Que se dit-on vraiment lorsque dix États, quinze partenaires de dialogue et deux observateurs se retrouvent dans une capitale montagneuse d’Asie centrale, au moment où plusieurs d’entre eux sont pris dans des guerres ouvertes et des conflits commerciaux? Mardi, à Bichkek, le président russe Vladimir Poutine doit s’entretenir avec le président iranien Massoud Pezeshkian, en marge d’un sommet du bloc régional de l’Organisation de coopération de Shanghai. Le même dirigeant russe doit aussi rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan pour parler de la guerre en Ukraine, après quatre ans et demi de combats. Le rendez-vous se tient alors que les affrontements ont repris entre l’Iran et les États-Unis. L’image est celle d’un forum qui se veut un contrepoids à l’influence occidentale, sans se présenter comme une alliance dirigée contre d’autres États.
Un Sommet Anniversaire Dans Une Capitale Montagneuse
Au total, dix-sept chefs d’État et de gouvernement sont à Bichkek, capitale de ce pays montagneux d’Asie centrale, pour participer au sommet commémorant le vingt-cinquième anniversaire de l’Organisation de coopération de Shanghai. Le cadre n’est pas anodin. Le Kirghizstan accueille une réunion destinée à montrer que ce bloc a pris un nouvel élan ces dernières années sous l’impulsion de Pékin et de Moscou. L’intention affichée consiste à contrebalancer l’influence occidentale, même si plusieurs États membres traversent des crises majeures. Le texte fondateur de l’organisation assure pourtant que celle-ci n’est pas une alliance dirigée contre d’autres États. Cette formule revient comme un fil conducteur, alors que les dirigeants russe et chinois se servent de ces sommets pour mettre en avant leur vision d’un monde multipolaire, visant à contrer l’hégémonie américaine qu’ils dénoncent.
Le sommet n’est pas seulement une cérémonie d’anniversaire. Il sert de scène diplomatique. Les entretiens en marge importent autant que la séance plénière. Vladimir Poutine doit y voir Massoud Pezeshkian. Il doit aussi y voir Recep Tayyip Erdogan. Ces deux rendez-vous s’inscrivent dans un calendrier chargé, au moment où les tensions internationales s’accumulent autour de l’Iran, de l’Ukraine et des échanges commerciaux. La capitale kirghize devient ainsi un point de passage pour des discussions que les protagonistes ne veulent pas forcément mener uniquement dans les capitales occidentales.
À retenir. Le sommet de Bichkek réunit 17 chefs d’État et de gouvernement pour les 25 ans de l’OCS. Poutine doit y rencontrer Pezeshkian et Erdogan, alors que les affrontements ont repris entre l’Iran et les États-Unis et que la guerre en Ukraine dure depuis quatre ans et demi.
Les Entretiens Prévus De Vladimir Poutine
Le premier rendez-vous annoncé concerne l’Iran. Les présidents russe et iranien doivent s’entretenir mardi en marge du sommet. Ce tête-à-tête intervient à l’heure où les affrontements ont repris entre l’Iran et les États-Unis. Le contexte immédiat n’est pas celui d’une accalmie durable. Un premier échange de frappes entre les Américains et les Iraniens s’est produit après un mois de calme. La rencontre de Bichkek se place donc dans une séquence militaire et diplomatique tendue, où Téhéran cherche des interlocuteurs au sein d’un bloc qui revendique une autre lecture de l’ordre international.
Le second rendez-vous annoncé concerne la Turquie. Vladimir Poutine doit rencontrer Recep Tayyip Erdogan pour discuter de la guerre en Ukraine après quatre ans et demi de combats. La durée du conflit est désormais un fait central de l’agenda. Quatre ans et demi de combats pèsent sur toute discussion bilatérale. Ankara n’est pas membre à part entière de l’organisation au même titre que Moscou, mais la Turquie figure parmi les partenaires de dialogue, aux côtés notamment de l’Arabie saoudite et du Qatar. Le format du sommet permet donc à des dirigeants qui n’appartiennent pas tous au noyau des dix États membres de se croiser dans la même capitale.
Ces deux entretiens ne se valent pas. L’un porte sur la relation entre Moscou et Téhéran au moment d’une reprise des affrontements avec Washington. L’autre porte sur la guerre en Ukraine, sujet que la Russie et la Chine n’ont abordé que de façon superficielle selon le porte-parole du Kremlin Dmitri Peskov. La distinction compte. D’un côté, des échanges prévus avec l’Iran et la Turquie. De l’autre, un traitement limité du dossier ukrainien dans la conversation sino-russe de la veille.
