Trump consolide son emprise sur l’Amérique latine au cœur d’une crise mondiale
En pleine escalade militaire au Moyen-Orient, Donald Trump, âgé de 79 ans, ne relâche pas la pression sur la scène internationale. Samedi, il reçoit à Miami une douzaine de dirigeants d’Amérique latine pour un sommet baptisé « Bouclier des Amériques ». Ce rendez-vous, organisé au Trump National Doral Golf, met en lumière une volonté affirmée de traiter la région comme une zone d’influence privilégiée des États-Unis.
Parmi les participants figurent des figures qui partagent souvent la rhétorique nationaliste et sécuritaire du président américain. Javier Milei de l’Argentine, Daniel Noboa de l’Équateur et Nayib Bukele du Salvador comptent parmi les plus enthousiastes. Ces leaders, souvent qualifiés de droite dure, voient dans ce partenariat un soutien précieux face à des défis internes comme la criminalité organisée ou les pressions économiques.
Les absents notables et leurs implications
Deux poids lourds régionaux brillent par leur absence : la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum et le président brésilien Lula da Silva, tous deux issus de la gauche. Leur non-participation souligne les fractures idéologiques profondes qui traversent le continent. Sans le Mexique, plaque tournante du trafic de drogue vers les États-Unis, et sans le Brésil, acteur majeur avec ses ports stratégiques, l’efficacité des discussions sur la sécurité risque d’être limitée.
Les experts soulignent que les cartels mexicains dominent la chaîne du narcotrafic, tandis que les organisations criminelles brésiliennes gagnent en puissance et contrôlent des routes vers l’Europe. Ignorer ces pays complique sérieusement la lutte contre ces fléaux transnationaux.
Un parallèle entre l’Iran et le Venezuela
Donald Trump établit un lien direct entre ses actions en Iran et sa politique passée au Venezuela. Il affirme appliquer la même approche : une intervention décisive suivie d’un traitement pragmatique avec les acteurs en place. Après une opération spectaculaire ayant conduit à la capture de Nicolás Maduro, l’administration américaine a choisi de négocier avec l’ancienne vice-présidente Delcy Rodríguez, notamment sur les questions pétrolières, sans pousser à un changement de régime immédiat.
Le président répète que l’offensive en Iran, dont le calendrier et les objectifs évoluent, rendra inévitable un regard tourné vers Cuba. Il prédit une chute imminente du pouvoir en place sur l’île, affirmant que cela ne sera « qu’une question de temps ». Ces déclarations renforcent l’idée d’une doctrine interventionniste active dans l’hémisphère occidental.
La « doctrine Donroe » : un clin d’œil à l’histoire
Le sommet s’inscrit dans ce que certains appellent la « doctrine Donroe », un jeu de mots mêlant le prénom du président et celui de James Monroe, auteur de la célèbre doctrine de 1823 qui désignait l’Amérique latine comme zone d’exclusion pour les puissances européennes. Aujourd’hui, l’accent est mis sur l’exclusion des concurrents extra-hémisphériques, avec une allusion claire à la Chine.
La stratégie de sécurité nationale publiée en décembre 2025 insiste sur la nécessité de maintenir des pays « suffisamment stables et bien gouvernés » pour freiner les migrations massives vers les États-Unis. Elle refuse explicitement aux puissances non régionales de positionner des forces ou de contrôler des actifs stratégiques dans la zone. Cette posture vise à contrer l’expansion chinoise, notamment via des investissements dans les infrastructures et les ports.
Les États-Unis refuseront aux concurrents non hémisphériques la possibilité de positionner des forces ou d’autres capacités menaçantes, ou de posséder ou de contrôler des actifs stratégiques dans la région.
Cette phrase, tirée du document officiel, résume l’ambition : restaurer une prééminence américaine incontestée.
Les thèmes centraux du sommet
Les discussions portent principalement sur deux priorités : la lutte contre l’immigration irrégulière et le trafic de drogue. Ces enjeux touchent directement les États-Unis, où les flux migratoires et les opioïdes constituent des sujets sensibles politiquement.
Le sommet affirme également les ambitions américaines face à Pékin, à l’approche d’une visite du président en Chine. Il s’agit de démontrer que Washington peut mobiliser des alliés régionaux pour contrer l’influence asiatique grandissante.
