Le spectre d’une paralysie budgétaire de l’État fédéral américain n’a jamais été aussi menaçant. Le président élu Donald Trump vient en effet de torpiller un accord négocié in extremis entre parlementaires républicains et démocrates au Congrès. Un véritable coup de tonnerre à Washington, qui replonge le pays dans l’incertitude à quelques jours de l’échéance fatidique.
Dans un communiqué conjoint avec son futur vice-président J.D. Vance, Donald Trump a fustigé le texte de plus de 1500 pages négocié entre les deux partis. Pour le duo trumpiste, toute concession aux démocrates équivaudrait à une « trahison de notre pays ». Ils appellent les républicains à ne pas céder à la pression d’un « shutdown », même si cela doit paralyser une partie de l’administration.
Pourtant, l’accord présenté mardi par le leader des républicains à la Chambre Mike Johnson semblait avoir toutes les chances de passer. Fruit de longues tractations avec les démocrates, il prévoyait notamment :
Ce projet devait permettre de financer le gouvernement fédéral jusqu’à mi-mars 2023. Surtout, il éloignait le risque d’une paralysie de l’État (« shutdown ») au 1er janvier, synonyme de :
Un scénario catastrophe pour les États-Unis, d’autant plus à l’approche des fêtes de fin d’année.
Mais c’était sans compter sur la fronde des élus trumpistes les plus radicaux. Ces partisans d’une cure d’amaigrissement extrême de l’État fédéral jugent les dépenses prévues dans l’accord « totalement déraisonnables ».
Le milliardaire Elon Musk, nommé par Trump à la tête d’une commission sur les dépenses publiques, a lui aussi torpillé le compromis. Dans une salve de posts assassins sur X (ex-Twitter), il a exhorté les parlementaires à « tuer ce texte » au risque de perdre leur siège au prochain scrutin.
Du côté de l’opposition, c’est la consternation. Le chef des démocrates à la chambre Hakeem Jeffries accuse les républicains de jouer avec le feu et de « faire souffrir les travailleurs américains qu’ils prétendent défendre ». Il les avertit : « Vous rompez l’accord entre les deux partis, vous assumez les conséquences! »
Les prochaines étapes restent très incertaines au Congrès. Selon des proches du dossier, les trumpistes les plus durs pourraient réclamer un projet alternatif a minima, pour éviter la paralysie in extremis, en attendant le retour triomphal de leur champion à la Maison Blanche le 20 janvier.
La majorité républicaine au Congrès s’apprête en effet à adopter une série de lois pour financer rapidement le programme du nouveau président. Au menu : expulsions massives de migrants illégaux, relance de l’exploitation pétrolière, et baisses d’impôts XXL, avec une facture potentiellement astronomique.
De quoi réjouir la base dure MAGA, même au prix d’une dérive incontrôlée des déficits publics. Ce bras de fer au Congrès n’est sans doute qu’un avant-goût des tensions à venir autour du « Trumpisme décomplexé » qui s’installe pour 4 ans de plus à Washington…
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