Lundi, Moscou Et Pékin Ont Loué Leur Relation
Lundi, Vladimir Poutine et le dirigeant chinois Xi Jinping ont loué en marge du sommet la relation entre Moscou et Pékin. Les deux pays ont renforcé leurs liens depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022. Cette chronologie est explicitement rappelée. Depuis 2022, le rapprochement s’est accentué. Les formules utilisées lundi visaient à donner à cette relation un caractère de modèle.
La coopération stratégique entre la Russie et la Chine constitue un modèle de relations interétatiques.
Vladimir Poutine
Xi Jinping a de son côté relevé les perspectives encore plus prometteuses de la coopération sino-russe grâce aux efforts conjugués des deux parties. Les deux formules se répondent. L’une insiste sur le modèle. L’autre insiste sur les perspectives. Ensemble, elles dessinent le message que Moscou et Pékin veulent faire entendre à Bichkek: leur relation est présentée comme solide, stratégique et tournée vers l’avenir, alors même que plusieurs membres de l’organisation sont pris dans des crises.
Les deux hommes n’ont cependant abordé la guerre en Ukraine que de façon superficielle, selon Dmitri Peskov. Cette précision du porte-parole du Kremlin limite la portée de ce qui a été dit publiquement sur le conflit. Le sommet sert à mettre en avant une vision d’un monde multipolaire. Il ne signifie pas pour autant que tous les dossiers de guerre sont traités en profondeur dans chaque entretien. Sur l’Ukraine, le mot retenu est celui d’un traitement superficiel.
Un Bloc Qui Se Veut Contrepoids Sans Se Dire Alliance
L’Organisation de coopération de Shanghai a pris un nouvel élan ces dernières années sous l’impulsion de Pékin et de Moscou. Elle entend contrebalancer l’influence occidentale. Cette intention est clairement formulée. En même temps, la déclaration fondatrice de l’organisation assure que cette organisation n’est pas une alliance dirigée contre d’autres États. Les deux phrases coexistent. L’une décrit une volonté de faire contrepoids. L’autre refuse le vocabulaire de l’alliance hostile.
Les dirigeants russe et chinois se servent de ces sommets pour mettre en avant leur vision d’un monde multipolaire, visant à contrer l’hégémonie américaine qu’ils dénoncent. Bichkek devient ainsi une tribune. Le vingt-cinquième anniversaire offre un prétexte solennel. Les formules sur le modèle interétatique et sur les perspectives prometteuses s’inscrivent dans cette mise en scène. Le sommet n’est pas seulement un inventaire de dossiers. Il est aussi un exercice de langage diplomatique.
Pourtant, le bloc reste hétérogène. Les retombées concrètes de cette organisation sont incertaines. L’OCS revendique de regrouper environ 40% de la population mondiale et 25% du PIB de la planète. Ces deux chiffres sont avancés pour donner une idée de poids. Ils ne suffisent pas à effacer les fractures internes. Le bloc est miné par des dissensions. La Russie et la Chine sont concurrentes en Asie centrale. Pékin entretient des relations parfois tendues avec l’Inde et le Pakistan. L’addition des populations et des richesses n’abolit pas ces rivalités.
Poids revendiqué
40% de la population mondiale
et 25% du PIB de la planète
Composition
10 États membres, 15 partenaires de dialogue, 2 observateurs
Qui Siège Autour De La Table De L’Ocs
L’OCS regroupe dix États: Bélarus, Chine, Inde, Iran, Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Pakistan et Tadjikistan. Cette liste fixe le cœur de l’organisation. Elle mélange des puissances aux intérêts divergents et des États d’Asie centrale qui accueillent le sommet. Le Kirghizstan est à la fois hôte et membre. La Russie et la Chine y occupent une place d’impulsion. L’Inde et le Pakistan y siègent aussi, alors que Pékin entretient avec chacun des relations parfois tendues. L’Iran est désormais dans ce cercle, au moment où les affrontements avec les États-Unis ont repris.
S’ajoutent quinze partenaires de dialogue, dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, ainsi que deux États observateurs, dont l’Afghanistan. Cette architecture en cercles concentriques explique la présence d’Erdogan à Bichkek. La Turquie n’est pas dans la liste des dix, mais elle apparaît parmi les partenaires de dialogue. Le sommet permet donc des conversations qui dépassent le seul collège des membres de plein exercice. Les quinze partenaires et les deux observateurs élargissent la scène sans uniformiser les positions.
