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Soudan du Sud : 180 000 Déplacés dans l’Enfer de Jonglei

Au Soudan du Sud, plus de 180 000 personnes fuient les combats intenses à Jonglei. Civils terrifiés se cachent dans les marécages, frappes aériennes tuent sans distinction, et la famine s'installe... Une catastrophe humanitaire qui pourrait tout faire basculer ?
Le conflit au Soudan du Sud s’intensifie à nouveau dans la région de Jonglei, plongeant des centaines de milliers de civils dans la peur et la précarité. Imaginez fuir votre maison sans destination précise, chercher refuge dans des marécages infestés, tandis que les combats font rage autour de vous. C’est la réalité quotidienne de familles entières depuis la fin décembre 2025, avec plus de 180 000 personnes déjà déplacées selon les estimations officielles.

Une escalade alarmante dans la région de Jonglei

Le Soudan du Sud, plus jeune nation du monde depuis son indépendance en 2011, semble une fois de plus au bord du précipice. Après des années de tensions contenues, les affrontements ont repris de plus belle dans l’État de Jonglei, au nord du pays. Cette zone, majoritairement habitée par l’ethnie nuer, est devenue le théâtre d’opérations militaires intenses opposant les forces gouvernementales aux groupes loyaux à l’opposition.

Les violences ont éclaté fin décembre 2025 et se poursuivent sans relâche en ce début d’année 2026. Les populations locales, déjà fragilisées par des années de crises cumulées, se retrouvent prises au piège entre deux feux. Les témoignages recueillis sur place décrivent une atmosphère de terreur généralisée, où les civils n’ont d’autre choix que de fuir vers des zones plus isolées.

Les racines d’un conflit qui ne s’éteint jamais vraiment

Le Soudan du Sud porte les stigmates d’une guerre civile dévastatrice entre 2013 et 2018, qui a causé environ 400 000 morts. Bien que des accords de paix aient été signés par la suite, la confiance reste fragile entre les principaux acteurs politiques. Les rivalités personnelles et ethniques continuent d’alimenter les tensions.

Depuis près d’un an, des incidents localisés éclataient régulièrement, mais l’ampleur actuelle des combats à Jonglei marque un tournant préoccupant. La région, riche en ressources naturelles mais pauvre en infrastructures, concentre aujourd’hui les frustrations accumulées. Les forces en présence accusent mutuellement l’autre camp de violations et d’attaques indiscriminées.

« Le seul endroit sûr où je puisse aller, ce sont les marécages »

Un habitant de la région de Jonglei

Cette phrase résume à elle seule le désespoir des populations. Les marécages, bien que dangereux et inhospitaliers, offrent parfois la seule protection contre les bombardements et les pillages.

Les déplacements massifs et la souffrance des civils

Plus de 180 000 personnes ont fui leurs foyers depuis la fin décembre 2025. Ces chiffres, fournis par les autorités et corroborés par les agences onusiennes, concernent principalement des femmes, des enfants et des personnes âgées. Beaucoup se cachent dans la brousse, sous les arbres, ou tentent de rejoindre des villes comme Bor.

Dans le comté de Duk, par exemple, les habitations ont été pillées ou incendiées. Les structures de santé n’existent plus, et la faim s’installe rapidement. Les déplacés arrivent épuisés, avec leurs maigres biens et parfois leurs animaux, sans savoir où trouver de l’aide.

La panique règne. Les familles se dispersent sans coordination, rendant impossible toute estimation précise du nombre de victimes. Des centaines de combattants auraient péri lors d’affrontements violents, mais les civils paient le prix le plus lourd.

Les exactions rapportées sur le terrain

Les frappes aériennes menées par l’armée gouvernementale causent de nombreuses victimes civiles, selon plusieurs sources concordantes. Des tueries indiscriminées sont dénoncées, ainsi que des ordres donnés aux populations de quitter leurs villages sous menace de représailles.

Les deux parties au conflit sont accusées de pillages, y compris de biens humanitaires. Ces actes ont forcé la suspension de services essentiels, privant des milliers de personnes d’accès aux soins de santé de base.

« Les tueries indiscriminées de civils ont fait de nombreuses victimes »

Une source humanitaire basée à Juba

Ces pratiques aggravent une situation déjà catastrophique. Les interdictions de survol limitent l’acheminement de médicaments et de personnel médical, entraînant un épuisement rapide des stocks.

