À l’approche des élections de 2025, la Tanzanie se trouve à un carrefour politique décisif. La présidente Samia Suluhu Hassan vient d’annoncer la dissolution du Parlement, une étape constitutionnelle qui marque le début des préparatifs pour un scrutin présidentiel, parlementaire et local prévu en octobre. Mais derrière cette annonce, des tensions émergent : l’opposition, notamment le parti Chadema, dénonce une dérive autoritaire. Entre promesses d’un vote libre et accusations de répression, quel avenir pour la démocratie tanzanienne ?
La décision de dissoudre le Parlement, effective à partir du 3 août, s’inscrit dans un cadre légal prévu par la Constitution tanzanienne. Cette mesure, bien que formelle, ouvre officiellement la voie à une période électorale cruciale. La présidente Hassan, en poste depuis le décès de son prédécesseur John Magufuli en 2021, a clos les travaux parlementaires en insistant sur son engagement à organiser des élections libres et équitables. Une promesse ambitieuse dans un pays où le parti au pouvoir, le Chama Cha Mapinduzi (CCM), domine la scène politique depuis l’indépendance en 1961.
Pourtant, cette annonce intervient dans un contexte tendu. Les critiques fusent, notamment de la part de l’opposition, qui accuse le gouvernement de museler les voix dissidentes. La disqualification du principal parti d’opposition, Chadema, par la commission électorale soulève des questions sur la sincérité de cet engagement démocratique. Ce climat de suspicion place la Tanzanie sous le regard attentif des observateurs internationaux.
En avril, la commission électorale tanzanienne a pris une décision lourde de conséquences : exclure Chadema des prochaines élections. Le motif ? Le parti a refusé de signer un nouveau code de conduite électoral, qu’il juge biaisé et dépourvu des réformes nécessaires pour garantir un scrutin transparent. Cette exclusion a amplifié les craintes d’une marginalisation systématique de l’opposition, dans un pays où le CCM n’a jamais cédé le pouvoir.
Le code de conduite électoral imposé par le gouvernement ne reflète pas les aspirations démocratiques du peuple tanzanien.
Représentant de Chadema
Pour les militants de Chadema, ce code représente une tentative de contrôler le processus électoral. Ils réclament des garanties, comme une commission électorale indépendante et des règles claires pour éviter les irrégularités. Sans ces réformes, l’opposition craint un scrutin truqué, consolidant encore davantage l’hégémonie du CCM.
Le leader de Chadema, Tundu Lissu, est au cœur de cette tempête politique. Arrêté en avril pour des accusations de trahison – un crime passible de la peine de mort en Tanzanie – il se retrouve dans une situation délicate. Privé d’accès à ses avocats, Lissu a décidé de se défendre lui-même, un choix qui illustre à la fois son courage et l’isolement auquel il est confronté. Cette arrestation, perçue comme une tentative d’intimidation, a suscité l’indignation des défenseurs des droits humains.
Les organisations de défense des libertés dénoncent une répression croissante. En mai, plusieurs activistes, dont une candidate à la présidentielle kenyane, ont été expulsés de Tanzanie alors qu’ils tentaient d’assister à une audience de Lissu. Ces expulsions, jugées illégales par les ONG, renforcent l’image d’un gouvernement déterminé à faire taire toute critique.
La situation de Tundu Lissu symbolise les défis auxquels font face les opposants en Tanzanie. Son arrestation pourrait galvaniser ses partisans, mais elle risque aussi d’affaiblir Chadema à l’approche des élections.
L’ombre de John Magufuli, président de 2015 à 2021, plane sur la présidence de Samia Suluhu Hassan. Surnommé le Bulldozer pour son style autoritaire, Magufuli avait instauré un climat de répression marqué par des arrestations arbitraires et des restrictions des libertés. Si Hassan avait initialement suscité l’espoir d’une ouverture démocratique, les récents événements suggèrent un retour à des pratiques autoritaires.
Pour comprendre les enjeux, voici les principaux points de tension :
Ce contexte soulève une question cruciale : la Tanzanie peut-elle organiser un scrutin véritablement démocratique ? Les promesses de la présidente Hassan contrastent avec les actions de son gouvernement, alimentant le scepticisme.
Organiser des élections libres dans un pays où un parti domine depuis plus de six décennies est un défi colossal. Le CCM, fort de son ancrage historique, bénéficie d’un contrôle important sur les institutions, y compris la commission électorale. Pour les observateurs, la disqualification de Chadema et l’arrestation de Lissu sont des signaux inquiétants.
La présidente Hassan a toutefois assuré que son gouvernement resterait vigilant pour maintenir la stabilité et faire respecter la loi. Mais cette vigilance pourrait-elle se traduire par une surveillance accrue des opposants ? Les ONG craignent que les mesures de sécurité servent de prétexte pour limiter les manifestations et les critiques.
La démocratie ne peut prospérer dans un climat de peur et d’exclusion.
ONG de défense des droits humains
Les élections de 2025 ne concernent pas seulement la Tanzanie. Elles représentent un test pour la démocratie en Afrique de l’Est, une région où les transitions démocratiques sont souvent fragiles. Les voisins, comme le Kenya ou l’Ouganda, observent attentivement. Une élection perçue comme truquée pourrait avoir des répercussions régionales, alimentant les tensions et les mouvements de contestation.
Pour les Tanzaniens, l’enjeu est clair : ils aspirent à un système où leurs voix comptent. Mais avec un parti d’opposition affaibli et un leader emprisonné, les chances d’un changement politique semblent minces. La communauté internationale, bien que préoccupée, peine à influencer le cours des événements sans s’immiscer dans les affaires internes du pays.
| Enjeu | Impact |
|---|---|
| Dissolution du Parlement | Ouvre la voie aux élections, mais sans garanties de pluralisme. |
| Exclusion de Chadema | Réduit la compétition électorale, favorisant le CCM. |
| Arrestation de Lissu | Intimide l’opposition et décourage la mobilisation. |
À mesure que la date des élections approche, la Tanzanie se prépare à un moment décisif. La présidente Hassan a l’opportunité de prouver que son pays peut organiser un scrutin inclusif et transparent. Mais les obstacles sont nombreux : une opposition affaiblie, des accusations de répression et un héritage politique autoritaire. Pour beaucoup, le véritable test ne réside pas seulement dans la tenue des élections, mais dans la capacité du gouvernement à respecter les principes démocratiques.
Les prochains mois seront cruciaux. Les Tanzaniens, tout comme la communauté internationale, attendent de voir si les promesses de liberté et d’équité se concrétiseront. Une chose est certaine : l’issue de ce scrutin façonnera l’avenir politique de la Tanzanie pour les années à venir.
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