Cette géométrie variable est à la fois une force d’affichage et une source de faiblesse. On peut réunir beaucoup de drapeaux. On peut revendiquer une part importante de la population mondiale et du PIB mondial. On ne fait pas disparaître pour autant les crises qui traversent plusieurs États membres. L’organisation reste un forum hétérogène. Les dissensions internes continuent de miner le bloc, même lorsque les communiqués insistent sur la coopération et sur le caractère non agressif de la structure.
Guerres Ouvertes Et Conflits Commerciaux
Ce sommet se tient à un moment où plusieurs États membres de l’OCS sont impliqués dans des guerres ouvertes. Deux dossiers sont nommément cités. Le premier est l’invasion russe de l’Ukraine. Le second est l’offensive israélo-américaine contre l’Iran déclenchée en février. Ces deux conflits placent l’organisation dans une situation particulière. Elle se réunit pour un anniversaire et pour parler de coopération, alors que des membres sont engagés dans des guerres. Le contraste est au centre de la séquence de Bichkek.
D’autres États sont aussi engagés dans des conflits commerciaux, avec en particulier des droits de douane imposés par les Américains sur les produits chinois et indiens. La guerre n’est donc pas le seul registre. Le commerce est devenu un autre champ de tension. La Chine et l’Inde, toutes deux membres de l’organisation, sont concernées par ces droits de douane américains. Le sommet régional se tient donc aussi dans un climat de confrontation économique, et pas seulement militaire.
Fin août, le gouvernement américain a pris des sanctions secondaires contre les partenaires commerciaux de l’Iran pour asphyxier le régime iranien. Washington a menacé les alliés de Téhéran. Cette pression vise les circuits d’échange autour de l’Iran. Elle concerne directement des pays présents à Bichkek. La Chine, un grand importateur de pétrole iranien, a prévenu qu’elle défendrait fermement ses intérêts. La formule chinoise est une réponse publique à la politique américaine de sanctions secondaires.
Nous sommes convaincus que la poursuite de la guerre n’est ni dans notre intérêt, ni dans celui de la région.
Massoud Pezeshkian
Lundi, au cours d’un entretien avec le dirigeant indien Narendra Modi, le président iranien Massoud Pezeshkian a estimé que poursuivre la guerre contre les États-Unis n’était pas dans l’intérêt de Téhéran. Il a déclaré être convaincu que la poursuite de la guerre n’était ni dans l’intérêt de l’Iran, ni dans celui de la région. Ces propos interviennent alors qu’un premier échange de frappes entre les Américains et les Iraniens s’est produit après un mois d’accalmie. Le message iranien, adressé dans le cadre d’un entretien avec New Delhi, insiste sur l’absence d’intérêt à une continuation du conflit.
L’Iran Entre Reprise Des Frappes Et Appel À Ne Pas Continuer
La séquence iranienne du sommet est double. D’un côté, les affrontements ont repris entre l’Iran et les États-Unis. De l’autre, Massoud Pezeshkian affirme que la poursuite de la guerre n’est pas dans l’intérêt de Téhéran ni dans celui de la région. Ces deux éléments ne s’annulent pas. Ils coexistent dans le même calendrier. Après un mois d’accalmie, un premier échange de frappes a eu lieu. Dans le même temps, le président iranien formule un jugement politique: continuer n’est pas souhaitable.
La rencontre prévue avec Vladimir Poutine s’inscrit dans cette tension. Moscou et Téhéran se parlent en marge d’un forum qui se présente comme un espace autre que occidental. Les sanctions secondaires américaines contre les partenaires commerciaux de l’Iran visent à asphyxier le régime iranien. Washington a menacé les alliés de Téhéran. La Chine, grand importateur de pétrole iranien, a prévenu qu’elle défendrait fermement ses intérêts. L’entretien russo-iranien de mardi se tient donc dans un environnement de pressions économiques et de reprise militaire.
Le propos tenu face à Narendra Modi élargit encore le tableau. L’Inde est membre de l’OCS. Elle est aussi concernée par des droits de douane américains sur ses produits. L’entretien entre Pezeshkian et Modi relie ainsi la question de la guerre à celle des équilibres asiatiques au sein du même bloc. Le président iranien ne dit pas que le conflit a cessé. Il dit que sa poursuite n’est pas dans l’intérêt de Téhéran ni de la région. La nuance est importante. Elle décrit une position politique au moment où les frappes ont repris.
