Imaginez un géant de l’énergie, pilier de l’économie française, aujourd’hui assailli de toutes parts par des actions en justice. TotalEnergies se retrouve au centre d’une vague de procédures qui questionnent à la fois son impact environnemental, ses pratiques commerciales et son respect des droits humains. Ces affaires, qui se déroulent en France comme à l’étranger, soulèvent des enjeux majeurs pour l’avenir de l’industrie des hydrocarbures.
Un géant pétrolier au cœur de multiples controverses
Depuis plusieurs années, le groupe français TotalEnergies fait face à une série de poursuites engagées par des organisations non gouvernementales et des particuliers. Les accusations portent sur des thèmes aussi variés que le climaticide, le greenwashing ou encore des atteintes aux droits humains liées à ses activités d’extraction d’hydrocarbures. Ces litiges marquent un tournant dans la manière dont les entreprises énergétiques sont tenues responsables.
Les plaignants utilisent différents leviers juridiques pour tenter de contraindre le groupe à modifier ses pratiques. Parmi eux, la loi sur le devoir de vigilance, adoptée en 2017, occupe une place centrale. Cette législation pourrait obliger TotalEnergies à renoncer à certains nouveaux projets pour limiter le réchauffement planétaire. L’enjeu est considérable et pourrait influencer l’ensemble du secteur.
Le devoir de vigilance : un outil puissant en question
Le tribunal judiciaire de Paris est amené à trancher une question inédite : la loi sur le devoir de vigilance peut-elle contraindre TotalEnergies à abandonner de nouveaux projets d’hydrocarbures ? Cette affaire constitue le premier grand procès climatique visant une entreprise en France. Elle présente des similitudes avec un dossier similaire en Belgique, où un agriculteur reproche au groupe sa responsabilité dans le dérèglement climatique.
Dans ce dossier belge, le procès a été suspendu en mars dans l’attente du jugement français. TotalEnergies a interjeté appel. Ces procédures interconnectées illustrent la dimension internationale des défis posés par les activités des majors pétrolières. Les débats tournent autour de la responsabilité des entreprises face à la crise climatique globale.
Les défenseurs de l’environnement voient dans le devoir de vigilance un moyen concret d’imposer des changements structurels. Pour les partisans de l’industrie, il s’agit d’une menace pour la compétitivité et la sécurité énergétique. Le jugement à venir sera scruté avec attention par tous les acteurs concernés.
À retenir : La loi de 2017 sur le devoir de vigilance représente un levier inédit pour les ONG et citoyens souhaitant influencer les stratégies des grands groupes énergétiques.
Deux fronts judiciaires ouverts au Mozambique
En novembre 2025, l’European Center for Constitutional and Human Rights a saisi le parquet national antiterroriste à Paris. La plainte vise des faits de 2021 sur un site d’un méga-projet gazier. TotalEnergies est accusé de complicité de crimes de guerre, de torture et de disparitions forcées.
Selon les éléments avancés, le groupe aurait directement financé et soutenu matériellement une unité militaire mozambicaine. Cette unité aurait commis des exactions sur des civils durant l’été 2021, dans un contexte de conflit avec une milice affiliée au groupe État islamique. Le projet gazier était alors à l’arrêt suite à une attaque jihadiste.
Parallèlement, depuis mars 2025, des juges d’instruction à Nanterre enquêtent sur des faits d’homicide involontaire. Des survivants et proches de victimes de l’attaque jihadiste reprochent à TotalEnergies d’avoir négligé la sécurité de ses sous-traitants. Ces deux volets montrent la complexité des responsabilités liées aux opérations dans des zones à risque.
Le projet EACOP-Tilenga sous haute tension
Un autre projet contesté attire l’attention : le forage Tilenga en Ouganda, qui prévoit plus de 400 puits, associé au pipeline EACOP, le plus long oléoduc chauffé au monde. Destiné à transporter les hydrocarbures jusqu’à l’océan Indien via la Tanzanie à partir de 2027, ce projet fait l’objet de vives critiques.
