chaque fois qu’ils sortent du cadre des actifs les plus simples.
Vers quelles alternatives se tourner ?
Face à l’absence de cet ETF, plusieurs pistes existent pour ceux qui souhaitent combiner exposition Ethereum et récompenses de staking. La plus directe consiste à détenir de l’ETH et à le staker soi-même via un validateur ou un service de staking. Cette solution exige cependant des compétences techniques et une tolérance au risque de slashing. Le liquid staking via Lido, Rocket Pool ou d’autres protocoles reste la voie la plus populaire pour conserver de la liquidité tout en participant au consensus.
Des fonds privés et des solutions de custody institutionnelles proposent également des produits stakés. Ils s’adressent surtout aux family offices et aux grands investisseurs. Pour le grand public, les plateformes d’échange centralisées offrent parfois des services de staking simplifiés, avec des frais et des conditions variables. Chacune de ces options comporte ses propres compromis en termes de sécurité, de rendement et de liquidité.
L’absence d’un ETF réglementé ne doit pas faire oublier que le staking Ethereum continue de fonctionner parfaitement. Le réseau sécurise des centaines de milliards de dollars d’actifs et distribue des récompenses chaque jour. Ce qui manque, c’est simplement un véhicule d’investissement traditionnel qui aurait rendu cette mécanique accessible en un clic depuis un compte-titres classique.
Un signal pour l’ensemble du secteur
Le retrait de VanEck sera analysé de près par tous les autres asset managers qui préparent des produits similaires. Certains pourraient ralentir leurs projets. D’autres y verront au contraire une opportunité de proposer une structure différente, plus simple ou mieux alignée avec les attentes du régulateur. La concurrence entre émetteurs d’ETF crypto reste vive. Chaque retrait d’un concurrent modifie légèrement l’équilibre concurrentiel.
Il faut aussi considérer l’impact sur la perception du liquid staking. Pendant un temps, l’arrivée possible d’un ETF VanEck avait conféré une forme de validation institutionnelle à Lido et à son modèle. Le retrait n’invalide pas le protocole, mais il retire un argument de poids dans les discussions avec les investisseurs les plus prudents. Lido devra continuer à prouver sa robustesse technique et sa gouvernance pour maintenir sa position dominante.
Dans les mois qui viennent, il sera intéressant d’observer si VanEck revient avec une version modifiée du projet ou s’il concentre ses efforts sur d’autres thématiques. L’asset manager a prouvé à plusieurs reprises sa capacité à innover dans le domaine des produits cotés liés aux actifs numériques. Un abandon temporaire n’est pas forcément un abandon définitif.
La suite de l’histoire reste à écrire
Pour l’instant, le dossier 333-290918 est clos. Le VanEck Lido Staked Ethereum ETF n’existera jamais sous la forme initialement envisagée. Les investisseurs qui espéraient une exposition réglementée au stETH devront patienter ou se tourner vers d’autres solutions. L’écosystème Ethereum, lui, continue d’évoluer. Le staking reste au cœur de la sécurité du réseau et les protocoles de liquid staking jouent un rôle central dans la liquidité de l’ETH staké.
Ce qui s’est passé le 14 octobre 2026 illustre parfaitement la nature encore jeune et parfois imprévisible du marché des produits d’investissement crypto réglementés. Les idées les plus prometteuses peuvent être mises en pause du jour au lendemain. Les acteurs traditionnels testent, ajustent, parfois renoncent. Chaque retrait, chaque report, chaque nouvelle guidance de la SEC contribue à dessiner les contours de ce que sera demain le paysage des ETF crypto.
En attendant une éventuelle résurrection du projet sous une autre forme, le message est clair : le chemin vers des produits de staking pleinement intégrés aux marchés traditionnels est plus long et plus sinueux que certains l’avaient imaginé. VanEck a ouvert une porte en 2025. En 2026, il l’a refermée. Reste à savoir qui, et quand, osera la rouvrir.
Les prochains mois diront si d’autres asset managers tirent les leçons de cet épisode pour proposer des structures plus robustes ou si le liquid staking institutionnel doit encore attendre plusieurs années avant de trouver sa place dans les portefeuilles traditionnels. Une chose est certaine : l’intérêt pour les rendements du staking ne disparaîtra pas. Seule la manière de les rendre accessibles aux investisseurs réglementés reste à inventer.
Dans un marché où chaque annonce peut faire bouger les prix de plusieurs points de pourcentage, le silence de VanEck sur les motifs de son retrait laisse un goût d’inachevé. Les professionnels de la finance et les passionnés de crypto continueront de scruter les prochains dépôts SEC. Car si un acteur de la taille de VanEck a jugé le moment inopportun, d’autres pourraient juger, demain, que le moment est enfin venu.
Le liquid staking a prouvé sa pertinence technique. Il lui reste à prouver qu’il peut s’inscrire durablement dans le cadre des produits d’investissement les plus réglementés au monde. L’épisode VanEck Lido n’est qu’un chapitre de cette histoire plus large. Un chapitre qui se termine plus tôt que prévu, mais qui n’en reste pas moins riche d’enseignements pour tous ceux qui suivent l’évolution de la finance décentralisée vers la finance traditionnelle.