Les soutiens et les notations de Trump
Donald Trump distribue régulièrement des appréciations aux dirigeants latino-américains. Il soutient vivement Javier Milei en Argentine pour ses réformes libérales radicales. Il loue la politique sécuritaire intransigeante de Nayib Bukele au Salvador, qui a drastiquement réduit la violence des gangs. Il a également appuyé le conservateur Nasry Asfura lors de sa campagne victorieuse au Honduras.
Récemment, les États-Unis se sont associés à l’Équateur pour des frappes contre un camp d’une faction dissidente des FARC, illustrant une coopération militaire concrète avec ces alliés.
Les participants au sommet
Douze pays sont représentés : l’Argentine, le Salvador, l’Équateur, la Bolivie, le Costa Rica, la République dominicaine, le Guyana, le Honduras, le Panama, le Paraguay, le Chili et Trinidad-et-Tobago. Cette liste regroupe majoritairement des gouvernements alignés sur une ligne conservatrice ou pragmatique en matière de sécurité.
Ces nations espèrent obtenir un appui américain face à la montée de la criminalité transnationale liée aux narcotrafiquants. Beaucoup font face à des défis sécuritaires croissants, et le soutien logistique ou financier de Washington représente un atout majeur.
Les critiques et les limites de cette approche
Irene Mia, experte au International Institute for Strategic Studies, note que sans le Mexique et le Brésil, il sera difficile de résoudre efficacement les problèmes de drogue. Les cartels mexicains occupent le sommet de la chaîne, et les groupes brésiliens contrôlent des ports clés pour l’export vers l’Europe.
Le choix du lieu, un domaine personnel de Trump, suscite des interrogations sur la frontière entre intérêts publics et privés. Le président organisera également le G20 dans ce même golf cette année, une décision critiquée par l’opposition, bien que la Maison Blanche assure qu’aucun profit personnel ne sera tiré de ces événements.
Cette concentration de pouvoir interroge sur la transparence et les conflits d’intérêts potentiels, même si les autorités minimisent ces aspects.
Contexte plus large : la guerre en Iran
Le sommet se déroule alors que la guerre en Iran entre dans une phase intense. Les frappes américano-israéliennes visent des infrastructures militaires, des sites nucléaires et des cibles de commandement. Trump exige une reddition inconditionnelle, refusant tout accord intermédiaire.
Il promet une reconstruction sous leadership « acceptable » une fois le régime actuel affaibli. Ces déclarations, combinées à des menaces sur Cuba, dessinent une politique étrangère interventionniste tous azimuts.
Les parallèles entre les méthodes employées au Venezuela et celles envisagées ailleurs renforcent l’impression d’une stratégie cohérente : action rapide, pragmatisme post-intervention et exclusion des rivaux extérieurs.
Perspectives pour l’Amérique latine
Pour les pays participants, ce sommet offre une opportunité de renforcer leur position face à des menaces internes. Le soutien américain en matière de renseignement, d’équipements ou de sanctions ciblées peut changer la donne contre les cartels et les gangs.
Cependant, cette alliance sélective risque d’accentuer les divisions régionales. Les pays exclus pourraient se tourner davantage vers d’autres partenaires, comme la Chine, créant un contrepoids involontaire à la « doctrine Donroe ».
À long terme, la stabilité régionale dépendra de la capacité à inclure les acteurs majeurs. Sans eux, les efforts contre le narcotrafic resteront partiels, et les flux migratoires persisteront.
Ce rendez-vous marque un moment charnière. Il révèle les priorités de l’administration Trump : sécuriser l’hémisphère, contrer la Chine et projeter une puissance sans compromis, même au prix de tensions avec certains voisins.
Alors que les bombes tombent en Iran et que les dirigeants se réunissent en Floride, l’équilibre mondial semble plus fragile que jamais. L’avenir dira si cette stratégie portera ses fruits ou si elle accentuera les fractures déjà profondes. L’approche choisie par Trump combine fermeté militaire lointaine et consolidation d’alliances régionales, dans un contexte où les enjeux sécuritaires et migratoires se mêlent aux rivalités globales. Les mois à venir seront décisifs pour mesurer l’impact réel de ce « Bouclier des Amériques » sur la stabilité du continent et au-delà.