En juin 2023, vingt-six Ougandais et cinq associations, dont les Amis de la Terre France et Ouganda, ont lancé une action civile devant le tribunal de Paris. Ils demandent réparation pour divers préjudices : expropriations abusives, compensations insuffisantes et harcèlement. Une audience est programmée en février 2027.
En janvier 2025, d’autres associations ont déposé une plainte pénale à Nanterre pour que soit ouverte une enquête sur ce projet qualifié de climaticide. Ces actions combinent dimensions environnementales, sociales et humaines, illustrant la diversité des griefs formulés à l’encontre du groupe.
« Ces procédures montrent que les impacts locaux et globaux des projets énergétiques sont de plus en plus scrutés par la société civile. »
Condamnation pour greenwashing et enquêtes en cours
Le 23 octobre 2025, TotalEnergies a été condamné au civil à Paris pour pratiques commerciales trompeuses. Le groupe avait vanté à tort ses engagements vers la neutralité carbone d’ici 2050 sur son site commercial. En revanche, les demandes concernant sa communication institutionnelle ont été rejetées. Le groupe n’a pas fait appel de la condamnation.
À Nanterre, une enquête préliminaire est ouverte depuis 2021 suite à une plainte pénale d’associations qui accusent TotalEnergies de pratiques commerciales trompeuses dans ses communications sur sa politique climatique. Ces affaires mettent en lumière les limites et les risques des discours environnementaux des entreprises.
Des plaintes rejetées ou classées
Toutes les procédures ne connaissent pas le même succès. En janvier 2024, une cinquantaine de ressortissants yéménites ont assigné TotalEnergies en référé à Nanterre pour pollution dans la région de l’Hadramaout. Le tribunal s’est déclaré incompétent, puis le tribunal de Paris a débouté les demandeurs en mars 2026. Un appel est en cours.
Dans un autre référé similaire, huit plaignants yéménites ont vu leur demande jugée irrecevable en décembre 2024. Par ailleurs, en février 2025, la justice a classé une plainte pénale pour homicides involontaires et atteintes à la biodiversité liée aux activités dans les énergies fossiles.
Enfin, à deux reprises en 2022 et 2023, des plaintes pour complicité de crimes de guerre russes en Ukraine ont été écartées. Les associations reprochaient au groupe d’avoir continué à exploiter un gisement en Russie après le début du conflit.
Les enjeux globaux du devoir de vigilance
La loi sur le devoir de vigilance impose aux grandes entreprises de prévenir les risques graves sur les droits humains et l’environnement tout au long de leur chaîne de valeur. Dans le cas de TotalEnergies, son application pourrait redéfinir les critères de décision pour les investissements dans les hydrocarbures. Les tribunaux sont appelés à clarifier l’étendue de cette responsabilité.
Cette évolution juridique reflète une prise de conscience sociétale croissante. Les citoyens et les ONG exigent une plus grande transparence et une réelle accountability de la part des acteurs économiques majeurs. Les conséquences potentielles dépassent le seul cas de TotalEnergies et pourraient influencer d’autres multinationales.
Les débats portent sur l’équilibre entre impératifs économiques, transition énergétique et protection des populations locales. Chaque affaire ajoute une pierre à l’édifice d’une jurisprudence en construction sur ces questions complexes.
Les dimensions humaines des projets contestés
Au Mozambique comme en Ouganda, les plaintes mettent en avant les impacts sur les communautés locales. Financement d’unités militaires, négligence sécuritaire, expropriations : les griefs sont multiples et touchent à la fois à la sécurité physique et aux conditions de vie des populations.
Ces dossiers soulignent les défis posés par l’exploitation des ressources naturelles dans des contextes géopolitiques instables. Les entreprises doivent naviguer entre impératifs opérationnels et attentes sociétales élevées en matière de respect des droits fondamentaux.
Communication environnementale sous surveillance
La condamnation pour greenwashing illustre la vigilance accrue des autorités et des associations sur les discours des entreprises. Vanter des objectifs de neutralité carbone sans actions concrètes suffisantes expose désormais à des sanctions. TotalEnergies a vu sa communication commerciale sanctionnée tandis que sa communication institutionnelle a été épargnée.
