Et si une blockchain née dans l’univers crypto se mettait à rivaliser, ne serait-ce qu’un instant, avec le temple de la finance traditionnelle ? C’est exactement ce que révèle le dernier rapport de Fidelity Digital Assets. En 2026, Solana a non seulement capturé environ 15 % de l’activité de trading mesurée face aux grandes places américaines, mais a même brièvement dépassé le New York Stock Exchange en nombre d’exécutions hebdomadaires. Un chiffre qui force le respect… et qui mérite d’être analysé avec précision.
Un chiffre qui fait tourner les têtes
Lorsque Solana a partagé les conclusions du rapport Fidelity le 8 novembre 2026, le message était clair : la blockchain est passée de 0,30 % de l’activité des grandes bourses américaines en 2022 à près de 15 % en 2026. Pendant une semaine, le nombre de trades exécutés sur le réseau a même surpassé celui du NYSE. Max Wadington, analyste senior chez Fidelity Digital Assets, parle d’un « élément émergent de l’infrastructure des marchés financiers ».
Pourtant, derrière cette prouesse se cache une nuance essentielle. Fidelity mesure le nombre de transactions, pas leur valeur en dollars. Sur Solana, l’essentiel de l’activité concerne des cryptomonnaies, des memecoins et des actifs numériques. Le NYSE, lui, traite des titres réglementés. Les deux univers ne jouent pas exactement dans la même catégorie, mais le simple fait que Solana puisse les égaler en volume d’exécutions montre à quel point le trading onchain a gagné en maturité.
Ce que le rapport Fidelity a réellement mesuré
Le document de novembre 2026 compare les trades exécutés sur les exchanges décentralisés de Solana avec ceux des principales places de marché américaines. Le résultat est sans appel : en moyenne annuelle, Solana représente environ 15 % de cette activité. Fidelity rappelle toutefois qu’environ 50 % des volumes d’actions américaines se traitent déjà hors des bourses traditionnelles, via des systèmes alternatifs. Autrement dit, Solana ne représente pas 15 % de tout le marché américain, mais bien 15 % de l’échantillon étudié.
Cette précision est capitale. Elle évite de tomber dans l’excès d’enthousiasme tout en soulignant une réalité : la capacité de Solana à absorber un flux massif de transactions n’est plus théorique. Elle est mesurée, documentée et reconnue par l’un des plus grands gestionnaires d’actifs au monde.
Des upgrades techniques qui changent la donne
Le succès de Solana ne repose pas uniquement sur un engouement spéculatif. Fidelity met en avant plusieurs améliorations techniques qui rendent le réseau plus attractif pour les traders professionnels. Les temps de slot se sont stabilisés autour de 400 millisecondes, avec un objectif à long terme de 200 millisecondes. Plus prévisible, le réseau permet aux applications de trading de planifier leurs opérations avec davantage de précision.
Récemment, la capacité maximale des blocs est passée de 60 à 100 millions d’unités de calcul, soit une hausse de 66 %. Cette augmentation permet d’intégrer davantage de transactions dans chaque bloc. L’upgrade Alpenglow, activé le 21 octobre 2026, vise une finalité des transactions autour de 150 millisecondes. Une mesure indépendante réalisée deux jours plus tard montrait encore un délai médian de 404 millisecondes, preuve que le chemin vers la performance optimale reste en cours, mais que la direction est claire.
Pour les market makers, trois critères dominent : l’inclusion rapide des transactions, l’exécution fiable et des frais bas. Solana coche désormais ces cases de façon plus convaincante. Les automated market makers propriétaires multiplient les offres de liquidité sans dépendre uniquement des pools traditionnels, ce qui intensifie la concurrence et améliore les prix proposés aux utilisateurs.
L’explosion des actifs tokenisés
Au-delà des cryptomonnaies classiques, Solana voit croître un marché qui pourrait transformer durablement la finance : les actifs tokenisés. Selon les données mises en avant par le réseau, le volume mensuel de trading de ces produits est passé de moins de 100 millions de dollars à près de 5 milliards. Actions, bons du Trésor, matières premières, crédit privé… la gamme s’élargit rapidement.