L’Ukraine, Quatre Ans Et Demi Plus Tard
La guerre en Ukraine n’est pas un arrière-plan lointain. Elle est dans l’agenda de Bichkek par deux voies. La première est l’entretien prévu entre Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan, explicitement destiné à discuter de cette guerre après quatre ans et demi de combats. La seconde est le commentaire de Dmitri Peskov sur l’échange entre Poutine et Xi Jinping: le sujet n’a été abordé que de façon superficielle. Le contraste est net. Avec Ankara, le dossier est annoncé comme un thème de discussion. Avec Pékin, il a été traité de manière limitée selon le Kremlin.
Depuis l’invasion russe de l’Ukraine en 2022, la Russie et la Chine ont renforcé leurs liens. Cette phrase structure le récit sino-russe du sommet. Le renforcement des liens est présenté comme un fait accompli. Lundi, les deux dirigeants ont loué leur relation. Poutine a parlé d’un modèle de relations interétatiques. Xi Jinping a parlé de perspectives encore plus prometteuses grâce aux efforts conjugués des deux parties. Le conflit ukrainien est donc à la fois le contexte de ce rapprochement et un sujet que les deux hommes n’ont pas développé en profondeur, d’après Peskov.
Quatre ans et demi de combats donnent à la conversation avec Erdogan une densité particulière. La Turquie, partenaire de dialogue de l’organisation, apparaît comme un interlocuteur distinct de la Chine sur ce point. Le sommet de Bichkek permet de juxtaposer ces formats. On peut louer la relation sino-russe un jour. On peut parler d’Ukraine avec Ankara le lendemain. On peut rencontrer Téhéran alors que les frappes ont repris. Les agendas s’empilent plus qu’ils ne se fondent en une seule ligne.
Sanctions, Pétrole Et Pression Sur Les Partenaires De Téhéran
La dimension économique du sommet ne se limite pas aux droits de douane américains sur les produits chinois et indiens. Fin août, Washington a ajouté un autre levier: des sanctions secondaires contre les partenaires commerciaux de l’Iran, avec l’objectif d’asphyxier le régime iranien. La menace s’étend aux alliés de Téhéran. Dans ce dispositif, la Chine occupe une place particulière parce qu’elle est un grand importateur de pétrole iranien. Pékin a prévenu qu’elle défendrait fermement ses intérêts.
Cette alerte chinoise compte dans un forum où Moscou et Pékin mettent en avant leur coopération stratégique. Défendre fermement ses intérêts, dans le langage diplomatique employé, revient à refuser que les sanctions secondaires américaines dictent seules les choix d’approvisionnement. Le pétrole iranien devient ainsi un dossier qui relie Téhéran, Pékin et, plus largement, les débats du sommet. L’organisation ne règle pas ce contentieux. Elle offre une scène où ces positions peuvent être rappelées.
Les conflits commerciaux et les guerres ouvertes se recoupent. Un membre est engagé en Ukraine. Un autre est pris dans une offensive israélo-américaine déclenchée en février et dans une reprise des échanges de frappes après un mois d’accalmie. D’autres encore font face à des droits de douane américains. Le sommet du vingt-cinquième anniversaire n’efface aucune de ces réalités. Il les juxtapose dans une même capitale d’Asie centrale.
Une Organisation Hétérogène Minée Par Des Dissensions
Les retombées concrètes de ce bloc restent incertaines. Cette incertitude est un élément central, pas un détail. On peut aligner des chefs d’État. On peut commémorer un quart de siècle. On peut citer 40% de la population mondiale et 25% du PIB de la planète. Il reste à savoir ce que l’organisation produit au-delà de la photographie collective. Le bloc est hétérogène. Il est miné par des dissensions. Ces deux constats limitent la portée de l’élan évoqué sous l’impulsion de Pékin et de Moscou.
La Russie et la Chine sont concurrentes en Asie centrale. Cette concurrence se joue précisément dans la région qui accueille le sommet. Le Kirghizstan, le Kazakhstan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan font partie des dix membres. L’espace où l’OCS célèbre son anniversaire est aussi un espace de rivalité entre ses deux principaux moteurs. L’élan commun n’abolit pas cette compétition d’influence.