Cette distinction juridique est importante. Elle montre que les tribunaux analysent avec précision le cadre dans lequel s’inscrivent les déclarations des groupes. Les entreprises doivent donc redoubler de prudence dans leur stratégie de communication.
Chronologie des principaux événements
- 2021 : Plainte pénale sur la communication climatique à Nanterre
- 2022-2023 : Plaintes Ukraine rejetées
- Juin 2023 : Action civile EACOP-Tilenga
- Février 2025 : Classement d’une plainte sur énergies fossiles
- Mars 2025 : Enquête homicide involontaire Mozambique
- Janvier 2025 : Plainte pénale EACOP
- Octobre 2025 : Condamnation greenwashing
- Mars 2026 : Déboutement Yémen
Cette chronologie met en évidence l’accélération des procédures ces dernières années. Chaque nouvelle affaire renforce l’attention portée aux pratiques du secteur énergétique.
Perspectives et implications futures
Les différents litiges en cours pourraient aboutir à des décisions qui redessinent le paysage de la responsabilité des entreprises. Que ce soit sur le plan climatique, humain ou communicationnel, TotalEnergies se trouve à un carrefour. Les jugements à venir, notamment sur le devoir de vigilance, seront déterminants.
Pour le groupe, il s’agit de défendre sa stratégie de transition tout en maintenant ses activités. Pour les plaignants, l’objectif est d’obtenir des changements concrets et des réparations. La société dans son ensemble observe comment ces tensions se résolvent.
Le cas TotalEnergies illustre les défis de la conciliation entre besoins énergétiques mondiaux, impératifs climatiques et respect des droits. Il témoigne aussi de la montée en puissance des recours judiciaires comme outil de régulation et de pression citoyenne.
Alors que de nouvelles audiences approchent, notamment en février 2027 pour le projet EACOP-Tilenga, l’attention reste forte. Ces affaires continuent d’alimenter le débat public sur l’avenir de l’énergie et la place des grandes compagnies dans la société de demain.
La multiplication des procédures reflète une évolution sociétale profonde. Les citoyens exigent davantage de transparence et d’engagement réel. Les entreprises doivent adapter leurs modèles à ces nouvelles attentes tout en naviguant dans un environnement réglementaire qui se durcit.
Dans ce contexte, TotalEnergies incarne les contradictions et les défis d’une industrie en pleine mutation. Les litiges en cours ne sont pas seulement des affaires judiciaires isolées mais participent à une redéfinition plus large des normes applicables aux acteurs économiques majeurs.
Chaque décision de justice contribue à dessiner les contours de la responsabilité élargie des entreprises. Du Mozambique à l’Ouganda, en passant par les tribunaux français, ces affaires tissent une toile complexe où s’entremêlent enjeux environnementaux, sociaux et économiques.
Les observateurs s’accordent à dire que l’issue de ces procédures pourrait influencer d’autres groupes énergétiques et au-delà. La vigilance accrue des ONG, combinée à une jurisprudence en construction, crée un nouveau cadre dans lequel les entreprises doivent opérer.
Face à ces défis, TotalEnergies maintient sa position tout en étant contraint de répondre aux accusations. L’équilibre entre développement économique, transition énergétique et respect des droits reste au cœur des débats. Les mois et années à venir seront décisifs pour comprendre comment ces tensions se résoudront.
En définitive, ces multiples litiges mettent en lumière les attentes croissantes de la société envers les grands acteurs de l’énergie. Ils posent la question fondamentale de la compatibilité entre les activités actuelles et les objectifs de durabilité à long terme. Le chemin vers une résolution équilibrée reste encore à tracer.
La diversité des fronts ouverts – climatique, sécuritaire, communicationnel, social – démontre l’ampleur des défis. TotalEnergies, comme d’autres, se trouve confronté à la nécessité d’adapter ses pratiques tout en défendant sa vision stratégique. Ces affaires continueront sans doute de faire jurisprudence et d’influencer le secteur pour les années à venir.