En octobre 2026, Securitize a confirmé la disponibilité de douze actions tokenisées sur Solana pour les investisseurs éligibles, parmi lesquelles des titres référencant Apple, Nvidia et Tesla. Ces produits restent soumis à des règles d’éligibilité strictes et à des restrictions de transfert, mais leur présence sur une blockchain publique marque une étape symbolique forte.
Fidelity souligne que ces actifs tokenisés ne sont pas encore parfaitement interchangeables avec leurs homologues traditionnels. Les structures de propriété, les droits des investisseurs et les contraintes réglementaires diffèrent. Pourtant, le simple fait que des volumes significatifs circulent déjà sur Solana montre que l’infrastructure est prête à accueillir ce type de produits à plus grande échelle.
Les futures perpétuels, moteur puissant de l’activité
Un autre segment a particulièrement retenu l’attention de Fidelity : les futures perpétuels. Sur les douze mois précédant le rapport, les plateformes de perpetual futures basées sur Solana ont traité plus de 590 milliards de dollars de volume notionnel. Ces contrats permettent aux traders de prendre des positions à effet de levier sans détenir l’actif sous-jacent, ce qui génère un flux constant d’opérations.
Cette activité contribue fortement au nombre élevé de trades observé sur le réseau. Elle attire des participants sophistiqués qui recherchent une exécution rapide et des frais compétitifs. Pour Solana, c’est une source de revenus importante, car les traders sont souvent prêts à payer des tips prioritaires pour s’assurer que leur ordre passe avant celui de la concurrence.
Le paradoxe du prix de SOL
Alors que le rapport Fidelity dresse un tableau plutôt encourageant de l’activité réseau, le prix du token SOL continue de souffrir. Le 8 novembre 2026, Solana évoluait autour de 89,59 dollars, en baisse de 0,36 % sur 24 heures et de plus de 19 % sur un mois. La capitalisation de marché tournait autour de 52,95 milliards de dollars, avec un volume quotidien proche de 870 millions.
Les ETF spot Solana ont également enregistré des sorties nettes d’environ 24,82 millions de dollars les 27 et 28 octobre. Ce décalage entre l’activité onchain en forte croissance et le prix du token sous pression illustre bien la complexité du marché crypto. L’usage du réseau n’est pas toujours immédiatement répercuté dans la valorisation du jeton natif.
Comment Solana génère ses revenus
Fidelity détaille les différentes sources de revenus du réseau : frais de base, frais prioritaires, coûts de vote des validateurs et paiements pour l’ordre des transactions, notamment via les tips Jito. La concurrence entre market makers et arbitragistes constitue un levier important. Quand les opportunités de trading sont nombreuses, la demande pour une inclusion prioritaire augmente, et les revenus du réseau progressent.
Le rapport met toutefois en garde : cette manne reste fragile. En période de marché baissier, le nombre d’opportunités rentables diminue. Les traders sont alors moins enclins à payer des frais élevés pour accélérer leurs transactions. La dépendance de Solana aux volumes de trading rend ses revenus cycliques par nature.
Une infrastructure financière en devenir
Fidelity ne prétend pas que Solana a déjà remplacé les bourses traditionnelles. Le rapport insiste plutôt sur le fait que le réseau mérite d’être considéré comme un élément émergent de l’infrastructure de marché. Sa capacité à traiter un grand nombre de transactions à faible coût et avec une latence de plus en plus prévisible en fait un candidat sérieux pour certains cas d’usage financiers.
Les acteurs institutionnels observent attentivement ces évolutions. La tokenisation d’actifs réels, les marchés de dérivés onchain et les échanges de cryptomonnaies à haute fréquence trouvent sur Solana un terrain d’expérimentation et, progressivement, d’exécution à grande échelle. Le fait qu’un acteur comme Fidelity consacre un rapport entier à ce sujet en dit long sur le niveau d’attention dont bénéficie désormais la blockchain.
Les limites de la comparaison
Il serait trompeur de conclure que Solana « bat » le NYSE. Les instruments échangés, les règles de marché, les participants et les cadres réglementaires sont radicalement différents. Sur Solana, une grande partie de l’activité reste liée à des actifs volatils et parfois purement spéculatifs. Sur le NYSE, les titres cotés répondent à des exigences de transparence et de gouvernance bien plus strictes.