Pékin entretient des relations parfois tendues avec l’Inde et le Pakistan. Or l’Inde et le Pakistan siègent tous deux dans l’organisation. Le forum rassemble donc des États dont les rapports bilatéraux avec la Chine ne sont pas linéaires. Cette architecture explique en partie pourquoi les résultats concrets demeurent incertains. On peut partager une tribune. On ne partage pas forcément les mêmes priorités en Asie, ni les mêmes lectures des crises en cours.
- Membres. Bélarus, Chine, Inde, Iran, Russie, Kazakhstan, Kirghizstan, Ouzbékistan, Pakistan, Tadjikistan.
- Partenaires de dialogue. Quinze au total, dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.
- Observateurs. Deux États, dont l’Afghanistan.
- Limite interne. Concurrence russo-chinoise en Asie centrale et relations parfois tendues entre Pékin, New Delhi et Islamabad.
Ce Que Le Langage Officiel Dit Et Ne Dit Pas
Le langage du sommet mérite d’être lu avec attention. La coopération stratégique entre la Russie et la Chine est présentée comme un modèle de relations interétatiques. Les perspectives de cette coopération sont décrites comme encore plus prometteuses grâce aux efforts conjugués des deux parties. L’organisation, selon sa déclaration fondatrice, n’est pas une alliance dirigée contre d’autres États. Le monde multipolaire est mis en avant pour contrer l’hégémonie américaine dénoncée par Moscou et Pékin. Chaque formule a une fonction.
En parallèle, d’autres phrases restreignent le tableau. La guerre en Ukraine n’a été abordée que de façon superficielle entre Poutine et Xi Jinping, selon Peskov. Massoud Pezeshkian affirme que la poursuite de la guerre n’est ni dans l’intérêt de Téhéran ni dans celui de la région. Les retombées concrètes de l’OCS restent incertaines. Le bloc est hétérogène et miné par des dissensions. Le sommet dit beaucoup sur l’image que ses principaux acteurs veulent donner. Il en dit moins sur la capacité du forum à trancher les guerres et les conflits commerciaux qui l’entourent.
Cette tension entre l’affichage et le réel traverse toute la réunion de Bichkek. On célèbre vingt-cinq ans. On réunit dix-sept chefs d’État et de gouvernement. On prévoit des entretiens avec l’Iran et la Turquie. On loue la relation sino-russe. Et l’on continue d’avancer dans un environnement fait d’invasion, d’offensive, de frappes reprises, de sanctions secondaires et de droits de douane. Le forum n’efface pas ces faits. Il les encadre d’un discours sur le multipolaire et sur le refus de se définir comme une alliance hostile.
Pourquoi Bichkek Compte Dans Cette Séquence
Bichkek n’est pas seulement un lieu de conférence. C’est la capitale d’un État membre, dans une région où la Russie et la Chine sont concurrentes, et où l’organisation veut montrer qu’elle existe hors des scènes occidentales. Le choix d’une capitale montagneuse d’Asie centrale donne une couleur géographique au message politique. Le contrepoids à l’influence occidentale se joue aussi dans le choix du théâtre.
La présence simultanée de dossiers iraniens, ukrainiens et commerciaux justifie l’attention portée aux marges du sommet autant qu’à sa séance officielle. Mardi, le calendrier prévu place Poutine face à Pezeshkian, puis face à Erdogan. Lundi a déjà placé Poutine face à Xi Jinping, avec des hommages à la relation bilatérale et un traitement superficiel de la guerre en Ukraine. Le même lundi a aussi placé Pezeshkian face à Modi, avec une déclaration sur l’absence d’intérêt à poursuivre la guerre contre les États-Unis.
Le sommet devient ainsi une succession d’entretiens plus qu’un seul événement. Chaque conversation a son objet. L’une concerne la relation sino-russe. L’autre concerne l’Iran et la région. Une autre encore concerne l’Ukraine après quatre ans et demi de combats. Autour de ces échanges gravitent les sanctions secondaires américaines, la défense chinoise de ses intérêts pétroliers, les droits de douane visant des produits chinois et indiens, et la composition même d’un bloc à dix membres, quinze partenaires et deux observateurs.
Le Poids Affiché Et Les Limites Du Forum
Revendiquer environ 40% de la population mondiale et 25% du PIB de la planète sert à donner une impression d’ampleur. Ces proportions sont devenues un argument d’autorité pour un forum qui veut peser. Elles ne disent rien, à elles seules, de la cohérence interne. Un ensemble aussi vaste peut rester politiquement lâche. C’est précisément le diagnostic porté sur l’OCS: hétérogène, miné par des dissensions, aux retombées concrètes incertaines.