Une crise humanitaire aux proportions dramatiques

Le Soudan du Sud fait face à une insécurité alimentaire aiguë touchant près de 7,7 millions de personnes sur une population d’environ 12 millions. Les inondations de l’année précédente, les épidémies et maintenant les combats viennent s’ajouter à ce tableau sombre.

Les organisations humanitaires peinent à opérer. Certaines structures médicales refusent désormais les patients dont la vie n’est pas immédiatement menacée, ce qui aggrave les pathologies. Les cas de malnutrition modérée ne sont plus traités systématiquement, laissant craindre une augmentation rapide des formes sévères.

Les enfants sont particulièrement vulnérables. Sans compléments alimentaires adaptés, beaucoup risquent de basculer vers une malnutrition aiguë sévère, avec des conséquences souvent fatales. Les experts parlent de conséquences « catastrophiques » pour les populations.

Les appels à la désescalade et les risques d’extension

Des voix internationales s’élèvent pour demander un arrêt immédiat des hostilités. La situation à Jonglei n’est pas isolée ; elle représente une escalade dangereuse qui pourrait replonger le pays dans un cycle de violence généralisée.

Des combats ont également été signalés dans d’autres régions, notamment au sud-est. Des appels à marcher sur la capitale ont été lancés par des responsables de l’opposition, bien que la capacité militaire à réaliser une telle opération semble limitée.

La capitale reste lourdement protégée, mais la menace pèse sur la stabilité globale. Les observateurs craignent un nouveau cycle de guerre tragique si les tensions ne sont pas rapidement apaisées.

Un pays riche en pétrole, pauvre en perspectives

Malgré ses ressources pétrolières, le Soudan du Sud reste l’un des pays les plus pauvres au monde. Les revenus sont captés par une élite restreinte, laissant la majorité de la population dans la misère. La corruption endémique empêche tout développement durable.

Les infrastructures sont quasi inexistantes dans de vastes régions. Les routes, les hôpitaux, les écoles : tout manque cruellement. Dans ce contexte, la présence humanitaire devient vitale, mais elle est elle-même menacée par les violences et la réduction des financements internationaux.

Témoignages poignants des habitants

Daniel Deng, 35 ans, originaire de la région de Jonglei, raconte son quotidien chaotique. Bloqué après la prise et le retrait rapide d’une localité par les forces d’opposition, il ne sait plus où aller. Les combats auraient fait environ 300 morts parmi les combattants, mais les civils restent invisibles dans les bilans.

À Bor, la capitale régionale, les arrivées de déplacés se multiplient. Les gens affluent avec leurs troupeaux, paniqués et désorganisés. Nombreux sont ceux qui restent cachés dans la végétation environnante, impossibles à recenser.

« La population est terrifiée, fuyant sans destination précise »

Un témoin depuis Bor

Ces histoires individuelles illustrent la dimension humaine de la crise. Derrière les chiffres se cachent des familles brisées, des enfants traumatisés, des aînés épuisés.

Les défis pour l’aide humanitaire

Les pillages de convois et de structures humanitaires compliquent sérieusement les opérations. Des services de santé essentiels ont dû être suspendus, affectant des milliers de bénéficiaires. Les restrictions de mouvement empêchent le renouvellement des stocks médicaux.

Une organisation médicale internationale rapporte devoir trier les patients : seuls les cas les plus graves sont pris en charge. Les enfants en malnutrition modérée, pourtant à haut risque, passent au second plan faute de ressources. Cette priorisation forcée risque d’entraîner des décès évitables.

Vers une nouvelle tragédie nationale ?

Les analystes soulignent que l’escalade à Jonglei pourrait n’être que le début d’une déstabilisation plus large. Les mobilisations de troupes, les menaces proférées et les accusations réciproques alimentent un climat de défiance extrême.

Le pays a besoin d’un dialogue inclusif et d’une cessation immédiate des hostilités pour éviter le pire. Mais dans un contexte de polarisation ethnique et politique, la route vers la paix semble longue et semée d’embûches.

En attendant, ce sont les civils qui trinquent. Chaque jour supplémentaire de combats aggrave leur souffrance et repousse l’espoir d’une vie normale. Le monde observe, mais l’urgence appelle à des actions concrètes pour protéger ces populations vulnérables.

La situation évolue rapidement, et les prochains jours seront décisifs. Rester informé sur ces développements reste essentiel pour comprendre les enjeux d’une région en proie à l’instabilité chronique.

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