Fidelity le reconnaît explicitement. La comparaison porte sur le nombre d’exécutions, pas sur la profondeur de liquidité, la qualité des prix ou la protection des investisseurs. Elle sert avant tout à illustrer la vitesse à laquelle le trading onchain a rattrapé, en volume de transactions, certaines places historiques.
Ce que cela change pour l’écosystème crypto
Pour l’écosystème crypto dans son ensemble, cette reconnaissance par Fidelity est un signal fort. Elle montre que les blockchains ne sont plus seulement des terrains de jeu pour les traders de memecoins. Elles commencent à être évaluées selon les critères des infrastructures de marché traditionnelles : vitesse, prévisibilité, coûts et capacité à accueillir des produits financiers plus complexes.
Solana n’est pas la seule blockchain à progresser dans cette direction, mais elle figure aujourd’hui parmi les plus visibles. Sa capacité à absorber des volumes importants tout en maintenant des frais relativement bas lui confère un avantage concurrentiel tangible. Les prochaines étapes concerneront probablement l’amélioration de la finalité des transactions, la robustesse face aux pics d’activité et l’intégration progressive d’actifs réglementés.
Un marché encore jeune et volatil
Malgré ces avancées, le marché reste jeune. Les volumes de trading peuvent s’effondrer aussi rapidement qu’ils ont monté. Les revenus du réseau dépendent encore fortement de la spéculation. Les actifs tokenisés, bien qu’en forte croissance, représentent une fraction minime des marchés traditionnels. Quant au prix de SOL, il rappelle que l’adoption technique ne se traduit pas automatiquement par une performance boursière positive à court terme.
Fidelity insiste sur ce point : l’échelle seule ne garantit pas le succès à long terme. La pérennité dépendra de la capacité de Solana à diversifier ses sources d’activité, à attirer des participants institutionnels de façon durable et à maintenir la confiance des utilisateurs face aux défis techniques et réglementaires.
Regarder au-delà du chiffre sensationnel
Le titre « Solana dépasse le NYSE » fait naturellement le buzz. Il capture l’attention et résume une tendance réelle. Mais la véritable histoire se situe un cran plus bas. Elle parle d’une blockchain qui a multiplié par cinquante sa part d’activité en quatre ans, qui accueille désormais des volumes de tokenisation multipliés par cinquante, et qui traite des centaines de milliards de dollars de dérivés chaque année.
Elle parle aussi d’un réseau qui continue d’évoluer techniquement, qui attire l’attention d’acteurs historiques de la finance, et qui doit encore prouver sa résilience dans toutes les phases de marché. Le chemin vers une véritable infrastructure financière reste long, mais les jalons posés en 2026 sont significatifs.
Ce qu’il faut retenir
Solana a franchi un cap symbolique en 2026. En représentant 15 % de l’activité de trading mesurée face aux grandes places américaines et en dépassant ponctuellement le NYSE en nombre d’exécutions, le réseau a démontré sa capacité à absorber des volumes considérables. Les upgrades techniques, l’essor des actifs tokenisés et l’explosion des futures perpétuels ont joué un rôle déterminant.
Dans le même temps, le prix de SOL reste sous pression, les revenus du réseau sont cycliques, et la comparaison avec les bourses traditionnelles doit être interprétée avec prudence. Fidelity le dit clairement : Solana est un élément émergent de l’infrastructure de marché, pas encore un acteur mature et stabilisé.
Pour les observateurs, l’épisode de novembre 2026 restera comme un moment où la blockchain a forcé le respect des acteurs traditionnels. Pour les utilisateurs et les investisseurs, il rappelle que la performance technique et l’adoption réelle progressent parfois plus vite que le prix du token. Et pour l’ensemble de la finance, il confirme que le trading onchain n’est plus une expérience marginale, mais un segment qui mérite d’être suivi de très près.
Les prochains mois diront si Solana parvient à transformer cette reconnaissance en avantage durable, ou si le pic d’activité de 2026 restera un épisode marquant mais temporaire. Une chose est déjà certaine : la compétition entre infrastructures financières traditionnelles et réseaux blockchain a officiellement commencé, et Solana s’est placée en bonne position dans la course.