Les limites apparaissent dès que l’on descend du chiffre global vers les relations bilatérales. Russie et Chine concurrentes en Asie centrale. Chine parfois en tension avec l’Inde. Chine parfois en tension avec le Pakistan. Iran sous pression de sanctions secondaires et repris dans des échanges de frappes. Russie engagée depuis 2022 dans la guerre en Ukraine. Ces lignes de fracture ne sont pas extérieures à l’organisation. Elles sont à l’intérieur de sa liste de membres.
Le sommet d’anniversaire n’a pas pour fonction de résoudre ces contradictions en une journée. Il a pour fonction de les tenir ensemble sous un même toit, le temps d’une réunion à Bichkek. L’impulsion de Pékin et de Moscou donne un élan. La déclaration fondatrice refuse le statut d’alliance dirigée contre d’autres États. Les dirigeants russe et chinois parlent de monde multipolaire et dénoncent l’hégémonie américaine. Le reste du tableau, fait de guerres et de conflits commerciaux, demeure.
Ce Que L’On Peut Retenir De Cette Réunion
Le fait le plus immédiat est calendaire. Mardi, à Bichkek, Vladimir Poutine doit rencontrer Massoud Pezeshkian et Recep Tayyip Erdogan. Le premier entretien se tient alors que les affrontements ont repris entre l’Iran et les États-Unis. Le second doit porter sur la guerre en Ukraine après quatre ans et demi de combats. Autour de ces deux rendez-vous, le sommet des vingt-cinq ans de l’OCS rassemble dix-sept chefs d’État et de gouvernement.
Le fait politique le plus mis en avant par Moscou et Pékin est la qualité de leur relation. Depuis 2022, les liens se sont renforcés. Lundi, Poutine a parlé d’un modèle. Xi Jinping a parlé de perspectives encore plus prometteuses. Dans le même temps, selon Peskov, la guerre en Ukraine n’a été abordée que de façon superficielle entre les deux hommes. L’éloge de la relation bilatérale n’équivaut pas à un traitement approfondi de tous les conflits en cours.
Le fait iranien est double. Il y a la reprise des frappes après un mois d’accalmie. Il y a la phrase de Pezeshkian face à Modi sur l’absence d’intérêt à poursuivre la guerre, ni pour Téhéran, ni pour la région. Il y a aussi les sanctions secondaires américaines de fin août contre les partenaires commerciaux de l’Iran, les menaces visant les alliés de Téhéran, et l’avertissement chinois sur la défense ferme de ses intérêts, en tant que grand importateur de pétrole iranien.
Le fait structurel, enfin, concerne l’organisation elle-même. Dix États, quinze partenaires de dialogue dont la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar, deux observateurs dont l’Afghanistan. Une volonté de contrebalancer l’influence occidentale. Une déclaration fondatrice qui refuse le statut d’alliance hostile. Un élan récent sous l’impulsion de Pékin et de Moscou. Et, en face, des retombées concrètes encore incertaines, une hétérogénéité persistante, une concurrence russo-chinoise en Asie centrale, des relations parfois tendues entre Pékin, l’Inde et le Pakistan.
Rien dans cette séquence n’autorise à conclure que le sommet de Bichkek règle les guerres ouvertes ou les conflits commerciaux. Il les accueille. Il les encadre. Il offre des tribunes et des couloirs. Il permet à Poutine, Pezeshkian, Erdogan, Xi Jinping et Modi de se croiser dans une capitale d’Asie centrale, au moment où l’organisation célèbre un quart de siècle d’existence. Le reste appartient aux entretiens eux-mêmes, dont le contenu détaillé n’est pas livré par le récit public du sommet, hors des formules déjà prononcées et des précisions déjà données.
Au terme de cette journée diplomatique annoncée, Bichkek restera le nom d’un rendez-vous pris au milieu des crises, plus que celui d’un dénouement. Le sommet commémore. Les présidents se parlent. Les guerres continuent d’occuper l’horizon. L’organisation affirme n’être dirigée contre personne, tout en se présentant comme un contrepoids. Entre ces deux phrases, les dix-sept délégations tentent de faire tenir ensemble un bloc vaste, disparate, et encore incertain dans ses effets concrets.









